‹ Reliques scientifiques recueillies par son frèreChapitre 47 sur 48 · LA QUESTION · texte numérisé non relu

LA QUESTION

DE

La question de la simplification do Torthographo est à Tordre du. jour. En Franco, en Belgique, en Allemagne, dans les pays Scandinaves, en Angleterre, aux Etats-Unis, elle préoccupe professeurs, érudits et lettrés. Des sociétés se sont fondéoi de divers côtés pour coordonner et faire aboutir les recherches individuelles qu'elle suscite. En Allemagne, ainsi que dans les pays de langue fiamande, des réformes notables, d'une grande portée littéraire et mémo politique, ont été accomplies. Dans les autres pays, la lutte se poursuit encore sans résultats appréciables. Si chaque époque a vu discuter les questions d'orthographe, les luttes d'aujourd'hui présentent un caractère remarquable d'application pratique qui tient à la méthode scientifique avec laquelle le problème est maintenant abordé. La linguistique contemporaine a poussé à un degré merveilleux de précision l'analyse des phénomènes physiologiques qui déterminent la production des sons. Ces progrès ne sont pas demeurés confinés dans le pur domaine de la théorie. L'enseignement des langues vivantes y a été chercher uno méthode nouvelle, — dont on dit merveille, — et qui consiste à les faire apprendre d'abord comme langues parlées, en les notant phonétiquement, puis, quand l'élève possède la langue parlée, à enseigner les rapports de la notation phonétique avec l'orthographe traditionnelle, de la langue parlée avec la langue écrite ou littéraire. Un art d'une utilité plus humble, la sténographie, a trouvé également dans les études phonétiques une source de simplifications et de progrès.

L'enseignement de la parole aux sourds-mueti en a été renouvelé. Quoi d'étonnant à ce que ces recherches aient leur contre-coup sur les questions d'orthographe ?

En France aussi, pour ne parler que d'elle, on a posé récemment le problème de la simplification de l'orthographe. La Socièié de réforme orihographique, fondée en 1887, a pour objet de le mettre et de le tenir à l'ordre du jour ; la presse s'en est emparée, et il a soulevé des luttes ardentes. Dans la mêlée d'opinions passionnées, de théories contradictoires à laquelle nous assistons, il est peut-être utile d'examiner de près les faits, d'apprécier les données du problème, et d'en dégager, pi c'est possible, une solution précise et pratique.

Assurément, rien de compliqué comme notre système de graphie ; à première vue, il semble ne reconnaître d'autre principe que l'arbitraire.

Notre langue parlée possède aujourd'hui au moins treize vojelles pures, quatre voyelles nasales et vingt-deux consonnes.

Les voyelles pures sont : deux a [a fermé dans pâte ; a ouvert dans le pas] ; — trois e {e ouvert dans c^sse ; e demi-ouvert dans mais ; e fermé dans thé ; — un t ; — deux o [o ouvert dans port ; o fermé dans pot) ; — trois eu [eu ouvert dans peur ; eu très ouvert et très bref dans de^je, me, te, se, etc. ; eu fermé dans 2mit) ; — un ou; — et un u. — La plupart des voyelles peuvent être brèves, longues ou de durée moyenne.

Or, pour noter ces treize voyelles, la langue écrite a à son service cinq lettres simples ou accompagnées de signes, et des combinaisons plus ou moins bizarres de ces lettres.

Les deux sons de a sont notés par les lettres a, à â, e (prudEmment); les trois e sont notés par e, é, e, è, ai, aï, ei, eî, aij, ef/,œ; — les deux o par 0, ô, aUf eau, u (j)efisvm) ; — les trois eu par eu, œu, œ (œH), ve (cvEitlir), e; — \e t par i, î, y\ — le ou par ou, où, oo [cooIiê; — le w par u, û, eu '/eus).

Les variations de durée sont notées très irrégulièrement.

Les quatre voyelles nasales sont a nasal, e nasal, o nasal et eu nasal, voyelles qui sont soit longues, soit de durée moyenne. Or, Va nasal est noté par an, am, en, em ; — Ve nasal par en (pioi/EN), in, im, ain, aim (/aim), ein, eim [Rmiis] ; — Vo nasal par on, om ; — Yeu nasal par un {comfnvs), um [hi^yihle], eun (Jmus), Les variations de durée ne sont pas notées.

Les rapports entre les sons vocaliques et leur représentation clans Récriture manquent de simplicité. L*incohérence est plus frappante encore avec les consonnes.

Les vingt' deux sons consonnan tiques de la langue actuelle se réparassent en :

Six labiales : &, JU /» ^S ^ consonne (dans oui), u consonne (dans

Quatre dentales : d, f^ s,z ;

Sept palatales : ^, i% i consonne (dans jned^ leiix), l mouillée, n fouillée {gn)^ ch, y, — plus Taspiration ;

Quatre liquides : /, r, m, n.

Sur ces vingt-deux sons, il n'y en a que sept dont la représentation

^oit régulière : ft, /?, d^ /, r, Taspiration et le groupe gn. Quant aux

Quatorze autres, le son /est repréienté par fouph ; — le son v par v

^t par w (viogon) ; — le son t par /, Ih, d (granu homme, prononcez

{gran-T- homme) ; le son de s forto par .9, 55, se [scène] ^ c, ç, (çr/), t

(waTiV'w), X {Bruxelles) ; — le son de 5 douce par 5, z, x [deuxième] ; —

lo son^ par^ (oamin)^ gu (aué/ïr), c [second) ; — le son k par c [car],

q (coq), qu (qui), cqu [acquit), ch [cBi'éfien), k (kHo), ch [jocKeg] ; — lo

son chuintant fort ch par ch (cuat), sch [scnisme), sh {snako) ; — lo

son chuintant doux J par j et par g (pel).

Les liquides m et n sont notées par les lettres m et n, ces mêmes lettres qui, placées après une voyelle, indiquent que la voyelle est nasale. Le m a une autre valeur dans mon que dans nom, la première nde 7ion désigne autre chose que la dernière.

L7 mouillée est notée suivant les cas par ///, //, «7, l (;;«iLLf , fiiLe, pareil, périL).

Enfin, des trois voyelles consonnantes. Von est noté paroe^ (dans ou/), par 10 (dans iram^^ag), par u (dans éqvateur), et le groupe wa, combinaison d*ou consonne et do la voyelle a, est noté par Tassemblage énigmatique de et de * : oi. — L'u consonne n'est pas distinct de Vu voyelle (pvis, buis, /u*, etc.). — LV consonne est noté par g [Yei(x, Yacht) et par i [pied), et le plus souvent il n'est pas noté ; hier^ prononcez i-yer.

Ajoutons à cela les deux doubles sons ks et gz, notés par le m(3mo

signe X,

Voilà notre système de graphie dos consonnes! Et pour comble d'incohérence, quantité do lettres inutiles, muettes, surchargent 1cm lettres significatives. Ainsi Vh dite mnoiiQ, pro.'^que toules les ccnsonnci finales, et, à l'intérieur des mots, les premières lettres d'une foule de groupes.

Les grammairiens de Port-Royal, au xvii° siècle, demandaient que

dans rorthographe toute figure ' marquât un son et n*en marquât qu'un, et que tout son fût marqué par une figure et par une seule. Nous sommes loin de compte.

D'où vient cet état de choses ? Un rapide coup d'œil sur l'histoire de l'orthographe nous l'expliquera.

Quand le latin populaire de la Gaule, après plusieurs siècles de transformations, fut devenu, vers le viii® ou le ix^, une langue nouvelle, les clercs qui commençaient à l'écrire ignoraient les rapports précis qui existaient entre les mots français et les mots latins correspondants. Ils se trouvèrent dans la situation de gens notant les sons d'une langue étrangère qu'ils entendent pour la première fois. Ils avaient à leur disposition l'alphabet latin qui n'était pas fait pour l'idiome nouveau : car si le français d'alors avait en commun avec le latin un certain nombre de sons [a, e, i, b, p^ /, ^, /, r, etc.), il venait de créer des sons spéciaux inconnus de la langue mère, tels que 1'^ féminin, le p ( = /«), le rA ( = tch)^ le y ( = dj\ 17 mouillée, Yn mouillée, etc. *.

Aprèi quelques tâtonnements, des conventions plus ou moins heureuses furent établies, et l'alphabet latin, grâce à do nouvelles combinaisons, fit l'affaire, tant bien que mal On conserva des lettres inutiles, k Qiq\\QC latin, qui avait la valeur d'un k ou d'un x grec, avait gardé ce son devant h r, o^ u [credere : croire ; clarum : clair ; corpus : corps; cura : cure] ; il était devenu ch devant a (cantum : chant) et ç devant e, % [cera : cire ; cœJum, celum : ciel]. On conserva — à tort — la mémo lettre c pour le son primitif h et le son nouveau ç Pareille chose arriva à peu près pour y, qui reçut de même deux valeurs nouvelles.

On n'eut pas l'idée de noter 1'/ mouillée comme en provençal ou en portugais par Ih et on s'embarrassa dans les groupes t//, //, i7, /. On n'avait qu'un signe i pour la voyelle i et la consonne y, qu'un signe v pour la voyelle u et la consonne r : ou, si les hasards de l'écriture transfoimaient Vi enj, le v en «, aucune valeur spéciale n'était attachée à chacune de ces deux formes. Vi était aussi souvent transformé en y 80US la plume capricieuse des copistes, et l'on écrivait moy pour moi, yeux pour ieux.

Malgré ses défauts et ses incertitudes, cet alphabet reproduisait en

* C'est-à-dire loul si^^ne, loule IcUre.

* L'élément dental qui existait a rorigioe dans les trois sons ^, ch^ j^ a disparu dans le courant du xiii* siècle.

somme assez fidèlement la prononciation nouvelle. Là ou le latin avait dit ille habet, le français dit il aly puis // a^ quand le / final cessa de se faire entendre. Prise dans son ensemble, et réserve faite des inexactitudes originelles, Tortliographe du xi® et du xii® siècle est un modèle de simplicité.

Cet état de perfection relative ne pouvait durer. Dès le milieu du xii° siècle, avec le progrès de la littérature, il commença à se former une tradition orthographique qui arrêta les sons dans leur forme écrite et les empêcha de suivre le mouvement d'une prononciation mobile et changeante. Les diphtongues ai, ci, se réduisent à è ; dans quelques mots, ce son nouveau se note par la lettre qui y correspond [yraisle devient ^r^s/é?, grêle ;/raisle devient fresle^ frêle ; affaiiié àevlent affétié, afféié^ etc.) ; mais, dans la plupart des cas, le souvenir de Tancienno prononciation se poursuit dans l'orthographe : irait ^ fait, faire, 7nai8, peine, veine, etc.

Les voyelles nasales s'établissent durant cette période. Ce qu'on avait prononcé lonu\ puis hon\ devient bon (c'est-à-dire b plus o nasal): on conserve l'ancienne notation et la lettre n prend une nouvelle fonction.

L's tombe dès le xn° siècle à l'intérieur des mots, quand elle est après une voyelle et devant une consonne. Cette s continue de s'écrire généralement comme signe de l'allongement de la voyelle précédente ', sans se prononcer, jusqu'au xvii° siècle.

La diphtongue oi qui, jusqu'au xni" siècle, avait la valeur de ot grec, se transforme successivement en œ, we, wa, maii on écrit jusqu'aujourd'hui oi{moi, toi, soi, etc.).

La langue poursuit le cours de ses altérations et, poussée par un besoin de plus en plus vif de prononciation rapide, continue à fondre ses diphtongues en voyelles simples [au et même eau ^ deviennent d), laisse disparaître au milieu ou à la fin des mots des voyelles ou des consonnes affaiblies [meihir, meUr, meur, mur ; — seyur, seiir, seur, sûr; — vuide, vide; ^ ptaffond, plafond, etc.). L'action de lois phonétiques nouvelles commence ainsi à troubler les rapports qui existaient entre l'orthographe et la prononciation.

Une autre cause de trouble, beaucoup plus puissante encore, paraît à la fin du xni° siècle, et vient créer un abîme qui les sépare désormais l'une de l'autre. Je veux parler de la formation savante, de ces emprunts faits directement par les clercs au latin classique ou au bas-

I Voilà pourquoi ello s'est ajoutée parfois, on appareuco iadûmcnt, pour indiquer la longueur de la voyelle précédente : throsne.

* Dans le groupe eau, les trois éléments étaient entendus : beau se prononçait comme il se prononcerait de nos jours si c'était un mot allemand.

latin. La formation savante avait commencé aux origines de la langue, et s'était développée sans interruption jusqu'au xiv° siècle. Mais les écrivains du moyen âge, en s*appropriant des mots latins, les avaient généralement soumis aux lois de la prononciation et de la graphie vulgaires. En en faisant des mots français, ils leur donnaient Tallure française. Voilà pourquoi on les trouve plus ou moins altérés. Arilhmetka devient arismelique parce que le th a alors en grec la valeur d'une sifflante ; sophisme est prononcé et écrit sofime ; mètaphora devient meiafore.

Mais, au mx^ siècle, Tinfluence savante prend une prépondérance singulière ; la langue est inondée de termes latins ou gréco-latins, et le pédantisme s*étale jusque dans la façon d'écrire les mots. On veut faire parade de connaissances étymologiques, et les mots do la langue populaire, tout comme les mots de formation savante, subissent les atteintes de cette fièvre. Ce qu'on écrivait conformément à la prononciation : flW, acorder^ ajoindre, ametlre, afeindre, eU^ hele, nape^ nafe^ etc., s'écrit désormais abbé, accorder , adjoindre, admettre, atteindre, et te, bette, nappe, natte. On ne prononçait pas cette consonne de surcroit, mais le latin écrivait (et prononçait) abbatem, accordare, adjungere, admitfere, itta, betta, nappa, natta, etc., et cela suffisait.

Des groupes inconnus de consonnes viennent de toutes parts s'abattre sur l'orthographe. On écrit nuici, huict,faict, traict, etc., pour rappeler le c (représenté déjà par i) de noctem, octo, factum, tradiim, etc. ; — debvoir, recepvoir, escribre, escript, etc., pour faire revivre la labiale du latin debere, recipere, scribere, scriplum (tombée dans escrire, escrit, représentée dans devoir, recevoir par le v). On change oreitte, torier, toreau, on aureitle, taurier, taureau, parce que le latin classique disait aurem, taurum, taurum, bien que le latin populaire eût dit ore, toru, ioru.

Vers la fin du xii® siècle, 17 simple ou mouillée s'était changée en n devant une consonne : altre, palme, fats, clievals, travaits, ails, etc., étaient devenus autre, paume, faus (faux), chevaus [chevaur], travaus (travaux), aus [aux). On veut rappeler 1'/ primitive, — ici contenue dans 1'//, — et l'on écrit, au mépris de la prononciation, auttre, pautme, fautx, chevautx, travautx, aulx *.

On ne se pi^uo pas du reste de conséquence. La corruption étymologique atteint certains mots, en laisse d'autres intacts. On continue d'écrire avoir, boire, à coté de debvoir et do recepvoir. On fait reparaître // dans doigt [digitum), on le néglige dans froid (frigidum) ; on change ri/il en vingt [viginti), on laisse trente, quarante, etc. ; on prépose une h inutile dans huis, huile, huit (ostium, olea, octo) ; on laisse tomber

> F aulx et aulx se sont maÎDlenus jusqu^aujourd'hui. On écrit fanlx et faucher!

Vh étymologique dans on [homo], avoir (habere)^ orge (hordeum), etc. ; on la fait reparaître dans erbe, herbe ; orne, home^ homme^ etc.

Les erreurs d'étymologie abondent naturellement. Los mots féminins pais, vois, crois, etc. (ainsi écrit le xiii° siècle), viennent des accusatifi lutins patem, etc. ; on les rapporte aux nominatifs j^rïj;, etc., et l'on change Ys en x : imix, etc. Loi, do legem, n'avait pas d's, mais le pluriel lois, de leges, se change en loix par souvenir du nominatif singulier latin lex I

A quoi bon énumércr ces erreurs tant de foii rappelées? Savoir, do sapere, rapporté à scire et écrit sçavoir ; — jwis, ùe pensum, pesum, rapporté à pondus et transformé en })oids ; — Jais ou les, de laisser, rapporté à léguer et altéré en legs ; — vies, du participe luissum, rapporté à l'infinitif mettre et chargé d'un t inutile : mets.

Au latin pur s'ajoutent le gréco-latin, puis le grec, et les ph et les {h et les ch *, groupes inconnus à la vieille langue, s'étalent avec le3 y* au milieu des mots français qu'ils déforment. Pourquoi écrire rhythme ce que nous prononçons ritme ? Pour rappeler Torthographo du latin rhylhmus, et l'orthographe grecque pOjid; ? Mais le latin écrivait rhyihmus, parce qu'il conservait dans sa prononciation l'esprit rude du p grec, l'aspiration de la dentale et le son u de l'upsilon. Le latin avait raison, puisque sa graphie répondait à sa prononciation. Il n'en était pas de même du français.

Ainsi se fonda cette graphie — tout à fait indépendante de la prononciation et de la grammaire, ne l'oublions pas — qui hérissa les pages de nombreux écrivains des xv® et xvi« siècles. Les mots se chargèrent de lettres inutiles, les unes qui représentaient des sons autrefois prononcés, maintenant évanouis ; les autres, beaucoup plus nombreuses, que les lettrés avaient introduites pour rappeler des étymologies plus ou moins sûres. Certains imprimeurs se font un plaisir do rendre les textes illisibles. D'ailleurs, nulle règle constante ; la graphie varie de ligne à ligne, au caprice de l'auteur ou du compositeur. Une édition de Rabelais imprime le mot huile, en huit lignes, de trois manières différentes : huile, huille, huyle '.

Cependant cette orthographe capricieuse et pédante ne régnait pas sans conteste ni partage. L'ancienne tradition française s'était poursuivie, à travers la littérature populaire, jusqu'au xvi° siècle, où elle avait été soutenue et défendue par de grands écrivains tels qu'Amyot, Pasquier, Henri Estienne, Ronsard. Mais malgré ces imposantes au-

I II s^agit ici du ch prononcé h,

* Cet y avait en latin la valeur do Vupsilon grec, de notre u ; le moyen âge lui donna la valeur qu'il avait prise dans le grec byzantin, c'est-à-dire celle d^un %, et cet y se fondit avec l'y =: % dont il a été question plus haut.

' Gargantua, Prologue; édition de Juste, 1542.

torités, l'ortliographo pé'lanto et révolutionnaire dos latinîseurs alln triompher, gi'dce à l'ai'le innltendua que lui npjiortaient les réformai radicales dei grammairiens phonétistes du temps, les Ramus, les F lotier, les Baïf, les Meigret, réformes dont s'effrayait l'opinioa mw aérée. D'ailleurs, un dictionnaire qui allait servir dâ modèle aux li cographos du siècle, le dictionnairo do Robert Estienne, venait de leu) donner la consécration.

Au xvii° siècle, les deux écoles sont en présence. Les Précieuse prennent en main la cause de l'ortiiograplie purement française, 1635, Philibert Monet essaie de l'introduire dans son dictionnaire ', et quarante- cinq ans plus tard, Ilichelet (1080) en fait une application générale, d'une hardiesse systématique. Il n'hésite pas â supprimer loi lettres muettes dans les groupes et écrit acnhkr, ajwrler, balker, icoU, fêle, etc.

A cette époque et dès longtemps déjà, l'Académie française s'occu^ pait de la rédaction de son Dictionnaire ; la question de l'ortliographil fut la première qui s'imposa à son attention. L'illustre compagnie, pai tagéo d'ahoril entre des tendances contrairei, et après de nombreuse^l héâîtalions, finit par se décider pour rorthograi>he étymologique, i l'Académie déclara a préférer l'ancienne Orthographe qui distingi les gens de Lettres d'avec le* Ignorans * ».

Ce fut une décision funeste. A une époque oi'i l'opinion publique m ^ prononçait nettement en faveur d'une réforme, et où d'ailleurs les traditions orthographiques n'étaient pas encore, comme aujourd'hui, réglées par des arrêts absolus, si l'Académie avait secoué le Joug duj latinisme, sans effort, sans lutle, du jour au lendemain, l'orlhograplisJ simplifiée triomphait I L'exemple de l'Académie fut décisif ; on s'in-*! clinn devant son autorité et nouj subissons encore aujourd'hui le| conséquences du parti qu'elle fit prévaloir.

Cependant, dès 1714, l'Académie revenait timidement sur ses pal et cherchait à renouer la tradition brisée de l'ortliograplie ftauçaÏM Elle tenta éuergiquemont l'entreprise dans la troisième édition de s Dictionnaire (l'740). Elle supprima alors partout l's muette, i gulièremcnt le d do la préposition ittl dans lei compositions ; elle 11 disparaître l'y final àm mots tels que Mni/, ky ', réduisit un nombre de gi-oupes : noce pour iioiire. piyûrp pour piequetire, iiai/aiU pour himfaideur, savtml pour sçaratil, etc. Ces réformes alteignireofl prés de 5,000 mots sur 20,000 *.

> iHtenlai.e du ilcui laKjnfi fra»çam a Ulhe, Lyon, tG3S, in-rotio, ■ CnMin di SimarjHU tur ïOrlkegnpk* frasteht, pmr ttirt «raminli farcl#i| «in d« Mfninri de l'Atadiynt, dililion MBriy-La»eBU», p. 2.

* Elle oublis d'^ienilto la rilorino ■ l'y îniiiil : gmr, gevse.

* Uidol, OhirmttiQHi mr l'erlhographi françiiii, î* (dit., p, 13,

Cette hardie réforme — accueillie avec faveur par ropinion publique, qui la trouvait même encore trop modérée *, — fut continuée avec plus d'hésitation dans les éditions postérieures. En 1762, T Académie distingua 17 du/ et Vu du v, supprima Vh et Vy dans quelques mots tirés du grec : irône^ srolaslique, scolie, scrofule^ pascal, jmlnarcal, flegme, flegmatique, etc., — alchimie, chimie, chimiste, ahsiiithe, îtraie, etc., — écrivit agrafe, argile (au lieu CC agraffe , argitte), éclore (au lieu d'éclorre), poupe (au lieu de pouppe), etc. *.

Depuis, les modifications apportées à Torthographe furent plus restreintes, parfois inconséquentes et contradictoires. L'illustre compagnie semble avoir renoncé à embrasser dans son ensemble le problème de la réforme orthographique. Elle s'occupe de cas particuliers, se laisse guider par des raisons de détail, par des impressions et des sentiments plutôt que par une vue logique et nette de la situation. Voilà pourquoi, après et malgré des tentatives plus ou moins importantes pour réparer Terreur de 1694, l'Académie fait encore porter à la langue le poids de son orthographe étymologique.

L'école étymologique avait triomphé, au mépris du bon sens ; car elle partait d'un principe erroné; en parlant on ne fait pas d'cfgmologie. On se sert des mots tels que l'usage les a faits, sans se préoccuper d'où ils viennent, de même qu'on les emploie dans le sens et avec la valeur que leur donne l'usage, sans se demander l'origine de cet emploi. On parle, on écrit pour exprimer sa pensée, et non pour faire des constatations étymologiques. Que dirait- on d'un auteur qui s'amuserait i\ donner en note l'étymologie de tous les mots dont il se sert? Or, c'est ce qu'ont fait les lettrés qui ont commencé à écrire : phantaisie, phantosme, phrcnétique, i^hilosophe, en employant le ph au lieu de 1/, pour rappeler que ces mots viennent de mots grecs commençant par un 9. Cette prétention d'étymologie n'est qu'un pédantisme intempestif.

Pédantisme inconséquent, d'ailleurs, car pourquoi laisser de côté tant de mots de la langue populaire? Vous écrivez rhythme ce que vous prononcez ritme pour rappeler l'origine grecque du mot ; pourquoi ne pas écrire ego habeo ce que vous prononcez j'ai, pour en rappeler l'étymologie latine ? Pourquoi ne pas appliquer ce principe aux

» Voir Didol. /. f.

• D*OUvet, Histoire de î Académie française. Voir Didot, /. c.

langues étrangères et ne pas écrire riding-coal^ hachcfiachin^ hherou- Mm, ce qu'on prononce redingote, assassin, chéruVin, pour rappeler les sources anglaises, arabes, hébraïques? En fait, l'école étymologique se contente de conserver, dans un à peu près plus ou moins grossier ', le souvenir de quelques-unes des lettres étymologiques pour un nombre restreint de mots gréco-latins. Pour un si piètre résultat, ce n'est pas la peine de se faire une écriture si hétéroclite. Les mots étrangers sont-ils devenus français? qu'ils prennent le vêtement français. Agir autrement, c'est faire violence à la langue.

Kn face , Técole phonétique dresse son drapeau : un signe pour chaque son, un son pour chaque signe. N'est-ce pas là Tidéal? Oui, pour le linguiste ou le physiologiste, qui veut faire l'analyse scientifique des sons émis par la bouche humaine. Mais ne songez pas à transporter dans l'usage courant des procédés de laboratoire.

Voulez- vous noter les sons d'après leurs éléments constitutifs? Ecrivez alors non pas oi, mais icd, puisque le son oi est formé de Vou consonne et de la voyelle a fermé. Et, comme ce te et cet a varient suivant les mots en intensité et en durée, distinguez le w fort ou sourd àejwire, du w faible ou sonore de hoire. Va fermé long de boire de Va fermé moyen de bois ou de Va fermé bref de boîte. N'employez plus les signes simples m ou w pour noter des sons composés qui sont la combinaison d*un b ou d'un d avec une nasalisation : m est à b, ou n est à

d ce que an est à « ; au lieu de mon ami, écrivez donc bod àbi. Et comme chacune des voyelles différentes qui suit la palatale k la modifie différemment dans son essence, ayez autant de signes spéciaux pour noter les variétés de la palatale *. Voilà ce que vous imposera l'application rigoureuse de la méthode phonétique.

Une orthographe phonétique est pratiquement impossible. A supposer qu'on se retrouve dans la situation des peuples romans, quand ils commencèrent à écrire, qu'une nouvelle invasion de barbares vienne détruire toute tradition littéraire, et que les générations suivantes, sans lien avec le passé, recommencent une ère nouvelle, elles arriveraient peut-être à se faire un alphabet q» i mette en accord — jusqu'à un certain point — écriture et prononciation. Mais là encore, la prononciation, abandonnée à elle-même, varierait de province à province, de ville à ville, do quartier à quartier, de sexe à sexe, d'homme à homme, et, chez le même individu, selon l'âge et l'humeur. Chez

* Puisque, malgré tout, on ne nnd pas certains des sons originaux : on ne peut disliogucr IV, de Te, Tw do l'o. Phonétique vient-il de phôné, son, ou de j'honos, meurtre? La transcription française ne dit rien ià-dessus.

* Ainsi, dans eorfs, car^ çuai^ qui, autant de variétés différentes de la palatale k.

LA QUESTION DE LA fiiFOHME ORTHOGRAPHIQUE 305

cliacun do nouj la prononciation subit sans cesse des modiâcations infinies d'accent, de timbre, de durée, que ta physiologie la plus profonde et la plus exacte aurait peine à noter complëteraent. Kt l'on voudrait l'emploi général d'une orthographe phontSliquo ! Ces deux œoti OTihograpIie phonétique jurent de se voir accouplés. Qui dît phonétique dit notation rigoureuse de toutes les variations locales ou iadividueiles do ta prononciation, et tiui dit orthographù entend una notation générale, ofBcielle, ijui, s'élovant au-dessus de ces variations, exprime la jiioi/fniif des nuancei inHnioi qu'elles comportent. Une orthographe phonétique ne peut être qu'une orthographe qui se contente d'à Iro à pfu prén phonétique; au fond, c'est une siiuplillcation de l 'orthographe habituelle. A ce point do vue, il n'y aurait gUiire qu'une question de plus ou de moins entra l'école qui la réclame et l'école qui demande seulement un allégement dans la façon d'écrlro les mots.

Certaines personnes penchent pour la liberté en matière d'orthographe. Qu'on laisse chacun libre d'écrire les mots comme il l'entend. C'était là, en somme, la doctrine du moyen Age, ot malgré l'autorité d'une orthographe traditionnelle, c'est ce que faisait encore l'époque classique. Nos grands écrivains ne se préoccupaient pas de savoir comment écrire, mais comment employer les mots. Pourquoi ne pas continuer cette tradition commode qui n'a pas nui, loin de là, il la langue ?

Parce que l'unité d'ortliographe est aujourd'hui une nécessité ab-* solue, parce que c'est l'achèvement de l'unité do la langue, qui ellemême est, chez nous, un des signes les plus visibles de l'unité na-* tionale.

Notre langue a suivi l'histoire de la royauté. Celle-ci, sortie de l'Ilede-France, s'est annexé peu à peu tontes les provinces do la Gaule ; de même le dialecte de l'Ile-de-France, avec le pouvoir royal, s'est imposé à toutes les provinces, et a refoulé ou fait disparaître les dialectes locaux. L'école primairo, le service militaire vont achever cotte conquête, et, dans quelques générations, une langue unique se parlera par toute la France des Alpes A. l'Atlantique, des Pyrénées à la frontière belge. Pourquoi cette langue aurait-elle des graphies diverses ? S'il ne doit y avoir qu'une bonne façon de parler, il ne doit y avoir qu'une bonne façon d'écrire. L'unité de langue Implique donc l'unité de graphie, c'est-ft-dire une orthographe officielle.

C'est & la France nouvelle que nous devons es dogme nouveau de l'unité d'orthographe. Notre siècle de liberté a fait l'ordre dans les queilions do grammaire. Coïncidence curieuse, et plus qu'une coïncidence. L'ancien régime avait laissé incomplète l'ccuvre d'unification du pays ; la liévolution l'a achevée. Depuis lors, la langue est da-

T. II. ÏO

venue pour tous la manifestation do l'àmo nationale. Partout la mime, elle est une, et le vêtement qui la recouvre, l'orthographe, doit étra un.

ihabat 31

Une graphie officielle s'impose, qui ne peut être ni une orthographe phonétique, ni l'orthographe actuelle. Quo faire? Simplifier cette dernière. Comment î Voilà le nœud do la question.

Nous avons vu plus haut que l'écriture est en désaccord avec la prononciation pour deux raisons : parce qu'elle n'a pas suivi tous les changements que celle-ci a éprouvés dans le cours du temps >, et parce que l'imitalioii latine et grecque l'a hérissée d'éléments étrangers. Cette double action a ou pour conséquence de charger Val/ihabat de signes qui l'ont double emploi les uns avec les autres, et de chi les viots de lettres inutiles.

La simplification consisterait donc : l" à supprimer les doubles tsj leurs de l'alphabet ; 2° à supprimer los lettres inutiles que la tradition orthographique attribue à certains mots.

 première vue, rien do plus simple que de fmre disparaître lei doubles valeuFi Je l'alphabet, de reraplacer^A par/; g chuintant par /; e dur ou ij, cj, cqu, M par k ; ç, c {devant e, i), ss, t [i), x sifflant par s; «t, ei par c; aii,rau par o; aiii, ein, en part'ji, etc.; ou de supprimer les lettres inutiles et d'écrire léatre, crétieii, abi, alraptr, loi [pour toil), Irè (pour liait ou 1res), eureu, premté. Mais, si quelques-unes do ces suppressions paraisiont utiles, la plupart sont impraticable]. On voit qu'elles nous conduisent â une notation phonétique, et qu'elles àifigurenl la langue écrite.

ÂBSurémeat notre langue parlée est toute différente de notre langue écrite. Depuis trois cents ans, les altérations de la prononciation ont produit des ravages considérables qui ont atteint non seulement les mots isolés dans leur forajo, mais encore la grammaire. Voilà plus do deux siècles que les régies générales de la formation du pluriel n'existent plus dans la langue parlée. Il est impossible — si on ne la voit pas écrite — de savoir s'il s'agit d'un singulier ou d'un pluriel dans oeiU%i phrase : Quelle belle petite Jille qui court dam ta rue (ou qutltea

* Lt proDODciitioD cBl dans un cbingemenl perpéluel que r^crilurs doit *uïTni ua« cauric distance. Lea fortes Iriditiaas lillérsiras, en filant surtaut l'jchlurf, ■graadiwcnt celte distance ; de là le besoin de modllieilioa* orthograpliiqurs impo- »ée» d'autorité, pour célablir le rupport noriual. — Sur cette éTotulion pho*^lijat iê

pêUeê filles qui courent dans la rue). Cette langue parlée a sa grammaire propre, différente de la grammaire de la langue écrite, et on a pu la faire».

Mais noua n'avons pas seulement une langue parlée. Nous avons ^ô langue écrite, consacrée par une série ininterrompue de chefsd'œuvre, maintenue par la tradition du livre, de l'écriture, de Técole, ®t dont la grammaire, si peu vivante qu'elle soit dans quelques-unes ^ô ses parties, s'impose au respect de tous. Il est bien vrai qu'aujour- ^\\ le présent de l'indicatif, dans la première conjugaison, n'a plus ^^^ trois formes : èm' {faime, tu âmes, il aime, ils aiment), émon {nous .^'^n^), émé [vous aimez). Il est vrai que Vs du pluriel dans les noms ^t ^ peu près disparue {le père, les pères : le jièr, lé pèr), que dans 5^f ^Ucoup d'adjectifs la formation du féminin est à peu près illusoire ^^U^ jolie; vrai, vraie). Mais supprimer la conjugaison aime, aimes, ^^«, aimons, aimez, aiment, ou la formation du pluriel ou du féminin, ^^^8 prétexte qu'elles appartiennent à des époques disparues, serait

^ crime de lèse-langue.

^. ^'est notre devoir de défendre ce trésor national contre les altéra-

^^118 de toutes sortes, et si nous touchons à la langue, écrite, do no

^^^^rter sur elle qu'une main légère et discrète. En proposant dos

"Rangements, évitons de faire aux habitudes orthographiques une trop

^^ande violence. C'a été l'erreur de tous les réformateurs qui du

ri« siècle à nos jours ont voulu transformer l'orthographe, erreur qui

condamné leurs tentatives à un ridicule avortement.

C'est en orthographe surtout qu'il faut tenir compte de la tradition. VoUà deux siècles et plus que Bossuet reconnaissait que l'œil, comme Voreille, a son habitude faite des mots : changer la forme sans toucher ^ux sons, c'est les rendre aussi méconnaissables que d'altérer le son en respectant la forme. Nous associons indissolublement Timago du înot prononcé, et en disant de l'eau nous voyons en idée le mot de Veau écrit, si bien que si nous lisions de h, nous nous demanderions ce que Teut dire ce. groupe barbare.

Prudence, tact et mesure, voilà ce qu'il faut demander aux réformateurs : ils ont à examiner chacune des modifications proposées jusque dans ses conséquences les plus lointaines. Ils doivent songer également à un point capital, qui est l'enseignement grammatical. Si, au lieu de le simplifier, les réformes ont pour effet de le complii^uer et d'augmenter les règles et les exceptions, elles sont à éviter.

* E. Koschwilz, Neu/ranzôsisehe Formenlchre, nach ihrcm Lautstande dargatcW» Oppeln, 1888, ia-8«.

308 trUDSS FBAKÇàCTS

A. — Sùnpii/Uation éb ((ûphaM.

1. Uae première réforme» d*ane pratique facile, consisterait à rem*-^ placer le M (= •) par le / {== *), le e& (= x) par le c, le ph par 1/, l'y (à valeur dï) par », et Yx (à valeur de sifflUmte ample) par « ou m ; autrement dit, à remplacer les signes les moins usités par leurs équivalents plus connus.

Les quatre premières de ces réformes atteignenC presque toutes ^ des mots de formation savante, et, par conséquent, en facilitent l'emploi à l'immense miyorité du pajs et ne troublent les habitudes et les scru« pulos que d*un nombre fort restreint de lettrés. Qu'on écrive arlografêt filosofiê (comme le faisait Voltaire), fotografiê^ fi^iqm^ Jïisiê, rilme^ on ne fera que reprendre la tradition de Tancienne langue, la tradition même de l'Académie qui, en 1762, abandonnait les graphies ikroné, phlegmalique, phantoms^ phioU^ ehymie^ etc., pour les graphies actuellea trône, flegmatique^ fantôme^ fiole^ ehinUe^ etc.

La dernière simplifie la grammaire et supprime plusieurs règles inutiles dans la formation du pluriel des noms ou du féminin des acyec* tifj9, et dans la conjugaison. Tuyau^ chapeau^ feu^ genou^ feront au pluriel tugaus, chapeatis^feue^ genous, comme 2^* fait ai\jourd*hui fo», après avoir fait longtemps loix ; on écrira |mi/s, crois ^ vois^ et on n*aura plus besoin de la règle qui laisse sans e au pluriel les noms terminés par X, On écrira heureus^ jalons^ et il sera inutile d'enseigner que le féminin do ces adjectifs se forme en changeant xqtl se: heureuse, jalouse. Les verbes pouvoir^ vouloir^ valoir feront je peus, tu peus, je veus^ iu reus,je vaus, tu vaus, comme craimlre et venir font je crains ^ iu crains, je viens, tu viens. Voilà d'utiles simplifications.

2. Voici une modification plus hardie. Elle consiste à noter le g chuintant par/etTs douce par^r: jujer, manjons, plonjon, — maizon, azile, tranzit, en prenant pour modèles jambe, juin, je ; zéro, zèle, etc. L'orthographe n y trouverait pas seulement son avantage, mais encore la grammaire ; car du coup on supprimerait la règle des verbes en ger qui intercalent un e après le g devant aei o [mangeons) et la difficulté que présente la prononciation des mots en geure, tels que vergeure que beaucoup prononcent, à tort, verjeure.

Cette modification serait surtout importante par ses conséquences futures.

Les simplifications que nous étudions ici ne doivent pas se faire toutes à la fois, mais s'échelonner sur un espace de temps plus ou

* Sauf la subslilulion de i à y dans ]/eus, ycutt, yacht , elc*

^oins considérable. L'Académie a le temps devant elle ; elle a aussi 1 autorité, puisque l'opinion publique lui a réservé le droit de toucher û ^'orthographe. Si donc elle s'attache à une réforme de ce genre, elle pourra poursuivre dans son dictionnaire, d'éditions en éditions, l'œuvre "® simplification et préparer à chaque génération le terrain pour loi ^'Opines des générations suivantes.

^i Ja prochaine édition, celle de l'an 1900, consacre par exemi)lo

^^^^ substitution du/ et du z an g chuintant et à Ys douce, le public

® ;*930 ne connaîtra plus d'autre valeur au g que la valeur do palatale

\'^ a dans guérir et à Vs que la valeur de sifflante forte qu'elle a dans

''• A ce moment, l'Académie écrirait gêrir et desin qu'on no lirait

f^ chose que guérir et dessin, La suppression du p ou du c devant

' *» ^insi que du t (t) serait bien près d'ôtre un fait accompli ; et l'on

^'^^it écrire isi et nasion^ sans danger d'erreur. Actuellement, ou

j. Po^ (le reprendre la graphie du moyen ûge et d'écrire naciou,

k ^^^^ 9 c® serait peine inutile, puisqu'il faut tendre à supprimer

^ Sifflant», j^ ^' Pour le ch chuintant, n'ayons qu'une graphie, ch, et supprimons ^i 5^ ou le sh qui se rencontrent dans quelques mots seulement : chisnw, (s^*"^'e, chako (et mieux chaco) auront au moins Tair de mots français. ^ ^t ainsi qu'il y a quelque cinquante ans l'anglais shmrl s'est trans- ^ïmé en châle.

4. On ne peut songer aujourd'hui à simplifier la graphie du I: on "opprimant le q, le qu, le cqu, ni à toucher à 1'/ mouillée, ce son (jui

^3t d'ailleurs en voie de disparaître. Quant à remplacer par la notation X^honétique « la nasalisation des voyelles qu'indiquent Vn ou V)n post- )>osées, ce serait chose aussi téméraire que de vouloir rt^gularisor

(d'après les principes phonétiques) les graphies (\oVou consonne, do lu

consonne ou de Vi consonne.

Il est plus prudent de laisser sur ce point les choses en l'état.

5. Pour les voyelles, ne touchons pas à ai, ci, au, eau, ain, ein, in, m (dans rieii) ; les mots contenant ces sons appartiennent tous à la langue populaire, et ils sont trop nombreux et d'un usage trop journalier pour qu'on puisse sans danger troubler des habitudes fortement établies.

6. Mais supprimons œu, œ au profit de eu dans hœuf, sœur^ nœud,

* Ce ferait poursuivre et mener a iin une réfurmo commencée depuis longtemps par la lanp^ue. L^s ou les ss rcrop'acenl un e sililant primitif dans les verbes apetisser, chasser, chausser, croiser^ dresser , embrasser^ fioisse-^ glisser, hauaser^ ht^risser^ plisser, tisser, tresser, clc , et leurs dérivés ; dans {gîte je) fasse ; — dans )iiassue^ boiston, buisson, chanson, cuisson, écusson^ frisson, nourrisson, polisson, joison, sangle, etc.; coulisse, pelisse, r^gliss^, jaunisse, saucisse, etc.; arcasse, bécasse, bcsliassî, bonasse, cognasse, culasse, hommasse, lavasse, hidasse, mollasse, paillasse, tignasse, traînasse, etc., et leurs dérivés.

vtsu, mil, et écrivons hu/, smir, comme neiif^peiir ; mad, veu, comme*! peu et veut. Écrivons Miiî, ne serait-ce que pour rendre plus simple li pluriel yft/J^, ieiix; comparez àieiil, aietix, et euil, ieux (ieus) ', YotUkfl des changements faciles parce qu'ils n'atteignent que quelques motsi isolés.

7. Une grave question est celle que soulève la représentation de d nasal par un et par en : chniit [canhim), cent [eeiiluin). Un mot d'histoimfl n'est pas do trop pour en rendre compte.

Vers le viii" siècle, le françaia naissant avait assimilé au participe ' présent en ant des verbes de la 1^° conjugaison les participes en mt des autres conjugaisons; il changea ivii(?-ph^pj« on vend-anie, vsndeuik Voilà pourquoi lotis nos participes présents ont ant, et tous les sub- . stantifs dérivés de ces participes ont a : cred entent, cred-anie, (rèantM [croyant) ; cred-mlia, cred-aiitta, créance {(royance), ■

Au xn" siècle, le dialecte français transforma également en nasale de ' l'a toutes les nasales de ïè qu'il possédait alors, et qui venaient d'un e ou d'un t latin ; cet e nasal qui se prononçait comme notre in actuel, uno fois qu'il fut devenu an, s'ccrivit aussi le plus souvent an : an/anl, va»iire,fandre, sagemani, etc. Telle est l'ortliographe des grands poètes français ou champenois du xit* siècle, par exemple de Crestien do Troyes,

De cette tradition du moyen Age, il nouâ est resté des traces asse nombreuses ; langue (anciennement lengue. de lingtio), ftnns [aens, ec<n*M intm), lénns [tmis, Hlac-intus), dans, dedans (dtfis, dû-intm), sanglai (renijh, cinijttlu), sans {sens, de sine), andonitte (eiuioutlle), ainandê {amende, de amiilduJa, amigdula), etc. Toutefois, la notation primitive par m triompha dans la langue moderne, grâce surtout A l'action d«B latinistes qui, de leur c6ié, avaient introduit quantité de mots latins contenant le groupe «H et qui, tout en le prononçant ah, à la française, et non hi, à la latine, le notèrent comme en latin, sans crainte de faira violence à la langue.

Il y aurait grand avantage à reprendre ici la notation française, et b. adopter partout an ; les confusions et les difficultés que présente cette double notation d'un même son simple seraient ainsi écartées. Toulafois, comme le changement atteindrait une quantité considérable de roots, l'Académie pourrait parer aux inconvénients momentanés de cette simpliâcation, en autunsant ad libitum les doux graphies par Ol J et par an, ■

' Oa pourrait laiieer Jusqu'à nouvel oidra U ftriphia caeiltir, i cauM de la diftculié que pr^ulciait It cambiocuon de la pililile et ds li TOjolle suimite ri on

B. — Suppression des lettres inutiles.

Les mots français contiennent des lettres inutiles, soit parce que ces lettres ont été ajoutées après coup et arbitrairement, soit parce qu'autrefois prononcées, elles sont restées dans récriture, alors que Tusage parlé les faisait tomber.

1. Les lettres dues à la première cause, surcharges malheureuses qui sont venues altérer la physionomie des mots, ces lettres doivent disparaître. Il faut ici renoncer à la tradition latine ou gréco-latine, et reprendre hardiment la tradition française, écrire ahé^ fiape, natê^ acahter^ atraper, apeler^^ abatre*, mètre ^ chante^, charete, couri^r^^ troter, sote — bèîe, nonvele, mile, — jète^ jèterai, — bateme^ batiser^ domter (comme écrivait Bossuet), ou mieux encore douter. Quel soulagement apporterait cette simplification réclamée depuis plus de deux siècles ! On peut affirmer qu'il n'est pas un lettré, fût-il de l'Académie française, qui n'ait hésité une fois au moins en sa vie sur remploi des consonnes doubles, alors que la prononciation n'en indique qu'une, tant les contradictions abondent sur ce point dans notre orthographe officielle ! Quel soulagement aussi pour la grammaire ! Toutes ces règles bizarres sur la formation du féminin dans les adjectifs, des futurs et conditioanels des verbes en eler et eter^ s'évanouiraient soudain au grand profit des maîtres et des élèves '.

Il n'y a de question que pour Yh muette, lettre inconnue à la vieille langue, et que l'imitation latine, après coup, a introduite dans quantité de mots. La suppression de cette lettre, si souhaitable qu'elle soit, atteindrait trop de mots pour qu'on pût l'opérer en même temps que les autres : on peut surseoir à cette réforme eu s'attachant aux plus urgentes.

2. Les lettres représentent des sons jadis usités. Ici, la question est complexe.

Nombre de voyelles et de consonnes médiates, depuis longtemps tombées dans la prononciation, ont disparu de l'écriture au xvii® et au xviii^ siècle. Ainsi 1'^ dans eage, âge, dans les finales en eureipicquenre^ piqûre, ou Ys après une voyelle et devant une consonne : escole, école ; teste, tête,

* Cf. apercevoir, apûuvrir,

* Cf. ahatée, ahatit,

* Cf. chariot,

* Cf. Courier, nom propre, et courir, courant,

* Il y aurait a ezamiDer par le détail nombre de faits particuliers ; mais ce n^est pas Tobjet de cette étude générale d'approfondir tous les cas : il suffit ici d'indiquer seolemeni les grands traits de U réforme a proposer.

312 ÉTURES FR.\XÇA!SES

Nous avon3 aujourd'hui à l'intdrieur des mots une voyelle, e, et une consonne, ji ou m (deYiiiit n ou m), qui no se prononcent pas. Ou écrit pieusfmeiil, donner, sommeil, et on prononce jitfHs'-mrt», doii-tr, som-eil. Faut-il supprimer ces lettres devenues sans emploi ? Pour Vn et Vtn, la suppression parait utile : jadis la première de ce* deux consonnes nasales avait pour fonction d'indiquer que la voj'elle précédente était nasale. On pronongiitt don-iur {don, comme dans le substantif), son-^ mei7, nn-née, hon-neur, couron-ner, prttdan-mtnt, conslan-meni, etc., stj l'on trouve des traces nombreuses de cette prononciation dans nos pro- vinces de l'Ouest et du Midi, Mais la prononciation de Paris, qui doit faire loi, a réduit le son nasal an, on, au son de la voycUe pur do-7ifr, so-mcil, a-nre, /lo-itfur, coitro-ner, pnida-mcnf, ronsla-meiit. Il y aura tout avantage à ramener la graphie â la prononciation saura par 1:1 qito, où il y a deux n ou deux m, il faut les prononçât*] toutes deux : lyraimeau deviendra lyraneau, c'est-ù-dire tyra-nfOU,.'^ mais li/ranniqw restera, lyranniqup, e'est-â-dire ti/ran'tiique.

Quant à la suppression de Ve muet, elle eit maintenant accom] quand Ve muet est précédé d'une voyelle : dûmml, rraîmmt, sauf dans' la conjugaison ; prirai, joûrai sont des licences poétiques qu'il ne faut pas introduire dans le lang^age courant. Car cette suppression aurait pour résultat d'ajouter une nouvelle exception & la théorie du futur. Il est plus simple do laisser écrire échouerai que khourai ; l'usaga toijl seul enseignera à ne pas prononcer l's muet devant rai.

h'e muet placé entre deux consonnes doit être en général conservé il est évident qu'il serait impossible d'écrire ;îi>Kzme/i/ pour ;wws«««rfJ évcnnunt pour événement '.

Les voyelles et les consonnes /jKito devenues muettes doivent êl maintenues. Parmi les voyelles, il n'y a que \'e muet qui soit disparu dd la prononciation ; les consonnes devenues muettes sont trôs nombreuses : h [plomb], e (hriic), d [grand], f [des haufs), p [drap), et surtout r, s, I. A moins d'un bouleversement complet dans notre orthographe, bouleversement qui ferait du français une autre langue, on ne peut songer il écrire : Lepremiè des hergèva chmiU vn beï romans' bien tourné.

Les finales donnent au mot sa physionomie propre et l'achèvent, et on ne peut y toucher sans altérer lu langue. C'est ici que se distingua clairement la notation phonétique de la notation orthographique sini'*-pliSée, Pour les phonétistes, ces finales, no répondant à rien de doivent disparaître ; pour les grammairiens, elles font partie intii mot.

(.11 l'oi^JI

ipli^l lans^H

lut ait

11 faut les conserver, sans se préoccuper des rapports de la graphie à la prononciation, parce que, si on voulait être exact, on arriverait à des complications extraordinaires : on écnvaii îin gran garçon^ un grant enfant, une grande fil le ; ils sont si frères , ils sont siz enfants, ils sontsis\ Il faut les conserver parce qu'elles expliquent le plus souvent la dérivation : la finale de trait reparaît dans traiter^ de plomb dans plomber^ de succès dans svccesseur, de gris dans grisâtre^ de berger dans bergère, de bonnet dans bonnetier, de pot àans potée.

Résumons les faits qui précèdent. Les simplifications pratiques sont celles qui consistent à remplacer le th par t, le ch (= A), leph, Vy, Yx sifflant simple, le sch et sh par c,f, i, s {ss), ch\ \e g chuintant et Vs douce par y et z, ïœ et Vœu par eu, Yen par an ; à supprimer dans l'intérieur des mots la première des lettres doubles ou des groupes de consonnes qui ne se prononce pas, à laisser tomber Vh muette.

Chacun de ces changements serait à étudier dans toutes ses conséquences, et il faudrait s'assurer s'il peut s'appliquer sans inconvénient à tous les mots qui en relèvent. Il faudrait déterminer le nombre des mots ainsi atteints, et, pour ne pas apporter de troubles trop rapides et trop violents dans les habitudes orthographiques, échelonner sagement les modifications suivant leur importance et leur facilité.

Elles doivent être réparties sur une longue suite d'années, ne l'ou* blions pas.

La réforme orthographique que nous venons de soumettre à l'analyse s'impose par la force des choses et se réalisera, plus ou moins complètement, un jour ou l'autre. Si l'Académie la tente méthodiquement et entreprend de simplifier l'orthographe actuelle, graduellement et d'après un système fortement établi, on peut être assuré que Topinion publique l'acceptera avec empressement, et que les gens qui lisent et écrivent, c'est-à-dire bientôt la nation entière, salueront avec bonheur cette économie d'efforts et de travail.

Il y a avantage à simplifier l'orthographe ; il y a danger à la laisser telle qu'elle est.

Aujourd'hui l'enseignement de la langue, à l'école primaire, et parfois ailleurs, se réduit avant tout à un enseignement d'orthographe. Or les gens élevés dans le respect de la lettre écrite ont une tendance à prononcer les mots tels qu'ils les voient écrits. Déjà l'orthographe étymologique a fait subir à la langue de fâcheuges altérations. L'ancien

français arcêVêsquê, sorti régulièrement du latin archiqnseqpus * , a été écrit archêvespiê (par souvenir du X ff^^f ^^ ^^ latin), tout en continuant à se prononcer arcevesquê. A la longue, Taction de la notation ch, qui avait le plus habituellement une autre valeur, a amené dans ce mot la transformation de la sifflante en chuintante. Nous avons cité plus haut cette orthographe savante qui substitue la préposition latine ad ii la préposition française à dans quantité de mots composés : ad^ mettre^ adjoindre, advenir, etc. Jusqu'au xvn* siècle, ce d s'écrivait sans se prononcer ; puis on finit par dire ad-jobidre, ad-meitre^ ad-verhe, ad^versaire, adr-venir (à côté de avenir), Oseitr, asienùr ont été écrits obêcur, abstenir : le h qui ne se prononçait pas est aiùourd*hui parfaitement prononcé. On a écrit legs au lieu de les ou lais (de laisser)^ et beaucoup de gens font entendre maintenant le jr. Il j a trente ans on disait indamniser en écrivant indemniser (latin indemnis) ; aujourd'hui on prononce indemniser à Paris et bientét dans la province. On écrit grammaire parce qu*autrcfois on prononçait gran-maire ; la nasale a disparu dans gran (comme dans iam de eonstam-ment, aujourd'hui con^ sta-meni) : et maintenant on dit gram* -maire en faisant sonner les deux m ; sans doute qu'on dira bientôt consiam'-menL On commence à pro« noncer dom-pier au lieu de don^ier^ et nous ne sommes pas loin du temps où l'on dira ecm-pier. Une foule de liaisons, inconnues de nos ancêtres, s'imposent de par l'école et la lecture. La tradition et les usages séculaires s'oublient. La langue écrite déforme la langue parlée. Qui doit en effet avoir raison, du mot écrit, chose visible et tangible, qui no peut sûrement se tromper, ou du mot parlé, chose fugitive, instable, insaisissable, qui n'a par devers elle aucune preuve apparente qui la justifie? Evidemment, c'est le mot écrit. Et la prononciation s'incline devant l'écriture. Si nous n'y prenons garde, nous livrerons une bello langue à nos arrière-neveux !

A ce grave danger, un seul remède est possible, la simplification de l'orthographe ; elle seule écartera ce péril ; elle apportera encore d'autres avantages.

L'enseignement de la langue en sera facilité, et l'instituteur, débarrassé de la partie la plus lourde et la plus inutile de son fardeau, pourra faire porter ses efforts sur d'autres points plus graves et d'une portée plus grande. L'enfant, arrêté moins longtemps à l'étude des faits extérieurs, abordera plus à loisir et avec plus de fruit l'étude même de la langue. Il entrera dans cette étude féconde et vivante qui doit lui apprendre à saisir les pensées des autres et ses propres pensées, discipliner son intelligence, l'habituer à l'analyse des idées et à la réflexion,

' Le cbaDgement du latin chi eu e est normal ; cf. bracaia^ en ancien français hrace, aujourd'hui brasBe,

et lui donner enfin les qualités d'observation, de clarté, d'ordre qu'il doit porter plus tard dans la pratique de la vie. La dictée orthop^aphique deviendra à pou près inutile : quelle économie de temps ! Comme on Ta déjà fait remarquer, voilà résolue la question du surmenage dans DOS écoles primaires.

Simplifiée pour nos enfants, Tétude de la langue le sera de mémo façon pour les étrangers. Nous faisons en ce moment do grands efforts pour introduire le français dans nos colonies et dans les pays d'Orient. La complication de notre orthographe est une des grandes difficultés auxquelles se heurtent maîtres et élèves. Rendons cette étude plus facile et nous ferons œuvre patriotique.

Tous les esprits sensés sont d'accord à réclamer une réforme orthographique. Il va des plus précieux et des plus chers intérêts de notre langue.

{Mémoires et Documents publiés par le Musée pédagogique,

rttsciculc no 73, 1888.)

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