‹ Remarques. 1-12. août 1917-juillet 1918Chapitre 14 sur 75 · III · texte numérisé non relu

III

La conscience des forts donne aux faibles le prix que peut être ils n'ont pas. La Cité se forme autour de ce noyau de conscience : c'est elle qui fait connaître aux forts ce qu'ils doivent aux faibles, et le besoin même

FORCES qu'ils peuvent en avoir. Au fond, la loi n'est rien de plus qu'un système de balances : elle compense des inégalités, jusqu'à ce qu'elle ait établi un équilibre.

Car enfin nous ne sommes vraiment hommes que pour nous soustraire à la fatalité : seuls, nous pouvons en concevoir le dessein. II n'y a donc rien de si contraire au sens humain que d'invoquer sans cesse les origines animales de l'homme contre les progrès de l'homme, et ses racines plongées dans la nature contre ses plus belles illusions.

En tout, je vois le problème et la recherche des origines empoisonner l'effort de l'homme à une vie plus belle, plus juste et plus libre. Manie du péché originel, après tout, et qui voue le genre humain au cilice et à l'enfer. En quoi le point d'où l'on part est-il maître du point où l'on va ? Il faut chercher les origines pour s'en délivrer, et non pas du tout pour s'y enchaîner davantage. Il faut les connaître pour se dérober à la plus cruelle servitude, et non pas pour se régler sur elle à jamais. Si l'homme ne sait pas s'affranchir, rien ne l'affranchira. Hors celle qui m'affranchit, je ne connais pas de force humaine en moi.

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