‹ Remarques. 1-12. août 1917-juillet 1918Chapitre 30 sur 75 · ÉGLISES · texte numérisé non relu

ÉGLISES

La logique des intérêts est fatale.

Derrière les dogmes, il y a les théologiens ; et les docteurs parlent pour les églises. En politique, les idées sont les enseignes ; mais les étendards ne doivent pas nous cacher les armées.

Deux puissances ont à la guerre le même intérêt que l'Allemagne : ce sont deux églises, la catholique selon le Vatican et la socialiste selon Marx. Les socialistes ont beau s'en défendre, par tous pays : ils s'indignent de bonne foi ; mais ils se méconnaissent. Qu'importe la bonne foi ? les fanatiques sont presque toujours sincères, même s'ils mentent. Le dogme de Marx est allemand, et il a besoin de l'Allemagne pour s'imposer au monde. De l'Oural à Gibraltar, et de Milan à San-Franscico, toutes les forces catholiques tiennent en secret pour les empires allemands (1), et tous les partis socialistes se sentent déchirés d être en guerre avec l'Allemagne. N'est-ce pas assez de nommer la Russie ? Le Belge même (2) pardonne en son cœur aux Allemands, sans soupçonner l'horreur qu'il inspire. Le vrai catholique

(1) Il s'agit des neutres. Mais il est des neutres secrets en tous les pa>-s.

(2) Hu>-smans. Je veux le clouer ici.

préfère le Vatican à son pays ; et le vrai socialiste préfère son parti.

En leur qualité d'églises, qui détiennent la vérité révélée, ces deux confessions sont universelles ; elles ne croient pas aux nations, ou se croient bien au-dessus d'elles. Tous les catholiques sont forcés, en principe, de prendre le mot à Rome, même le cardinal Mercier. Tous les socialistes avaient l'habitude et l'étrange folie de prendre le mot à Berlin : les Allemands ont régné sur tous leurs conciles depuis trente ans.

Voilà les deux Internationales, la sacrée et la profane, celle du ciel à ce que prétend le pape, et celle de la terre à ce que Marx assure. Mais on ne néglige jamais, ici, de mettre la terre dans le ciel, et là, de mêler solidement le ciel et la terre : les idées suivent les intérêts. Deux églises, deux sacrés collèges, avec leurs séquelles d'offices, d'inquisiteurs de la foi, leur hiérarchie de docteurs et de commis, leurs prêtres, leurs moines, leurs fidèles, leur trésor, leur symbole, leurs décrets, leurs excommunications, leurs livres saints et leurs lois universelles.

Que sont-elles, ces puissances, sinon deux empires ? Le Vatican n'a jamais abdiqué le sceptre du Capitole ; jamais le pape n'a cessé de prétendre à l'héritfige du César romain. Le saint-siège socialiste d'Allemagne compte bien sur la victoire de l'empire allemand, pour

Eglises

établir par toute ia terre l'ordre nouveau et la vérité nouvelle.

Si le génie de l'Occident l'emporte, l'avenir est sans doute à la réforme sociale, mais fondée sur la volonté libre, non sur l'organisation de la fourmilière ; et non pas sur la matière, sur lesprit.

Pour le vrai socialiste, élevé dans le dogme de Marx et de l'école, l'Allemagne est la nouvelle Rome. Même athées, ils ont le culte de cette idole : la justice sociale leur tient plus au cœur que la vie d'une nation, qu'elle qu elle soit. Comme l'ordre nouveau, selon eux. ne peut s'établir qu'à l'allemande, ils sont pour les Allemands jusque sur les champs de bataille, jusqu'en mourant sous le canon de l'Allemagne. La dissolution de la Russie en témoigne : il y a partout un parti qui envie la paix russe. Pour cesser d'être allemande il faut que la religion socialiste cesse d'être matérialiste.

Au Vatican, Rome est toujours le prix de la victoire et le signe de l'empire. La brèche de la porte Pie doit être comblée : mais qui la réparera, si ce n'est l'Allemagne triomphante ? Il n'est pape qui l'ignore : pour I Italie, Rome est le gage de la vie : l'Italie rendra le dernier soupir, avant de rendre Rome. Le pape ne peut rentrer dans ce qu il appelle son bien, que sur les pas d'un vainqueur allemand.

Opposées en tout, les deux églises s'accordent là-

REMARQUES dessus. Elles seules, d'ailleurs, prétendent régler universellement la vie des hommes, en leur donnant le bonheur avec la vérité infaillible et la justice.

11 ne manque au pape que d'être allemand. Il ne manque au concile socialiste que d'être catholique.

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