POUR ÊTRE VRAI
Faut-il mentir pour se donner raison, même quand on a cent fois raison ? faut-il mentir pour vaincre ? et ne vaut-il pas mieux, comme au fond de soi-même, être vrai devant tout l'univers ?
Non, l'antique Rome n'est pas un prétoire de souveraine justice dans un bois d'oliviers. Non, Rome n'a pas vécu pour le droit tutélaire. Comme tout ce qui vit et qui veut vivre, Rome a vécu pour la puissance. Mais sa raison a fait que la puissance en elle a pris la forme du droit, cette épée à toute main et abstraite.
L'ordre romain ne s'est pas établi sans d'horribles violences. La politique romaine a pu avilir les Grecs pour deux mille ans, en dépit de leur génie. Elle a trouvé moyen d'anéantir les Puniques, au point qu'il n'est pas resté une pierre d'énormes capitales. Elle n'a pu tanr le génie d'Alexandrie ; mais elle a traité la mère Egypte comme la Hollande a fait les îles sauvages de la Sonde.
On vante beaucoup le bonheur du monde grec sous les Romains. Il n'y a pas de bonheur pour les vaincus : ils ont un maître. Ni l'Egypte, ni la Grèce, ni l'Asie n'ont dû leur prospérité à Rome : le repos tout au plus, et la décadence. Le repos n'est pas la vie ; la paix servile, même prospère, est une félicité pourrie. Les mœurs