‹ Remarques. 1-12. août 1917-juillet 1918Chapitre 70 sur 75 · ENSEVELISSEMENT · texte numérisé non relu

ENSEVELISSEMENT

Pour Jean Pottecher, morl comme un saint dans la halaille de Fère

LE PÈRE Doucement, je vous prie.

0 mon lys fort et grand comme un chêne, 0 chêne pur autant qu'un lys !

Doucement et sans bruit.

Comme une femme prend un nouveau-né qui dort

Pour le rendre au berceau et se penche sur lui.

Vous, jeunes gens, ses compagnons et ses amis.

Prenez-le sur vos bras. Tenez pieusement.

Tenez entre vos mains fortes et fraternelles

Ce doux héros si bon, si vrai, si ferme. Cette fleur d'homme sans défaut.

Plus vaillante et plus blanche que le glaive. Et parfaite aussitôt qu'épanouie.

Non, pas de femmes ici, pas de chair mortelle : Elles ne mirent qu'elles dans leurs peines Et meurent plus aisément qu'elles ne s'oublient. Que le cœur d'homme seul parle à la vertu d homme.

Le voilà, ce beau mort à la bouche si bonne Qui n'eut jamais que l'amour sur les lèvres ; Le voilà donc sans voix, sans regard et sans joie. Ombre déjà d'une si belle vie.

Faut-il que je te pleure, o mon enfant chérij?

Lequel de nous n'est plus sur la tranchée des heures,

De toi qui vas partir ou de moi qui demeure ?

C'était mon fils, en vérité, c'était un fils !

11 vivait, et je vis. Il n'est plus, et je suis.

Il ne résiste plus, lui qui n'a tenu tête

Qu'au mal seul et qu'à la seule horreur de la bête.

Quand dans l'homme elle montre ses dents de folie.

Il ne résiste plus : la mort est donc un bien.

Puisqu'il l'accepte et puisqu'un tel choix est le sien ?

Il n'a jamais été plus beau ni plus docile.

Son grand corps s'abandonne et consent au repos.

Il ne vous offre plus le brancard de ses os.

Ni ses soins, ni son sang, ni sa longue insomnie.

Comme il dort à présent ! Voyez comme il sourit.

Jamais la jeune paix n'eut un plus beau sourire :

Rien d'amer ne se mêle à ce miel si facile

Qu'il est toute l'abeille et la ruche à l'entour.

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