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SE CONTREDIRE

Droit de se contredire : droit d'être en amour avec l'objet. Et bien plus qu'un droit, c'est une inclination et peut-être un don fort rare, une vertu comme on dit.

Comme on ment par respect humain, on craint de se contredire par respect de la raison.

On change ; et l'homme demeure, tout en changeant. Sans doute, tout se modifie en lui ; mais non le sens profond de sa volonté, et sa conscience. L'essentiel est d'être toujours vrai avec soi-même. Il y a plus d'une vérité, nous le savons bien : la vérité du jeune homme n'est pas celle de l'homme achevé. Le point, pour chacun, est d'accomplir sa propre vérité.

L'instinct de se contredire est celui de se renouveler. Qui se contredit, et s'efface dans la contradiction, il cherche à sortir de soi ; il s'en tire autant que faire se peut. L'instinct de se contredire est alors celui de contempler. C'est être poète tragique.

On ne veut rien prouver. On veut comprendre de la bonne façon : on veut être ce qu on pense.

A défaut de l'art et de la belle passion, il n'y a que le bonheur de penser.

Art, passion, pensée libre de tout intérêt, trois formes souveraines de l'action. Tout le reste est métier, ou action pour le commun. D'ailleurs, le métier a ses joies ; l'action commune a sa récompense. Il ne faut rien de plus que de bien faire ce qu'on fait, d'y trouver l'emploi de sa propre nature, et de s'en contenter.

Puis, l'on a si vite fait de voir dans les joies que l'on goûte autant de mérites et de vertus.

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