PROJET D’IMPOT
Etranger au Peuple , & propre à de'truire l’excès du luxe & augmenter les finances du tréfor , réfervé à acquitter la dette nationale.
T .F. luxe : c’efl: un genre de mal qui ne fe doit guérir que de lui-même, par exemple, les goûts exquis qui s’en vont écrafant , renverfant tout ce qu’ils rencontrent fous leur p adage : un bon impôt fur ce luxe effréné : ah , combien l’humanité applaudiroit celui-ci ! qu’importe au petit-maître de payer vingt-cinq louis par an le plaiflr de fe caffer le cou ou de fe brifer quelques membres ? Cet impôt n’arrêteroit pas les goûts exquis, &c fi cela étoit, combien les pauvres piétons béniroient cette révolutic n „ humaine ; les cabriolets plus modeftes , mais qui n’en font pas moins pernicieux , ne payeroient que la moitié de ce droit.
Pour
Pour les voitures des petites- maîtreffès » encore un impôt ne leur feroit point dé niai , elles n’en feront pas moins triompliantes. Je voudrois que l’on mît* par exemple, un impôt utile fur les bijoux comme fur les modes qui fe multiplient du matin au foir, & du foir au matin.
Un impôt encore aufïi fâge qu’utile, feroit celui qu’on pourroit créer fur la fer-* vitiide ; plus un maître auroit de valets % plus fon impôt feroit fort.
On devroit créer encore un impôt fur le nombre des chevaux , des voitures , des chiffres &c armoiries ; la voiture fimple caraélériferoit l’homme qui rte pourroit s’en difpenfer;le chiffre, le luxe, Scies armoiries, l’orgueil; ce qui doit payer davantage que le modefte Sc l’indifpenfable.
Un -impôt qui eff très-vifible &c qu’on n’a pas encore apperçu , c’eil celui qu’on pourroit mettre fur tous les jeux de Paris, comme Académies, Maifons particulières.
Palais des Princes &c Seigneurs.
Si on vouloir encore alfeoir un impôt fur
la peinture & fculpture , il ne feroit pas fi déplacé.
Le peuple ne fe fait ni peindre , ni fculpter , ni décorer fes appartenons. Un tel impôt ne peut nullement lui nuire , ainli que tous ceux que je mets fous les yeux du Roi & de la Nation , & qui peuvent enl'emble rapporter gros a l’Etat. Sans notions de Géométrie & de Finances, j’ofe garantir, par mon plan, la dette nationale acquittée avant cinq ans révolus, & l’effet fera reconnoître ce que j 'avance ici.P eut-être ferai-je allez heureufe pour voir l’accompliflèment de mes fouhaits j tous mes impôts font d’une nature à ne révolter perfonne, excepté les petites-maîtreffes S c les petits - maîtres ; mais leur fiel n’eft pas meurtrier, & le public applaudira à mes projets.
Que l’impôt volontaire foit à la tête de ceux que j’indique, & je devance mon époque au moins de quatre années. Nous chanterons enfuite en chorus : Vive la France , vive fon Roi , & vive la Patrie,
Il eft reconnu que le luxe, chez tous les Peuples & dans tous les tems, a entraîné la décadence des Etats, la force &c le courage des hommes. La France nous offre aujourd'hui ce terrible exemple ; quel moyen le Gouvernement pourra- 1- il trouver pour arrêter ce luxe effréné ? Eftce un Arrêt, eft-ce un Edit? Sont- ce les défenfes du Parlement qui pourront produire cette fage révolution? Non, ces moyens font impraticables ; mais que le Gouvernement, d’accord avec les Parlemens , faffent fortir des impôts qui corrigent l’excès du luxe. Si ces impôts n’acquittent pas la dette nationale, le public deviendra plus modéré dans fes caprices déréglés , & les grands Seigneurs donneront fans doute les premiers cet exemple; les fuites prouveront combien ces impôts deviendroient falutaires. Les befoins de la France fe font multipliés depuis Henri IV; le luxe en a créé une immenüté d’inutiles; les fortunes & les revenus fe font-ils augmentés ? Et les terres cultivées ont -elles
rapporté au taux de toutes les dépenfes? C’eft ce qu’il faut réduire ; &c ce n’eft point à moi &c à mon ignorance à montrer le tableau de cette comparaifon. Je ne donne ici qu’une ébauche de mes idées; c’eft à la Nation affemblée de favoir fi elles méritent d’être approfondies , &c fi l’on peut faire de cette efquiffç un portrait frapant du bien qui peut en réfulter. J’ai fait un fonge , &c à quelques expreffions près , je vais le raconter à la Nation. Ce fonge , tel bifarre qu’il foit, va lui montrer un cœur véritablement citoyen , &c un efprit toujours occupé du bien général. Mon imagination pleine de tous ces projets en faveur de la France, m’a pourfuivie jufque dans mon fommeil. Que les François ne me jugent point fur un fonge ; qu’ils ne penfent pas que je veuille les endormir par ce genre de compofition ; mais les fîéKons que j’ai eues font tellement frappantes &c patriotiques, que je ne peux me difpenfer de les rapporter à la fin de ces remarques.