‹ Remarques sur l'anatomie des cétéces de la division des BalénidesChapitre 3 sur 57 · PAR CM PAUL GE RINATS · texte numérisé non relu

PAR CM PAUL GE RINATS

On ne possédait à Paris, lorsque G. Cuvier a réuni les premiers matériaux de la belle collection cétologique du Muséum, qu'un nombre fort restreint de pièces offrant quelque intérêt scientifique. Parmi elles se trouvaient cependant le crâne et des os de l’un des trente-deux Cachalots qui se perdirent près d’Audierne, sur les côtes de la Bretagne, en 178h, ainsi que le crâne du Rorqual échoué, en 1797, à l’île Sainte-Marguerite, en face la ville de Cannes. Lacépède avait obtenu ce dernier par l'intervention de Reveillère-Lépeaux, mais il attribuait à tort au même sujet une région cervicale, encore aujourd'hui dans nos galeries, que Cuvier reconnut bientôt, à la soudure des vertèbres qui la composent, pour appartenir au groupe des Baleines proprement

dites.

L'espèce de cette famille, qui est le plus souvent citée dans les ouvrages des naturalistes, est la Baleine franche ou Baleine des régions boréales (Balæna mysticetus). Comme celles qu'on en rapproche dans la classification, elle a la tête fort grosse, ce qui tient surtout au grand développement de ses fanons, car ses mâchoires sont très-allongées, et les os de sa face sont étroits et longs, tandis que c’est le contraire pour les Rorquals ; elle manque de nageoire dorsale et n’a pas, comme ces derniers (soit les Mégaptères ou Kyphobaleines, soit les Ptérobaleines et les Balénoptères) le dessous du corps sillonné en avant par de longues cannelures longitudinales.

La Baleine franche n'a été jusqu’à ce jour représentée dans notre collection que par des maxillaires inférieurs et par quelques vertèbres, rapportées de Drontheim, par Noël de la Morinière, ainsi que par une omoplate et un petit nombre d’autres pièces, toutes d'origine inconnue.

Ces objets sont en partie décrits et figurés dans l'ouvrage de Cuvier sur les ossements fossiles; plusieurs avaient déjà servi aux études de Lacépède et de P. Camper. Mais des acquisitions nouvelles ont bientôt été faites, et, en 1822, Cuvier pouvait, dans le chapitre de la seconde édition de son ouvrage, consacré aux Cétacés, donner de visu des détails sur un assez grand nombre des genres qui composent ce groupe important des Mammifères. La plupart des Delphinidés qui fréquentent nos côtes ou s’y montrent accidentellement, tels que le Marsouin, le Dauphin, le Nésarnak, le Grampus, le Globiceps et même l’Orque ou Épaulard, y sont successivement décrits dans tout ou partie de leur squelette; il en est de même du Narval, de l'Hyperoodon, du Cachalot et, ce qui mérite particulièrement d’être signalé, du Plataniste, singulier genre de Cétodontes, propre aux eaux douces de l'Inde, que Pline mentionne déjà sous ce nom, mais au sujet duquel on ne possédait encore, en 1822, que quelques détails

relatifs au système dentaire, publiés peu d'années auparavant par

Everard Home. Diard et Duvaucel venaient d'en expédier plusieurs exemplaires de Caleutta à Paris.

Les Balénidés, qui différent tant des Cétodontes ou Cétacés pourvus de dents permanentes qu'on devrait en faire un ordre particulier, furent également, de la part de Cuvier, l’objet de remarques importantes. Il décrivit le squelette de la Baleine du Cap, espèce bien distincte de la Baleine du Nord, d'après deux exemplaires dus à un autre voyageur du Muséum, Delalande : l’un de ces exemplaires est adulte, l'autre encore jeune. Il parla, en outre, d'après un squelette d’adulte, également préparé par Delalande dans les mêmes parages, du Poëskop, auquel il donna le nom de Rorqual du Cap. C’est un Mégaptère ou Kyphobaleine ne différant que par quelques particularités de détail du Képorkak, qui est le Mégaptère du Nord.

A ces documents concernant les Cétacés alors connus, le même auteur en ajoute d’autres qui se rapportent à divers fossiles laissés par des animaux du même ordre dans les terrains tertiaires supérieurs ou moyens. Toutefois ce qu'il dit de son Ziphius cavirostre. d'après un crâne qui lui avait été adressé de la baie de Fos (Bouches-du-Rhône), doit être attribué, ainsi que j'en ai fait la remarque ailleurs’, à un Cétacé encore existant dans nos mers et non à une espèce perdue, comme beaucoup d'auteurs l'ont affirmé, et je suis porté à penser qu'il en est ainsi de la Baleine appelée Baleine de Lamanon. dont la connaissance reposait alors sur un fragment de temporal déterré dans Paris même, rue Dauphine, à peu de distance de la Seine, en 1779. Celle-ci ne diffère probablement pas de la Baleine des Basques, et les os qu'on en retrouve ont sans doute été apportés à Paris par la navigation. Tout ce que je puis affirmer d’après un fragment considérable de palatin

recueilli près du même lieu, en 1859, c’est que Cuvier a eu raison de

1. Comples rendus, t. XXX, p. 510: 1850. — Zoologie et Paléontologie francaises , P. 287.

la rapprocher de la Baleine du Nord, plutôt que des Rorquals, sans pourtant la confondre spécifiquement avec elle.

De la publication de ces importants travaux ostéologiques de Cuvier datent les progrès sérieux qu'a faits la Cétologie depuis un demi-siècle, et Cuvier lui-même a continué jusqu'à sa mort à enrichir la partie de nos galeries sur laquelle ces travaux reposent. Le soin n’en à pas été négligé après lui. Si nos collections nationales sont encore loin de posséder des représentants de toutes les espèces remarquables de Cétacés qui ont été découvertes plus récemment, dans nos parages' aussi bien que dans les régions les plus éloignées, nous avons néanmoins les éléments nécessaires pour démontrer les caractères de la plupart des espèces de cet ordre. Certaines de ces espèces ne se voient même point dans les autres collections d'animaux marins que les grands musées des différentes nations se sont empressés de créer à l’envi les uns des autres, et pour laccroissement desquelles ils font chaque jour des sacrifices considérables. En outre, les pièces qui sont conservées au Muséum ont presque toutes, comme types des travaux de Cuvier et de plusieurs autres anatomistes français ou étrangers, une valeur particulière, qui ajoute à leur intérêt propre. Tout dernièrement encore, M. Van Beneden en a tiré de nouveaux documents pour la monographie des Balénidés, qu'il a fait paraître dans l'Ostéographie des Cétacés que nous publions ensemble *.

Je ne parle, dans le présent Mémoire, que des grands Cétacés de cette même famille, et, en même temps que je réunis les pièces dont

Cuvier s’est occupé, je signale d’une manière particulière les prin-

1. C’est dans la Manche qu'a été trouvé le Dioplodon europœus, singulière espèce de Ziphioïdes, dont on ne connaît encore qu'un seul crâne appartenant an Musée de Caen.

2. Ostéographie des Cétacés vivants et fossiles, comprenant la description et l’iconographie du squelette et du système dentaire de ces animaux, ainsi que des documents relatifs à leur histoire naturelle,

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cipales acquisitions faites postérieurement aux travaux de ce grand naturaliste.

Disons d’abord que nous ne possédons actuellement aucune pièce représentant les Balénidés des côtes du Japon, des îles de la Sonde et des différents points de l'océan Indien (Balæna japonica, Balæna marginata, Balænoptera Schlegelù, ete.), et que, sauf quelques os sans importance réelle, originaires des environs de la Plata, il en est de même pour ceux des côtes de l'Amérique méridionale. Mais à la Baleine du sud de l'Afrique (Balæna australis) dont nous avons déjà dit quelques mots, est venue s'ajouter celle de la Nouvelle-Zélande (Balæna antipodum), dont un squelette dû aux soins de feu M. Bérard. alors capitaine de vaisseau, commandant la frégate le Rhin, et de M. Arnoux, chirurgien-major de l'expédition, a été préparé dans la baie d’Acoroa et est depuis 1855 exposé dans la cour du cabinet d'anatomie. Un fœtus de la même espèce, rapporté en 1843 par le capitaine baleinier Smith, et dont l'étude avait été commencée par de Blainville, alors que j'étais attaché à son laboratoire, ne paraît pas avoir été entièrement conservé, mais j'en ai retrouvé plusieurs parties importantes aujourd'hui préparées. L'examen de ce qui reste et la comparaison que je viens de faire de ces débris avec la tête de fœtus disséquée anciennement par Cuvier et Laurillard, et sur laquelle E. Geoffroy a découvert que les Baleines possèdent des dents inférieures pendant leur premier âge", me fait supposer que cette dernière préparation, généralement attribuée à la Baleine des régions arctiques, pourrait bien ne pas appartenir à cette espèce. IL est d’ailleurs certain que le sujet qui l'a fournie est de la série des vraies Baleines et non de celle des Rorquals. Nous ne savons malheureusement rien sur l’origine de ce fœtus, ce qui aurait pu mettre sur

la voie de l'espèce à laquelle il appartient, et le corps n'en à pas été

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