‹ Remarques sur la faune des iles Saint-Paul et Amsterdam, suivies d'une description des mollusques testacés de ces deux ilesChapitre 2 sur 38 · Ï. INTRODUCTION HISTORIQUE · texte numérisé non relu

Ï. INTRODUCTION HISTORIQUE

Les îles Saint-Paul et Amsterdam, sur lesquelles le dernier passage de Vénus sur le soleil vient d'appeler un moment l'attention, sont situées, dans l’hémisphère austral, entre le 37° et le 38° parallèle sud, sous le 75° degré de longitude, à l’est du méridien de Paris.

Perdues au milieu de l'océan Indien, à plus de 500 lieues de toute espèce de terre, ces deux îles, absolument désertes, sont connues depuis très-longtemps. Leur découverte très-ancienne, attribuée à tort tantôt aux Hollandais, tantôt aux Portugais, remonte, en effet, au célèbre voyage autour du monde de Magellan ; mais jusqu'à pré-

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sent, elles avaient été, l’une d'elles surtout, peu explorées. Elles se trouvent cependant, malgré leur grand éloignement, sur une route très-fréquentée, car tous les bâtiments qui passent par le Cap, pour se rendre en Australie ou en Chine, poussés par les grandes brises d'ouest, qui sont, pour ainsi dire, les alizés de celte région, viennent les reconnaître et passent entre les deux. Il est vrai que maintenant peu d’entre eux y atterrissent, ces îles n’offrant aucune ressource et les mauvais temps, qui règnent presque constamment dans leurs parages, rendant souvent leur accès dangereux. Autrefois les navigateurs, et surtout les Hollandais en se rendant aux Indes, s'y arrêlaient volontiers, mais sans jamais y séjourner, de telle sorte que les descriptions qu’ils nous en ont laissées sont toujours peu détaillées, peu précises et parfois même fort inexactes.

L'histoire de leur découverte est assez complexe et mérite d'être rapportée ici. Ce sont les compagnons de Magellan qui, le 18 mars 1522, pendant leur voyage de retour en Europe, sous les ordres de Sébastien del Cano, virent, pour la première fois, la plus grande et la plus haute des deux îles, celle que nous appelons aujourd'hui Amsterdam. C’est, en elfet, ce qui ressort d'un passage remarquablement précis du journal de Francisco Albo, pilote de la Victoria, où il est dit qu’à l’époque indiquée plus haut, par 37° 35, la frégate passa en vue d’une île élevée, ayant environ 6 lieues de tour, paraissant inhabitée, mais qu'on ne put aborder‘. L'Espagnol del Cano ne paraît cependant pas avoir ajouté d'importance à celte découverte, car plus tard, dans la commission nommée par le roi d'Espagne, pour fixer les nouvelles découvertes géographiques, dues à ce voyage célèbre, il n’en fit pas mention.

Un siècle après, en 1617, un navire hollandais, le Zeewolf, qui se rendait du Texel à Bantam, conduit par le capitaine Harwick Claesz de Hillegom, vint tout à coup, par un temps brumeux et sombre, atterrir sur la seconde des deux iles, « Comme elle ne se trouve sur aucune carte, écrivit le capitaine au directeur de la Compagnie des Indes, nous lui avons donné le nom du Zeewolf (Loup marin). » Mais cette dénomination ne fut pas adoptée, car dans les instructions pour les navires qui se rendaient de la Hollande à Java en automne nous voyons, à la date du 7 décembre 1619, qu'il est recommandé de bien veiller, vers le 38° degré de latitude, pour ne pas

1 NavaRerTE, Colleccion de Documentos (Journal de F. Albo, t. IV, p. 218),

tomber inopinément sur l’île Saint-Paul, peu élevée et presque toujours masquée par la brume, Sans doute qu'un navire portant ce nom l'avait signalée auparavant, comme semble le prouver un portulan manuscrit du temps de Henri Il, qui l'indique avec cette mention : 1. Descobrio à nao San-Paulo.

Mais toutes deux ne furent en réalité bien connues, et leur position ainsi que leur dénomination fixée d’une facon bien précise, qu’en 1633. A cette époque, le gouverneur van Diemen, en se rendant aux Indes, passa entre les deux et laissa à celle du Nord le nom du bâtiment qui le portait, Vew-Amsterdam, celle située la plus au sud étant, dit-il, l’île Saint-Paul.

Jusqu'alors personne ne les avait encore abordées : le navigateur hollandais Willem van Vlaming fut le premier qui les visita en 1696, et c’est sans doute à cette circonstance qu'il doit d'avoir longtemps passé pour les avoir découvertes, tandis qu’elles étaient bien connues avant lui; du reste, il avait recu dans ses instructions l'ordre de s’y arrêter, avant de se rendre à la Terre du Sud (l'Australie), afin d'examiner leur situation et de rechercher s’il n’y existait pas quelques traces de l'équipage d’un bâtiment, le Ridderschap van Holland, qui s'était perdu en 1695, pendant une traversée du Cap à Batavia ?.

Le journal de l’expédition de van Vlaming contient peu de renseignements sur Amsterdam, mais on y trouve des détails très-intéressants sur l'état de l’île Saint-Paul ; le vaste cratère immergé qui occupe sa partie centrale, se trouvait, à cette époque, complétement fermé et ne communiquait pas directement avec la mer comme aujourd’hui ; une digue, peu élevée, mais continue, s’étendait en travers de l’'échancrure du nord-est ; il fallut haler les embarcations à terre et les faire passer par-dessus les galets, pour pouvoir explorer le lac intérieur.

La passe étroite et peu profonde qui coupe maintenant cette digue en son milieu, ne paraît s'être ouverte que pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle, car jusqu'en 1754 les navigateurs qui s'arrêtent à Saint-Paul signalent toujours, entre les deux hautes falaises du nord-est, « une digue de galets, continue, que couvrent les lions et les chiens de mer » (otartes).

1 Uit de Verhandelingen en Berigten betrekkelijk het Zeetwerzen en de Zeevaartkunde door Jacob Swart, n° 3, 4er Afd,, p. 6.

? R, H., Major esq. : Early Voyages to terra australis, London, printed for the Hackluyt Society, 1859,

Lg

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Tous les auteurs qui se sont occupés de nos deux îles ont raconté le séjour que fit lord Macartney à Saint-Paul en 1793, avec les vaisseaux le Lion et l'Hindoustan. Dans les nombreuses relations que uous possédons de ce voyage, on trouve, en effet, beaucoup de détails qui intéressent à la fois la géologie et la zoologie, car ils nous renseignent, et sur les phénomènes volcaniques dont l'ile était encore le théâtre, et sur les nombreux oiseaux qui l'habitaient. Lord Macartney et sa suite ne séjournèrent pourtant qu'un jour sur l'ile, mais ils y trouvèrent un Francais, nommé Péron, homme intelligent et communicatif, comme ils se plaisent à le raconter ‘, qui leur servit obligeamment de guide et put leur fournir des renseignements précieux. Péron est un marin français, né à Brest, qui, lächement abandonné sur Saint-Paul, avec quatre matelots, par un capitaine de la marine marchande américaine, y fit un séjour forcé de près de quarante mois, du 4° septembre 1792 au 16 décembre 1795. Pendant ce long et douloureux exil, où les privations et les souffrances ne lui furent pas épargnées, il consigna jour par jour avec un soin scrupuleux tous les faits qui se passaient autour de lui et jusqu'aux moindres détails de son existence misérable. Ses mémoires, publiés en 1824*°, sont donc fort intéressants à consulter et nous aurons, par la suite, plus d’une fois occasion de les citer, surtout à propos des détails curieux qu'ils renferment sur les mœurs des animaux qui atterrissaient alors sur l’île, aux différentes saisons".

Péron, intervertissant les noms des deux îles, appelle Amsterdam celle sur laquelle il fut ainsi délaissé ; c'est là une erreur qui s'était accréditée à cette époque et qui doit remonter au voyage du brick le Mercury, de la marine anglaise (1789) : elle devint la source d'une réelle confusion et par la suite les noms et les traits à la fois si partüiculiers et si caractéristiques de l’une et de l’autre furent entremélés de la façon la plus singulière.

Il serait maintenant superflu de mentionner toutes les relations de

1 GEORGES STAUNTON, Voyage à la Chine, par lord Macartney, traduit par J., Castera. Paris, Buisson, an VI rép., p. 268 à 298.

* Mémoires du capitaine Péron sur ses voyages en Afrique, en Arabie, ele , vol, I, p. 171-298, Paris, Brissot-Thivars, 1824,

* Les mémoires du capitaine Péron sont encore accompagnés d’une carte remarquablement exacte, qui paraît avoir été levée avec beaucoup plus de soin que celles antérieures ou mème plus récentes de van Vlaming (1696), de Parish (Relation du voyage de Macartney, 1793) et de l'amiral Cécile (Voyage dela frégate l'Héroïne, 1837).

voyage qui parlent de nos deux îles, pendant la première partie de ce siècle : elles sont peu importantes, la plupart n'ont fait que répéter ce qu'on en savait, sans rien ajouter aux connaissances déjà acquises. Saint-Paul fut alors surtout visitée par des pêcheurs qui, attirés par l'abondance extrème du poisson dans ses eaux, tentèrent à différentes reprises d'y fonder des établissements de pêche ; ces établissements prirent même, en 1843, une importance telle, que le gouverneur de la Réunion crut devoir y envoyer, par un bâtiment de guerre, quelques soldats d’infanterie de marine pour en prendre possession et pour l’occuper.

Je passe également sous silence les visites plus récentes de deux bâtiments de guerre anglais, le Æerald et le Pearl, qui vinrent, le premier en 4853, le second en 1873, y faire des reconnaissances hydrographiques; ces voyages, en effet, furent sans profit pour l'histoire naturelle. En réalité, nous n'avions jusque dans ces derniers temps, sous ce dernier rapport, que des renseignements peu précis et bien incomplets. On connaissait sans doute la nature volcanique des deux îles, mais leur faune et leur flore étaient encore absolument inconnues quand la frégate autrichienne la Novara vint, en 1857, au début de son beau voyage autour du monde, mouiller devant Saint-Paul.

La Novara avait à son bord un certain nombre de naturalistes, et notamment un savant géologue, M. de Hochstetter, qui furent débarqués pendant quinze jours sur l’île ; ils y réunirent des collections importantes et en donnèrent une description complète, surtout au point de vue géologique ‘. Malheureusement il n’en fut pas de même pour Amsterdam; le docteur Scherzer et M. de Hochstetter nous apprennent en effet que, malgré toutes les ressources dont disposait la frégate, après toute une journée de fatigues passée dans les embarcations autour de cette dernière, pour chercher à y débarquer, ils ne purent pénétrer dans l'intérieur et durent à leur grand regret s'éloigner, après n’avoir fait qu’entrevoir les riches récoltes que leur promettait la végétation épaisse et variée qui recouvrait toute sa surface. Le lendemain, alors qu'ils s'apprètaient à renouveler les tentatives de la veille, le mauvais temps chassa la frégate de ces parages et leurs observations restèrent incomplètes.

Amsterdam doit aux difficultés de son accès, d’avoir été bien

1 F, ne Hocusrerten, Dr Scaenzer.…, Voyage de la frégate la Novara autour du monde de 1857 à 1859, 1re partie, vol. I, p. 216,

moins souvent visitée que Saint-Paul; c’est une terre plus importante, qui se trouve, pour ainsi dire, défendue de tous côtés par une ceinture continue de hautes falaises complétement accores, environnées de brisants, Dans le nord-est, sur un espace d’un demi-mille environ, ces falaises s'abaissent un peu, et le long d’une coulée de laves qui s’avance de quelques mètres en mer, les embarcations peuvent accoster par les temps calmes. Il est alors possible, avec un peu d'adresse, de sauter à terre, entre deux lames ; mais là de nouvelles difficultés surgissent, une sorte de gros jonc (iso/epis nodosa) de la hauteur d’un homme, qui croît par touffes, absolument pressées les unes contre les autres, devient un obstacle presque impénétrable, qu'on ne peut franchir qu'avec le temps et au prix des plus grandes fatigues. Aussi de tous ceux qui, déjà peu nombreux, avaient mis le pied sur l'île, un très-petit nombre s'étaient écartés de la côte, et nous ne savions rien de sa topographie intérieure; son sommet même, presque toujours embrumé et masqué par un chapeau de nuages, n'avait été que rarement apercu du large.

En 1873, le navigating lieutenant Henri Hosken ne fit que compléter, à bord de la Pearl, et sous la direction du commodore Goodenough, le tracé de la côte sud et sud-ouest, levé sous voiles par Beautemps-Beaupré en 1792, en l’étendant au nord et à l’est. La carte publiée en mars 1874 sur ses indications, par les soins de l’amirauté anglaise, nous montre l'ile sous forme d’un quadrilatère, orienté du nord-nord-ouest au sud-sud-est, présentant en son centre une montagne régulièrement conique, haute de 2760 pieds, qui s'incline de tous côtés régulièrement vers la mer et supporte une série de petits cônes d’une assez grande élévation.

Tel était l’état de nos connaissances au sujet des deux iles, quand l'attention du monde savant se reporla de nouveau sur elles, en 1874, à l'occasion du passage de Vénus sur le soleil. Elles se trouvaient, en effet, parmi les pays les plus avantageusement situés pour l'observation de ce phénomène rare et important qui n'avait pas été vu depuis 1769, et l’Académie des sciences, malgré tout ce qu'on savait de leur peu de ressources et des mauvais Lemps qui règnent dans leurs parages, avait résolu d'y risquer une expédition.

L'île Saint-Paul n'a pas une lieue de largeur ; pour aller s'expatrier pendant plusieurs mois sur un pareil rocher, pour tenter d'y débarquer tout un matériel d'installation, des instruments de précision délicats, difficiles à manier à cause de leur poids et de leur volume

considérable, il fallait un homme énergique et dévoué à la science : l’Académie sut trouver dans notre vaillante marine un officier savant et courageux qui voulut bien accepter cette belle, mais périlleuse mission. M. le commandant Mouchez, membre du bureau des longitudes, fut désigné comme chef de celte station astronomique ; on lui adjoignit pour les observations astronomiques M. Turquet de Beauregard, lieutenant de vaisseau, et M. Cazin, professeur au lycée Fontanes, pour les opérations photographiques. En outre, la commission chargée de préparer les instructions relatives à l'observation du passage, désirant donner à celles des expéditions qui devaient atteindre des régions lointaines et peu connues le caractère de véritables campagnes scientifiques, décida que des naturalistes seraient attachés à chacune d'elles; M. Gaston de l'Isle, en qualité de botaniste, fut désigné pour accompagner la mission de l’île Saint-Paul.

D'un autre côté, M. le docteur Rochefort, médecin de première classe de la marine, qui devait également faire partie de l’expédilion, avait été appelé de bonne heure à Paris, sur la demande du commandant Mouchez, et s'était mis au courant des meilleures méthodes pour la recherche et l’étude des animaux marins. « Quand M. Mouchez m'écrivit de me préparer à ce travail, nous dit M. Rochefort dans un rapport sur le voyage et les résultats de la mission, publié en 1875, dans les Archives de médecine navale *, je dus lui répondre que j'étais, jusque-là, demeuré fort étranger à ce genre d'études, mais on me persuada que je pouvais aisément être mis au courant des procédés de recherche et, par suite, devenir capable de rendre des services, en recueillant des objets d'étude. C'est surtout de la part de M. H. de Lacaze-Duthiers, membre de l’Institut, que je trouvai un accueil si encourageant ; il m'ouvrit avec tant de bienveillance, à deux reprises différentes, pendant la saison d'été, son laboratoire de Roscoff, que je pus espérer ne pas rester trop au-dessous de la tâche que l’on me donnait à remplir. M. de Lacaze voulut bien, négligeant parfois les beaux travaux qu'il poursuit, me guider lui-même dans la recherche des animaux et dans leur étude. Si les soins que je me suis imposé à Saint-Paul portent plus tard quelques fruits, c'est à lui qu'ils seront dus et je tiens beaucoup à lui en exprimer toute ma reconnaissance. »

D’après la description que M. de Hochstetter en avait donnée, on

1 T. XXIV, juillet 4875, p. 1 à 19.

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savait que l’activité volcanique de l'ile Saint-Paul se manifestait actuellement par des sources thermales et des fumeroles abondantes. M. Rochefort avait encore accepté le soin d'étudier ces différentes émanations ; il était venu dans le laboratoire de géologie du Collége de France, pour apprendre auprès de M. Fouqué le maniement des appareils destinés à ces recherches délicates. Je terminais alors, dans ce même laboratoire, l'étude des roches volcaniques que j'avais recueillies dans un voyage sur la côte d'Afrique, où j'avais déjà accompagné le commandant Mouchez en 1873, et nous recûmes ensemble les leçons si précieuses de ce maitre bienveillant. C'est certainement à cette circonstance que je dois d'avoir fait partie de la mission. Tout d'abord, je n'avais pas cru devoir accepter l'offre qui m'en avait été faite par M. le commandant Mouchez ; mais, à la fin de juillet, en voyant toutes les belles observations qui restaient à faire non-seulement à Saint-Paul, mais dans chacune des escales du voyage et surtout à la Réunion, cédant aux conseils pressants de M. Fouqué, à ceux de mon excellent maitre M. Hébert, je me décidais enfin à partir. C’est dans les premiers jours du mois d'août, peu de jours par conséquent avant l'époque fixée pour le départ, sur les instances de M. de Lacaze-Duthiers, que je ne saurais trop remercier à cette occasion, que M. le ministre de l'instruction publique voulut bien m'adjoindre à la mission de l’ile Saint-Paul en qualité de géologue *.

Nous étions donc, désormais, trois naturalistes attachés à cette expédition ; chacun de nous représentant l'une des branches de l'histoire naturelle, les rôles se trouvaient par cela même bien indiqués : M. le docteur Rochefort devait s'inquiéter de la zoologie, M. de l'Isle de la botanique, la géologie m'était réservée. Je n'ai pas besoin de dire que ces distinctions n’eurent rien d'absolu et que très-souvent les rôles furent intervertis. Chacun de nous concentra, sans doute, ses efforts sur les sujets d'étude qui lui étaient chers, sur ceux pour lesquels il était mieux préparé, mais la plupart des travaux et des recherches furent exécutés en commun.

Pendant la traversée, le peu de temps dont nous disposions à chaque escale ne nous permit pas d'étendre beaucoup nos recherches, qui se trouvèrent ainsi limitées à quelques points, malheureusement trop restreints, des côtes que nous abordions; mais notre séjour aux

1 Sur la proposition de M. de Lacaze-Duthiers, le conseil de l'Association fran— çaise pour l'avancement des sciences m'avait généreusement voté, de son côlé, une somme de 1 500 francs, pour subvenir aux frais de cette mission.

îles Saint-Paul et Amsterdam se prolongea assez pour que nous n’ayons pas été obligés de nous borner là à des investigations rapides et superficielles. Nous avons pu les explorer, la première surtout, d’une façon complète et y rassembler des collections importantes, qui nous permettront de décrire, jusque dans les moindres détails, leur constitution géologique, leur faune et leur flore.

L'étude de la distribution des êtres organisés à la surface des îles éloignées des continents constitue une des questions les plus intéressantes de la zoologie géographique : nos deux iles, en raison de leur grand isolement, se recommandaient donc tout d'abord sous ce rapport à notre attention. Il était également important d'examiner avec un soin minutieux la faune des eaux qui les environnent, et notamment celle du cratère de l’île Saint-Paul, afin de savoir de quelle province marine on pouvait la rapprocher; les naturalistes de la VNovara, par suite des mauvais temps quiles avaient assaillis pendant leur court séjour sur cette dernière, n'avaient, en effet, obtenu que peu de documents au sujet de cette faune et s'étaient bornés à la signaler comme très-pauvre, composée qu'elle était d'espèces peu variées, riches en individus et de dimensions presque microscopiques.

Ces recherches, dans les circonstances exceptionnellement favorables où nous allions nous trouver, pouvaient devenir fécondes en résultats ; aussi, profitant de toutes les occasions pendant les trois mois que nous sommes restés sur Saint-Paul, non-seulement nous avons parcouru le littoral à chaque marée, exploré les profondeurs avec la drague, employé tous les moyens de pèche, mais nous avons surtout cherché à suivre séparément chaque espèce, afin de déterminer sa distribution en surface et en profondeur, ses mœurs, son organisation, en un mot toutes les particularités de son histoire. Ces études ont été l'objet des préoccupations constantes de M. le docteur Rochefort, qui s’est encore attaché à figurer les animaux sur le vivant, notamment ceux qui ne pouvaient se conserver dans les liqueurs alcooliques, sans perdre leurs formes et leurs couleurs, en devenant méconnaissables.

A notre retour nous nous sommes empressés, Rochefort el moi, de remettre entre les mains de M. le professeur de Lacaze-Duthiers la majeure partie des collections que nous avions recueillies, heureux de pouvoir lui témoigner ainsi notre reconnaissance ; c'était à lui que nous devions, tous deux, d'avoir pu entreprendre ces recherches et de les avoir menées à bonne fin. Cet hommage lui était donc bien dàù.

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Tous ces matériaux ont été, depuis, distribués par ses soins entre divers naturalistes qui ont alors accepté d'étudier et de décrire, sous sa haute direction, les nombreuses espèces de mammifères, d'oiseaux, de poissons, de crustacés, d'annélides et de zoophytes dont se compose la faune des deux îles, et d'en faire l'objet de monographies distinctes qui paraîtront successivement à cette place.

Dans toutes les questions relatives à la façon dont les îles se sont peuplées d'êtres vivants, il faut tout d’abord remonter à leur origine et rechercher si elles résultent de l'affaissement d’un continent, ou si elles ont surgi directement du sein de l'Océan par la seule action des forces volcaniques ; il était donc important d'esquisser à grands traits l'histoire géologique des îles Saint-Paul et Amsterdam, et de préciser la date de leur émersion, avant de commencer la description de leur faune. C'est ce que je ferai maintenant pour chacune d'elles, en insistant à dessein sur la nature des produits volcaniques qui les constituent, afin de montrer quelle influence la composition des roches exerce sur la distribution des mollusques, dont je donnerai ensuite une étude détaillée.

Le présent travail ne doit donc être considéré, que comme une introduction aux descriptions, qui vont suivre, des diverses espèces dont se compose Ja faune des deux îles, descriptions qui seront dues au zèle désintéressé des nombreux savants qui ont bien voulu nous accorder leur collaboration. En essayant de donner aujourd'hui un premier aperçu de cette faune, en mentionnant les conditions d'habitat, les mœurs de quelques-unes des espèces les plus nombreuses, ou les plus remarquables, j'ai cherché surtout à faire connaître nos procédés d'investigation, nos moyens de recherches, afin que le lecteur puisse juger du degré de confiance qu'il doit accorder à nos observations.

J'ai tenu à le précéder d’une relation rapide de notre traversée, afin d'exposer quelques faits relatifs à l'histoire naturelle recueillis dans chacune de nos escales.

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