‹ Remarques sur la faune des iles Saint-Paul et Amsterdam, suivies d'une description des mollusques testacés de ces deux ilesChapitre 3 sur 38 · IL, RELATION DU VOYAGE · texte numérisé non relu

IL, RELATION DU VOYAGE

De Marseille à la Réunion. — La presqu'ile d'Aden.

Dans la matinée du 2 août, nous embarquions à Marseille sur un des magnifiques paquebots de la compagnie des Messageries mariti-

mes, l’Amazone, qui partait pour la Chine et devait nous laisser à Aden. Vers dix heures, nous quittions le port de la Joliette : les vertes collines, les maisons, les bateaux du port disparaissaient rapidement, et bientôt nous perdions la côte de vue. Notre traversée s'annonçait sous les plus heureux auspices; une nappe aplanie d'un beau bleu s’ouvrait docilement sous la proue de notre vaisseau : jamais la Méditerranée ne s'était montrée plus belle.

Le 4, au petit jour, nous étions en rade de Naples ; à neuf heures du soir, nous passions à toucher, devant le Stromboli en pleine éruption, et cinq jours après nous entrions dans le canal de Suez.

L'Amazone, avec ses quatorze nœuds de vitesse, eut bientôt franchi les 400 lieues de la mer Rouge; aussile jeudi 13, après avoir reconnu les feux de Perim, nous franchissions le détroit de Bab-el-Mandeb (la porte du Deuil) pour entrer dans le golfe d’Aden, et le lendemain, de bonne heure, notre bâtiment venait s’amarrer devant Steamer- Point, à côté du Dupleir. C'était là le paquebot de la ligne auxiliaire des Messageries ; c’était aussi celui que nous devions prendre pour gagner la Réunion. Toute la matinée fut donc occupée au transbordement du matériel considérable qu'il nous fallait emporter.

Le Dupleir ne partant que le 16, nous avions deux jours à dépenser sur la presqu'ile. C'était bien peu, sans doute, d'autant plus que, sous ce ciel de feu, il paraît établi qu'on ne peut sortir qu'après ou avant le coucher du soleil : la vie doit s'arrêter de midi à quatre heures; mais nous arrivions fraichement d'Europe, et les chaleurs torrides de la mer Rouge nous avaient, en quelque sorte, préparés à celles de cette fournaise ardente ; aussi, bien décidés à les braver, alors que le thermomètre, sous les doubles tentes du Pupleir, marquait encore plus de 40 degrés, nous descendions à terre, et nos deux jours d'escale furent ainsi employés, soit à des ascensions dans les hautes montagnes arides et dénudées du Djebel-Shamshan, soit à des recherches sur le littoral aux heures des marées.

La presqu'île d'Aden, située à 118 milles à l'est du détroit de BabekMandeb, vers l'extrémité sud-ouest de la péninsule Arabique, est baignée par cetle partie de l'océan Indien qu'on appelle le golfe d'Aden ; elle circonscrit, avec une pointe voisine, Jibbel ou Djebel- Hussan, une baie profonde ouverte au sud-est (Bunder Toowye), qui constitue un port excellent, où par tous les temps les navires de fort tonnage peuvent trouver un abri assuré. Aussi les Anglais, qui se sont emparés de ce point en 1858, comprenant toute son importance,

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surtout depuis le percement de l’isthme de Suez, en ont fait une station maritime de premier ordre. |

La vie abonde dans toute cette rade d'Aden. Bien abritées, peu profondes, ses eaux présentent un ensemble de conditions très-favorables au développement des animaux marins. Aussi les mollusques pullulent sur ses plages et dans le fond de la baie ; les coraux doivent être abondants, si l’on en juge par les débris en nombre considérable qui se trouvent rejetés et roulés par la mer sur le littoral*.

Sur toute la côte ouest, depuis Ras-Tarshaine jusqu'à Hedjorff, règne une ceinture de rochers calcaires, fréquemment interrompue ou mieux recouverte en maints endroits par des sables calcarifères souvent assez épais et très-étendus; ces calcaires, de formation actuelle, empâtent les coquilles des nombreux mollusques qui vivent sur le littoral.

A droite de la route qui conduit à Aden, près des docks de charbon, et plus loin vers les distilleries et les fabriques de glace, on les voit s'élever jusqu'à 2 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer

1 Les petites cases éparpillées sur cetle terre sablonneuse et brûlée, au pied des hautes montagnes volcaniques, bizarrement déchiquetées, qui donnent à toute cette presqu'île un relief si particulier, sont le plus souvent construites en madrépores énormes, qui servent encore à fabriquer une chaux d'assez mauvaise qualité, que les indigènes recherchent pour blanchir leurs maisons.

et venir s’adosser contre ce sombre entassement de roches volcaniques stériles qui forme à lui seul toute la presqu'ile ; ils témoignent ainsi d’un exhaussement manifeste de toute cette partie de la côte depuis le commencement de la période actuelle.

Des preuves de cet exhaussement se retrouvent encore non-seulement au fond de la grande plage, qui fait face aux récifs de Sawayih, mais surtout aussi vers ces murailles, aujourd'hui en ruine, qui limitent dans le sud-est le territoire d’Aden. Tout ce massif, entièrement volcanique, qui doit son origine à une longue suite d’éruptions trachytiques et basaltiques, relié aujourd’hui à la côte d'Arabie par une étroite langue de terre, n’était autrefois qu’une île élevée, très-rapprochée de terre.

Parmi les formes les plus abondantes qui se trouvent empâtées dans ces calcaires, je puis citer :

Circe intermedia, Reeve.

Circe pectinata, Linné.

Tellina Pharaonis, Hanley.

Nassa arcularia, Lam. (?)

Nassa pulla, Linné.

Purpura hippocastanum, Lam.

Planaxis Menkeanus, Dunk.

Conus tesellatus, Brug.

Conus acuminatus, Brug.

Mitra Pharaonis, Génè,.

Turbonilla nitidissima, Issel.

Cerithium (2). Triton (?).…. Triforis(?).. Ostrea (?)

Des fragments de la Tridacna elongata, Lam, et du Cardium magnum, Chem.

Toutes ces espèces vivent actuellement dans la baie; nous les y avons recueillies avec des Planaxis (2. griseum et Menkeanus), des Nérites (N. albicilla et Longi), des Nasses (N. arcularia, pulla, etc.), des Pourpres, des Turbos (7. Hemprichi et noduliferus), particulièrement abondants sur la côte au niveau du balancement des marées. Leurs coquilles peuvent encore se recueillir facilement sur le littoral, sans que la mer soit au plus bas, carides Bernards-l'ermite, de plus d’une espèce, les habitent, et se chargent de les apporter; mais elles sont alors en assez mauvais état.

Plus loin, en face des distilleries et des fabriques de glace destinées à approvisionner d'eau la ville d’Aden et les paquebots, autour d’un petit ilot, l’ilot Flint, sur lequel on passe à pied sec aux grandes ma-

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rées, on peut signaler une belle station de Cônes. En moins d’une heure, j'ai recueilli là dix-sept exemplaires de ce genre, comprenant les neuf espèces suivantes :

Conus arenatus, Brug. 1 exemplaire.

Conus nemocanus, Brug. 1 exemplaire.

Conus quercinus, Brug. 4 exemplaire.

Conus tesellatus, Brug. 3 exemplaires.

Conus gubernator, Brug. 1 exemplaire, variété peu colorée et élancée, Conus lividus, Brug. 2 exemplaires.

Conus litteratus, Lin. 6 exemplaires (jeunes et adultes).

Conus lœniatus, Brug. 1 exemplaire de petite taille.

Conus textile, Lin. 4 exemplaire.

Sur la côte rocheuse de Ras-Marbât, sous les batteries anglaises, avec les coquilles littorales précédemment citées se trouvaient de grands Chitons très-abondants qui, non contents de tapisser complétement les rochers, se recouvraient encore les uns les autres; il en était de même dans l’ouest de la grande jetée de la Poste. Sur le revers nord-est de cette jetée, près des escaliers où les embarcations viennent accoster, de nombreux Monodontes (Clanculus Pharaonis), se détachant en rose sur les tons verts desalgues, produisaient le plus gracieux effet.

En résumé, la liste des mollusques que nous avons recueillis ainsi, dans trois excursions sur le littoral ouest de la presqu'Île, comprend quarante-cinq espèces : c’est assurément bien peu, en comparaison de l’extrème richesse de cette station intéressante; j'ai tenu cependant à la reproduire ici, parce que jusqu’à présent il n’a rien été publié de spécial sur les mollusques de la baie occidentale d’Aden, et surtout aussi parce qu'elle renferme quelques espèces qui ne m'ont pas paru avoir encore été signalées dans le golfe.

4. *Strombus lentiginosus, Lin. I. Flint; de petite taille 1,

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