‹ Remarques sur la faune des iles Saint-Paul et Amsterdam, suivies d'une description des mollusques testacés de ces deux ilesChapitre 31 sur 38 · IV. BRACHIOPODES · texte numérisé non relu

IV. BRACHIOPODES

TEREBRATULIDÉES.

GENRE KRAUSSINA, DAVIDSON.

52, Kraussina Davidsoni, C. V., pl. V, fig. 23-26. 1877. — Syn.: Kraussina pisum, Lam. sp., C. V. — Comptes rendus de l’Académie des sciences, 24 juillet 1876. — Kraussina pisum, Frauendfeld, Verh. der K.K. Zool. bot. Gesellschaft in Wien, 1865, p. 893.

Coquille subordiculaire, de taille médiocre, transverse, inéquivalve, rarement symétrique, divisée en deux par une dépression longitudinale peu profonde, située sur la petite valve ; ornée de côtes rayonnantes nombreuses et régulières qui, très-développées dans le jeune, ne se voient plus que sur lejtiers supérieur de la coquille chez l'adulte, tout le reste montrant seulement des lamelles concentriques d'accroissement plus ou moins accusées; ligne cardinale sensiblement droite, très-peu développée ; crochet peu ou moins saillant, caréné latéralement, tronqué par un large trou, irrégulier, qui le traverse en son entier et entame parfois légèrement le crochet de la petite valve; charnière solide; tubercule cardinal peu indiqué: septum médian assez prononcé, mais cependant peu élevé, composé de deux lamelles imparfaitement soudées, qui se séparent vers le milieu de la petite valve, et s'élèvent, en divergeant, jusqu'au deux tiers de l'épaisseur des valves (fig. 24), Ces lamelles sont élargies et montrent, vers leur sommet, une petite dent courbe, dirigée en dedans ; une autre dent semblable, mais dirigée en sens inverse et plus accusée, se voit encore à la base; surface interne d’un beau blanc nacré, marquée de tubercules perforés, disposés en lignes rayonnantes, et très-accusés sur la petite valve ; surface externe couverte d'une sorte d'épiderme noirâtre, très-mince ; ligne de commissure des valves sinueuse; pédoneule musculaire très-développé et très-résistant; coloration : gris jaunâtre terne.

Hauteur : 7 millimètres ; largeur : 8 millimètres; épaisseur des valves : 3 millimètres.

Habitat, — Ye Saint-Paul ; dans l’intérieur du cratère, sous les ro-

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ches, depuis le niveau de la basse mer, et même un peu avant, jusqu’à la profondeur de 10 mètres, très-abondants.

Var. oblonga. PI. Y, fig 26. — Coquille oblongue, globuleuse, plus haute que large, symétrique ; valves régulièrement bombées, ne présentant, même dans le jeune âge, que des rudiments de côtes rayonnantes sous les crochets ; stries d’accroissement très-nombreuses et très-fines ; sillon médian à peine indiqué ; crochet de la grande valve très-allongé, non comprimé, traversé dans toute son étendue tantôt au centre, tantôt sur le côté, suivant la position de la coquille, par un large trou, qui laisse passer un pédoncule musculaire très-développé.

Hauteur : 8 millimètres et demi ; largeur : 8 millimètres ; épaisseur des deux valves : 4 millimètres et demi.

Cette forme remarquable, qu'on serait tenté de prendre pour une espèce distincte, n'est en réalité qu'une modification du type précédent, en rapport avec des conditions d'habitat assez particulières ; elle ne se trouve, en effet, qu'au milieu des Ascidies composées. Enveloppé par un cormus épais, souvent coriace et résistant, le brachiopode ne peut pas s'étaler librement ; il est obligé de s’accroître démesurément en longueur, pour lutter contre le développement rapide de l’Ascidie.

Observations. — Frauenfeld, dans les Comptes rendus de la Société royale de botanique et de zoologie de Vienne (janvier 1865, p. 893), a cité cette espèce sous le nom de Araussina pisum. C'est également sous Ce nom que je l'avais indiquée dans mes premières notes au sujet de la faune malacologique des deux îles. Je ne connaissais alors de la À, pisum que la figure insuffisante (fig. 34) donnée par Reeve dans sa monographie des brachiopodes. Mais depuis, à la suite d'un examen plus attentif, et surtout en comparant l'espèce de Saint-Paul avec de bons exemplaires de la ư. pisum, provenant du cap de Bonne-Espérance, j'ai reconnu qu'elle en différait complétement. L'espèce africaine, décrite pour la première fois, par Lamarck, sous le nom de Terebratula pisum (An. s. vert.,t. VI, p. 245), est, en effet, de plus grande taille, assez étalée, marquée de petites côtes, fines, nombreuses et régulières, et colorée en jaune pâle, ou en rose. La Tere- “bratula natalensis, Krauss, de Port-Natal, que Reeve réunit à cette espèce, serait même remarquablement ornée, sur un fond jaunâtre, de bandes longitudinales d’un rose vif.

L'espèce de l’île Saint-Paul se rapproche davantage de la Æ. Lamarckiana, Davids (Reeve, Conch. icon. brach., fig. 36), qui habite

l'Australie et la Nouvelle-Zélande ; mais elle s’en distingue encore facilement par sa forme générale et ses côtes peu étendues, non bifurquées. Elle doit, en réalité, constituer entre ces deux espèces une forme intermédiaire, suffisamment caractérisée par la complication de son appareil apophysaire, par la forme de son crochet et par son mode d'ornementalion spécial.

Je l’ai dédiée au savant naturaliste anglais, qui a tant contribué à l'étude des brachiopodes vivants et fossiles ‘.

M. H. Dall, daus sa révision générale des Térébratulidées, publiée dans le journal américain de conchyliologie (1871, p. 140), a cité de l'île Saint-Paul une Æraussina picta ; mais on ne trouve nulle part la description de cette espèce : cette citation doit être le résultat d’une erreur.

J'ai signalé, dans un chapitre précédent, les conditions d'habitat si particulières de la Xraussina Davidsont avec suffisamment de détails, pour n'avoir pas besoin d'y revenir ici. Cette espèce, que j'ai pu étudier sur plusieurs centaines d'individus, varie beaucoup avec l’âge. D'abord très-élevée, avec un crochet saillant, droit, presque tubulaire, elle ne s’élargit latéralement qu'assez tard ; sa ligne cardinale devient droite (pl. V, fig. 26), les angles latéraux sont aigus, et la petite valvé prend une forme tout à fait semi-lunaire; les côtes rayonnantes sont alors très-accusées et s'étendent du sommet jusqu'au bord de chaque valve. Plus tard, ces angles latéraux s’arrondissent, la plus grande largeur de la coquille se trouve être, non pas au sommet, mais au milieu de la petite valve; les ornements ne persistent pas et font place à des stries d'accroissement de plus en plus accusées dans l'adulte; enfin, le crochet tronqué devient fortement caréné latéralement.

Fixées, parfois assez profondément, dans les vacuoles des laves cellulaires, ces coquilles ne peuvent s'y développer en toute liberté ; elles se moulent alors sur les parois de la cavité qu'elles occupent, et s’allongent en prenant les formes les plus extraordinaires. Les bras spiraux sont très-peu développés, mais fortement ciliés; ils ne sortent jamais de la coquille qui s’entr'ouvre peu. Quand les valves étaient bien entr'ouvertes, on apercevait parfois sur les côtés l’extrémité des cils, qui s'agitaient d’un mouvement assez vif.

1 Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1874 et 24 juillet 1876,

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