REMARQUES AU SUJET DES MOLLUSQUES
Des descriptions qui précèdent, il résulte donc que la faune malacologique de l’île Saint-Paul, qui n'était connue jusqu'à présent que par quatre ou cinq espèces, Aanella (Apollon) proditor, Patella depsta, Siphonaria Macgillivrayi, et la petite Kraussina, désignée par Frauenfeld sous le nom de Æ, pisum,— en comprend cinquante-trois, réparties dans trente-sept genres, dont vingt-cinq appartiennent aux Gastéropodes, neuf aux Acéphales, un, seulement, aux Brachiopodes. Considérée dans son ensemble, elle est tout à fait spéciale, puisque sur ses cinquante-trois espèces, quarante-six se sont trouvées nouvelles, soit une proportion de 90 pour 400. Cette proportion, véritablement énorme, qui ne s'explique que parce que les faunes australes sont encore peu connues, lui donne un grand caractère d'originalité, surtout si on ajoute que, parmi les genres, on en compte également plusieurs qui sont nouveaux : le Wagilina, par exemple, chez les Gastéropodes, qui représente, à cette latitude, les Magiles des mers intertropicales, et les Æochstetteria, Rochefortia, Turquetia et Lutetina chez les Acéphales !.
Parmi les genres déjà connus, le plus grand nombre provient des mers chaudesettempérées, Aanella, Triton, Lachesis, Trifoms, Rissoella, Phasianella, Fissurella, Gadus, Bulla, où même des mers tout à fait chaudes, A#ostellaria, Persicula, Schismope ; d'autres, au contraire, appartiennent aux mers froides, Æissoa, Lacuna, Siphonaria, Trophon et Margarita, tandis que les Mure, Purpura, Turbonilla, Patella, Chiton, Venus et Lasæwa, sont de toutes les mers.
Cette association, tout à fait exceptionnelle, de formes tropicales, comme Aostellaria, Persicula..., avec d'autres exclusivement boréales, Trophon, Margarita, à une latitude relativement assez élevée, qui correspond, à peu près, à celle de Lisbonne dans notre hémisphère, s'explique par ce qu'on sait du régime climatérique des deux îles; la température moyenne de l'année y paraît être, en effet, de 7 degrés ; elle s'abaisse de quelques degrés seulement au-dessous de zéro en hiver, et ne s'élève guère au-dessus de 17 degrés dans la saison chaude, La température de la mer, pendant toute la durée de notre séjour, s’est maintenue entre 13 et 14 degrés, alors que celle de l'atmosphère a oscillé entre 1 et 7 degrés.
1 Je rappellerai ici que le Siphonaria Magillivrayi doit également constituer le type d'un genre particulier.
Un fait digne de remarque, c’est que la majeure partie des genres particuliers aux mers chaudes ou tempérées (Triton, Lachesis, Triforis, Gadus, eic.), ne se trouvent là qu'à des profondeurs assez grandes (de 60 à 80 mètres), tandis que ceux, au contraire, qui dénotent un climat peu froid, sont cantonnés dans la zone littorale, On serait alors tenté de supposer que la température est plus élevée dans ces profondeurs qu'à la surface, mais nous l'avons toujours trouvée plus basse de quelques degrés.
Cette faune tout à fait particulière, peut être regardée comme une dépendance de celle du Cap de Bonne-Espérance. Ses seules affinités sont, en effet, pour la faune sud-africaine, avec laquelle elle présente quelques espèces communes, Fissurella mutabilis, F. australis, Marinula nigra, où des formes très-voisines, comme le Purpura Mayellani, qui représente à Saint-Paul le 2, Walhergi de Port-Natal. Déjà la flore des deux îles nous avait fourni de pareils rapprochements; l’Apium australe de l'ile Saint-Paul et le Phrhica arborea de l'ile Amsterdam se retrouvent, en effet, à Tristan d’Acunha, de l’autre côté du Cap. Enfin je rappellerai que parmi les poissons côtiers, et ceux-là seuls ont une véritable signification au point de vue qui nous occupe, le Bovichtys et la Motelle du cratère de l’île Saint-Paul, sont encore deux espèces de la mème provenance. Ces faits s'expliquent tout naturellement par la direction des courants et des vents généraux, qui portent tous de l'Ouest vers l'Est.
Elle se signale encore par les dimensions remarquablement petites des espèces qui la constituent, et qui, souvent, n'atteignent que quelques millimètres, la Ranelle faisant seule exception, Parmi celles qui sont représentées par un grand nombre d'individus, il convient de citer les Æochtetteria aviculoïdes, crenella et modiolèna, la Lasæa rubra, la Turquetia fragilis et la Lutetina antarctica chez les Acéphales. Les trois espèces de /ssoa, les Purpura Dumasi et Magellani,
les Fissurella australis et mutabilis, Ya Putella depsta, le Magilina Ser puliformis, Va Marinula nigra et Va Siphonaria macgillivrayi, parmi les Gastéropodes.
Les /issoa, qui généralement ont leur maximum d'espèces dans la zone littorale, se tiennent au contraire à Saint-Paul à des profondeurs relativement grandes : ils sont particulièrement abondants par les fonds de 30 mètres.
AS
. Erycina Veneris, C. V.
. Turquetia fragilis, C. V.
. Lutetina antarctica, C. V.
. Venus Antarctica, C. V,
. Kraussina Davidsoni, C. V.