‹ Remarques sur la marche suivie dans la recherche de la vérité relativement aux épidémies, et sur le résultat qu'aurait eu l'examen complet des documens de l'auteur fait en 1822, ou, Appel à tous les médecins amis de la science, de la justice, de l'humanité et de l'honneur de notre paysChapitre 2 sur 7 · APPEL · texte numérisé non relu

APPEL

A TOUS LES MÉDECINS AMIS DE LA SCIENCE, DE LA JUSTICE, BS L'HUMANITÉ ET DE l’i-JÔNNEP.R DE NOTEE PAYS x

Sjc vos non vobis

Un minisire français 1res célèbre disait avoir pris une ville en dépit de Irois rois, dont l’un était le roi de France. Pour moi qui ne prétends nullement à la célébrité, il faut néanmoins cp’en faisant tout pour le triomphe de la vérité, relativement à différons points de la plus haute importance, j’aie pour adversaires des médecins français qui semblent avoir le plus particulièrement la mission de chercher et de défendre cette vérité. Depuis longues années, après de longues éludes des connaissances foa.

dament les de la médecine, j’ai fuit, avec toute sorte de peines et de sacrifices, l'application la plus avantageuse de mes principes^ je l’ai faite principalement en faveur de plusieurs milliers dx: mes compalriotes , d ns les pays étrangers, ainsi que dans la France elle même; et d’autres compatriotes, mes propres confrères, font tout pour m’en punir !

Si, ayant été plein de confiance dans l'esprit de justice de mes confrères, ainsi que dans leur amour pour la vérité, j’ai été trompé dans mon attente par rapport à quelques-uns; et si, n’étant nullement préparé à ce mécompte, quelquefois j’ai du céder à un juste ressentiment, alors, au lieu d’examiner la légitimité de ma plainte, ou lieu de considérer que j’ai travaillé plus de trente années sans chercher à faire même le -moindre éclat; que, loin d’attaquer qui que ce fût, j’ai souvent défendu mes adversaires, et qu’enfin, je n’ai fait qu’accomplir un devoir en défendant mes propres documens, on m’a imputé à crime celle défense, on m’a imputé à crime de ne pas continuer d’observer un silence et d’user de ménogemens dont on a grandemeutahusé; et tandis que c’est moi qui suis attaqué, on prétend que c’est moi qui attaque 1 Ne devrait-on pas demander si ce n’est pas moi seul qui ai des motifs de plainte? si la science et l'humanité n’en or.| pas elles-mêmes , par rapport à la marche que l’on suit et aux maux inouïs qui en résultent? Ne devrait-on pas demander si l’on a satisfait à l’obligation que l'on pouvait avoir, à l’égard des documens nombreux et de tout genre que je possède?

Des faits relatifs h une question importante n’appartiennent pas seulement à celui qui les a recueillis : il n’y a pour lui qu’une obligation plus étroite de les défendre contre toute atteinte. Je ne puis donc rester indifférent , lorsqu’au lieu de mettre à profit des documens immenses que j'ai rassemblés depuis long-temps et les exemples de l'heureuse application que j’ai pu faire de mes principes , on semble vouloir mettre tout en œuvre pour entretenir les erreurs que je combats!

J’espère faire voir ici de plus en plus que Ion s’esl mis dans une fausse roule par rapport à toutes les questions relatives aux épidémies, en écartant mes documens, pour ne s’occuper que

clc ceux d un autre médecin venu long-temps après moi, qui ne soutient la vérité qu’en un point où je l’ai soutenue moi-incmé avnut lui, qui l'accompagne de grandes erreurs, qui empêche ainsi de la mettre h profit, et qui, d’ailleurs, n’apporte que des documeus beaucoup moins nombreux, moins variés, moins au* thenliques et moins concluans que les miens.

Malgré les inconvéniens dont je viens de parler dans les dominons de ce médecin, M. le docteur Chervin, je n’ai pas laissé de l’accueillir, sans chercher à faire remarquer en aucune façon ees mêmes inconvéniens. Au lieu de songer à user de mes droits et de mes avantages, j’ai voulu, moi, donner l'exemple de deux médecins qui, se rencontrant da s une mine «arrière, se font un mutuel accueil, et s’occupent uniquement a l’cnvi des moyens de se rendre utiles; plutôt que d’offrir le spectacle et le scandale de deux hommes qui ne respectent rien, qui sont uniquement mus pai leur propre intérêt , et qui ne cherchent qu « se dénigrer réciproquement. J’ai eu foi dans l’esprit do justice, les lumières et l’amour du bien de me» confières en général, notamment de mes collègues de l’Académie de médecine de Paris. Malheureusement M. Chervin a paru aussi loin de partager mes principes eu fait de procédés , que par rapport aux hauts poiuts de médecine à décider; et, si ce médecin sefl.tlta d’en imposer a 1 administration et même à un grand nombre ’e confrères, en se striant des erreurs généralement répandues, erreurs prises pour la « évité, son attente ne fi l point vainc! 1! n’a pas craint de faire des démarches dans les bureaux «lit ministère et ailleurs, pour que scs documens fussent examinés seuls, ou du moins lés premiers « sauf, n-t il dit, à examiner les miens plus tard , si on le jugeait à propos! »

Ceux qui ont toujours été au courant de l’état de la sciencesavent tout ce que j ni eu à faire et tout ce que j’ai fait depuis. ido5, pour disposer les esprits à examiner et à reconnaître le* vérités que je soutiens.

Loi sqii’après avoir lutté ainsi seul pendant long le. nj s contredes obstacles de tout génie pour obtenir cet avantage, jo nus y être parvenu, c’est- à? dire m 6, M. Chervin.*

IO

qui n’avait pris aucune part à mes efforts, chercha h s’-appropi ier la place que j avais préparée. Dans cette circonstance on aurait pu et du, ce me semble, dire h ce médecin : « Vous arrivez tiop tard. » Alors aussi on aurait pu justifier ce langage par un grand nombre d’objections, telles que les suivantes :

« Vous ne voulez nous apprendre que ce qu’un autre médecin français soutient et ce qu'il a prouve depuis longues années ; ce qu’il soutient, non-seulement comme vous le faites, par rapport à une maladie distincte imaginaire, mais encore par rapport à toutes les autres affections analogues 5 ce qu'il a prouvé, non-seulement par des faits relatifs aux causes d’une même époque et de certains pays, mais encore par des faits de tous les temps et de tous les lieux , et même en prenant les choses de plus haut, en considérant aussi la nature du mal, en s’appuyant également du sentiment des observateurs les plus justement estimés, anciens et modernes , ainsi que des résultats immenses de sa pratique particulière, du jugement porté sur ces divers faits par un grand nombre de médecins des plus compéteus et même de celui de divers corps savans, notamment de l’Académie des sciences, d'un congrès médical formé à Barcelone d’après sa proposition, congrès dû ainsi à l’accueil qu’il reçut comme auteur de l’ouvrage le plus complet qu’il y eût sur les questions agitées, etc. Si, comme lui, vous combattez le système de la contagion , vous ne le faites donc qu’avec beaucoup moins de faits qu’il n’en a apporté long-temps avant qu’il ne fût question de vous en aucune façon- D’ailleurs vous considérez la question de la manière la plus rétrécie , par conséquent la moins philosophique , la plus éloignée de la marche actuelle de la science et la moins digne de notre époque, à laquelle vous vous montrez absolument étranger. »

. » Outre l’inconvénient de n’apporter que des documens trèsincomplets, vous ne les appliquez qu’à une dénomination vague, arbitraire et absolument insignifiante, qui sera bientôt ahondonnéc, de manière que ces documens, eussent-ils en euxmémes ccnt fois plus d’importance qu’ils n’en possèdent, suivant le sort de cette dénomination , ils seront également mis de côté

h leur tour; ils seront frappés de nullité j tous vos efforts auront ainsi porté à faux; ils n’auront servi qu'à embrouiller les choses, h entraver la marche de la science (i)! Des ce moment ils sont loin d’avoir l’applicat on dont ils seraient susceptibles. »

» Au lieu de tout faire pour repousser les documens les plue nombreux et les plus complets , vous devriez vous féliciter de trouver de tels auxiliaires, puisque vous reconnaissez vousmêmes Tinsulfisance des vôtres. Vous devriez vous féliciter également de trouver toute frayée, en France, et par un de vos confrères et de vos compatriotes, au mo3’en de travaux et clefforts immenses, la route que vous vouliez suivre, ou plutôt de

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(1) N'est-ce pas ce qui s'est réalisé et ce qui se réalise encore aujoupd’hui? Si M. Chervin veut iutervenir dans les questions actuelles, *ce n’est qn’en se mettant eu contradiction avec lui-même; c’est sans aucune espèce de titre, ni aucune sorte de mission. Si , selon ce médecin , qui, par cela seul, a prouvé qu’il n’entend rien aux questions soulevées, qui, par cela seul , a prouvé qu’il ne sait pas de quoi il parle, ou qu’il pspérait en imposer; si, dis-je, selon lui, les faits que j’ai recueillis sms d’autres dénominations que celle de fièvre jaune, ne devaient point être appliqués à ce qu’il appelle ainsi ; si ce dfit être son tour, lorsque l’on pvélendait n’avoir à parler que de cette affection11, de même nécessairement, ceux qu’il a recueillis, lui, sous ce nom, ne doivent point être appliqués non plus à ces autres dénominations. Il ne peut pas avoir dit que moi seul, et non lui, je me suis occupé des affections auxquelles on les a appliquées, et vouloir qu’aujourd’lmi ce soit lui seul, et non moi, que l’on doit regarder comme compétent pour traiter les diverses questions qui les concernent. Du moins si, désirant tirer ses documeus fie oetétat de nullité que j’avais annoncé, il veut actuellement faire celle application, il devrait aussi, pour être juste et judicieux, reconnaître et déclarer hautement qu’il s’est trompé. Ses amis, qui l’ont imité dans son langage et sa conduite à cet égard, devraient l’imiter également dan s cette déclaration. Enfin, si mon tour n’est pas arrivé dans ce moment, quand viendra-t-il ? Quand mettra-t-on à prolit les faits nombreux qt variés que j’ai recueillis?

''Ce que j’ai contesté, attendu qu'a lors tout avait etc fait et termine por moi pour cet objet, comme pour toutes les autres affections fébriles épidc'wiques.

voir atteint le but auquel vous aspiriez (i); car l’amour du bien est sans doute votre seul mobile; tel est sans doute Tunique objet de votre ambition. »

» II était important que ce que vous regardez vous-mêmes comme la bonne doctrine fût représente sur le théâtre et au moment de la plus grande épidémie de ces derniers temps; or, pouvait-elle, cette doctrine, l’être plus parfaitement que par un médecin qui avait déjà tant fait pour la science par rapport aux points en litige; qui, en diverses autres missions qu’il s’était déjà également imposées, ou qu’il avait reçues du gouvernement, avait obtenu des résultats sans exemple et s’était ainsi concilié la plus grande estime, même de la part de nos ennemis ; qui avait déjà ainsi honoré le nom français et marqué sa place à Barcelone? Se voyant, seul dans le cas où il se trouvait à l’époque indiquée, n’a l- il pas dû croire faire une chose utile et importante (2)? N’a-t-il pas tout fait pour remplir les vues qui durent le diriger dans relte nouvelle mission? Parce que ce 11’est pas vous qui l’avez remplie, celte mission, doit-on non tenir absolument aucun compte? Les partisans de l’erreur, MM. les commissaires de i8zi , en leur particulier, doivent se féliciter beaucoup, eux, s’ils peuvent espérer le succès de vos déinnr-

(1) Quiconque ne veut pas fermer les yeux à l'évidence peut, je crois, reconnaître aisément que ce but a été atteint effectivement par moi , et qu’il Ta été sur tous 1rs points-, tandis que, d’après les propres aveux de M. C fier vi n , ses documens seuls sont insuflisaus pour y conduire meme sur un seul point. Voyez, entre autres, sou écrit contre M. de Boisbcrtrand.

(2) D’après un rapport fait sans connaissance de cause, sans avoir examiné en aucune façon mes documens, plusieurs sociéléssavanles, à I instar les unes des autres, ont attribué cet avantage an voyage que M. Cher vi 11 a fait après moi ; tandis que ce voyage eut élé absolument inutile, lors même que ce médecin aurait rapporté autant de documens que moi; et je prouvera? bientôt dans ccl écrit que, quoique Ton ait tut entendre qu il en a rapporte beaucoup plus, il en a rapporté beaucoup moins!!!

cTfes , Temlant ainsi à repousser les laits les plus propres à la renverser (i). »

» Vous parlez de fièvre jaune , vous voulez que l’on s’en oc cupe comme vous; eh bien ! n’est-cc pis ce qu’a fait M. Lassis ,

(i) Je dois interrompre ici l’article des objections que 1 on pouvait faire à M. Chcrvin, pour présenter diverses réflexions propros à les justifier.

l.es docamens de ce médecin ont fait beaucoup de bruit , parce gu il est venu à une époque où j’avais déjà employé tous les moyens les pins propres à disposer les esprits à examiner et à reconnaître la vérité, du moins en quelques points ; parce qu’il n’a ainsi rencontré que de légers obstacles, qui ne purent que donner de l'éclat à l’examen et au rapport qui on ont été faits; parce que les miens, pour lesquels cet examen, ce rapport et cet éclat devaient avoir lieu, lui furent sacrifiés, quoique considérés par les médecins les plus compélens et par des corps sa vans, notamment pas l’Académie des sciences, comme les plus complets et les plus concluans; parce que d’ailleurs il a trouvé un grand appui chez la plupart de nos confrères , que j’avais eu pour adversaires comme partisans de la contagion, et que je retrouvais pour adversaires encore comme partisans de l’infection ; tandis qu’à ce dernier litre ils devenaient ses partisans; parce que j’ai eu pour adveisaires aussi tous les méde cins sans exception, comme partisans de maladies distinctes, imaginaires; parce que , enfin, M. Cherviu a trouvé un autre moyen de faire du bruit, en attaquant directement MM. les commissaires de 1821, connue eu saisissant le moment, ameué surtout par mes efforts, où l’enthousiasme pour ces messieurs était presque entièrement éteint; tandis que, pour moi, voulant éviter autant que possible, tout ce qui pouvait sentir la personnalité, je m'étais toujours borné à exposer les faits, sans chercher à les mettre moi-même en opposition avec ce qu’ont rapporté ces médecins. J’étais persuadé que ces faits seuls, considérés en euxmêmes, suffiraient; j'étais persuadé que, par eux seuls, par leur masse, par leur ensemble , ils pouvaient conduire à la vérité ; je m’étais flatté que, sans soulever aucune passion, sans mettre personne en jeu, comme l’a fait M. Cliervin, ils produiraient une impression profonde, solide et durable relativement aux choses!

Que M. Chcrvin se fût présenté comme moi , dès i8i/j . on aurait vu s’il aurait fait autant de bruit. On l'aurait d’autant moins écoulé, qu’à cette époque le mal était désigné sous le nom de typhus ; et, eût il été

non avec vous, mais avant vous, mais plus que vous et avec plus de fruit? N’est-ce pas ainsi, par exemple, que vous appelez le inul qui régna, en 1821 , à Barcelone, et dont vous prétentiez avoir trouvé tant de traces nu bout de plusie urs années; de sorte que ce médecin a dû en voir bien d’autres, lui qui s’ est rendu dans cette ville h une époque où ce mal existait encore, sous toutes les formes et dans tous les poiuts. Vous vous permettez, il est vrai, d’avancer que M. Lassis n’a jamais vu un seul cas de

question de fièvre jaune, on ne l’aurait pis écouté davantage , même quand il aurait eu plus de faits qu’il n’en possède. A celle même époque je 111e suis présenté, moi, sous le nom adopté; je me suis présenté avec tous les faits, avec des résultats avantageux de l’application de mes principes : pouvait-on quelque chose de plus ? Et cependant, loin d’obtenir un examen, je n’ai obtenu que des insultes et des outrages!.'!

S’il suffisait de se présenter, n’importe quand, notamment en i8aa, avec les documens recueillis par JVI. Cheryin, en Amérique d’abord , et en Espagne ensuite, pourquoi 11e s'est— i I pas présenté effectivement celle année-là Ses documens d’Amérique, il les avait; ceux de l’Espagne, je pouvais les lui procurer , je pouvais lui en donner beaucoup d’autres encore. Mais il n’a pas cru lui-même qu’alors il y fît lion ; il a mieux aimé passer son temps à aller chercher des faits tout Irouvés, laissant ainsi l'humanité exposée à de nouveaux résultats de l’erreur ,de quelques-uns desquels elle a pu être préservée par mes efforts. Moi-même, en 1821, je crus 11’avoir autre chose à faire que redoubler de zèle dans l’emploi de moyens propres à appeler de plus en plus l’attention des médecins sur les questions agitées, quoique, plus lard, en 1 8 2 5 , une petite partie seulement de mes documens dût paraître tellement suffisante aux yeux de quelques médecins compétens, qu’ils] voulurent les exploiter à leur compte, en piofilant du désordre général ; tandis que d’autres médecins , qui aimèrent mieux condamner et dénigrer que d’examiner, en rejetaient la totalité.

Touvail-on se flatter d’obtenir un examen pour des documens en op-' position avec ceux de MM. les commissaires, dans un temps où tout était plein d’enthousiasme pour l’erreur et pour ceux qui la soutenaient; où des chants de triomphe se taisaient entendre en laveur des conlagiortisles, comme depuis ils se sont fait entendre en laveur des infeclionistesjoù des places, des pensions, des médailles, des éloges publics, des honneurs leurétaieul assurés?

celte maladie, pas même dans le lieu dont il s'agit, qui est le plus grand théâtre" 'de ses ravages dans ces derniers temps (i). Mais vous ne faites que vous donner ainsi de nouveaux torts très graves; vous ne faites que prouver, nous ne dirons pas de lu mauvaise foi et de l’ignorance, mais de l’injustice, de la légèreté et de l’inconséquence; vous ne faites que prouver par là que vous ne savez ni ce que c’est, ni ce que ce n’est pas que cette prétendue maladie distiuctel Vous voulez faire entendre, par votre assertion, que son voyage en Espagne , non plus que ses autres travaux, ne doit être compté pour rien! Mais l’avez-vous vu, vous, ce mal dans .Barcelone, en vous y rendant long temps après que l’épidémie a eu cessé? Et que diriez-vous si l’on vous prouvait que M. Lassis l a vue, et dans le lazaret de cette ville (le séminaire), et dans l’hôpital général ( Santa-Critz ), et dans les maisons pai ticulières, même dans celle qu’il habitait? si I on vous prouvait que celle affection, qui aurait toujours été invisible pour M. Lassis , n’est autre chose que nos maladies appelées fièvres bilieuses , rémittentes } intermittentes ou continues , enfin une gastro-entérite; que ces maladies, que l’on voit partout et en tout temps; si l’on vous objectait que vous-même, dans un de vos derniers écrits déjà cité (page 26), vous déclarez qu’elle est telle en effet, de manière qu’il ne peut y avoir un seul médecin , et surtout un médeciu d’hôpital , qualité qu’a eu plus de vingt années celui que vous attaquez, qui n’ait journellement occasion de l’observer? »

» Ce u’est pas tout : à l’erreur de la contagion, vous en substituez une autre; vous n’abaudonnez eelle-ci que pour vous jeter dans celle-là , et vous consacrez aussi l’opinion erronée d’une maladie particulière et distincte dans ce que vous appelez lièvre jauue.

(1) \ oyez page 3o cl un écrit dirigé contre moi, eu réponse à de premières réclamations, écrit où mut est dénaturé, depuis le titre et l’épi graphe, jusqu aux dcrnicis passages. 11 est intitulé ; Examen des nouvelles opinions de M. le docteur Lassis, etc.

Quoique, comme nous l'avons rappelé (oul-àl'bcure, dans tel laines occasions, où certains intérêts vous pot tenté le faire, xous disiez vous-même que ce n est autre chose qu'une de nos maladies les plus ordinaires ; car ce langage n’est qu’une inconséquence et une contradiction de plus de votre part, tout ce que vous avez dit et fait d’ailleurs suppose effectivement cette distinction. N’est-elle pas supposée, par exemple, lorsque vous dites ne vous être occupe, vous, que de celte prétendue maladie distincte; lorsque vous dites ne l’avoir jamais vue en Europe, où vous avez passé 25 ou 3o années et où vous avez commencé et terminé vos études médicales (i). Certes, s’il y a jamais eu maladie distincte, c'est bien, il nous semble, dans une maladie assez rare, assez difficile à apercevoir pour, qu’un médecin aussi éclairé et clairvoyant que vous , n’n.it pu le reconnaître dans celte partie du monde, même une. seule fois en un grand quart de siècle, n „ <

«Mais tout ce que vous dites et faites ne prouverait-il pas que vous n’avez pas d’idées bien assises , bien arrêtées sur la

(i) Ce médecin, qui vient de déclarer, page 26 de l’écrit déjà cité, ce cpie nous venons de rapporter, dit, page 36 du même écrit, qu’avant 1 ga 8 il 11’avait pas vu en-effet celte maladie en Europe, de manière que, pour être au courant, il lui avait fallu absolument aller lui-même à Gibraltar*; ce qu’il a fait, aux frais du gouvernement , qui doit s’en rapporter aux médecins, et qui est souvent disposé aux plus grands sacrifices, même en laveur des doctrines les plus erronées, lorsque l’on est parvenu à les lui faire regarder comme les meilleures.

De cette mission de M. Chervin , cju est-il résulté? Ln écrit en deux volumes in-octavo, qui est bien l’œuvre la plus insignifiante qui ail jamais été produite: aussi n’en a-t-il guère été question, qu à [occasion d’une polémique élevée entre es médecin etses collègues.

* Car il ne peut, nous dit-il sérieusement, s’en rapporter qu a sa propre personne. Ne doit-on pas en etlel, trouver qu’il ne peut avoii de meilleur guide, que tout est conséquent et judicieux dans sa manière de juger des choses, comme dans son tangnge et sa conduite, et qu il ne peut y avoir de Lien vu et de bien fait que ce qu’il fait et ce qu’il voit!

nature de celle fièvre jaune, puisque, tantôt vous la présentez* vous en parlez connue étant très-distincte , et que, d’autrefois, vous la dites formellement identique avec nos maladies les plus communes ? Ne serait-on pas de plus en plus autorisé à conclure que vous ne savez pas bien de quoi vous parlez, quand vous dites, et quoique vous disiez n’avoir jamais étudié qu’elle? Ne voit-on pas que, dans tous les cas , vous êtes bien peu équitable, bien peu versé dans les connaissances fondamentales de la mé* decine, bien léger et bien inconséquent? »

» N’nuriez-vous pas dû, avant tout, déterminer exactement en quoi consiste réellement le mal dont il s'agit? La première chose à faire, dans toute discussion, n’est-ce pas de savoir de quoi l’on parle P C’est la marche qu’a suivie le confrère que vous avez tant à cœur d’écarter, tandis que vous devriez ne songer qu’au bien de la science et a l’honneur de notre pays, intéressés à ce qu’en France on ne vous ait pas attendu pour tout faire dans la vue d’éclaircir les questions h résoudre, et pour appeler l’attention des autres médecins sur ces questions. »

jo Étant donc loin de savoir vous même ce que c’est que la fièvre jaune, comment pouvez-vous juger si tels ou tels documens s’y appliquent ou ne s’y appliquent pas, s’ils lui appartiennent ou ne lui appartiennent pas? Vous ne pouvez pas même dire, avec connaissance de cause, que vous ne vous êtes occupé que de cette affection , et non de telle ou telle autre analogue; puisque vous ne pouvez pas savoir si elles sont, ou si elles ne sont pas ideuliques. »

» Par ses recherches , M. Lassis a rempli une lacune immense. 11 n satisfait aux vœux des Papon , des Berthe, en un mot de tons les amis de la science et de l’humanité, pour la réunion des faits de tous les temps et de tous les points du globe. Il a fait plus, il a recueilli également le sentiment des meilleurs auteurs ; il a appliqué l’un et l’autre, et ces faits et le sentiment des auteurs les plus estimés, à chacun des points en discussion. Sur plusieurs de ces points, il a atteint le but qu’il devait avoir en vue, c’est-à-dire que, sur ces points, il a eu l’avantage de voir adopter scs opinions. Si, sur quelques autres, il n’a pas

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encore opère la conviction , c’est que la tache était trop grande pour être dé j h remplie} mais il a tracé la route, il a fourni les moyens de la parcourir avec sûreté et de reconnaître la vérité, de quelque côté qu’elle se trouve. On peut même dire , que , si l’on n’a pas encore eu cet avantage, on ne doit s’en prendre qn’à ce que l’on n’a pas encore examiné ses documens en entier, à beaucoup près. Peut-être que, par cet examen , on aurait vu que tous sont employés au profit de la vérité ; tandis que les vôtres sont employés au profit de l’erreur (t'. Et vous voudriez que l’on différât encore cet important examen , pour s’occuper exclusivement de vous seul! Vous demandez «que l’on ait à ne s’occuper du résultat de ses travaux , que quand on aura fait un rapport sur le résultat des vôtres ! »

» Pour vous faire ainsi passer le premier, il faudrait violer toutes les lois de la raison et de la justice, toutes les règles fondées sur l’un et sur l’autre it consacrées par l’usage, tous les droits de la priorité ordinairement si respectés, droits qu’en toute occasion ou fuit valoir} ce serait violer aussi les intérêts de la science, de l’humanité et de l’honneur de notre pays , droits et intér ts que vous devez reconnaître et respecter vous-même. »

«Pourquoi, si vous pi étendez pouvoir être compté comme ayant fait preuve de zèle, comme vous étant livré à des travaux utiles et imposé de grands sacrifices, ce que l’on pourrait contester, pourquoi répudier Pavnutage de pouvoir compter aussi du moins un autre médecin français dans ce cas? Est-ce vous qui, depuis le commencement de ce siècle, vous êtes livré sans relâche à toute sorte de travaux, avec toute sorte de peines (2) et de sacrifices, pour éclaircir Ips questions dont il s’agit j qui,

(1 ; Je ne prétends pasqne l’ou devait nécessairement tenir ce langage à AI. Chervin : l’état actuel des idées ne le permettait peut-être pas; mais je prétends que, selon la saine doctrine, on le pouvait.

(a ) Le rote de M. Chervin a toujoursjélé de chercher des vérités toutes trouvées, soit en Amérique, soit en Espagne. 11 n’a eu qu’à constater ce qui était déjà tout prouvé , ce qui l’était surtout par moi et par tous les corps savans des pays où il a passé; tandis que, pour moi, j’ai toujours

des 1814, aviez termine les recherches néçessaires pour cet objet; qui, h cette époque, aviez déjà, et presque toujours sur de grands théâtres, fuit l’applicaliou la plus avantageuse de vos principes; qui, dès 1818, sonmclliez à l’impression l’ouvrage le plus complet qu’il y eût alors et qu’il y ait encore aujourd'hui, ouvrage où sont consignés tous les résultats indiqués ainsi que tous les autres faits anciens et nouveaux , et traitées toutes les grandes questions dont on s’occupe le plus maintenant et toutes qui s’y rattachent , enfin qui a été accueilli généralement ei* France et chez les étrangers, où il a reçu les honneurs de la traduction comme offrant les avantages dont nous venons de parler? Est-ce vous qui êtes allé à Barcelone au moment véritablement le plus favorable à l’observation, qui en avez rapporté’ les documens les plus nombreux, qui avez formé sur ce théâtre du mal l’assemblée médicale la plus compétente qui ail jamais existé? Est-ce vous qui avez embrassé toutes les questions relatives aux maladies épidémiques agitées , qui les avez considérées sous toutes les faces, qui avez recueilli tous les faits propres à les éclaircir, qui avez rapproché les faits entre eux et qui les avez ainsi mis dans le cas de s’appuyer et de s’éclairer mutuellement, qui avez recueilli de même l’opinion de tous les auteurs t qui avez composé des mémoires pour chacun des points à examiner, et qui avez, par tous ces moyens, appelé depuis longtemps l’attention de tous les autres médecins sur ces diverspoints, etc. etc. etc.?»

en à lutter corps à corps contre l’erreur, comme je suis obligé de le faire même encore aujounl tmi. Ainsi parler, et parler toujours du courage, de AI. Chfrvin, de son zèle à combattre l’erreur, ne parler que de lui, même à propos de peste, de typhus, de choléra, dont il dit, lui, très clairement et très formellement, ne s’être nuUemcnl occupé; taudis qu’il îôcofHiciit cjuc je ni en suis occupe, moi, comme je me suis occupé de ce que 1 on appelle avec lui fièvre jaune, cest fane voir que l’on se jouo de la justice, comme île la vérité, de la science, de 1 humanité et delà crédulité de nos confrères; c’est nuire à la science, puisque c’est faire ci oire que c est du colé do ce médecin qu’il faut chercher la solution, désirée.

» Auriez-vous sur M. Lassis tous les avantages qu’il a incontestablement sur vous, aux yeux de quiconque peut se flatter d’être judicieux , éclairé, et d’avoir examiné vos travaux respectifs et leurs résultats, de quiconque ne veut pas prononcer saus connaissance de cause, il ne laisserait pas d’être incligue de yous de persister dans votre demande. Vous devez plutôt chercher h la faire oublier, s’il est possible. Elle est injurieuse pour chacun de nous en particulier, comme pour l’académie entière et même pour l’administration. Vous devez penser que ce corps savant (l’académie) justement estimé, en raison de ses lumières , de son amour pour la justice, pour les interets de la science et pour l’honneur de notre pays, saura bien faire la part de chacun; vous devez penser qu’elle saura bien démêler et distinguer ce qui peut vous appartenir, de ce qui appartient à tout ai.tre, en ayant en main toutes les pièces, au lieu de n’avoir que celles de l’un de vous. Vous ne voulez sans doute pas que l’on ne parle que de vous et de vos propres intérêts; vous êtes trop dévoué à ceux de la science, vous êtes trop de'sintéressé par rapport à vousmême, comme vous cherchez à le faire entendre et comme le répètent vos amis , pour former un tel vœu et le manifester ; vousvonlez que Ion s’occupe aussi, du moins en même-temps, de la manière la plus efficace, des questions à résoudre; or, quelle que soit celle qui est posée par vous, on ne saurait être trop éclairé pour cette solution. En supposant qu’un certain nombre de faits suffisent pour cet objet, on ne peut, dans ce moment, savoir si les vôtres offrent cet avantage. Si on le savait, celte solutiou serait toute trouvée, et meme, dans ce cas, avant de dire que I on doit vous attribuer le mérité et l’honneur d’avoir seul tout fait , ou d’avoir fait plus que qui que ce soit et d’attirer ainsi sur vous toutes les louanges et toutes les récompenses, il faudrait examiner si un médecin qui a fait de plus longs et de plus grands travaux que vous n’en avez fait vous même, et peut-être de plus grands sacrifices , qui vous a devancé depuis si long-temps , n’a pas atteint lui-même le but auquel vous aspirez , et n’apporte pas les moyens de le prouver, de manière que l’on aurait n voi s reprocher de n’être point nu courant

île lVtat de la science, ou d’avoir été occupé uniquement des moyens de faire dn bruit et de n’avoir fait autre chose que d’entrelenir l’erreur, en empêchant de reconnaître des vérite's trouvées avant vous, en laissant continuer de les chercher et même en faisant croire cette recherche encore nécessaire ; tandis que, avant d’entreprendre vos courses, vous auriez dû vous instruire de tous les travaux déjà exécutés et des résultats déjà obtenus. Ces courses étaient sans doute un moyen de faire de l’éclat auprès de tous ceux qui ne seraient pas non plus instruits de ces travaux et de ces résultats, et dont le nombre peut être très grand; mais nous, qui ne devons rester étrangers à aucun des efforts tentés en faveur de la science, qui devons en être bien informés , nous qui devons veiller à tous ses intérêts , nous qui avons même sous notre sauve-garde ceux de tous les médecins voués à ses progrès, nous ne pouvons, en aucune façon, nous prêter à vos vues. Si, comme le savaient tous les médecins qui connaissent l’hbloire de la science, dès 1800 toutes les sociétés savantes du nouveau monde avaient reconnu et proclamé la non-contagion, à quoi bon se rendre dans ce pays , à la fin de 1814 , comme vous l’avez fait , pour la solution de cette question, ainsi toute obtenu'1, état de chose que l’on pouvait reconnaître et constater sans faire de grandes courses extraordinaires , état de choses devenu d’ailleurs indifférent, en raison des travaux de notre compatriote, de ce médecin dont vous vous rendez ainsi tout-à-fait gratuitement l’adversaire, sans paraître vous embarrasser des conséquences de votre conduite, conséquences qi i ne peuvent qu’être fâcheuses fâcheuses pour la science, l’humanité et l’honneur de notre pays, si vous parveniez à en imposer, à faire des dupes; fâcheuses pour vous-même, si tout vient à être apprécié à sa juste valeur, comme il faut espérer que ce le sera.»

» A quoi bon ce départ tardif, surtout si, dès les premiers temps de cette année, i8i4> un autre médecin français , celui précisément que vous vous efforcez d’éloigner, avait 1 ecueilli , non seulement les principaux faits relatifs à une maladie distincte, mais même les faits relatifs à toutes les affections analogues à celles la; s’il avait considéré la question du cô‘.c de la nature div

iua], comme du côté des causes , s’il avait reconnu él s’il pouvait démontrer, devant des médecins éclairés et judicieux, au moyen d’un examen attentif et impartial , l'identité parfaite de ces affections avec nos maladies les plus communes, de manière que les unes étant reconnues pour n’étre pas contagieuses, les autres ne peuvent pas être regardées comme revêtues de ce funeste caractère, et que, par celte conséquence seule, la question de la contagion est toute décidée. Dons ce cas, qu’avait-on à faire de mieux, que de s’en tenir aux documens de ce médecin , puisque c’était une oeuvre toute faite, et que l’on pouvait ainsi arriver sur le-champ au but que l’on a en vue, au lieu d’attendre la fin de vos recherches alors non encore commencées? Cette attente ne devait-elle pas faire perdre un temps précieux, en supposant même que ces nouvelles recherches eussent dû satisfaire, seules, à tous les besoins de la science, relativement aux épidémies, avantage que peuvent offrir les documens que vous osez attaquer? Et que dire, si, en réalité, vos travaux ne pouvaient aboutir qu’à un vaiu bruit, et même, comme on l’a déjà fait observer plusieurs fois , à consacrer des erreurs funestes? » n Si l’on se conformait à votre désir de supplanter un confrère qui a préparé les voies pour le triomphe de la vérité, ou plutôt qui a tout fait sans vous , on noos reprocherait avec raison de mettre une partie à la place du tout , de présenter comme ayant fait plus celui qui a fait moins , de mettre le premier celui qui

est venu le dernier , de violer ainsi, comme il a déjà été dit, tous

les droits de la priorité, toutes les lois de la justice! »

» Dans l’examen de toute question, il importe beaucoup sans donte de savoir ce qu’il y a déjà de fait. Sans cela on peut revenir cent fois sur le même point et ne jamais atteindre celui où il faudrait arriver; on peut même se trouver en arrière de ceux qui sont entrés les premiers dans la carrière , et qu'il s’agit de dépasser. Tel est précisément, ce nous Semble , le cas où l’on en est par rapport au médecin dont vous vous faites si gratuitement l’adversaire, lorsque vous devriez n’avoir en vue que de concourir avec lui au bien de la science et de 1 humanité, cl de profiter des travaux et des sacrifices immenses qu’il s’est imposés,

ainsi que des exemples qu’offrent les résultats avantageux qu'il a déjà obtenus. »

» 11 fallait donc, ayant de vous embarquer pour l’Amérique, vous mettre nu courant de l'état de la science. Par là vous auriez pu reconnaître vous-mêmes l’inutilité absolue d'un tel voyage; vous auriez appris qu’il ne s’agissait que d’examiner et de mettre à profit les résultats de recherches immenses déjà faites, d’observations déjà recueillies, et d’imiter l’application déjà faite également des principes soutenus par l’un de nos compatriotes. »

» Qu’un assez grand nombre de médecins ne connaissent pas ces résultats, que vous ne les connaissiez pas non plus vousmêmes, la science, notre confrère, doivent-ils en souffrir? Et nous, membres de /Académie, nous qui avons la mission, qui, en recevant ce titre, en le réclamant, nous sommes imposé /obligation étroite de veiller à tous les intérêts de la science, de tout apprécier, devons-nous faire comme si nous partagions celle ignorance ? »

» De même qu’avant de partir, à la fin de 1 8 r 4 > pour l'Amérique, vous deviez savoir ce que l'on savait en France, votre patrie, dès les premiers temps de cette année , de même, avant de vous mettre en route pour Barcelone, vous deviez vous informer exactement de ce qu'en avait rapporté le médecin français dont nous parlons, et que son zèle y avait conduit en temps opportun, c'est-à-dire plusieurs années avant vous, et au moment même de l’épidémie. Sans vous atteudre pour cela, il avait satisfait et plus que satisfait au besoin de la science. Même avant ce voj'age, il avait peut-être déjà fait plus qu’il ne fallait pour la solution demandée ; c’était assez que ce nouveau voyage , c'était donc même déjà trop. A plus forte raison, votre voyage, à vous, était-il de surérogation. Peut être même aussi vous n-t-il proposé de vous communiquer ce nouveau résultat de ses efforts, ainsi que celui de ses précédens travaux. En acceptant cette offre ou en demandant vous-même cette communication , qui ne vous eût sûrement point été refusée, vous auriez pu reconnaître également que ce voyage ne pouvait pas vous offrir les avantages dont notre confrère a joui, attendu que la plupart de ces avantages devaient lui

être exclusivement réserves, d’après la nature et le nombre de ses travaux anterieurs , comme le prouvent les résultats respectifs entre vous çt lui. Si vous aviez quelque chose à faire , c’était donc de vous réunir à ce médecin pour demander, dès ce moment , l'examen de tout ce qu’il y avait déjà de fait. Par là on aurait évité les inconvéniens dont nous avons parlé , et dont fournissent un exemple frappant les résultats de vos voyages. Le dernier devait particulièrement vous exposer à passer pour vouloir, à tout prix, faire beaucoup de bruit, sans vous embarrasser de la justice due à un confrère qui avait tout fait sans vous, ni des intérêts de la science, ni de ceux des gouvernemens etdes peuples, intérêts pour lesquels vous affichez tant de zèle! intérêts qui, tous, veulent qu’au lieu de songer à chercher des faits tout trouvés, on ne s’occupe que de mettre ces faits «à profit, qui vculeut que l’on se bâte et que l’on s’empresse de le faire. Si de nouveaux efforts étaient nécessaires, que l’on s’y livre, mais que l’on s’y livre de concert, que l’on s’éclaire, que l’on s'entende et que l'on s’aide mutuellement, comme en ont donné l’exemple les médecins de Barcelone, des médecins anglais et notre confrère, sur la proposition duquel tous se sont réunis pour former uue assemblée dont vous auriez dû tenir le plus grand compte, dont vous auriez dû faire une mention expresse , mais dont au contraire vous avez grand soin de ne parler que peu ou point, comme si vous craigniez que l’on remarque combien son importance est au-dessiis de tout ce que vous avez pu dire et faire. Voilà ce qui convenait en pareil cas , au lien de chercher à s'éviter et à se fuir , et surtout au lieu de chercher à repousser les résultats des travaux de ceux qui ont l’avantage ou le mérite de nous avoir devancés, qui ont rencontré et levé de grands et de nombreux obstacles, obstacles que, sans ces courageux et zélés devanciers , nous aurions rencontres nous-mêmes , et que peutêtre nous n’aurions pu écarter ou combattre avec antant de succès qu’ils l’ont fait. Au lien de chercher à tout dénaturer, à tout dénigrer, en profilant de l’empêchement que l’on a pu mettre soi-mêine à la connaissance des choses pir différens moyens, i o’c bien peu digue sans doute d'un homme qui, comme voi s le

faites, se pique de dévoûment, de désintéressement et de l'amour du Lien.

« Nous venons de dire ce que voulaient les intérêts de la science d’accord avec tous les autres ntérêts , même avec l’honneur de notre pà^s, qui tous doivent passer avant les vôtres , et n’aurait, on à parler que de ceux-ci , ue faudrait-il pas reconnaître également la nécessité et la convenance de suivre la marche o diuairë, c'est-à-dire d’examiner les premiers les dôcumens recueillis les premiers. Comment , en suivant une marche différente, déterminer l’impottance de ceux qùe l’ou a recueillis les derniers. Prétendez-vous que les vôtres sont les plus nombreux et lès | lus concluaus, et que, d’après cela, ils doivent être examinés les premiers, et même l’être seuls? Si nous de vons vous croire sur parole, pourquoi demander vous- même cet examen? Mais si, malgré la confiance que nous avons en vous , nous ne pouvons cependant pas nous en tenir à vos assertions; si nous devons examiner avant de prononcer, notre examen doit avoir lieu pour les uns comme pour les autres ; et nous devons examiner les premiers , ceux qui ont été recueillis les premiers. Comment, sans cet examen préalable, comment même, sans en avoir fait aucun pour ceux-ci , dire que ce sont les autres, les derniers recueillis, qui offrent le plus d’avantages? Comment porter un jugement sans connaître tous les termes de la comparaison qu’il suppose? Comment, encore une fois, dire que les vôtres, ainsi que ceux de votre confrère, sont tels que Vous voulez le faire entendre? Ne serait-ce pas nous exposer à la nécessité indispensable d’une rétractation voulue parla justice, l’honneur et la dignité de l’Académie en général et de chacun de ses membres en particulier, comme par l’intérêt de la science, qui ne permet pas que ce corps savant fasse croire qu'il y a plus, surtout en fait de dôcumens importans, là où il y a moins, et que la vérité réside là où se trouve l’erreur ? Ne serait ce pas donner l’exemple du déni de justice le plus coupable? Notre confrère n’aurait pas lui-même sollicité l’examen du résultat de ses travaux , que l’on ne pourrait s’en dispenser; on ne pourrait s’empêcher de demander à le faire; scs travaux sont de nolo-

i icté publique ; ii le réel mue, cet examen , à plus forte raisou doit, on ne pas 1 omettre. Rétractez-vous donc, nous le répétons; renoncez à votre demande, plutôt que de forcer l’Académie à condamner hautement votre conduite. »

» Supposons , en effet , que ce corps savant se conformât aveuglément à vos vues 5 que , cédant à l’erreur , à l’enthousiasme pour votre système de l'infection , et à votre doctrine sur la n ture du mal, à une sorte d’entraînement, il n'examinât que vos documens , qu’il déclarât même formellement ne vouloir exa iner qu’eux , et que cependant , lors de son jugement, il dise, en termes aussi formels , qu’ils sont plus importans que tout autres, qu’ils servent à les compléter et à les rectifier; supposons qu’une foule de médecins en particulier, que tous, ou presque tous les autres corps savans, sur la foi de ces médecins et de l’Académie de Médecine, fissent également entendre un concert de louanges en votre faveur; supposons que vos amis publiassent de tout côté votre prétendu triomphe sur le confrère dont on aurait ainsi dénigré les documens, sans les connaître, et que l’on vous accordât toutes les récompenses don on pourrait disposer; tandis que les documens de ce même confrère seraient ainsi également frappés de réprobation, auriez-vous beaucoup à vous en féliciter? Tous ces corps savans, tous ces médecins, qui auraient ainsi prononcé inconsidérément, qui auiaieut ainsi jugé sans connaissance de cause, en \otie faveur, qui vous auraient tout attribué, auraient-ils, de leur côté, beaucoup à se louer et à se glorifier? Non, sans doute: ils ne pourraient que se reprocher amèrement la marche suivie, comme contraire h toutes les règles , a tous les usages, à tous les intérêts, à toute raison et à toute justice; ils se reprocheraient une telle marche, même quand on finirait par acquérir la certitude d’une plus grande valeur dans le résultat de vos travaux, d’après leur nombre et leur nature. Cet avantage serait compensé par la priorité de ceux de votre confrère; par le mérite d’avoir été recueillis dans une lutte continuelle et avec des sacrifices énormes de tout genre, sacrifices plus considérables que les vôtres, quoique l’on en dise; et que dire, si vos documens sont loin d’avoir

ccttc plus grande valeur, sous quelque rapport que ce soit; si même, dans tous les cas, ils pouvaient nuire, étant seuls , étant préconisés par nous et employés par vous à consacrer de grandes erreurs , dont vous êtes vous-même ou dont vous paraissez forlcment imbu? »

» On peut bien, à la faveur de l’enthousiasme, de certains prestige?, de certaines intrigues , de la camaraderie, etc-, parvenir à étouffer pour un temps la vérité, et même à repousser les faits les plus propres à la mettre dans tout son jour. On l’a pu sous le règne du système de la contagion; pourquoi no lo pourrait-on pas sous celui du système de l’infection? Mais ne doit-elle pas finir par triompher et par se faire jour, en dépit de toutes les passions et de tous les efforts qui peuvent lui être opposes? Et ce triomphe ne doil-il pas être d’autant plus éclatant, que la résistance et les obstacles auront été plus grands? »

On peut trouver bien longue cette série d’objections : je dirai moi-même que quelques-unes seulement auraient dû suffire. Plût- -Dieu que j’eusse été dispensé d’en faire même une seule, comme j’aurais dû l’être effectivement !

Que M. Chervin, que d’autres médecins contestent la justesse deces objections; que I on y réponde par des injures, soit ; mais contester n’est pas prouver ; mais des injures ne peuvent pas non plus passer pour des raisons auprès des hommes judicieux.

On sait ce qui est arrivé entre M. Chervin et moi, entre ses docuruens et les miens; on sait que, sous les auspices d’un certain parti , tout a été applaudi dans la conduite de ce médecin ; on sait que l’on est, tombé dans lot s les incotivéniens dont j’ai fait le tableau, en passant par-dessus toutes les considérations, én prononçant sans connaissance tle cause. Mais on vu s’empresser de revenir sur un tel jugement, qui a été surpris à la religion de ceux qui l’ont porté. 11 n’y a pas de déshonneur à se tromper; il n’y en aurait qu’à persister dans un jugement injuste. On ne peut donc manquer de sc rétracter promptement , et plus hautement encore, s’il est possible, que l’on n’a prononcé ce jugement dont je fais appel. Je ne puis cesser de compter sur les lumières et la justice de mes juges.

Si, comme M. Chervi» l’a reconnu et déclaré lui-même en diverses occasions (voyez, entre autres, sa lettre à M. de Iîoisbertrand), ses documens, même tous ensemble, ne suffisent pas pour la solution attendue , à plus forte raison une partie , ceux de l’Amérique seuls, par exemple, n’offrent-ils pas cet avantage. S’ils étaient aussi importans que ce médecin a voulu le faire entendre j si , h l’époque de son retour de ce pays , il n'y avait pas encore eu à vaincre unefoule d’obstacles, contre lesquels j’ai continué de lutter, et de lutter seul, avec toute sorte de moyens et de toute sorte de manières, m’appuyant toujours de nouveaux faits et de nouveaux argumens, et gagnant toujours également du terrain ; s’il ne fallait pas continuer effectivement, comme je l’ai fait, de préparer les esprits à examiner et à reconnaître la vérité, je demanderais pourquoi il ne s’en est pas tenu à ces mêmes documens? Pourquoi, dès l’époque indiquée, il n’a pas sollicité nn examen?

Si nous examinons, à leur tour, ceox qu’il a rapportés de 1 Espagne, de même comparativement avec ceux que j’en ai rapportés également; si nous faisons cet examen eu suivant i ne toute antre marche que celle qui a été suivie par 1 Académie de Médecine, nous trouverons, je pense, encore une grande différence entre les uns et les autres. On verra , je crois , que , comme je l’ai déjà fait observer, le désavantage de ceux de mon adversaire n’est pas seulement d’être venus les derniers , mais qu’il consiste aussi en ce qu’ils sont infiniment moins nombreux et en ce qu’ils manquent de beaucoup d’autres caractères dont les miens sont revêtus , sans parler de l’inconvénient d’être employés par lui à consacrer de grandes erreurs.

Comme de simples assertions peuvent paraître de peu de poids, je viens aux preuves. Je vais placer, dans une première colonne, la liste des documens qu’a recueillis M. I liervin dans le pays dont il s’agit; une seconde et divers détails qui la suivront feront voir ceux que j’avais rapportés long-temps avant son voyage dans ce même pays.

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