RÉSULTATS QUI ME SONT PARTICULIERS
Dai0n lion des lieux , des per son es ou deschoses qui ont été l'objil de ces résultats.
Pour les dix communes enclavées dans le cordon , beaucoup d’endroits de mes notes particulières, une note qui m a été donnée par un médecin espagnol , le journal tenu par M. de Cagigal, les notes de M. Vassal et de M. Montagut , égale ment très éclairé, chargé de surveiller dilFe'rens services relatifs à l’épidémie. Plan de Barcelone, comprenant les communes indiquées.
Sans et Gracia.
Voilures.
Lazarets, hôpital du séminaire.
La division des fous dans l’Hôpital généial.
Médecins de Carlhagène.
Junte de santé supérieure.
Salou, Silgès et Malgrut.
Autopsies.
Fanullcs isolées atteintes.
Héeidiv es.
Accroissement «lu mal à Barcelouetle, ex irémemenl rapide, du 3 sept, au g.
Cordon, objet de dérision.
Emigration.
{Mi ni liste
Manifeste
Et beaucoup d’autres endroits de mes notes, détails particuliers.
j Manifeste. ........ j/j
^Manifeste
I Manifeste a S
) Manifeste 1 5 et i <5
Manifeste
Mes piopres observations et diverses notes qui m’ont été données par M. le d‘ Campmani, médecin en chef du lazaret, et par divers autres médecins.
J Manifeste
{ Manifeste. . . . . . . a5
| Manifeste . 28
! Manifeste
Et beaucoup d’autres pièces.
| Manifeste 2g
1 Et beaucoup d’autres pièces.
Maladies avec ictcrc et vomissemens, avant le mois d’août, dès les premiers temps de l’année.
Beaucoup de malades sans ictère, pendant l’e'pidéinie.
Une infinité (Vautrés fails, recueillis jour par jour, et consignés dans six à sept relations différentes, que j’ai également rapportés de Barcelone.
Je dois compter, en outre, mon ouvrage sur les causes des épidémies, les moyens d’y remédier et de les prévenir, que j ai rapporté dé même de Barcelone, comme traduit dans cette ville et à Madrid, et devenu l’un des principaux objets des méditations des médecins espagnols, qui Vont considéré eux-mêmes comme s’appliquant à toutes les maladies épidémiques dites typhoïdes, et notamment à ce que l’on appelle fièvre jaune. Cet ouvrage a été publié avant qu il ne fût question de M. Chervin} il a été accueilli également par les médecins les plus éclairés des autres pays, notamment par ceux de Fi ance. M. Chervin veut sans doute en faire une œuvre merveilleuse, quand il affirme que je n’ai jamais vu de fièvre jaune!
En effet, n’en est-ce pas une, ainsi que mon voyage lui-même, surtout aux yeux de ces médecins espagnols, qui doivent se connaître aussi en fièvre jaune , qu’un médecin , qui n’a jamais vu celte prétendue maladie distincte, ait composé un ouvrage qui leur paraît si bien s’y appliquer, et qui n’a pu se rendre sur un de ses plus grands théâtres, qu’avec la certitude d’y trouver tout conforme à ce que M. Chervin lui-même appelle ses prévisions?
Je dois parler encore ici de ce que j’ai fait d’ailleurs relativement à l’épidémie de Barcelone ; je parlerai du moins d'un mémoire très développé sur celte épidémie, comprenant, i» des détails pris jour par jour 5 2* la topographie médicale de celle ville ; je parlerai aussi du congrès qui s'y est formé et qui est dû à l’accueil que m’a procuré l’ouvrage indiqué.
Puisque M. Chervin prétend avoir fait mieux que moi , qu il ne se refuse pas au parallèle ; qu’il vienne mettre , û côté de ces
| Manifeste 1$
Aulrcs pièces.
ÎlVles notes particulières.
Et autres pièces.
choses relatives à Barcelone, ce qu’il a fait lui-même sur ce point 5 qu’il se prête ég; lement au parallèle sur tous les autres points.
Ce qui reste h mon confrère de particulier, c’est d être arrivé long-temps après moi et d’entretenir diverses erreurs funestes que je combats, en même temps qu’il ne fait que venir à l’appui de l’une des vérités que je soutiens. Je crois avoir fait, sur l’épidémie de Barcelone de 1821, une relation plus complète qu’il n’y en ait encore eu sur aucune autre épidémie. J’ai pris les faits dès les premiers temps de l’année; je suis même remonté aux premiers temps historiques , pour éclairer le présent par le passé, et j’ai considéré jour par jour, quelquefois heure par heure, tout ce qui s'est offert depuis les premiers bruits de causes et de maladies extraordin ares, jusqu’à la fin de la calamité.
J’ai toujours rencontré de nombreux adversaires, et j’en rencontre encore de tout côté; M. Chervin n’a cherché que des vérités toutes trouvées par un grand nombre de médecins. La non-contagion était proclamée en Amérique, des 1800, par les principales sociétés de ce pays.
Que l’on voie les choses comme elles sont, on trouvera toutes résolues, par mes documens, les grandes questions agitées; tandis que la doctrine de M. Chervin rend cette solution impossible , tandis qu’elle fait repousser presque tous les documens, même les siens , qui d’ailleurs seraient loin de suffire seuls.
En considérant la conduite et le langage de MM. les commissaires de 1821, de M. Chervin et de leurs amis, on doit remarquer que l’erreur a de grands privilèges, qu’elle est au-dessns de toutes les contradictions où elle peut faire tomber, qu’elle peut impunément passer par defsus toutes les règles de la raison et de la justice, par-dessus l’évidence même.
Avec MM. les commissaires, on me reproche d'être arrivé trop tard à Barcelone; avec leur successeur dans le champ des préjugés, M. Chervin, mon tort est, au contraire, d’être arrivé trop tôt. Mais accordez-vous donc, puis-je dire, et tout homme sensé et équitable pourra dire avec moi , accordez-vous, messieurs, du moins entre vous; car les reproches que vous me
faites se détruisent mutuellement par 'rapport à moi , et ils.velombent précisément sur vous-mêmes. Si je suis arrivé trop tôt pour les chervinistes , le reproche 'est bien plus 'mérité encore pour M. Pariset et scs collègues 5 et, si je suis arrivé trop tard pour les parisétistes , que dire de M. Cherviu , arrivé plusieurs années plus tard encore?
Que conclure donc du double reproche que l’on m’adresse et qui implique tant de contradiction, si ce n’est que l’on se soucie bien peu de la justice, de la vérité, de la science, de l'humanité, du bon sens, et même de l’honneur de notre pays? si ce n’est que l’on ne considère les choses que d’un seul côté, par conséquent de la manière la plus bornée , qui , loin de conduire h la 'érité, ne peut qu’en éloigner de plus eu plus? On doit conclure encore du propre langage de ceux qui se sont faits mes adversaires, que, pour moi, je suis arrivé véritablement en temps opportun j taudis que , pour ces messieurs, l’un est arrivé réellement trop tard, et que les autres sont arrivés et surtout repartis réellement beaucoup trop tôt!
Je suis arrivé, moi, à Barcelone, en même temps que deux médecins anglais, et au moment le plus favorable comme le plus convenable pour former le congrès médical que j’ai proposé, moment où, d’après la comparaison de milliers de faits consignés dans mon ouvrage de 1 B 1 9 , devenu, dès 182U , l’un des principaux objets des méditations des médecins du pays, avec ceux que leur a offert la nouvelle calamité, on était disposé à reconnaître avec moi la vérité, comme on l’a reconnue effectivement j moment où les premiers de ces nouveaux faits étaient tout présens à la mémoire de ceux qui les avaient observés, et où d’autres faits propres à rappeler ces premiers, au besoin, s’offraient encore en grand nombre. D’ailleurs, en supposant, ce qui n’est pas, que je fusse arrivé à Barcelone trop tard, moi, de ma personne, mon ouvrage s’y trouvait d'avance ; il y était pour m’y remplacer , connu il aurait pu remplacer tout autre médecin qui aurait eu aussi des faits nombreux déjà recueillis et des notions suffisantes déjà acquises. Je dois ajouter que les principaux médecins de cette capitale de la Catalogne, ces médecins qui ont
refuse ,1) a M. Pariset et à scs collègues la conununiealion des faits qu’ils desiraient le plus, comme les plus imporlans à leurs propres yeux, étaient là aussi pour moi , et qu’en effet ils voulurent bien me faire, à moi, cette communication.
Que, par tout ce qui vient d’être exposé , on juge combien 1 Académie de Médecine de Paris, et, d’après elle, beaucoup d’autres corps savans, ont été fondés à admettre et à proclamer que M. Cliervin a eu la mission de compléter et de reétifier les documens rapportés de Barcelone par les médecins français qui se sont rendus avant lui dans cette ville!
Pour n’étre pas accusé de rien dénaturer, ni de rien exagérer, je vais citer textuellement l’article du rapport admis sur ce sujet par l'Académie de Médecine de Paris, qui a trait à l’épidémie de Barcelone, et je placerai quelques nouvelles remarques à côté de chaque passage : « S’il était vrai, messieurs, est-il dit dans ce rapport, s’il était vrai, comme la suite des documens que nous avons à mettre au jour tendrait à le faire croire , que l’erreur apu se glisser dans quelques parties du récit de cette grande calamité , ce tribut payé à la faiblesse humaine aurait-il de quoi surprendre? Comment ne pas concevoir, en effet, que, dans une situation 'aussi périlleuse et des circonstances aussi graves, les affaires, les embarras, des difficultés de tout genre ont pu facilement altérer le résultat des investigations qui avaient pour objet les causes de cet épouvantable fléau? »
MM. les commissaires, qui étaient au nombre de trois ou quatre, pouvaient s entr’aider. D’ailleurs, ils n’eurent à s occuper que de l’objet de leur mission; M. le secrétaire du consulat pourvoyait à tous leurs besoins ; tandis que, pour moi, qui suis arrivé sur le théâtre du mal à une époque où régnait encore un grand bouleversement, je fus seul pour faire face à tout. Néanmoins, comme je l’ai prouvé ily a nninstant , et comme je le prouverai plus amplement bientôt, je n’ai rien laissé à faire à qui que ce fût. Le moment même de la calamité était précisément celui où l’on pou-
(0 Artificieusement, disent JDI. les commissaires, p. 227 de leur sc- (.o ul rapport, à la note.
viiitle mieux reconnaître ses véritables causes. Si M. Pariset ne se fût pas soigneusement tenu renfermé dans le palais du consulat} si M. Cher vin se fût rendu sur le théâtre du mal en même temps que moi, ces messieurs n’en seraient pas encore à ignorer ces causes et a en admettre, chacun, d’un autre genre, sans aucune espèce de fondement!
« Lorsque, ajoute-t-on, M. Chervin est venu plus tard, au milieu du calme qui a suivi ce temps de désastre, recueillir des renseignemens nouveaux, il a fait une chose utile, qui était le complément de la mission des médecins français. »
Quoi, avant M. Chervin, il ne s’était trouvé personne en Europe, pas même en France, qui cût'pu et vouiu se mettre à portée de rectifier les documens recueillis par M\I. les commissaires , ou qui , Payant entrepris , y fût parvenu! Il serait vrai que Ion fût ainsi léduit à attendre ce médecin , que l humanité restât exposée toutes les conséquences de P erreur! Le prétendre) ne serait-ce pas dépouiller la médecine de l'honneur qui Ini appartient? Ne serait-ce pas répudier cet honneur et le ravir principalement à la médecine française? Ne serait-ce pas faire rétrograder la science? Qu’a donc fait, si ce n'est remplir cette mission, un médecin qui s’est rendu sur le théâtre du mal, comme auteur d’un ouvrage que déjà un grand nombre de médecins éclairés, et même l’Académie des Sciences, avaient considéré comme dispensant de toute nouvelle recherche pour la question alors la plus aghée? Qu’est-ce donc que celte assemblée médicale, formée sur ce même théâtre du mal, d’api ès la proposition de ce médecin? etc., etc., etc.? Si d’antres médecins sont venus plus lard se mêler dans celte grande affaire, s’ils ont cherché à faire de l’éclat, sont-ils parvenus à faire au re chose que cct éclat, et à tout embrouiller , tout entraver, tout gâter, autant qu'il était en eux? Où sont maintenant les documens de M. Chervin lui-même? où sont ces cinq à six volumes qu il nous a promis si solennellement? Selon ce que j’ai annoncé, dès l’époque où ce médecin a fait connaître et ses prétentions et se9 principes , toutes ses productions sont, à leur tour, frappées dVnalhêmc! Pour s’arracher à l obscurité, au néant, au chaos où il est tombé ,
faut qu'il cherche encore à prendre ma place; il fuut qu’il se présente aujourd’hui comme s’étant occupé de maladies qu’hier il a déclare' lui être absolument étrangères!
Au milieu de ce calme qui a suivi ce temps de désastre , mon successeur à Barcelone , si tardif, n’a pu apprécier tout ce qu’a oTert le dernier état , tout ce qu’ont offert l’agitation , le désordre, le bouleversement , en un mot cette si'uation si périlleuse , ces circonstances si grâces , ces affaires , ces embarras de tout genre, etc., dont j’ai pu être témoin, et dont j’ai vu également moi-même, et parfaitement et sou9 tous les rapports, les suites funestes.
« La sienne, à lui, dit-on encore, sa mission, était de rétablir . l’exactitude de faits mal obser\és ou prématurément adoptés, mais surtout de fournir les matériaux d une nouvelle discussion d’où ne peut manquer de jaillir la vérité. Ces documens , messieurs, que M. Chcrvin a recueillis avec soin, pourraient fournir eux seuls les élémens d’un grand ouvrage. » Rapport à V Académie royale de Médecine , dans les séances des i5 mai et \ g juin 1827. etc.; pages \ \ et
C’est ici surtout que l’on peut voir combien eussent été fondées les objections que j’ai indiquées , combien on a été loin de prononcer avec connaissance de cause, et combien, par conséquent, on s’est montré injuste et peu judicieux!
Tout ce que l’on dit dans ce passage eût pn être juste, si avant M. Cbervin il ny eût pas eu un uîre médecin français qui se soit rendu à Barcelone pour remplir la mission qu’on lui attribue si gratuitement, si cette mission n’eût pas été toute remplie , si elle ne l’eût pas été même plus complètement qu’elle ne pouvait l’être par M. Cbervin, s’il n’y eût pas eu aussi des médecins espagnols et des médecins anglais on ne peut plus compétens, qui eux-mêmes recueillirent des documens importans , qui furent loin de refuser artificieusement leur concours à l’autre médecin f rançais dont je parle.
La mission de M. Cbervin, sa mission, à lui , était de faire beaucoup de bruit avec des documens trop tardifs , incomplets , et employés à consacrer d’anciennes et de nouvelles erreurs, er-*
reurs propres à empêcher l’applicntion de la vérité qu’il soutenait sur un seul point et sous une dénomination insignifiante, qui devait être bientôt abandonnée et entraîner avec elle tout le fruit des travaux de ce médecin. Sa mission était de faire des dupes à l’aide des erreurs dont je viens de parler, de s emparer ainsi de la place d’un confrère et, d un compatriote qui a fait infiniment plus que lui, et j’ose dire infiniment mieux que lui ; qui a tout fait pour la solution de toutes les grandes questions agitées et de toutes celles qui s’y rattachent. Elle était encore de tout embrouiller, de tout entraver, d’enrayer la marche de la science , de faire prendre de fausses routes, de repousser aveuglément les faits les plus multipliés, les plus authentiques et les plus propres à conduire au but désiré) enfin elle était de laisser ainsi la science dans un état honteux et l’humanité dans un état non moins déplorable, étant exposée à de nouvelles calamités faciles à prévenir, mais qu’elle a éprouvées et que M. Chervin n’a pas plus arrêtées, qu'il ne les a prévenues, laissant encore ce soin au médecin quil a pu supplauter par les moyens indiqués, sauf à se réserver celui de venir de nouveau prendre la place de ce médecin, se flattant toujours, et avec raison, d’être applaudi et soutenu par une foule de gens qui u’out rien de sacré, qui ne parlent de science, en certains points, qué pour tout embrouiller, dhumanité que pour s’en moquer, et de justice que pour tout violer!
Quand M. Chervin jugea h propos de se rendre h Barcelone, il n'y avait donc point A’ erreur à réparer pour lui) il ne s’agissait plus, pour qui que ce fût, de remédier à ce tribut paj'c à la fai blesse humaine. Un autre médecin français, qui avait, pour cet objet, une mission particulière, avait donc tout réparé. M. Chervin , qui n’est allé à Barcelone que plusieurs années après fon retour eu Europe, et que cependant l’on dit avoir pris à peine le temps d’embrasser ses amis , tant il aurait été urgent de rapporter de cette ville ce que j’aurais négligé ou été incapable d y recueillir, pouvait donc faire ses embrassades plus à sou aise) il pouvait donc y consacrer de plus longues années encore. Le premier médecin, loin de rien laissera faire à un autre médecin venu long-temps après lui, avait donc fait tout ce qu’il fallait) il l’a-
vnit fait de plusieursuianières; il l’avait fait par tous ses travaux antérieurs etpar leurs résultats. Des médecins espagnols l’avaient fait eux-mêmes conjointement avec lui , icprésenté d’abord par l’ouvrage cité;, et ensuite avec lui-même en personne et avec des médecins anglais. Contester cette vérité , ce serait paraître étranger à ce qui est de toute notoriété, ou de mauvaise foi; ce se a dénier aux médecins espagnols et aux médecins anglais ce qui leur appartient à eux-mêmes en particulier.
Je justifierais tout ce que je viens de dire, quand je n’aurais à présenter que l’exposé du résultat de la réunion médicale formée, d’après ma proposition, sur le théâtre de la plus grande épidémie de ces derniers temps, exposé publié d’abord en espagnol, sons le titre de Manifeste, dû à une commission dont j'ai de même eu l'honneur de faire partie, que j’ai traduit de l’espagnol, comme l’a traduit lui-même M. le docteur Rochoux, qui l’avait signé avec nous ; résultat dont on devait, dont M. Chervin surtout devait tenir le plus grand compte, mais que l’on a cherché à faire oublier , ainsi que beaucoup d’autres résultats de même très importans.
Je présenterai encore quelques réflexions sur ce point capital. Je demanderai aussi comment on a pu reconnaître Y utilité , le complément et la rectification offerts par les documens de M. Chervin , comment on a pu reconnaître également V importance des soins de ce médecin à recueillir ces mêmes documens?
Pour être en droit de dire ou d’admettre tontes ces choses et de les vanter , n’eût-il pas fallu, au préalable , examiner, non seulement ce qu’ont fait quelques-uns des médecins français qui se sont rendus à Barcelone avant M. Chervin; mais ce que tous, sans exception , onte fait.
Si, comme on l’aurait dû dans cette circonstance, ou eût voulu m’excepter, alors , au lieu de dire: les médecins français, il fallait dire : des médecins français, et désigner ces médecins d’une manière claire et formelle. Pour des questions aussi importantes que celles dont il s’agit , il faut éviter toute obscurité et toute équivoque.
Que l’on ait voulu rendre pleine et entière justice à un médecin
que, u’après 1 ignorance où la commission est restée sur mes travaux, ainsi que, d’apres certaines erreurs, on a cru avoir fait ce que j'avais fait moi-même, c'était très Lien; mais ne f.dluit il pas se tenir en garde contre tout ce qui pouvait rendre injuste envers tout autre médecin? En désignant MM. les commissaires de 1821, il fallait donc, je le répète, me désigner aussi, moi, si, comme on l’a fait entendre, on me croyait dans le même cas qu’eux. Si on ne le croyait pas, il fallait de même le déclarer. Par ce moyen, on aurait évité de grandes erreurs, de grandes injustices et de grandes calamités d’un autre espèce Lien plus grave encore. M. Cbervin aurait pu, lui-même, en son particulier, [reconnaître beaucoup plutôt des vérités qu il a hautement contestées et vivement combattues il n'y a pas encore long-temps, et que cependant, aujourd’hui, il croit enfin devoir, au contraire, soutenir hautement avec moi. Je ne parle pas ici de ce que ce confrère se croit dispensé de faire rem irquer, son changement d’opinion, et de me citer, comme s’il voulait s’attribuer à lui seul le mérite de soutenir les vérités dont il s’agit, ainsi qu’il a voulu s’attribuer celui de soutenir seul , de même , une autre v érité que j’ai soutenue long-temps avant lui, et avec plus de faits qu’il n’en a apporté.
Le soin de la part de M. Chervin dont on parle u’élait-il pas absolument vain et inutile? Etait-il nécessaire, y avait-il, en effet, même de l’utilité à faire une chose déjà toute faite, et faite d'une manière infiniment plus complète que ce médecin n'était en position de la faire )
Si la vérité devait, comme on l’a dit, jaillir des documens fort incomplets de M. Chervin, à plus forte raison devait-on jouir ée cet avantage avec des documens qui , j’ose le dire aussi, ne peuvent rien laisser à désirer!
Quant au grand ouvrage dont on prétend que les seuls documens de mon adversaire, relatifs à Barcelone, devaientyiwmr les élémens, ou bien ce médecin n’a pas encore partagé la bonne opinion de ses juges complaisans en faveur de ses travaux, ou bien il s est flatté de pouv oir se reposer sur ses lauriers !
J’ai cru ne pas devoir attendre M. Cbervin pour ce grand ou-
vrnge sur la dernière épidémie de Barcelone, plus que pour toutes les autres épidémies anciennes et nouvelles. J’ai composé, sur cette grande calamité et sur toutes celles de même nature qui l’ont accompagnée, un mémoire particulier très étendu, et même une relation très circonstanciée, la plus circonstanciée qu’il y ait, de manière à mettre la vérité dans tout son jour, de quelque côté qu’elle se trouve , et à ne laisser à l’erreur aucun refuge. Mais ce que l’on attend de la part de ce médecin, depuis si longtemps, aurait, bien mieux que tous mes travaux, satisfait aux besoins de la science, de l’humanité et de l’honneur même de notre paysl Pourquoi est-il assez- insensible à ses intérêts et à sa propre gloire, pour ne pas avoir déjà répondu à l’espoir de ses amis? que dis je , pour ne pas accomplir ses promesses? Aurait-il oublié depuis long-temps son épigraphe favorite : Non verbis sedfactis ? Je le crains ; je crains même qu’il ne veuille nullement s’en souvenir, car j’ai déjà cru, moi, devoir la lui rappeler plusieurs fois, sans qu’il paraisse en tenir plus de compte !
M. Chervin étant, à son tour, attaqué par ma juste réclamation contre sa conduite, si peu digne d’un ami de la science et de la justice, avait à choisir entre trois partis différens : garder le silence, ou reconnaître hautement ses torts, ou chercher à tout dénaturer, à douuer le change par toute sorte de moyens
Garder le silence eût été s’avouer indirectement coupable : ce n’est pas ce qui convenait à ce médecin; reconnaître ouvertement ses torts ne pouvait pas lui convenir davantage; le dernier parti n’était ni le plus juste, ni le plus utile à la science et b tous les autres intérêts, ni, par conséquent, le plus honorable; et, dans un temps où Pou aurait voulu ne pas toujours juger sans examen, sans connaissance de cause, ce n’eût pas été le plus sûr pour les vues de ce médecin. Néanmoins ce fut celui qu’il prit, et il réussit encore! Peut-être le succès dépassa-t-il ses espérances! Si d’abord il hésita à embrasser le parti indiqué, il put s’y déterminer en se disant : « Dans un temps, les partisans de la contagion ont pu tout oser impunément, c’est maintenant le tour des partisans de l’infection, pourquoi n’oserais-je pas tout éga-
lgmeul? On les a crus sur parole ; ce qu’ils onL condamné, ou l'a condamné ; ce qu’ils ont fait ou approuvé, on l’a approuvé; tout a retenti de leur prétendu triomphe! Aujourd'hui même encore, n’out-ils pas «à s’applaudir de leur conduite? Leurs intérêts ne s en trouvent-ils pas toujours très bien? Malheur, jusqu’à ces derniei s temps , à qui n'a pas dit comme eux; malheur désormais à qui ne dira pas comme moi M. Lassis, quelque généreux qu il se soit montré envers les partisans du système de la contagion, quelques ménngemens qu’il ait eu pour eux, malgré le soin même qu’il a pris de les défendre dans des circonstances importantes, n’aura rien gagné, quant à ses propres intérêts, pour l’avoir toujours et souvent, seul combattu depuis si long-temps. On ne lui pardonnera jamais les rudes atteintes qu’il a portées à ce système, par les faits qu’il a recueillis et publiés, par les résultats de sa pratique, par ceux de ses voyages, etc. Si, par suite de ses efforts principalement, un grand nombre de médecins ont renoncé au s\ sterne dont il s’agit, c’est pour se ranger sous les bannières de l’infection, autre divinité à laquelle, dans ce moment, il est de même dangereux de refuser son enceus, et sous laquelle j’ai su moi même me ranger à propos- »
» M. Lassis n’a donc fait que changer d’adversaires, en gagnant du terraiu sur le système de la contagion ; il lui en est même.survenu de nouveaux, sans qu’il cesse d'être eu butte aux premiers. Ainsi, je ue dois pas perdre courage , je ne puis manquer d’être soutenu , j’aurai pour moi les cent bouches de la renommée, je saurai me faire bien venir auprès de tous les dispensateurs de la louange, dans les journaux politiques et ipédiç uix, tous sont à ma dévotion , tous les médecins sont ou contagiouistes ou infeclionistes (1), et M, Lassis n’est ni l’un ni
(i) A l’époque dont il s’agit ici, tel était encore l’état de la science. Ces deux opinions, que je combattais, seul , toutes les deux ensemble, étaient si bien fondées, qu’aujourd'bui elles sont toutes deux généralement abandonnées! Mais comme ce serait sans cloute se^tlonner trop de torts à soi-même, et me donner trop d’avantage, à moi, que de reconnaître complètement la vérité, ou aime mieux en rester à une cause iu-
l’autre ; il ne peut, par conséquent, trouver que des antagonistes, et par conse'quent aussi, je dois nécessairement avoir beau jeu contre lui. D'ailleurs, étant parvenu, sous les auspices des systèmes admis, à empêcher 1 examen des documens de ce médecin, ce succès ne doit-il pas m’en faire espérer d’autant plus encore, que ces mêmes documens, ir étant ainsi que peu ou point connus auprès d’un assez grand nombre de lecteurs, je pourrai en dire tout ce que bon me semblera. »
« Quel meilleur moyen, en effet, de pouvoir dire tout ce que l’on veut sur un point quelconque, que d’empêcher d’examiner! Les succès que j'ai déjà obtenus, par divers moyens, sont bien propres à me rassurer et à m’encourager. Je parviendrai à étouffer la vérité relativement aux réclamations de ce confrère, comme je suis parvenu à l’étouffer à l’égard de ses documens. J’aurai également ainsi toujours libre carrière contre eux; je pourrai toujours en dire tout ce que bon me semblera . sans craindre beaucoup de contradictions. Enfin, jusqu’à présent, on s’en est trop bien rapporté à moi, pour ne pas continuer. Qui pourra me supposer capable de tout dénaturer sur ce point et sur beaucoup d’autres? »
On dira peut-être qu’il y a ici supposition gratuite , ridicule , absurde : on peut, je le sais, ne répondre que par des insultes à mes justes réclamations, à mes justes plaintes! Mais je demanderai comment M. Chervin aurait pu composer l’écrit dont il s’agit, sans compter sur les ressources que j’ai signalées?
Quoi qu’il en soit, je prie de remarquer que je ne fuis ici que céder à la nécessité absolue de redoubler d’efforts, malgré toute sorte d’inconveniens, pour faire sentir que l’on est dans une fausse route, pour prévenir ainsi de nouvelles calamités. IVlon amour pour le repos et l'abnégation que j’ai faite de moi-même, de mes propres intérêts, me disent de tout voir d’un œil tran-
counue , et à dire que loitl ce que l'un sait, c’est que l'on ne sait rien ! Elut de choses sans doute assez satisfaisant , et dont on doit beaucoup s’applaudir et se glorifier!
quille; mon devoir ine dit de tout faire pour le triomphe de la vérité !
Pour répondre à mes réclamations, M. Chervin a composé une longue brochure, et cet écrit , depuis son titre et son épigraphe, jusqu’à ses dernières lignes, n’est qu’un tissu de faits dénaturés ou controuvés, d’errenrs, d’insultes et de contradictions ; on peut dire que c’est réellement un chef-d’œuvre sous tous ces rapports! Mais, dans uu nouvel écrit (i), j’ai justifié tout ce que je vions d’avancer, comme je puis le faire de vive-voix, en très peu d’instans, ayant à la main celui de mon adversaire.
Personne, que je sache, ni M. Chervin, ni aucun de ses amis, n’a cru devoir répliquer contre celte si légitime défense. Dirat-on que c’est par ménagement pour moi? Mais les diverses attaques de ce médecin ont assez fait voir combien il est peu disposé à en user à mon égard , et l’on peut en dire autant des dispositions de ses amis, d’apr s tout ce qu’ils ont également fait ou écrit sur la foi «le ce même médecin. D’ailleurs je n’en demande pas ; je désire, au contraire, que tout soit bien apprécié, je demande qu’entre lui et moi, c’est à-dire, entre ses procédés et les miens , entre nos documens respectifs , tout soit examiné mûrement et comparativement. Tout ce qu’il y a de médecins équitables, judicieux, amis de la science, et surtout parmi ceux qui ont pu contribuer à égarer l’opinion publique , doivent, si non reconnaître les avantages que je crois avoir et les proclamer sur-le-champ, du moins examiner. Si je m’abuse, je crois avoir fait assez d’efforts et de sacrifices daus la vue du bien pour mériter que, de son cô'é, on fasse quelque chose dans la vue de dissiper mon erreur. Si l’on disait que c’est par mépris que l’on ne répond pas «à mes nouvelles réclamations, je «lirais, à mon tour, qu’il n’y a que des hommes ignorans et
(1) Intitulé : Etal de la science relativement aux maladies épidémiques , ou Nouvelles remarques sur le succès des démarches de M. le docteur Chervin auprès de l’ administration , pour empêcher l’examen des documens de V auteur , avec cette épigraphe : Sic vos non vobis.
pervers, souverainement méprisables eux-mêmes, qui puissent être dans ce cas, qui puissent donner un tel motif.
Que les faits sous les yeu*, que mes documens, mes travaux, mes sacrifices, les services que je puis avoir rendus, les résultats que j’ai obtenus , l’époque où j’ai commencé, le temps que j'ai mis à l’entreprise , les obstacles que j'ai rencontrés et vaincus , que tout cela soit comparé à ce qu’a fait et obtenu M. Chervin; que ma conduite envers lui , comparée à la sienne envers moi , on vienne me démontrer que c’est moi qui ai tort; que l’on prouve que je n’ai absolument rien fait qui mérite la peine de s’en occuper j que l’on ait ce courage ou cette justice, je suis tout prêt à passer condamnation , je suis prêt à toutes les réparations que 1 on pourra exiger de moi ; que l’on ait ce courage et cette justice, plutôt que la lâcheté et l’injustice de toujours me condamner sans m’entendre, de toujours juger saus connaissance de cause, d applaudir aveuglément à tout ce que dit et que fait un médecin venu long-temps après moi , mais que j ai bien voulu accueillir , et qui en a abusé au dernier degré et de toute sorte de manières!
Les erremens que l'on suit généralement dans cette grande affaire sont absolument indignes d un temps où l’on se pique de ne vouloir et de ue chercher que la vérité, le bien de la science et de l’humanité, et l'honneur de notre pays ! S’il se trouve des hommes assez peu amis des intérêts dont je viens de parler pour rester tranquilles spectateurs des calamités que l’on aurait pu , nou seulement arrêter , mais encore prévenir ; s’il en est même qui ne s’occupent qu’à consacrer des doctrines et à proclamer des idées qui ne peuvent qu’enfanter , que renouveler ces calamités , tantôt sous un nom , tantôt sous un autre , du moins il ne sera pas dit que qui que ce soit n’a le courage de s’élever contre un tel état de choses 1
Pour revenir à la conduite de M. Chervin à mon égard et pour justifier tout ce que j’en ai déjà dit, ne suffirait-il pas de citer 1 écrit qu il a dirige contre moi, et surtout de faire observer que cet écrit a principalement pour objet de m’attribuer des opinions que je ne ,professe nullement, que j’ai , au contraire, toujours
combattues , comme ou peut le voir dans cent endroits de tncs propres écrits, anciens et nouveaux? Ne suffirait-il pas de remarquer qu’il ne paraît même nullement songer à se rétracter, quoiqu il ait ainsi faussé toutes les idées, quoique j'aie réclamé hautement contre toutes ses assertions, et que la justice, l'équité et les intérêts de la science demandent cette rétractation? Ailleurs j’ai déjà douné des détails Sur cette production de mon confrère; je vais en rappeler ici certains passages, en les accompagnant de quelques réflexions.
Les opinions qu’il me prête ainsi n’étant que le fruit de son imagination, il s'ensuit qu’un assez grand nombre de faits qu’il s’est donné la peine de leur opposer portent entièrement à faux. Le reste da ce mê : e écrit étant également controuvé ou dénaturé, on petit dire que son épignphe, Non verbis sed factis , semble n’être là que pour protester contre tout son contenu.
Ce médecin, voulant ne rien omettre de ce qu'il a cru propre à donner le change à l’égard des motifs de ma réclamation, ce n’était point assez pour loi de me faire penser comme je ne pense pas, relativement à certains points de doctrine, il a jugé aussi à propos de me faire parler et agir, sur d’autres sujets, comme je n’ai ni agi ni parlé. Dans l’ardeur de son zèle, il est allé jusqu’à fouiller dans le Moniteur de 1823 , non pour y faire remarquer des preuves du mien à mettre dans le cas de reconnaître la vérité et son heureux résultat, preuves que tout autre que lui aurait pu y trouver ; mais pour y chercher de nouveaux moyens de me d nigrer et de faire ainsi diversion par rapport à mes plaintes, au lieu d’y faire droit. Il présente encore ici , comme étant de moi, tant il est clairvoyant, judicieux et bienveillant, un langage qui est celui de M. de Châteaudouble , rapporteur de la commission des pétitions, chargé de celle que, dès cette année 1820 , j’ai adressée à la Chambre des députés, pour appeler de plus en plus l’attention des médecins sur les vérités que dès-lors je soutenais depuis long-temps, et que dès-lors également j’appnyais de toute sorte de faits. Ce langage, quoique semblable à celui qu’a tenu lui même mon confrère en diverses autres occasions, et qui na pas été relevé, eut néanmoins pu
paraître j de ma part , peu convenable. C’est pour cela précisément que ce généreux, reconnaissan et charitable confrère me le prête; tandis que, de celle de M. le rnppoiteur, il ne pouvait, ce me semble, qu’être honorable pour moi ( ).
M. de Châteaudouble a bien voulu parler de mes sacrifices, de mon zèle, de mon dévouement et de mes services; il a ajouté que le gouvernement ne pourrait pas ies laisser sans récompense. Loin d’avoir tenu moi même ce langage, j’ai eu l’honneur d’écrire tout exprès à la commission , pour la prier de ne s’occuper absolument que des affaires de la science et de l’humanité. Ce que M. Chervin , mieux inspiré, eût pu voir dans le journal qu’il a ainsi feuilleté.
Ce n’est pas tout; ce médecin, qui, par les moyens que l’on connaît, a pu fajre écarter mes documens , et par conséquent empêcher de savoir en quoi ils consistent; qui, lui-même, sait moins que beaucoup d’autres médecins en quoi ils consistent, se charge cependant de l’apprendre à tout le monde. « Ce sont , dit-il , des extraits d’auteurs. » Ainsi , tels sont les résultats immenses de ma pratique, les faits de tous les temps et de tous les lieux, l’exposé du sentiment des meilleurs observateui s, les résultats de 1’assemblée médicale due h I’accijeil que m’a procuré mon ouvrage de 1819, contenant tous ces grands résultats, résultats sans lesquels ce ii)édecin n’eût été nullement écouté! Voilà comment ou se joue de la vérité et de la crédulité du public ! Voilà ce que l’on a proclamé comme des faits positifs que ce médecin m’oppose, sans qu’il se soit élevé aucune réclamation, sans même que l’on ait permis d’en faire entendre !!!
Rappellerai-je que, dans cet écrit, M. Chervin fait voir qu’il
(i) En supposant qu’il me fût échappé quelque chose de déplacé dans des démarclus aussi délicates, nécessairement accompagnées c|e beaucoup de préoccupation, que pouvaient gagner, à ce fait, ainsi divulgué, la-science, l’humanité et l’honneur de notre pays? Saraît-ce une raison pour mettre de côté les résultats que j’ai à présenter? El que dire , s’il n'y a ici, comme ailleurs, qu’imposture , mauvais vouloir, oubli ou mépris de tout ce qu’il y a de plus sacré, etc. ?
ne connaît pas mieux ce qu'il appelle fièvre jaune , qu’il ne connaît mes documens; qu'il ne peut en dire deux mots sans tomber dans la contradiction, quoiqu’il déclare que ce soit la seule prétendue affection distincte dont il se soit occupé ( p . 26 3o et 36)? Parlerai-je encore de ce qu’il veut faire le plaisant â 1 égard des calamités que j’ai dit devoir se renouveler sous l’influence des erreurs qu'il soutient avec les contagionistes et avec les autres infectionistes , qui ne se sont que trop réalisées , que j’ai pu combattre , comme j’en avais déjà combattu de semblables 5 tandis qu i! en est resté spectateur tranquille , ce qui n’empêcbe pas de tout lui attribuer , comme par un parti pris de tout dénaturer à son profit, à mon détriment, ainsi qu’à celui de la science et de l’humanité? s’il y a quelque chose ici qui puisse prêter à la plaisanterie, n’est-ce pas de voir un air triomphant, dans un personnage qui se charge de donner des leçons aux autres et qui prouve, en tout point, qu’il ne sait de quoi il parle? Mais ce qui mérite plus d'attention, ce sont des erreurs et un plan de conduite qui ne peuvent qu’assurer le retour des calamités que j’ai annoncées , et laisser toujours au dépourvu lors de leur apparition , comme on s’y est trouvé dernièrement encore par rapport à ce que l’on appelle choléra ; état déplorable qu’il faut attribuer surtout au rôle de M. Chervin et à celui de ses amis !
Nous ne 'sommes plus au temps de Galilée, ni à celui d’Armesto. On n’est plus condamné à faire amende honorable peur avoir combattu des erreurs anciennes ou nouvelles; mais on est persécuté et outragé de divers autres manières, qui ne supposent ni moins d’aveuglement, ni moins de passions que l’on en a montré à l’égard de ces hommes savans et zélés!
Quoi de plus pénible pour un ami du bien , qui ne s’est jamais présenté qu'avec des sentimens affectueux pour ses confrères, comme avec des sentimens d’estime et de confiance ; qui peut se rendre le témoignage d’avoir tout fait pour se rendre utile, se flatter d’y être parvenu, d’avoir toujours évité avec le plus grand soin ce qui pouvait blesser qui que ce fût , d’avoir même défendu cenx qui se sont faits ses adversaires dans des occasions très importantes! Quoi de plus pénible également que de
\ oir repousser les vérités les plus frappantes et les plus utiles?
Ainsi que je Fai déjà dit ailleurs, s’il ne s’agissait que de mes intérêts , ce serait peu de chose; mais il s’agit des plus chers intérêts des gonvernemens et des peuples, il s’agit de vérités importantes, il s’agit d’un monument où elles puissent être consacrées, et par conséquent honorable et utile ; il s’agit de savoir et d’indiquer où sont les matériaux et l’architecte , il s’agit même de savoir si ce monument ne serait pas déjà et depuis long-temps tout élevé. Le nom de fièvre jaune est-il le caractère auquel on peut reconnaître ces matériaux, ou, en d’autres termes, peuventils se trouver dans des faits q.ui n’appartiennent qu’à une même époque et à certains pays seulement, et qui sont attachés unique* ment à une nouvelle dénomination arbitraire, vagué, insignifiante, déjà abandonnée presque généralement, pour être rem* cée par d’autres noms, comme elle-même en a remplacé d autres encore, de manière que les faits sont de même frappés de nullité? L’architecte peut-il être un médecin qui déclare lui-même ne s’être jamais occupe que de cette prétendue maladie distincte? On trouvera aisément la réponse à ces questions, en considérant que cetédifice, sous peine de n’êtrc qu'imaginaire, de n’être qu’un vain échafaudage, doit embrasser toutes les prétendues maladies distinctes sans exception, et toutes les questions qui s’y rapportent. M. Chervin paraît avoir bien senti lui-même cette vérité, puisqu’il n’a pas mis au jour, les regardant sans doute comme n’offrant pas en effet le [caractère indiqué, ces cinq à six volumes dont, il y a huit à dix ans, il avait promis de nous gratifier ; la seule chose qu il ail à nous présenter étant, à cet égard, en dépit de son épigraphe, de simples paroles. Les conditions requises pour le grand objet qui fixe aujourd’hui si fortement l’attention des me» decins me semble ne pouvoir se trouver que daus cette masse de faits de tous les lieux et de tous les temps, que j’ai recueillis sous toutes les dénominations, que j ai laissés seuls parler, [que j’ai consignés dans mon ouvrage de 1819 et que j’y ai appliqués à toutes les questions agitées, qui y sont traitées dans au ant de chapitres particuliers. Par cet ouvrage, j ai voulu du moins rem
plir la lacune immense qui, avant lui, se faisait remarquer dans la science. Y snis-je parvenu? Je l’ai cru; un grand uonibre de médecins , et même les corps savans les plus coinpétens ont bien voulu paraître le croire avec moi; mais peut-être ces divers jugemens ont-ils besoin , pour faire loi , d’être proclamés par les médecins et parles corps savans dont je m’appuie; ce qui anrait déjà eu lieu sans doute sans les derniers efforts de l’erreur , c’est-à-dire sans 1 influence des partisans de la contagion ou de l’infection , ou de la cause inconnue et de maladies distinctes imaginaires.
L ouvrage dont je parle, survenant nu milieu de préjugés dont on était fortement imbu, que personne n’avait encore osé attaquer, si ce n’est sur quelques points seulement, avec quelques faits et d’une manière peu soutenue , paraissant même au moment d un nouvel enthousiasme pour l’erreur, allant contre certains intérêts , soulevant ainsi certaines passions ; cet ouvrage , dis-je, dût d’abord être confondu avec ceux qu’il avait pour objet de remplacer, et éprouver le même sort que celui qu’ils avaient éprouvés eux-mêmes, ou du moins être peu remarqué par un certain nombre de médecins, quoique apprécié par beaucoup d’autres, jusque chez les peuples considérés comme étant en arrière de l état actuel de la science (i); mais revêtu, je pense, des caractères indiqués, il échappera toujours, je pense aussi , à l’oubli où sont tombés tous les autres écrits qui out eu le même objet; il prévaudra auprès des hommes les plus éclairés et les plus zélés pour la justice, la science, l’humanité et l'honneur de notre pays. N’ayant encore reconnu la vérité nulle part, ou fatigué de la chercher de tout autre côté , remarquant qu’elle ne peut se trouver que là où les faits sont le plus multipliés, et présentés tels que la nature les offre elle-même, c est à-dire sans acception d’aucune dénomination, et appliqués chacun aux questions qui leur appartiennent , on ne tardera pas de diriger enfin ses regards de ce seul côté. Semblable à cette statue de
(i) Parmi ces peuples, les médecins nous ont devance's sur le point dont il s’agit, si l’on excepte mes propres travaux, qu’ils se sont appropriés en traduisant mes écrits.
Minerve qui, placée d’abord dans un faux point de vue, fut jugée très défavorablement, mais qui, ensuite, mise dans le lieu qui lui était destiné, devint l’objet de la prédilection d’abord aussi accordée à une autre, l'ouvrage dont je parle , juge d apres des notions dont on manquait autrefois , jugé d après la saine doctrine, finira , je crois pouvoir l’espérer, par être généralement apprécié.
Quelque peu que Ion examine de nouveau, on remarquera aisément que ce même ouvrage offre au moins la solution des principales questions à décider aujourd hui; il offre surtout celle de la contagion et celle de l’infection dans ce que Ion appelle fièvre jaune, ou choléra, ou peste, ou typhus, etc., de manière que paraître chercher encore cette solution, ce serait se montrer absolument étranger à l’état de la science. On ne voudra pas attendre qu’un autre vienne la proclamer à son tour, pour Lui attribner le mérite d’avoir, seul, tout fait, quoique, j’ose Te dire, il soit impossible qu’un autre médecin vienne présenter cet ensemble de faits que, depuis long temps, j'ai pu offrir moi-même, sans faire évidemment un double emploi, sans, par conséquent, faire une œuvre absolument de surérogation; n’y ayant, je pense, qu'un moyen de faire autrement que moi, qui est de faire moins; moyen qu’a si bien su employer M. Chervin!
Désormais la vérité, du moins en plusieurs points relatifs aux questions que je traite, ne pourra donc être méconnue que par les médecins qui voudront absolument se refuser à l’évidence.
Deux grands faits, entr’autres, viennent mettre dans le cas de tout apprécier ; ce sont les suivons : iu depuis long temps , depuis le commencement de ce siècle, j’ai annoncé constamment que de grandes calamités pourraient naître encore sous l’influence des idées que je combats, comme un grand nombre avaient déjà eu lien par la même cause ; 2° j’ai annoncé également que Ion pouvait être délivré et même préservé de ces calamités par 1 application de mes principes; j’ai annoncé ces deux résultats différent de toute sorte de manières. Souvent ces nvertissemens, ces vérités que j’ai ainsi proclamées , ne furent que l occasion de nouveaux triomphes de l’erreur, qui trouva
encore des défenseurs aussi ardens et zélés, qu'aveugles ou passionnes ; cependant, les calamités annoncées ne se sont que trop réalisées, Mais, ayant pu , au contraire , être écouté , alors le mal a été prévenu ou arrêté. Dans cliacuu des deux cas, le résultat ne s est pas fait long-temps attendre.
En plusieurs circonstances, nos ennemis eux-mêmes, témoins des funestes effets de l’erreur, que j ai signalés devant eux, crurent, eux, devoir prendre mes avis en considération; ils voulurent bien m’accorder assez de confiance et d estime pour me charger, seul, de tout le service piédical, et mettre tont à ma disposition, sans aucune réserve; passant aiuai par-dessus toutes Je# règles et tous les usages, qui ne leur permettaient pas de m’employer chez eux j ce n eftt point été assez, à leurs yeux, de me faire partager ce service avec les médecins de leur pays. Ce fut en faveur de milliers de nos compatriotes que je me conciliai ces témoignages flatteurs, et d’autres compatriotes semblent vouloir me faire payer le plus cher possible le plaisir d avoir fait mon devoir, d avoir été utile, d’avoir fait ensorte d honorer le nom ; français \
Ce que j’avais déjà fait ainsi assez souvent, depuis i8o5, notamment en 181 1 , 1812, i8i5, i8i4> i8i5, 1821 et jusqu'en i83o, en divers lieux et sous diyerses dénominations , je l'ai fait de nouveau, particulièrement sous celle de choléra, aussitôt que j’ai yn l’erreur nous menacer sous cette nouvelle bannière. Dès i83o, lors des premiers bruits de l’épidémie de Moscou, j’ai composé, sur cette calamité et sur les autres épidémies de Ii Russie , un mémoire que j’ai eu 1 honneur de communiquer à VAcadémie des Sciences et à l’Académie de Médecine. Ce mémoire pouvait mettre dans le cas de tout apprécier relativement aux causes du mal, à sa nature et à son traitement^ il faisait ainsi connaître le moyen d en arrêter le cours pour la Russie ellemême, comme d en prévenir le développement partout ailleurs» et par conséquent chez nous. Qu’est devenu ce nouveau travail? Qu’est-il résulté de ce nouvel'effort contre les ravages de l’erreur et des préjugés? Ou a cru ne devoir eu tenir aucun compte. Et qu’est- il arrivé? Tout est venu justifier et mon langage et mes
principes : i° le mal n’a pas été' arrêté, ou plutôt on l’a fait naître même parmi nous, comme en mille autres lieux différens, excepté là où j’ai pu me rendre, de manière à pouvoir y faire moi-même de nouveau l’application de mes principes. Partout où j ai eu cet avantage, le mal a été prévenu ou arrêté sur-lechamp, et j’ai été accueilli par tous les médecins les plus éclairés et les plus en réputation des différens lieux que j’ai ainsi visités, avec lesquels je me suis mis en rapport. Ces importuns résultats ont été publiés, sans que qui que ce fut ait élevé la voix pour démentir mes assertions. D ailleurs, à toute sorte de preuves déjà ainsi acquises, j’ai proposé d’ajouter toutes celles que l*on pourrait desirer. Je n ai pas demandé à être cru sur parole, j’ai voulu moi même ne rien faire qu’à la face du soleil; j’ai exprimé le désir que tout fût complètement et mûrement examiné par les premiers corps savans.; j’ai demandé même que’de nouvelles observations eussent lieu, sous leurs auspices, sur les points encore les plus ravagés par le mal, en proposant de m’y rendre également à mes frais.
Qu’au lieu d’examiner, selon le vœu que j’en exprime depuis si long-temps, les milliers de faits que j’ai à présenter, on oppose des sarcasmes, des insultes, que prouvera-t-on? Rien, si ce n’est que l’on se joue de ce qu’il y a de plus sacré, si ce n’est qu’aux yeux de beaucoup de gens le bien et le mal sont indifférées, si ce n’est que, non seulement on n’a pas de bonnes raisons à donner, mais que l’on ne veut pas en entendre; que l’on veut même me punir d’en avoir apporté? Et n’attirera-t-on pas sur [soi meme l’opprobre et l’ignominie? Se taire même seulement sur un tel sujet, lorsque l’on a mission de parler, n’est-ce pas un grand tort? Dans les deux cas, n’assume-t-on pas sur soi une grande responsabilité, en nous laissant ainsi exposés à de grandes calamités faciles à éviter, et surtout en les faisant naître, comme on peut se le reprocher, eu soutenant l’erreur qui seule en fournit la source!
Si i on voulait savoir quel eût été le résultat de l’examen de mes documens , fait , des 1S22 , par 1 Académie de Médecine de
Earis , peut-être verrait-on combien j’ai à me plaindre dé co
que cet exaruen n’a pas eu lieu alors, ou du moins en 1826 , où je l’ai vivement sollicité. Peut-être remarquerait-on que, dès la première époque, et même plutôt encore, on possédait des faits plus que sufïisans, aux yeux de tout médecin judicieux et éclairé, pour la solution de toutes les grandes’questions qui m’occupent; que, par conséquent, on pouvait dire à tout autre médecin venant après moi, qu *il venait trop lard; peut-être aurait-on remarqué que, si ce médecin soutenntt encore lui-même de grandes erreurs , on aurait le droit d’ajouter que sa peine était d’autant plus vaine et inutile, qu’il était loiu de la vérité, qu'il pouvait contribuer à la tenir encore enchaînée et enveloppée de ténèbres; peut-être aussi cet examen eût-il mis dans le cas de prévenir les grandes calamités qui, depuis cette époque, ont régné sous l’influence des doctrines admises. Je dois nécessairement entrer ici dans quelques détails.
Peut-être, en effet, cet examen eut-il fait voir, in que, après m’être livré pendant longues années, avec zèle, à Pétude des connaissances fondamentales de la médecine , je me suis livré , avec le même zèle , à l’observation de nos maladies les plus communes, les maladies fébriles; 2° que, depuis i8o5 et souvent sur de grands théâtres , j’ai presque toujours eu occasion d’observer ces maladies sous forme épidémique, point pour lequel on peut dire qu’à cette époque la science était encore dans l’enfance, ou du moins dans la vague, l’obscurité et la confusion; 5" que, depuis la même époque, j’ai constamment fait l’application la plus avantageuse des principes que je soutiens, et que, par conséquent, on n’avait pas besoin d arriver à ces derniers temps pour obtenir la solution à laquelle on devait aspirer, l’ayant ainsi obtenue pour moi et pour tous les autres médecins qui voudraient se donner la peine d’examiner ; atteudu qu en médecine, la solution de toute question , c’est la gnérisou , première solution ; 4. que, dès 1S1O, j’ai adressé à la société de la faculté de médecine , un mémoire sur divers points relatifs aux maladies jndiqnées, 5' qu’en 181 1, iSr2, i8i5, i8i4 et i8i5, j ai pu annoncer, arrêter ou prévenir des maladies analogues a celles qui viennent de régner ; 6 que, dès 1 8 1 4 » j’11* communiqué au
corps savant que je viens de nommer, dont j'avais l’honneur de faire partie, les details les plus circonstanciés au moins sur quelques-uns de ces importans résultats , 7 ' que, dès-lors, j’ai ainsi appelé l’attention des autres médecins sur toutes les questions relativesanx épidémies; 8°que, s’il importait beaucoup qu’un médecin eût mis entièrement à profit les cruelles leçons offertes sur le théâtre des dernières guerres de l’Empire, j’ai satisfait à ce besoin ’ g'1 que, accoutumé h 1 étude des sciences positives, n’ayant aucune idée préconnue et ne voyant que conjectures, hypothèses, incertitude et contradiction dans les écrits des autours, désirant sincèrement la vérité, désirant sortir de l’espèce de chaos où l’on était plongé, je n’ai pris pour guide que les faits, et que, en conséquence, dès la même année, aux faits recueillis dans ma pratique particulière, j’ai joint tous les autres faits anciens et nouveaux, nouveaux et anciens, sans acception de temps, ni dfc lieu, ni de circonstances, ni de dénomination, et qn’à tous ces faits réunis , j'ai joint également le sentiment des meilleurs auteurs, de manière que tout pût concourir à mettre dans le cas de reconnaître la vérité , de quelque côté qu’elle se trouve et quelque soit le nom donné au mal j autre moyen d’arriver à la solution 5 10’ qu’en fc8i8, ayant mis en ordre et appliqués h chacune des grandes questions sur lesquelles, dès 1S14, j’avais appelé l’attention des médecins, les faits respectifs , j’ai soumis à l’impression un ouvrage qui contient cet important résultat;
1 1 0 que cet ouvrage, qui a paru en 1819, où l’opinion de la contagion était encore dans toute sa force , où elle n avait en. ore été attaquée qu’avec peu de faits et seulement sous quelques-unes des dénominations admises, n'en a pas moins été généralement accueilli par les médecins français et étrangers les plus éclairés, en raison des faits qui en font la hase et des opinions qui en font l’objet; qu’il fixa ainsi de plus en plus l’attention de ces médecins sur les points qu il traite , qu’il ébranla fortement l’opinion d’un grand nombre d’entre eux, et qu’il la leur fit même abandonner sur quelques points, pour adopter la mienne; 1 ;° qu’en 1821, j’ai eu l’honneur d adresser à 1 Académie des Sciences un nou- \ el écrit assez étendu, servant de développement â divers ar-
ticlcs de celui de 1 8 1 g, particulièrement au chapitre IV, qui est relatif à la nature du mal, etnpportaut ainsi de nouvelles preuves, des preuves gnns re'plique, de l'identité des affections fébriles épidémiques avec nos affections fébriles ordinaires , dç manière à renverser , par cela seul , tout l'échafaudage du système de la contagion et même de celui de l’infection, et à démontrer d'autres vérités non moins essentielles, troisième solution, i5., que j’avais ainsi également, et depuis long-temps, tout fait pour éclairer les divers points indiqués ét ceux qui s’y rattachent ; i4' que, par là, je m’étais mis en position de me rencontrer avec tous ceux qui feraient quelques pas vers la vérité, sans pouvoir être devancé par aucun; i5' qu’en effet si, jusqu’à l’époque indiquée, j’avais presque toujours combattu seul contre le système de la contagion , du moins , cette même année, une commission de l’Académie des Sciences a reconnu et déclaré formellement que les faits consignés dans mon ouvrage de 1819 justifient pleinement mon opinion relativement aux causes des épidémies, quatrième solution; 1 6 ’ que, par conséquent, d après ce jugement seul, la question de la contagion et celle de 1 infection se trouvèrent résolues, et que, vu la portée de ce jugement, cette, solution eut lieu pour toutes les maladies épidémiques, quel que soit le nom imposé au mal, attendu que les faits sur lesquels il est fondé sont ceux de tous les temps et de tous les lieux , sans acception d’aucune dénomination; 17 que, par conséquent aussi, dès-lors toutes nouvelles recherches sur les questions dont il s'agit ne pouvaient être que superflues, principalement par rapport à ce que, à cette époque, on appelait fièvre jaune; i8J qu il est impossible d’aller coulre cette proposition, sans aller contre toutes les règles de la raison ; 19" que , de plus, si ce jugement avait besoin d’être justifié lui-même, il l’a été par l’accueil qu ont fait à 1 ouvrage qui en a été l objet , les médecins les plus compétens, particulièrement des médecins placés sur le théâtre d une des plus grandes épidémies qui aient régné, médecins qui l’ont considéré comme le plus complet et le plus concluant qu il y ait, et qui l’ont traduit (1), qui en ont fait le principal objet de
fi) J’ai rapporté eet ouvrage traduit à Barcelone et à Madrid, et j’ai
leurs méditations, cinquième solution} 201 que j’ai eu l’avantagé de voir se former, sur ma proposition, à la faveur de l’accneil que m’a procuré l’ouvrage cité , une assemblée médicale , une académie temporaire, dont j’eus l’honneur de faire partie, et composée d’ailleurs de médecins espagnols et de médecins anglais, d’opinions d’abord différentes, mais qui avaient également vu le mal en divers autres pays, qui étaient tous très éclairés, et qui finirent par adopter la mienne à l’unanimité; résultat qui, ce me semble , peut être regardé comme une sixième solution, ët qui a été constaté par ntl exposé pour lequel fut nommée une commission dont j’eus aussi l’honneur de faire partie, les autres membres étant le doyen de la faculté de médecine de Barcelone, M. le docteur Salva , le président de la subdëlégation de médecine de la Catalogne, M. le docteur Pignillem, tous deux professeurs de médecine pratique, et un médecin anglais, M. le docteur Maeleau , auteur d’un ouvrage sur la maladie appelée peste 5 2 1 0 que j’ai ainsi obtenu des médecins espagnols, les mieux à portée d’observer et les plus capables d’en profiter, des faits multipliés, tous puisés aux meilleures sources, faits précieux» que MM. les commissaires de 1821 ont déclaré leur avoir été refasés (1); 22° que j’ai rapporté, en outre, six à sept relations différentes de même extrêmemeet importantes, dont plusieurs ne furent données qu à moi, et parmi lesquelles je citerai celle du traducteur de mon ouvrage de 1819, à Barceloue, et celle dé M. le docteuV Joanich , jeune médecin également très instruit, chargé par l’administra ion du service médical dans Barcelonette pendant toute la durée de l’épidémie} 23" que j’ai rapporté, de plus, un assez grand nombre de notes particulières , dont la plupart me furent données par d’autres médecins également à portée d’observer et très éclairés, tels que le médecin du lazaret, MM. tes docteurs Campmani, Porta, Meyner, Calveras,
regardé cet hommage comme le plus beau trophée que je pouvais obtenir dans cette circonstance.
(1) Comme il a été dit plus haut.
etc. , et par d'autres personnes eucore non médecins , mais qui n’en ont pa9 moins recueilli des faiLs précieux (la valeur des faits étant indépendante des idées de ceux qui les recueillent, comme des idées de ceux qui les citent), telles qu’un français très zélé, très intelligent, qui ayait dirigé toute son activité vers cct objet, i’épidéuiie étant venue prendre la place de tout autre, M. Montagut, homme de même très intelligent, chargé de la surveillance de divers services relatifs à cette calamité; qu’en outre, j’ai tenu moi-même, pendant mon voyage, uu journal ou j’ai consigné une foule de faits non moins irnportans, que j’ai recueillis à Barcelone même et à Barcelonette , dont j’ai visité les quartiers les plus ravagés, de rue en rue, de maison en maison, et sur la plage, dans le port, sur les vaisseaux accusés de l’importation ou de la transmission, tels que le vaisseau le GrancL- 'X'urc, la Joséphine de Marseille , dans les dix communes qu’embrassait le cordon, dans presque toutes les principales villes du midi de la France, notamment dans Toulon et dans Marseille, où , mon livre à la main , j ai parcouru le principal théâtre de l’épidémie de 1720, sur laquelle je me suis étendu le plus dans cet ouvrage ; z5> que ces derniers résultats auraient, s’il l’eût fallu, seuls , offert une nouvelle solution; 26’ enfin que, pour arrêter et même prévenir les épidémies les plus meurtrières de çes derniers temps, il ne s’agissait que de faire ce que j’ai fait moi-même en un assez grand nombre d’occasions, et que désormais toute nouvelle recherche sur les causes, du moins, était aiusi devenue absolument vaine, qu’elle pouvait même nuire beaucoup , en détournant l’attention de faits tout recueillisse résultats tout obtenus ; en empêchant de mettre ces faits , ces résultats sur-le-champ à profit en éloignant ainsi le moment du triomphe de la saine doctrine et de son application faite par tous les médecins et dans toutes les occasions; que cet inconvénient devait nécessairement avoir lieu dans le cas même où les nouveaux investigateurs dirigeraient leurs efforts du côté de la vérité, et qu’il y en aurait de bien plus graves encore, s’ils les dirigeaient du côté de l’erreur, ne fût-ce que sur quelques points seulement; inconvéuiens qui ont eu lieu surtout de lu part de ce-
lui des nouveaux in v es! iga teti rs, qui a fait le plus (le bruit, en s’emparant, par des moyens que j’ai déjà indiqués ailleurs et que je ferai mieux connaître encore , d’une place que j'avais préparée par plus de trente années de travaux et de sacrifices.
Ou aurait sans doute remarqué également que , même une partie de nies documens seulement, anciens ou nouveaux, était plus que suffisante pour rectifier ou compléter ceux qu'ont rapportés de Barcelone MM. les commissaires de 1821, que mon ouvrage de 1819 seul était daus ce cas; que cetle rectification et ce complément étaient eux-mêmes inutiles, puisque ces documens étaient eux-mêmes également de surérogation.
Peut-être aurait-on encore remarqué que, déjà et depuis longtemps, je m’étais trouvé en différens pa^s et sur de grands théâtres ^par suite de mon zèle , et que partout j’ai tout fait poujhonorer le nom français, comme à Bautzen , Dresde , Géringswalde , Josephstadl, Barcelone , etc., et qn’en effet, je me suis concilié la confiance et l’estime même de nos ennemis.
On aurait pu aussi prendre une connaissance exacte de ce qui se passa , lors de mon retour d’Espagne , à l’occasion de quelques malades de l’Hôtel-Dieu de Paris, qui éprouvèrent des affectious absolument semblables à celles que je venais d'observer. Je dois m’arrêter ici un instf.nt sur ce fait important.
A l’époque dont je parle , il y avait pins de raison de prendre des mesures semblables à celles que l’on a prises en i852 , qu’il n'y en avait dans cette dernière année. Mais alors je fus appelé par quelques-uns des principaux médecins de cet établissement pour donner mon avis, l’administration avait déjà tenu conseil sur les moyens à employer contre la propagation du mal que faisait redouter l’opinion de la contagion encore en grand crédit; déjà de grondes alarmes régnaient dans Paris et même aux environs ; beaucoup de riches songeaient à s'en éloigner, beaucoup même l’avaient déjà fait, beaucoup d'autres avaient retenu leur place à la poste plusieurs jours d’avance , quelques uns étaient allés à’trois à quatre lieues de Paris en attendant leur tour; un autre médecin avait été chargé par l’administration d’examiner la prétendue maladie distincte 5 il fut question, d’à-
près les icle'es île ce médecin, M. le docteur Bally, de mettre de coté les hardes des malades suspects, et je pense qu*on le fit} mais , ayant proposé à ce médecin de prendre ensemble des notes sur ce qui s’y présentait , afin de nous rencontrer au moins sur les faits, il ne reparut plus. D’ailleurs, ayant dit, devant les médecins éclairés qui m’avaient fait l’honneur de me consulter : « Oui, c’est bien le mal que vous croyez , il me semble être à Barcelone , mais ne parlons ni de contagion , ni de fièvre jaune.» Ces honorables confrères voulurent bien partager mon avis; les bruits alarmans furent ainsi étouffés à leur source et il ne fut plus question d’aucune mesure extraordinaire (i).
Cependant alors, comme je l’ai dit, il y avait plus de motifs de prendre des mesures extraordinaires, si jamais l’on eut dû en prendre en pareil cas, qu’il n’y en avait l’année dernière. En 1822, au moment où je fus invité à me rendre à l’Hôtel-Dieu -f déjà cinq individus , au moins , avaient succombé à la maladie suspecte, et plusieurs autres malades succombèrent également dans quelques autres hôpitaux et en ville; en i832, quand on se mit à prendre des mesures extraordinaires et à proclamer dans tout Paris, ainsi que dans tout le reste de la France, et par toute sorte de moyens, que le mal venait de pénétrer dans cette capitale, il n’existait dans l’Hôtel Dieu que trois malades attaqués de l’affection prétendue distincte, sans aucun mort.
Je pourrais donner quelques autres preuves que celles que j’ai rnpportées, des alarmes qui régnèrent en 1822, de l’impoitance que I on y mil et de celle que l’on était disposé à y mettre par la suite. Aux environs de Paris, à Fontainebleau, par exemple, on avait élevé à cinq centaines de morts, les cinq unités qu’il y avait dans l’Hôtel-Dieu de cette grande ville. Dans cette même ville quelques personnes n’osaient pins aller dans les voitures de place , de peur d’y trouver des germes du mal. Bientôt l’arrivage des deurées y aurait cessé, et cinquante, cent, deux cents
fi) J’avaiseu la précaution de tirer ces messieurs à l’écart, pour n’être entendu ni des malades, ni d’aucunes autres personnes étrangères à la médecine, qui auraient pu ne s’arrêter qu’à quelques-unes de mes paroles-
,ou trois cents mille aines riches on aisées s’en seraient éloignées. Dans la société de la faculté de médecine on s’occupa très sérieux sement de cette grande affaire; mais , ayant été interpellé comme « l’Hôtel-Dieu, sur ce que j’en pensais, je fis voir par ma réponse que rien ne justifiait les alarmes. Toute discussion fut ainsi écartée, parconséqueut tout éclat fut de même évité, éclat qui eut pu produire le même effet qu’en i852 et qui même en eût sans doute produit un plus grand encore, parce qu alors les idées de contagion et d’infection , que depuis je n’ai cessé de combattre , régnaient dans toute leur force!
Je parlai donc devant la société de la faculté de médecine comme à l’Hôtel-Dieu , persuadé, d’après ce que j’avais déjà observé en un assez grand nombre d’autres occasions analogues, que si l’on venait à proclamer des idées de maladies extraordinaires, suspectes, on ferait naître le mal qui a eu lieu en i852. Un semblable motif m’empêcha de parler à qui que ce fut , si ce n’est à quelques amis intimes, de plusieurs exemples du choiera le mieux caractérisé que j’aie eu b traiter, dans cette même année 1852, pendant que l’ou parlait de vaisseaux mis en croisière et de troupes mises de même en mouvement aux frontières, pour l’empêcher d’arriver; tandis que, taisant ce nom, je guérissais le mal et que je ne le propageais pas. Voilà, j’ose le dire, ce qu’auraient dû faire tous mes confrères, toutes les académies et Surtout l’Académie de Médecine; au lieu d’en agir tout autrement, au lieu de repousser avec dédain des avis conformes à la saine doctrine qui auraient préservé de tout mal, comme en 1822; au lieu de proclamer elle-même les idées et les préceptes les plus erronés et les plus funestes, comme elle a fini par le reconnaître , mais trop tard ( 1 ),
Un trait de ressemblance de plus, sous certain rapport, entre le cas de 1822 et celui de 1832, c’est que, si, dans cette dernière
CO Voyez mon dernier écrit, intitulé : Motifs de la, proposition de l auteur d aller a ses frais, sous les auspices de l' Académie des Sciences , sur tous les principaux points du théâtre actuel de l'épidémie , et nouveaux résultats avantageux de l'application de ses principes. Pu ris, i83a.
cii constance, on u dit que le niai s’était développé dans les petites rues de la Cité* en 1622, il s’était développé dans les petites rues des environs de la Halle et du quartier de Bonne-Nouvelle.
On ne demandera pas ce que j’aurais dit si, en i83a, j’eusse été appelé à l’Hôtel-Dieu, comme en 1822, lorsque l’on songea à prendre des mesures et à proclamer l’arrivée du génie malfaisant présenté depuis deux ou trois ans, et même depuis beaucoup plus long-temps encore, comme s’avançant vers nous à grands pas et sur 1,400 lieues de front! On croira volontiers que mon langage eût été le même que dans la première circonstance. Eh bien! si j’eusse été écouté également, on n aurait pas non plus donné de suite aux projets de mesures extraordinaires, ni, par conséquent , aux alarmes et à toutes les conséquences de ces mesures et de ces alarmes, à toutes les conséquences des idées de causes et de maladies extraordinaires qu’elles supposaient, et que l’on crut avoir à prévenir et à combattre par des moyens qui ne pouvaieut, conjointement avec la terreur générale, que réaliser le mal ^redouté ; on n’aurait pas mis sentinelles sur sentie melles à la porte de l’établissement indiqué, ni un cordon de troupes autour de La place qui le précède (Parvis Notre-Dame); on n’aurait pas affiché au coin de chaque rue des proclamations propres à accroître de plus en plus les alarmes; on n’aurait pas fait répandre partout un véritable poison sous le nom de chlorure; on n’aurait pas vu la terreur devenir générale, ni une multitude de personnes tenir au-dehors le mouchoir devant le nez et la bouche , s’infecter réellement chez elles , ou par le chlorure , ou par le camphre, ou par divers autres moyens, et altérer leur santé d ailleurs par divers changemeus dans leur régime; ou 11’aurait pas vu, je prie de remarquer surtout ce fait, on u’aurait pas vu, dès le jour même où les premières mesures furent prises et )es proclamations de la prétendue arrivée du mal faites, et pendant les jours suivans, une foule de personnes venir chez moi jj et chez tous les autres médecins plus on moins en réputation, pour elles-mêmes, déjà malades réellement par suite de la peur, ou pour d’autres personnes , déjà hors d’état de s’y transporter ; enfin, on n’aurait pas vu les suites funestes de cet ordre de choses
pour Paris et pour les départemens , où , comme on a continué de le faire, ou a imité celte capitale, d'après des rapports ou instructions publiés au nom et aux frais du gouvernement Si les motifs qui, en 1822, me dictèrent le langage «ue’fe fîn* a l’Hôtel-Dieu et dans la société île 1^ faculté de médecine de Paris , m’empêchèrent de parler à qui que ce fût, ù 1 exception de quelques personnes, d’un certain nombre de malades atteints au plus haut degré de ce que l’on appelle choléra , que j’eus à traiter dans Pans meme, avant que l’on n’y proclamât l’entrée de cette affection, malades que je guérissais, tandis que, si j’eusse prononce le terme fatal, ils auraient pu périr et entraîner ave! eux une multitude d’autres victimes; si, d.Vje, ces motifs m’em pecherent de parler de ces maladies, je craignis que d’autres médecins ne fissent tout autrement , à la première occasion et même a la moindre apparence, en s’empressant de publier l’exis- .ence de la prétendue maladie dislincte de la r du cUoUra de «è* , du thaUn T* ’
ne produisissent ainsi le mal que j’ai voulu éviter dans c’ette nan velle circonstance, comme j’avais eu l’avantage d’y parvenir 7 on assez grand nombre d’autres cas semblables’ in 11 daUS ment c’est ce qui arriva. On en vint à falre h! ’ i'UlUciUr™**d’abord à l’occasion d’un malade de la rue des Lomb^J 6 ’
à l’occasion d’un autre malade de la rue Mazarine. Sel che ordinaire des choses eu pareille occurrence on °° pas tarder à mettre en jeu les malades même de’ l’^ &** 011 ne devait pas tarder à voir aussi du susneet n»,. ■ *>,eU *
ce qui ac manqua pas non plus d'avoir lieu et ce tT'f?-. <!■ ‘ “l
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buvrage de J 819 et par un mémoire particulier sur ce sujet ; encore inédit, que toutes les grandes épidémies qui ont régné depuis l’établissement du système de la contagion, étaient de même dûes à des mesures extraordinaires. On doit remarquer que je dis toutes , et non quelques-unes. La chose n’fen paraîtra peut-être que plus paradoxale, mais que fout les apparences auprès de la réalité, auprès de tous les faits? Sera-ce en dédaignant ceux-ci que l’on aura la raison de son côté?
J’ai des faits pour suivre ce que l’on a appelé choléra du fond de l’Inde à Paris, et de 1817 jusqu’à ce jour. Si je n’ai pas encore publié ces faits , c’est parce que l’on s’est montré généralement ennemi de ce genre de preuve. S’il en était autrement, les ravages qui ont eu lieu sous ce nom de choléra depuis l’époque et le pays indiqués, auraient été prévenus. Les écrits que j’ai déjà publiés anraient suffi pour procurer cet avantage. On a voulu d’abord à tout prix de la contagion, ensuite de l’infection, aujourd’hui ou veut Une cause inconnue. On a, de plus, toujours voulu, on veut même encorè un typhus d’Amérique, un choléra indien, etc., etc., etc.; il n’y a qu'un fou, dit-on, qui ne veuille pas également de ces belles choses, qui ne s'en tient pas à ces belles découvertes! Il ne peut doue y avoir pour lui qu’insulte, outrage et spoliation! D après cela* est-ce bien le moment de mettre des faits au jour? Ne faut-il pas laisser s'user encore un peu la cause inconnue, la fièvre jaune, le choléra pestilentiel, la choladrée, etc., etc., etc., comme la dothinenterie, le typhus atnaril , le typhus nautique, le typhus oriental j et les deux ou trois cents autres maladies prétendues distinctes?
Présentez doue des faits, lorsqu’il y a des gens très influens* des gens qui sont, comme on dit, à la tête des affaires, assez insensés eux-mêmes ou ignorans pour vous taxer de folie, quoique vous ayez toujours laissé ces faits seuls parler, quoique les résultats les plus avantageux soient là pour vous justifier; tandis que ces hommes, qui vous traitent de fou , sont forcés de déclarer, dans certains momeus de franchise, qu’ils ne savent eux-mêmes ui ce qu’ils fout, ni de quoi ils parlent, et qu’ils n’obtiennent, eux, de tous leurs efforts, que les résultats les plus
honteux et les pins déplorables , et lorsque vous le$ voyez pa» rnître s’applaudir de leur conduite, lorsque vous les voyez même affecter un air triomphant!
Que, jusqu’à ce moment, on n’ait pas reconnu ce que j’ose dire avoir fait dans l’inte'rêt de la science relativement à nos maladies fébriles en général, et surtout relativement aux maladies épidémiques, état de choses que je proclame, comme on a proclamé l’erreur , cela prouve précisément ce dont je me plains, c’est-à-dire que l’on n’a pas examiné; cela prouve que la vérité a rencontré ici, comme en beaucoup d’autres cas, de grands obstacles; tandis que l’erreur jouit de la plus grande faveurs; voilà tout. Cela justifie donc ma réclamation.
Que l’on rabatte quelque chose, beaucoup même de ce que je viens d’exposer; du moins ne peut-Ou pas tout retrancher. Il faut nécessairement laisser les résultats immenses que j’ai obtenus par l’application de mes principes, ainsi que tous les autres faits consignés dans mon ouvrage de 1819; il faut laisser cet ouvrage lui-même, le jugement de l’Académie des Sciences de 1821, celui du congrès médical de Barcelone, un grand nombre de mémoires et de recueils de faits sur les divers points en litige , notamment la relation médicale la plus étendue, la plus circonstanciée qu’il y ait de l'épidémie la plus considérable de ces derniers temps , etc. , etc. , etc.
Si, en 1822, on eût reconnu l’état des choses indiqué, ainsi que , comme je l’ai fait voir , on eût pu le reconnaître, n’aurait-ou pas également trou\é superflues, par rapport à la question de la contagion et à celle de l’infection , tous nouveaux documens, même en faisant abstraction des faits relatifs aux causes du mal, recueillis par moi, faits seuls eux-mêmes si nombreux et si décisifs , selon le jugement de l’Académie des Sciences. La connaissance de la nature du mal, connaissance résultant de mes travaux sur ce point, n’aurait-elle pas de même seule suffi? Les faits que comprennent mes documens, le sentiment de tous les auteurs les plus justement célèbres , dont je m’appuie aussi dans mon mémoire de 1821, et dans plusieurs autres qui ont traita ce sujet, tout 11e vient-il pas prouver
GG
avec moi que nos maladies fébriles épidémiques ne diffèrent absolument en rien de nos maladies fébriles ordinaires, si ce n’est par le nom 5 or, qu'est-ce que le nom fuit aux choses? Il les revêt d’un certain prestige ; mais que font tous les prestiges possibles eux-mêmes pour les hommes éclairés qui recherchent sincèrement la vérité? Quand le mal n’attaque qu’un certain nombre de personnes, quand il n’en attaque pas plus qu'à l’ordinaire’, alors il conserve sa dénomination accoutumée, il ne passe que pour être ce qu’il est, et ce qu’il est constamment; mais vient- il à être plus répandu et surtout plus meurtrier, alors aussi on le décore d’un autre nom. Souvent on le suppose extraordinaire; souvent même encore, on le suppose venir de loin, et des corps savans, composés des hommes les plus capables de reconnaître la vérité, se livrent à de grandes investigations et à d’interminables discussions, forment des commissions particulières, envoient ces commissions au loin, dans la singulière hypothèse de la réalité d’une maladie extraordinaire et transmise d’un hémisphère ou d’un pôle à l'autre! Voyez ce qui s’est passé depuis plusieurs siècles et même de tout temps; mais principalement depuis un certain nombre d’années , dans tontes les sociétés savantes, tantôt sous le nom de typhus, tantôt sous celui de peste, d’autres fois sous celui de fièvre jaune, et enfin sous celui de choléra, etc. (1). Mais, ajouterai je, que fait, pour chaque cas,
(î)Peut-êtie des hommes méticuleux, peu éclairés et surtout peu équitables, m’accuseront-ils d’offense envers les corps savans. Mais où serait la liberté de discussion, s’il fallait approuver tout ce qui se dit et se fait dans ces sociétés? Quelle est celle qui peut se flatter d’avoir trouvé la vérité en tout point, et qui prétende avoir le droit de s’offenser de l’imputation de n’être pas entièrement délivrée de toutes les erreurs que le passé lui a léguées? L’Académie de Médecine de Paris n’a-t-elle pas, elle, prouvé, de son côté, en revenant sur de premiers rapports relatifs aux dernières épidémies, qu’elle sait condamner sou opinion.de la veille, quand celle du lendemain lui paraît la mieux fondée? Les médecins de Moscou, ceux de Barcelone et un grand nombre d’autres, n’avaient-ils pas donné le même exemple? Que Ion veuille bien rendre justice a uns intentions, comme jesuis disposé à rendre jus-
chaque exemple de la maladie considéré en lui-même . qu'elle soit ou quelle ne soit pas plus répandue, qu’elle tue beaucoup de monde ou qu’elle n’en lue que peu? N’est-elle pas, dans tons les cas, fondamentalement la même? Il n’y a de différence, entre les divers cas, que dans le résultat, dans le degré. Qu’une pleurésie, par exemple, soit mortelle, et qu’une autre ne le soit pas, toutes deux en sont-elles moins la même affection, quant à leur nature fondamentale ?
Je pourrais entrer ici dans de plus amples détails pour démontrer la vérité que je soutiens, mais je le crois inutile , cette vérité me semble se faire assez sentir elle-même par le moyen de ce que je viens de dire, du moins aux yeux de tout homme judicieux qui la cherche de bonne foi. Je dirai seulement encore ici que Galien nvait fait la remarque que nous venons de faire, ainsi que je l’ai déjà rappelé dans mon ouvrage de 181g. Or, reconnaître l’identité des affections fébriles épidémiques avec nos affections fébriles ordinaires, n’est-ce pas avoir trouvé, même par cela seul, la vérité relativement à la contagion des premières? Ce qui n’existe pas dans les unes peut-il exister dans les autres?
C’est, sans doute, une grande autorité que l’opinion de tous
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ticeà celles des autres, et tout sera dans l’ordre. Ne reconnais je pas que, dans les corps savans , se trouvent un grand nombre d’hommes très recommandables par leur zèle, leurs lalenset leurs lumières? Ne puis-je pas, après tics milliers d’observalious qui me sont particulières, dire que tant de lumières, de zèle et de talent, qui pourraient être appliqués uti lement aux grandes questions dont je m’occupe, en suivant la voie que j’ai suivie moi-même, et que par conséquent j’ai tracée, ne portent pas le fruit que l’on a dû en espérer, parce que l’on a suivi une voie toute différente, qui , sous l’influence d’erreurs anciennes, n’a pu conduire qu’à ces erreurs ou à des erreurs nouvelles. On doit attendre, de la part des corps savans , tout ce qu'il y a de plus utile, de plus honorable et de plus judicieux; or, n’esl-il pas plus judicieux, plus honorable et plus utile de permettre la discussion, d’examiner que de repousser toute observation et tous les faits, et même d’insulter et d’outrager quiconque peut demander un examen, en apportant même plus de faits qu’il n’est nécessaire?
les médecins actuels eu faveur des distinctions établies entre les maladies fébriles; mais les faits, mais tous les faits, mais la re* marque de Galien ; mais celle de tons les au'res bons observateurs qui l’ont précédé ou qui Pont Suivi , dont j’ai recueilli de même les propres paroles , tout cela , mûrement pesé et nppréeié, ne doit-il être d’aucun poids?
Obligé, par suite de la mission qui m’est imposée, de donner l’idée la plus exacte possible de mes documeus, ne dois-je pas rappeler encore dans ce moment un nouveau témoignage que l’on ne peut pas plus récuser, que l’on n’a récusé celui de la commission à la quelle on s’en est rapporté pour les documeus de M. Chervin, je veux parler de la lettre qu’à cru devoir m’adresser M. le docteur Bourdon, comme rapporteur, d’un autre commission chargée de l’examen des miens. Cetlte lettre, signée aussi de plusieurs autres confrères membres de la même commission , est, il me semble, du plus grand poids. Je vais en citer les principaux passages : «... .Mais patience , Monsieur : ce rapport ne tardera plus guère, et vous aurez enfin la satisfaction d’entendre exprimer, par des confrères qui vous estiment , combien vos longues et laborieuses recherches leur semblent dignes d’être récompensées; votre persévérance surtout m’a paru mériter des éloges. Quelques personnes vous accuseront, je le sais, d’être possédé d’une idée fixe (ils désigneront par là 1 exclusion donnée par vous et à la contagion des fièvres , et à l’établissement des cordons sanitaires) ; mais vous devriez vous consoler de ce reproche , en songeant qu’on l’a adressé , dans tous les temps, aux divers inventeurs, à ceux qui combattaient de vieilles érreurs, ou qui établissaient des vérités jusque là inconnues. Votre désintéressement aussi commande l’estime et 1 étonnemeut : il faut être bien épris ,de la vérité, bien convaincu de l’avoir trouvée, bien dévoué à son culte et persuadé de ses miracles, pour oser abandonner pour elle les voies de la fortune et les routes sûres du bonheur.
N’eussiez-vous à citer que votre ouvrage de 1819 et votre mémoire sur l’épidémie de Barcelone , ne dût-on vous tenir compte que de vos voyages, ainsi que de vos campagnes d’autre-
fois, vous mériteriez selon moi, d’importantes récompenses. Mais personne ne sait mieux que nous, membres de la commission de l'Academie, et possesseurs, en cetle qualité, de vos divers mémoires, combien vous avez à vous plaindre de l’oubli du gouvernement et de l'indifférence de vos confrères. Plusieurs, dans ces dernières années , ont reçu de nobles et éclatantes récompenses , qui auraient pu envier et vos titres réels , et vos travaux et vos services. »
Cette lettre n’a pu être suggérée que par l’impression qu’à produite l’examen des pièces que j’avais à présenter aux époques dont j’ai parlé. Par conséquent, dès-lors, un semblable examen eut inspiré et dicté un semblable jugement et un semblable langage. Or, ayant tenu ce langage en i8i4 , ou en 1822 , auraiton pu, en 1826, ou 1828, ainsi qu’on l’a fait, sur la parole de M. Çhervin , considérer les faits dont-il s’agit comme n’ètant pas dignes d’un examen? Aurait-011 pu repousser en totalité et en faveur d’un autre médecin venu si longtemps après moi, avec des ducumens incomplets et des erreurs très graves; aurait-on pu repousser en totalité les faits dont ce médecin lui-même est forcé, ainsi que tous nos confrères, d’en reconnaître une partie très considérable, pour appartenir aux questions agitées, et tandis que ce même médecin, en ne reconnaissant pas cet avantage dans tous les autres, n’a fait que prouver qu’il est loin de bien entendre ces questions.
Daprès le bouleversement d’idées et de choses qui règne sur les points dont je m’occupe, d’après la conduite d’un assez grand nombre d’autres médecins, pour que M. Bourdon m’adressât la note dont il s’agit, il lui a fallu quelque courage et un grand zèle pour la vérité et la justice.
Dans celte note, on parle de persévérance à faire connaître la vérité , à combattre l’opinion de la contagion des lièvres , et , par conséquent, l’établissement des cordons sanitaires. On a donc reconnu qu’il y a un autre médecin que M. Chervin qui a mis de la persévérance dans cetle lutte. Ou veut parler de travaux qui , depuis i8o5 , ont été continuels, et Pou entend applir quer ce que l’on dit de ces travaux à ce que l’on appelle fièvre
jaune, tout aussi Lien qu’aux autres affections fébriles prétendues distinctes , de manière à prouver que ce médecin n’a rien laissé a faire à d'autres médecins sur ce sujet, non plus que sous d autres rapports concernant les maladies dpiJémiques. Il résulte aussi de ces mêmes travaux que l’on n’a pu, sans violer toutes les lois de la raison et de l’équité, comme tous les intérêts de la science, et sans aller même contre l'honneur de nolie pa ys, faire croire qu’avant M. Cliervin, aucun médecin français n’avait rie» fait relativement à celte affection prétendue distincte, qui méritât la peine d’être examiné!
; D un autre côte, M. Cliervin ayant dit, en 1826, et même beaucoup plus récemment encore, ne s’êlre occupé que de celle maladie prétendue distincte; tandis que, pour moi, dit-il également, je me suis occupé, non seulement de celte maladie , mais encore de toutes les affections analogues, et n’ayant nullement paru, depuis cette déclaration, s'être plus occupé, lui, de ces maladies, qu’il ne s’en était occupé auparavant , comment peut-on, ainsi qu’on le fait, prétendre que c’estàlui seul que l’on est redevable de tout ce qui peut éclairer par rapport aux dernières épidémies, et qu’il a empêché que ces maladies n’exerçassent plus de ravages qu’elles n’en ont exercé'- Pour être juste, il faut dire que tout ce qu’ou peut lui attribuer, c’est précisément d’avoir coopéré au développement et aux ravages des dernières épidémies, par les erreurs qu’il a consacrées et par les 'obstacles que, à i’aide ces erreurs, il a pu mettre à la connaissance de la vérité.
Je crois pouvoir avancer que si la commission Cliervin , si l’Académie entière eût connu ces documcns, que M. Bourdon et les autres membres île la commission indiqués veulent bien dire sè multipliés , si elle eût conuu ces Iravn-ux si nombreux et si importons^ ces longues et laborieuses recherches , etc., dans ce cas , cette commission et, l’Académie de Médecine toute entière auraient bien pu ne pas parler, pins qu’elles ne l’on fait, de désintéressement de ma part, fait 'pour commander Y estime et V étonné ment , ni de sacrifices énormes de tout genre, ni de l’oubli du gouvernement , ni de Y indifférence de mes confrères, ni de droit
à <l 'importantes récompenses , etc.; mais du moins, sans doute, n’auraieut elles pas fait entendre que M. Chervin possédait set/Z tous ces avantages; du moins n’anrnient-elles pas dit formellement que ce médecin avait pour mission de compléter et de rectifier les documens des médecins français qui sont alle's à Barcelone avant lui ; du moins, dirai-je encore, auraient-elles fait une exception h mon égard , attendu que je suis au nombre de ces médecins ; en effet , ne me suis-je pas rendu aussi à Barcelone avant lui, et ne suis-je pas également médecin français? Si l’on devait en juger par nos actions, je pourrais même, je crois, paraître plus français que M. Chervin! Je n’ai pas, comme lui, employé différens moyens pour repousser des documens dont la connaissance ne peut qu’être très utile et même très nécessaire à la science, et très honorable, je pense, pour notre pays ! Je n’ai pas tout fait pour dénigrer un de mes compatriotes, un de mes confrères, qui aurait tout fait, lui, pour mériter la considération, l’estime et la reconnaissance de tous les gens de bien , et surtout des médecins français , qui aurait fait beaucoup plus que moi ; ni pour étouffer des vérités très importantes que ce confrère soutiendrait depuis long-temps, et qu’il appuierait de toute sorte de faits et d’argumens, ainsi que de l’opinion de milliers d’aulcurs !
Ce n’est point assez que les vérités que je soutiens aient les infectionnistes pour adversaires , il faut qu’elles aient encore, même aujourd’hui, les contagionistes. On va juger de l’état des choses à cet égard par le court exposé suivant :
M. le docteur Bousquet , s’était chargé, il y a quelque temps, de faire, devant l’Académie de Médecine, un rapport sur mes documens. 11 parut y prendre de plus en plus de l’intérêt, après que je lui en eus présenté le catalogue et que je lui eus donné quelques explications de vive-voix. 11 me témoigna l’intention de mettre beaucoup d’empressement pour ce rapport ; il m’en indiqua une époque tics rapprochée. Mais M. Pariset, survenu dans le lieu où nous nous trouvions, tint un langage tel que je dus penser que M. Bousquet pourrait compromettre ses intérêts , en persistant dans ses bonnes dispositions, comice
place, selon ce qu il m'a dit lui-même en diverses circonstances, sous la dépendance de ce confrère. Je lui exprimai mes craintes à cet égard; il me répondit de manière à me faire entendre clairement qu’elles n’étaient que trop fondées; il alla jusqu’à me déclarer qu il serait possible qu il se laissât influencer. Je crus donc devoir lui proposer de retirer mes documeus de ses mains, plutôt que de l’obliger, faute de prendre ce parti , a faire un acte susceptible d inconvéniens plus ou moins graves pour lui. 11 me remercia de ce qu’il appela une preuve de délicatesse de ma part, et mes documens furent effectivement remportés par moi.
Je n'ai nullement douté que l’Académie de Médecine saurait apprécier ma conduite dans cette occasion comme dans toute autre, et qu elle me tiendrait compte de mes ménngemens; je me suis persuadé qu'elle nommerait un autre membre de la commission ; mais il n’en a pas encore été ainsi. Il y a déjà assez long-temps qu’a eu lieu l’événement dont je viens parler , et le 4 nouveau membre de la commission , ou du moins le nouveau rapporteur, est toujours à nommer!
Tout ce que j’ai fait connaître précédemment, notamment la lettre de M. le docteur Bourdon, pourrait donner une idée de la nature du rapport depuis si long-temps attendu, fait d’après les dispositions manifestées d’abord si formellement par M. Bousquet. Ce médecin avait montré la même bonne volonté aux autres membres de la commission, et ç’avait été absolument sur sa demande que j’avais fait déposer mes documens chez lui, dans la vue du rapport.
Ce f.iit paraissant avoir été entièrement dénaturé devant l’académie, j'ai cru devoir le pi'ésentcr ici fcl qu'il est réellement, sans aucune autre réflexion et saus commentaire.