I. 4174 Li visnages le set bien dire, Ouele vie g'i ai menée
Erec 5383 Dites le moi, S'il est a conte ou a roi.
Cf. ib. 6264, Yv. 1995.
Br. 4649 Or est l'eure qu'il l'a gehi A men signeur com j'ai ouvré. Erec 414 Ele meïsme s'an estoit Plus de cinc çanz foiz mervelliee
Comant une sole foiiee Tant bêle chose feire sot. Cl. 414 Tote la corz s'an esmervoille Ou ce que il despant a pris. Yv. 2910 Mes de ce se mervoille tote Comant ce li est avenu
Que si l'a trové povre et nu.
Ce qui est encore plus curieux, c'est que, d'une manière analogue, on puisse annoncer d'autres subordonnées, notamment celles de caractère temporel- causal ou conditionnel.^ Cela ne se fait qu'avec les expressions désignant un mouvement de l'âme. En voici des exemples, dont la plupart sont fournis par Chrétien :
Tr. 5910 E moût par s'en merveilleront.
Quant il orront qu'o vos serai.
Marie Lst 103 Mult en fu liez, quant il le tint. Erec 1280 Certes moût en ai lié le cuer.
Quant vos ma nièce avoir deigniez.
Cl. 1908 Alixandre moût an enuie.
Quant son conpagnon voit ocis.
G d'A. 2853 Si an furent moût esbai,
Quant l'aumosniere antr'aus chaï Lanc. 3351 Et sachiez, moût vos an aim plus Quant vos avez ce fet que nus N'osast panser anteismes feire.
Yv. 4774 « Rois », fet ele,« je ving a toi Et a ta cort querre consoil. N'an i truis point; moût m'an mervoil Quant je consoil n'i puis avoir.
Lanc. 3148 Et cil le tient a grant gueaing
Quant il n'i a plus mal sofert.
Yv. 582 Vos estes mes cosins germains.
Si nos devons moût antramer;
^) Cf. M. Bitterhoff, Das lateinische inde im Fransôsischen, Diss. Guben, 1903. Dans cet ouvrage (p. 52 s.), on trouve quelques exemples de ce procédé, mais l'auteur ne fait pas de distinction entre ces cas et ceux ou en annonce une proposition-régime.
58 GUNNAR BIIvIvER
Mes de ce vos puis fol clamer, Quant vos le m'a,vez tant celé. Brec 6333 Et quant Mabonagrains le sot, Por s'amie grant joie an ot, Por ce qu'ele s'an conforta.
G d'A 550 Et Des mal gre vos an savroit, . y. Quant vostre mangeriiez,
Don pechié mortel ferliez [quant est ici conditionnel.) Cf. encore Cl. 4742.
On nous objectera peut-être que, dans certains de ces cas — Yv. 4774 ss. entre autres — le pronom en question se rapporte plutôt à ce qui précède, et que la subordonnée, ajoutée après coup, ne fait que répéter la cause déjà connue — alors c'est la subordonnée qui serait « de trop ». Pour bien d'autres passages — Erec 1280, G d'A. 550, lyanc. 3148, 3351, Yv. 582 — , cette interprétation est impossible: en se reportant aux textes, on voit que en ou le ne se réfèrent aucunement à ce qui précède. Ce n'est pas non plus le cas dans les passages suivants, où l'on a affaire au si conditionnel:
Thom. 694 Ne vos em peist s'ore le lais. Tr. 3271 Moût en serai liez e joios, S'amener le poëz o vos. Cl. 3123 Mes ce tandrai a vilenie, Se par anfance ou par folie
Vostre corage me celez.
I^anc. 3119 De ce gueires ne s'esmaioit
S'es mains et es piez se plaioit.
Cf. Cl. 1174 ss., Yv. 3988 ss.
Il n'y a pas d'exemples de ce dernier procédé dans Gautier.
Résumé
Résumons, très brièvement et par ordre chronologigue, ce que l'examen précédent nous apprend sur l'évolution des phénomènes syntaxiques que nous avons étudiés.
Dans le premier des romans, Thèbes, l'hypotaxe n'est pas encore beaucoup plus développée que dans les chansons de geste. De même, la parataxe est toujours très fréquente dans les cas où le style cultivé exige l'hypotaxe — le rapport consécutif est même plus souvent exprimé en parataxe qu'en hypotaxe. La copulation double est toujours en grande faveur. I^a proportion des
incidentes relatives n'est guère moins élevée qu'auparavant. D'autre part, Thèbes est en avance sur les chansons de geste par l'emploi assez fréquent de la copulation au lieu de l'asyndète. ■ On y trouve une assez grande variété de conjonctions, dont plusieurs se rencontrent très rarement ou point du tout dans les épopées: ainsi, les conjonctions temporelles dementiers que, des que, des puis que, tant dis com, tantost com, primes que, ne mais ore que, la conjonction causale puis que, etc. Certaines constructions comparatives et conditionnelles sont aussi nouvelles. Les périodes sont plus fréquentes que dans la plupart des chansons de geste.
Dans Eneas les propositions-régimes sont moins souvent unies à la «principale» sans particule, mais quant au rapport consécutif, l'hypotaxe ne l'emporte que de très peu sur la parataxe. Il y a encore à remarquer qu'on trouve ici pour la première fois la parataxe après les verbes exprimant la crainte. De plus, l'asyndète est plus usitée et la copulation par et est moins fréquente que dans Thèbes. D'autre part, les cas de copulation double ont diminué; les conjonctions présentent une assez grande variété, et quelques-unes sont nouvelles: senz ço que, en es le pas que, a ço que, fors tant que. Les périodes sont encore plus nombreuses que dans Thèbes.
Voyons Troie. La «parataxe consécutive» y est employée autant que dans Eneas, et pour ce qui est des propositions- régimes, l'hypotaxe est même moins fréquente dans Troie que dans Thèbes. La copulation et l'asyndète, ainsi que la copulation double, présentent à peu près le même aspect que dans les chansons de geste. Qu'on trouve dans ce poème de plus de trente mille vers quelques conjonctions nouvelles, cela n'est pas fait pour surprendre: signalons entre tant dis que, après ce que (une fois), avant que, ne {plus) que; des que au sens causal; fors que; por que et por ço que au sens conditionnel. En somme, Troie ne se distingue pas par une s^aitaxe remarquablement développée, ci ce n'est que l'hypotaxe est assez fréquente.
Le Tristan de Béroul n'est guère en avance sur la Chanson de Roland, si ce n'est pour le nombre des périodes, qui est considérable, tandis que le roman de Thomas présente une hypotaxe développée, une réduction des cas de parataxe dans certains groupements de propositions et un moins grand nombre de pro-
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positions relatives en comparaison des autres incidentes. Pour Marie et Wace, l'hypotaxe n'y est guère plus développée que dans Béroul, mais la construction en parataxe pour celle en hypotaxe est relativement rare. I^a copulation n'est pas trop fréquente, lycs périodes sont un peu plus nombreuses que dans Eneas.
Les romans de Gautier marquent une étape dans l'évolution de la syntaxe. L'hypotaxe y est très développée; la construction en parataxe au lieu de la construction en hypotaxe est peu usitée (le moins dans Ille); la copulation par et et mais a augmenté sensiblement. Les conjonctions présentent une très grande variété et il y en a un assez grand nombre de nouvelles, dont plusieurs sont très longues: très l'eure que (= pendant que), tant dis que, que que, entrues que, {= pendant que) entrues que la que, 1res puis que, dreitement que (com), lues maintenant que, dessi a tant que, toutes temporelles; por tant que {com), por ce que au sens conditionnel; por seul itant que, des puis que, très puis que, des lors que, endroit de ce que au sens causal; par si que au sens final. Le que causal est employé plus que jamais. D'autre part, la copulation double est assez fréquente, les propositions relatives sont extrêmement nombreuses, les périodes de quatre à six propositions ou plus sont bien plus fréquentes que dans les autres romans.
Finalement, les romans de Chrétien présentent le point culminant de l'évolution de la syntaxe à cette époque. Ici, l'hypotaxe égale presque la parataxe; la construction en parataxe pour celle en hypotaxe se rencontre rarement, et la plupart du temps dans des locutions consacrées, comme ço sachiez, ço ^ai, gardez, etc., ou dans certaines constructions d'ordre hypothétique on concessir. La copulation l'emporte de beaucoup sur l'asyndète. Les conjonctions sont aussi variées que dans Gautier, et le que causal gagne encore du terrain. Les propositions relatives sont bien moins nombreuses que dans Gautier. Dans Lanc, CL, Yv. les périodes sont encore plus fréquentes que dans les romans de ce dernier. Le seul trait de style populaire dont l'emploi n'ait pas été sensiblement réduit, c'est la copulation double, — elle se trouve même avec des subordonnées interrogatives, temporelles, causales et conditionnelles. Il est à remarquer qu'en général la syntaxe d'Erec est un peu en retard sur celle des autres romans.
I bokliandeln har fôrut utkommit:
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