Chapitre XI. — Sphacelaria biradiata Askenasy
Les propagules bifurques de cette espèce sont différents de ceux du S.furci'geraet caractéristiques. M. Askenasy [94, p. 15, et pi. II, fig. 12] l'a vue épiphyte sur un Laureiicia tasntmiica récolté à Adélaïde (Australie), et c'est bien probablement à elle qu'il faut rapporter les formes du tS. furcigera que M. Reinke [91, 2, p. 15] signale, sans toutefois indiquer la provenance des échantillons, comme possédant des propagules à rayons lancéolés avec un poil dans le prolongement du pied.
Le kS. biradiata formait de nombreuses touffes très grêles, d'un brun assez clair, d'environ i centim. de hauteur sur un Cystophora expansa de l'Herbier Thuret (Port Phillip, Australie, Areschoug ded. 1860). Je l'ai comparé à une préparation de la plante originale que M. Askenasy a eu l'obligeance de me communiquer.
Tandis que la plante d'Adélaïde est épiphyte, celle de Port Phillip est nettement parasite. Dans chaque touffe, le thalle rampant est un stolon d'où partent des filaments dressés et qui, çà et là, s'élargit comme dans le kS. tribuloides , mais en émettant quelques crampons endophytes qui s'enfoncent en faisceau étroit dans le Cysiophora.
La plante ressemble au 6'. cirrosa par sa ramification, mais elle est plus souple et moins touffue; elle ressemble aussi au Sphacelaria d'Adélaïde que j'ai signalé à propos du ^S. tribuloides (Voy. p. 131). Les filaments dressés, un peu rétrécis à leur base, prennent bientôt leur diamètre maximum qu'ils conservent sur une certaine longueur, puis se terminent graduellement en pointe pour atteindre leur hauteur définitive. Leur plus grand diamètre est souvent de 45-50 [x, ou même 60 [jl; toutefois, dans les mêmes touffes, et partant pareillement du thalle rampant, on trouve aussi des filaments beaucoup plus étroits, de 25-40 jj.. Les articles montrent de face 1-3 cloisons longitudinales ; leur hauteur est approximativement égale à la largeur, un peu moindre sur certains filaments, un peu plus grande sur d'autres. Les poils sont plus nombreux vers le sommet des filaments principaux qu'au-dessous; ceux de la
164 C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées.
région moyenne paraissent souvent à l'aisselle d'un rameau. Les rameaux, irrég-ulièrement distribués, sont habituellement isolés, moins souvent opposés; parfois, ils sont plus grêles, divariqués, simples, courts, réduits même à quelques articles, portent des poils rapprochés et souvent un poil terminal, et dans ce cas la différenciation de la plante en axe et rameaux est très nette ; parfois aussi, dans les mêmes touffes, les filaments dressés émettent des rameaux de même diamètre qu'eux et arrivant à la même hauteur, simples ou ramifiés, et la différenciation est alors beaucoup moins nette.
D'après M. Askenasy, qui a étudié des échantillons conservés dans l'alcool, les poils sont courts, s'affaissent bientôt et meurent. J'ai vu des poils nombreux, mais tous réduits à une gaine longue, complètement vide, et j'étais tenté d'attribuer cet aspect à l'état imparfait de conservation de la plante que j'ai eue entre les mains ; cette gaine reste longtemps persistante et est directement insérée sur le filament ou sur le rameau (fig. 38, ^^ /).
Les propagules étaient nombreux sur mes exemplaires ; ils naissent au sommet des articles secondaires supérieurs, et la cellule mère du propagule se cloisonne transversalement, à l'inverse des espèces du chapitre précédent et de ce que j'ai figuré pour le ►$■. Pluntula et les espèces du groupe du S. tribuloides. Mais, en réalité, cette différence n'entraîne pas de changement dans le cloisonnement qui est l'origine du propagule. En effet, de même que je l'ai exposé pour le 6*. Pluntula (p. 88), la première cloison transversale qui apparaît dans le sphacèle origine du propagule délimite encore un article primaire, dont la partie exserte est le futur stérigmate. Cependant, tandis que dans les espèces précédemment examinées, lorsque cet article primaire se divise ensuite en deux articles secondaires, la cloison de séparation est située : ou bien presque dans le prolongement de la paroi longitudinale du filament, ou bien obliquement par rapport à celle-ci, mais toujours vers la base de la partie exserte de l'article primaire (fig. 20, K) ; dans le kS. biradiata, au contraire, elle est perpendiculaire à la paroi longitudinale du filament et située dans la cellule même qui s'est renflée en sphacèle pour donner le propagule (fig. 38, A, B, C, D). Par conséquent, dans le kS. Phimula et les autres espèces étudiées, l'article secondaire supérieur du stérigmate est tou-
jours tout entier exserte, tandis que dans le 6". bïradiata, il pénètre en outre dans la cellule mère.
Le pied s'élarg-it graduellement, puis sépare le sphacèle en calotte (fig-. 38, S). En même temps qu'apparaissent les deux rayons, celui-ci s'allonge en un poil étroit (fig. 38, C, D) qui,
Fig. 38. — Sphacelaria biradiata Askenasy.
Plante de Port Phillip. — A, Portion de rameau avec trois stérigmates bourgeonnant ; la cellule mère de chacun d'eux est cloisonnée transversalement. — B, C, D, Propagules jeunes (A à D, Gr. 150). — E, F, G, H, Propagules adultes détachés de la plante mère; le poil est figuré seulement par sa gaine (Gr. 80). — J, Portion de rameau montrant la disposition et la forme des sporanges pluriloculaires; voy. le texte (Gr. 150).
Plante d'Adélaïde. — A', Propagule né au-dessous d'un poil; les rayons sont plus écartés que dans la plante de Port Phillip (Gr. 80).
autant que j'ai pu m'en rendre compte, reste relativement court. Les rayons sont épais, comme le pied, et renflés au milieu, mais leur disposition est un peu différente dans la plante d'Adélaïde et dans celle de Port Phillip. Dans la première (fig. 38, K, et Askenasy, loc. cit., fig. 12), ils sont toujours recourbés, convexes vers le haut, et font entre eux un grand angle; dans la seconde, ils font un angle moins ouvert et sont plus ou moins dressés, comme on le voit (fig. 38) sur les dessins E, F, G, H, qui repré-
%66 C. Sadvagbau. — Remarques sur les Sphacélariacées.
sentent des propagules mûrs détachés de la plante mère, et dont le pied commence même à germer. Les propagules jeunes, dont les rayons sont seulement au début de leur développement, sont identiques.
Les propagules sont isolés, rarement opposés; ils naissent habituellement sur les rameaux, parfois cependant sur les filaments dressés, et laissent après la déhiscence un stérigmate qui peut bourgeonner dans son prolongement i^fig. 38, A). Mais, parfois, pendant qu'un propagule se développe, un autre naît sur le stérigmate, entre lui et l'axe, comme on le voit en C, où le bourgeon est encore très jeune; ou bien le second propagule naît sur le côté opposé, comme on le voit en D , où le premier propagule est déjà tombé ; en D , une nouvelle cloison transversale s'est formée dans le stérigmate. Il m'a semblé que ce bourgeonnement se fait toujours avant la maturité du premier propagule; quoi qu'il en soit, après la déhiscence, le stérigmate est bifurqué.
Les sporanges pluriloculaires n'étaient pas connus. Je les ai trouvés dans les mêmes touffes que les propagules, mais sur des filaments séparés ; ils naissent sur les rameaux, plus rarement sur les filaments dressés, portés par un pédicelle uni- ou bicellulaire ; ils bont cylindriques et courts; ceux qui paraissaient adultes mesuraient 50-55 ^ sur 35-40 pi. La figure 48, J, indique leur disposition et leur forme, toutefois les logettes sont tracées approximativement, l'état de la plante ne m'ayant pas permis de les représenter exactement.
Sphacelaria biradiata Askenasy. - Plante en touffes grêles et souples de i-i 1/2 centim. de hauteur Thalle inférieur en stolons élargis çà et là. Filaments dressés atténués à la base, larges de 25-60 p. dans leur partie moyenne, irrégulièrement ramifiés, à articles approximativement aussi hauts que larges, montrant 1-3 cloisons longitudinales. Rameaux de longueur très variable, irrégulièrement disposés, généralement isolés, parfois opposés. Poils courts, éphémères (Askenasy), à gaine persistante. — Propagules à pied en massue, bifurqué en deux rayons fusiformes faisant entre eux un angle variable ; articles du pied et des rayons à 1-2 cloisons longitudinales, ceux de l'extrémité libre des rayons restant simples ; sphacèle en calotte développé rapidement en poil court; cellule mère des propagules toujours cloisonnée transversalement. Sporanges pluriloculaires naissant dans