‹ Remarques sur les SphacélariacéesChapitre 54 sur 64 · Chapitre XXV. — Espèces exotiques de Cladostephus et · texte numérisé non relu

Chapitre XXV. — Espèces exotiques de Cladostephus et

DiAGNOSES.

A. — Cladostephus hed^vigioides Bory.

BoRY de Saint- Vincent décrit avec figures à l'appui dans M Expédïtïon scïeniïfique de Morée [32, p. 330], puis dans la Flore du Péloponnèse [38, p. 77], un Cl. hedwïgïoïdes dont KûTZING a publié un bon dessin [56, pi. 8]. La trop brève diagnose de BORY n'en indique guère les caractères distinctifs, si ce n'est, toutefois, les rameaux verticillés simples ; aussi J. AOARDHle laissait-il dans \&sSpecïes inquïrendas ; M. Reinke le considère comme synonyme du Cl. spongïosus, et M. De ToNi comme synonyme du Cl. vertïcïllatus. A part KûTZiNG, aucun

592 C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées.

de ces auteurs ne dit s'il a eu la plante originale entre les mains et, autant que je sache, le Cl. hedwigioides n'a pas été récolté depuis l'expédition en Morée. ^

La plante, dit BORY, a croît en touffes noirâtres, fournies; un peu dures au toucher, dans le petit bassin que forme, au sortir des rochers, la source salée de Mili, près d'Armyros, au-dessus des meules que cette source fait tourner » . Elle est longue de 3-5 pouces (8-13 cm.); ses tiges dichotomes, dures, cylindracées, noires, rigides constituent « des touffes confuses » qui, « au sortir de l'eau, rappellent assez, par leur aspect et leur rigidité, les paquets ^ Hedwigia aquatica, de Fontinalis ou d'autres mousses inondées » (i).

La station du CL hedwigioides serait donc bien différente de celle des autres espèces du genre. Parmi les plantes que BORY cite dans la même localité, j'ai remarqué le Solenia compressa (actuellement Eiiterontorpha) , qui résiste à des degrés variés de salure, et le Ruppia maritima dont la présence suffirait à indiquer la nature sauraâtre du bassin de Mili. Néanmoins, Armyros étant un port de mer, j'ai eu recours à l'obligeance et à la compétence de M. H. PeraGALLO pour déterminer les Diatomées restées adhérentes au Cladostephus conservé dans l'herbier de BORY. Il y a reconnu le Cocconeis scutelluin Ehrenb. var. parva Grun. fort abondant, et V Achnaiithes subsessilis Kûtz. en moindre quantité. Les deux plantes vivent indifféremment dans les eaux marines et les eaux saumâtres. Une autre Diatomée, Melosïra Borrerz (jxew . var. hispïda Castrac, était aussi abondante que le Cocconeis. Or, si l'espèce M. Borreri est très répandue dans les mers tempérées, sa var. hispida paraît très localisée; les ponctuations du type y deviennent des épines, comme dans certaines Diatomées dites « renforcées », phénomène que les spécialistes attribuent à des conditions d'existence différentes des conditions normales. CasTRACANE

I. L'herbier du Muséum de Copenhague renferme deux feuillets portant le Cl. hedwigioides reçus de Bory par Lyngbye pour obtenir son avis sur cette plante. Sur chacun, Bory a écrit : « N'est-ce pas une Mousse? Qu'est-ce? ». En outre, l'un porte : • Au fond de l'eau salée qui jaillit des rochers... etc.. » et l'autre: « au fond de l'eau très salée jaillissant... etc.. ». Ltngbyb l'attribua à un Cladostephus voisin du Cl. laxus, ainsi qu'en témoigne l'annotation écrite sur l'un des feuillets : « Vidi 23 Jùli, det er nù Cladostephus, som kommer nover til laxus » dont je dois la lecture et la traduction à l'obligeance de M. Bôrgbsbh.

observa sa var. hispïda dans le canal de Trau, mince détroit qui sépare l'île de Bua de la côte de Dalmatie : une masse d'eau, assez abondante pour alimenter des moulins, sort du pied de la montag-ne et s'étend en une lagune qui se confond avec la mer ; l'eau de cette lagune était de goût salé et certaines de ses Algues étaient couvertes de M. Borreri var. hispida. Les conditions d'existence y semblent donc comparables à celles du bassin de la source de Mili exploré parBORY.

On ne pouvait demander à l'étude des Diatomées épiphytes sur le Cl. hedwigioides de déterminer la nature de la source salée dont parle BORY, puisque l'on sait que la flore diatomologique des salines terrestres ne diffère en rien de celle des fossés littoraux saumâtres. Toutefois, puisqu'on ne trouve pas de Diatomées exclusivement marines dans l'eau du bassin de Mili (que celui-ci soit ou non en relation avec la mer), c'est donc que le Cl. hedwigioides vit dans une eau moins salée que celle de la Méditerranée.

Les échantillons de l'herbier Thuret manquent de thalle rampant ; l'un d'eux, cependant, composé de nombreuses tiges séchées en tas, pourrait signifier que la plante possède un disque plus large que celui du Cl. verticillatus , si même elle n'est pas gazonnante. Une mention écrite par BORY fournit la date de la récolte : été 1829.

Le dessin de KûTZING montre bien l'aspect général d'un brin de la plante, dont les pousses indéfinies, garnies de verticilles assez lâches, se terminent en pinceau dense. Cet aspect, assez caractéristique, tient à ce que les rameaux verticillés adultes, grêles, longs (1-2 mm.) et peu nombreux (10-16 par verticille), séparés par des entre-nœuds dont la hauteur égale 1-2 fois le diamètre, font avec l'axe un angle d'environ 45° et sont approximativement rectilignes ; parfois même leur extrémité s'incurve légèrement vers le bas, tandis que les jeunes rameaux, séparés par des entre-nœuds courts, sont fastigiés, parallèles à l'axe, dont ils protègent et couvrent le sommet longuement saillant.

Les rameaux verticillés sont simples, cylindriques, grêles, terminés en pointe obtuse et s'élèvent jusqu'au niveau de l'insertion du 2® ou du 3* verticille situé au-dessus ; un poil naît

594 C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées.

parfois vers leur extrémité. Des pousses indéfinies, en grande partie dénudées, et datant certainement de l'année précédente, portaient des rameaux verticillés plus arqués et munis, près de leur sommet, d'un court ramule à aisselle pilifère. La plante âgée possède de nombreuses branches plagioblastiques d'égale valeur, contournées, qui doivent produire sur le vivant l'enchevêtrement « en touffes confuses » dont parle BORY.

Les pousses microblastiques, localisées (à l'époque de la récolte) dans la région inférieure plus ou moins dénudée, sont plus cylindriques que celles des autres espèces ; le nombre et la disposition des pédicelles sporangifères paraît correspondre plutôt au Cl. verticillatMS qu'au Cl. spongiosus ; certains pédicelles avaient déjà fourni des sporanges qui ne s'étaient pas conservés sur les fragments examinés.

L'anatomie de la tige diffère peu de celle des précédentes espèces ; les rameaux verticillés apparaissent régulièrement sur les articles secondaires supérieurs ; ceux des articles secondaires inférieurs se développent plus tard ou manquent ; lés pousses mériblastiques paraissent rares sur les coupes longitudinales.

L'écorce, surtout lorsqu'elle est jeune, constitue des files radiales plus régulières et dont les périclines sont plus régulièrement disposées ; la direction des files de cellules de la couche cortico-rhizoïdale est aussi plus radiale et plus horizontale. Sur des coupes qui m'ont paru correspondre à la base d'une tige, les files cellulaires étaient horizontales sauf les plus inférieures qui se continuaient en rhizoïdes. Il serait possible que le Cl. hedwigioides , habitant une eau calme, ne développe point les rhizoïdes de consolidation dont on conçoit l'utilité pour le Cl. verticillatus .

En résumé, le Cl. hedwigioides, encore bien incomplètement connu, est très voisin des Cl. verticillatus et spongiosus ', néanmoins, il paraît en différer suffisamment, par son aspect extérieur et par quelques légères dififérences anatomiques, pour constituer une espèce indépendante. Des recherches locales apprendraient s'il est une modification du Cl. verticillatus attribuable à des conditions particulières d'existence, ou s'il se rencontre aussi dans les stations ordinaires de cette espèce. Les collections ne m'ont point montré de Cladostephus récoltés sur les rochers de la côte grecque.

B. — Gladostephus australis Kûtzing.

KÙTZING a décrit et figuré un Cl. australis de Nouvelle- Hollande [56, Tab. 9], reçu de BiNDER sous le nom de Griffithsia australis, caractérisé par les bifurcations répétées de ses rameaux verticillés et par l'épaississement des cellules médullaires de ses pousses indéfinies, dont l'aspect général est celui du Cl. verticillatus.

Or, l'épaisseur des parois médullaires des Cladostephus varie, dans une certaine mesure, selon les individus et selon la région étudiée dans un même individu ; les parois médullaires âgées s'épaississent parfois, ou plutôt se gonflent notablement par une sorte de dégénérescence. A moins d'être constante et très frappante, cette différence d'épaisseur ne constitue donc pas un caractère spécifique. D'autre part, certains rameaux verticillés des Cl. verticillatus et Cl. spongiostis possèdent deux ramules. Aussi, ni M. Reinke ni M. De Toni n'admettent-ils le Cl. australis. En outre, le Cl. verticillatus étant géographiquement très répandu, et habitant même l'Australie, et d'autre part les deux espèces de nos côtes se séparant difficilement l'une de l'autre, il pouvait paraître inopportun de conserver l'espèce de KûTZiNG. D'ailleurs, autant que je sache, aucun auteur n'a étudié le spécimen de KûTZiNG.

Grâce à l'obligeance de Mme Weber van BossE, j'ai eu entre les mains l'échantillon figuré dans les Tabulée; le dessin en est correct. La plante n'a pas l'aspect soyeux du Cl. antarcticus ; elle ressemble à un Cl. verticillatus de verticillation imparfaitement marquée ; ses rameaux, en effet, ne sont pas courbés en faux et, leur divarication diminuant graduellement vers le sommet, ils n'y constituent pas un pinceau évident comme chez le Cl. antarcticus ou le Cl. hedwigioides.

Au nombre d'une vingtaine par verticille, les rameaux sont bien tels que KÛTZING les a figurés et cela sur toute la longueur de l'échantillon. Aussi, la plante vivante doit-elle paraître, dans l'eau, entourée d'une large enveloppe transparente constituée par ses nombreux poils.

596 C. Sauvagbau. — Remarques sur les Sphacélariacées.

L'une des branches porte des pulvinules fructifères ; les pousses microblastiques, simples ou bifurquées et pilifères, portent des sporang-es uniloculaires, encore jeunes et assez nombreux. De la base de certains pédicelles, partent deux ou plusieurs filaments monosiphoniés plus longs que les pédicelles normaux ; quelques-uns se terminaient par un très jeune sporange, mais la plupart n'avaient pas fini leur croissance ; la troncature de certaines pousses microblastiques produisait un bouquet de ces longs pédicelles. Je ne sais si cette formation, que je n'ai rencontrée chez aucun autre Cladostephus , est un caractère spécifique ou une variation individuelle.

Si les collections montrent d'autres exemplaires des mers australes à rameaux verticillés aussi ramifiés que ceux de l'échantillon de KÛTZING, ce sera un argument pour le maintien, au moins provisoire, du Cl. austyalis. Or, j'ai vu quelques exemplaires s'y rapportant.

M. le major Reinbold m'a communiqué un échantillon de Nouvelle-Zélande, âgé et en grande partie dénudé, dont les pulvinules microblastiques sont encore stériles. Ses rameaux verticillés, plus ramifiés qu'ils ne sont habituellement chez les espèces de nos pays, correspondent bien à ceux dessinés par KÛTZING. Sur la plupart des coupes transversales, quelques-unes des cellules médullaires possédaient des parois arrondies très gonflées ; sur les coupes longitudinales, les cellules médullaires sont longues et plusieurs fois cloisonnées transversalement.

Le cahier de l'herbier Thuret consacré au Ptilopogon contient un feuillet avec deux échantillons que je rapporte au Cl. atisiralis. L'un, marqué par J. AOARDH « Sphacelaria an Sph. botryoclada forma? Bluff », a perdu la majeure partie de ses rameaux et ceux qui persistent sont ramifiés; les pulvinules microblastiques possèdent des sporanges uniloculaires peu fournis, comme ceux du Cl. veriicillatus ; la partie tout à fait basilaire de l'échantillon est dépourvue de couche corticale et la couche cortico-rhizoïdale recouvre directement la partie médullaire, comme chez les espèces de nos pays (Voy. chap. XXIII, I B). L'autre exemplaire, reçu de M. Farlow avec l'étiquette « Sphacelaria botryoclada, H. et H., Bluff, New-Zealand ; Merriman » est plus jeune. Il a un aspect soyeux, et la disposition de ses rameaux rappelle le dessin du Cl. antarcticus

Kûtz. ; toutefois, les plus jeunes rameaux constituent un pinceau plus accentué et plus effilé que sur ce dessin (comme chez le Cl. hedvigioides) . Les rameaux verticillés portent des ramules eux-mêmes ramifiés et certains produisent jusqu'à dix bouquets de poils ; le Cl. verticillatus ne m'a point montré de rameaux aussi ramifiés.

A cause de la différence de leur état, ces deux exemplaires de Bluff n'ont pu être récoltés à la même saison ; puisque l'un et l'autre possèdent des rameaux verticillés ramifiés, c'est vraisemblablement que le Cl. australis en possède toute l'année.

L'Australasie étant plus riche en espèces et en genres de Sphacélariacées que les côtes européennes, elle abrite vraisemblablement des Cladostephus différents des nôtres. Le Cl. australis, caractérisé par les bifurcations de ses rameaux, n'a peutêtre qu'une faible valeur, je crois néanmoins bon de le maintenir comme espèce distincte ; sa séparation aura l'avantage d'inciter les collecteurs à examiner les Cladostephus de plus près.

G. — Cladostephus antarcticus Kûtzing et Cladostephus Harioti Sauvageau

Kûtzing [56, pi. 8] a décrit et figuré son Cl. antarcticus sur un exemplaire récolté au Cap Horn, par J.-D. Hooker ; les rameaux verticillés, simples ou bi-trifurqués, sont divariqués à la base, fastigiés au sommet.

Je dois à l'obligeance de Mme Weber van BosSE la communication de cet exemplaire, conservé par KûTZING ; le dessin des Tabulas en représente bien la ramification et l'aspect soyeux. HoOKER distribua à quelques correspondants, et entre autres à Kûtzing, des Algues récoltées pendant son voyage dans la région antarctique, et KûTZING créa vraisemblablement son Cl. antarcticus sur l'échantillon reçu sous le nom de Cl. spongiosus ; toutefois, il n'en dit rien et ne cite point le Cl. spongiosus de Hooker en synonyme.

Chaque verticille comprend une vingtaine de rameaux. Les rameaux simples ne sont pas mélangés à ceux ramifiés, comme la

598 C. Saovagbau. — Remarques sur les Sphacélariacées.

diagnose de KûTZING le laisserait croire ; la différence dans leur situation dépend probablement de la saison, comme chez les espèces de nos pays. Ceux des parties adultes, simples pour la plupart, un peu divariqués, longs de 2, 5-3 mm., atteignent le niveau du 3* ou du 4® verticille situé au-dessus. Ceux des parties jeunes sont notablement plus courts, généralement bifurques, leur ramule étant divariqué et relativement long ; les plus jeunes sont disposés en pinceau autour d'un sommet peu saillant, comme KûTZING l'a figuré.

La partie inférieure de la branche de droite (dessin des Tabulas) est fertile, mais la fructification est à son début. En certainspointSjles pousses microblastiques apparaissent ; end'autres, elles ont acquis leur longueur définitive ; toutes sont simples ; certaines portent de très jeunes sporanges uniloculaires. La fructification doit être abondante, car plusieurs articles secondaires portaient chacun trois ou quatre pédicelles, comme on le voit souvent chez le Cl. spongiosus.

En somme, l'échantillon nommé par KûTZING Cl. antarcticus ressemble au Cl. verticillatus de nos pays, mais son aspect est plus soyeux. Je le laisse dans les Inquirendae avec le Cl. setaceus. J'ai dit précédemment que l'échantillon des îles Falkland donné à Decaisne par HoOKER, sous le nom de Cl. spongiosus , est indéterminable.

M. Hariot [88, p. 40] a rapporté au Cl. antarcticus Kûtz., qu'il connaissait seulement parles Tabulas, un échantillon trouvé dans la baie Orange (Sud- Amérique) « mêlé à d'autres Algues rejetées sur la plage. Par la disposition de ses rameaux distiques et non verticillés, cette Algue, dit-il, serait un Chsetopteris , (Chastopteris antarctica) plutôt qu'un Cladostephtis ». Dans le même Mémoire, l'auteur cite aussi au Cap Horn le Cl. spongiosus , mais seulement d'après HoOKER, et non d'après ses récoltes personnelles.

Après comparaison des échantillons authentiques de Cl. antarcticus Kûtz. et Cl. antarcticus Har., je sépare ce dernier sous le nom de Cl. Harioti, en le dédiant à mon ami le savant assistant de la chaire de Cryptogamie du Muséum. Si les particularités qu'il présente ne sont pas dues aux conditions exceptionnelles dans lesquelles vécut l'unique exemplaire connu, le

C, Sauvagkau. — Remarques sur les Sphacêlariacées. 509

Cl. Hartottse distingue nettement des autres espèces du genre.

Il mesure environ 5 cm, de hauteur ; certaines de ses branches sont des pousses de remplacement ; bien qu'en majeure partie dénudé, sauf aux extrémités, il est stérile sans aucun indice de pousse microblastique. C'est un fragment qui, après avoir été détaché, vécut dans une station très calme jusqu'au jour où il fut rejeté à la côte. En effet, de la section de sa base partent quelques pousses définies et quatre pousses indéfinies, dont les deux plus vigoureuses dépassent 3 mm.

Le sommet de chaque pousse indéfinie est très grêle, effilé, et si long que les rameaux verticillés le dépassent à peine ; sur l'un de ces sommets, j'ai compté 22 articles secondaires entre le sphacèle et le plus jeune article ayant émis des rameaux ; les autres paraissaient semblablement construits. Les rameaux verticillés sont simples, grêles, cylindriques, non pilifères, à sommet obtus; les jeunes mesurent 2-3 mm. et sont souvent au nombre de deux, opposés, disposition que M. Hariot interprétait comme une affinité avec le Chastopteris ; toutefois, ils ne sont pas distiques et je n'ai pas saisi l'ordre de leur succession ; néanmoins, ils m'ont paru, parfois, insérés sur quatre génératrices ; des coupes montrent que deux rameaux seulement se développent ; il n'y a pas de rameaux avortés. La structure est celle d'un Cladosiephus et non d'un Ckaetopteris.

En outre, les plus inférieurs des rameaux, constituant le pinceau terminal des pousses indéfinies, sont disposés par 3-4 au lieu de 2. Puis, dans les parties dénudées, les traces des anciens verticillés montrent 6-8 ou même 10 rameaux, mais probablement pas davantage. Cesportions dénudées, unies comme si tous les rameaux étaient tombés naturellement jusqu'à leur point d'insertion, présentent çà et là quelques rameaux isolés appartenant à un ancien verticille et beaucoup plus longs que ceux récents ; j'en ai mesuré d'entiers qui dépassaient 5 mm., mais bon nombre de ces rameaux isolés étaient tronqués. La plante produit donc vraisemblablement des rameaux simples en toute saison.

Il paraît évident que si l'exemplaire avait été roulé à diverses reprises sur la plage où on le rencontra ou si, après avoir été séparé de la plante mère, il n'avait pas vécu dans un endroit très calme, ces rameaux isolés auraient disparu, et les sommets

6oo C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées .

turgescents et fragiles des pousses indéfinies auraient été brisés. Dans les conditions normales, la plante perd donc vraisemblablement ses rameaux adultes sur une plus grande étendue que les Cl. verticillatus et Cl. hedwigioides , et peut-être les perd-il de bonne heure, comme les Phlœocaulon squamulosum et Piïlopogon boiryocladus .

Le petit nombre des rameaux à chaque verticille (6 à lo) doit caractériser l'espèce ; rien ne laisse supposer qu'il caractérise un état libre comparable à la var. patentïssimus du Cl. vertïcillatus. Si l'échantillon récolté par M. Hariot, qui n'est en somme qu'une bouture, possédait seulement un ou deux sommets effilés en voie de croissance et pourvus de rameaux opposés, on pourrait attribuer le nombre réduit de ces rameaux aux exceptionnelles conditions d'existence ; mais il en comprend une vingtaine, normaux ou de remplacement. Dans les conditions ordinaires, la plante se comporte donc de même, et l'on dira que les rameaux verticillés naissent par 6 à lo, à une certaine époque de l'année, et par 2 seulement (ou 3 ou 4), à une autre époque. Rien de semblable n'a été signalé chez les autres Clados tephus .

Les sections transversales dans une branche jeune fournissaient la structure d'un Cladostephus grêle ; la partie inférieure plus épaisse de l'échantillon, dont je n*ai rien distrait pour ne pas séparer les repousses qui prouvaient son caractère de bouture, possédait vraisemblablement une couche cortico-rhizoïdale.

Si le Cl. setaceus possède uniquement des rameaux simples, comme le dit SUHR, les Cl. setaceus et H arïott sont peut-être des espèces voisines.

D. — Diagnoses des Cladostephus.

Cladostephus C. Agardh. — Polyblastées à accroissement secondaire transversal et longitudinal (Auxocaulées). — Thalle rampant émettant des pousses indéfinies dressées, caulescentes, cylindriques, pleines et de consistance ferme, non pilifères, produisant à intervalles irréguliers des branches plagioblastiques semblables à elles, s'épaississant par une couche corticale secondaire enveloppant la région centrale médullaire et, en outre, dans leur région inférieure, par une couche

cortico-rhizoïdale. Pousses définies (rameaux hémiblastiques et mériblastiques) verticillées, stériles et caduques, simples, pilifères ou non pilifères, ou ramifiées à ramules holoblastiques, plus ou moins divariquées et entourant le sommet de la tige dans leur jeunesse. Assise périphérique des pousses indéfinies, plus ou moins dégarnies de leurs rameaux verticillés, émettant de courtes pousses fructifères (microblastiques) très rapprochées, disposées en pulvinules épars et denses. Organes reproducteurs uniloculaires et pluriloculaires portés par des individus différents.

Cladostephus verticillatus Lyngbye. — Thalle rampant vivace, discoïde (diamètre jusqu'à 4-5 cm., souvent 1-3 cm.), foncé, généralement apparent, dense, solidement appliqué, composé de nombreux disques élémentaires soudés, portant des pousses définies éparses, non apparentes, semblables aux rameaux verticillés, et des pousses indéfinies. Pousses indéfinies dressées nombreuses (jusqu'à une centaine) apparaissant au début du printemps, atteignant 25 cm. (souvent 15 cm.), bifurquées en apparence dichotomiquement et devenant progressivement plus foncées et plus raides, cessant de s'allonger pendant la saison froide, puis disparaissant totalement ou partiellement, ou reprenant leur végétation au début du printemps dans leur prolongement ou par des pousses de remplacement et parfois disparaissant peu après. Verticillés de rameaux plus ou moins espacés laissant voir plus ou moins nettement la verticiliaiion. Rameaux verticillés (24 environ) divariqués, puis courbés en faux, renflés dans leur région moyenne et terminés en pointe, à un ou quelques ramules holoblastiques, mais souvent simples à la base d'une jeune pousse dressée ou d'une pousse de remplacement et aussi en automne, toutefois sans règle précise. Rameaux verticillés détruits progressivement de bas en haut. En été et en automne, pousses microblastiques nées sur les entre-nœuds masquant la verticillation. En hiver, pousses indéfinies larges de 400-800 [jl, noires, raides et unies, complètement ou presque complètement dégarnies de leurs rameaux verticillés sauf aux sommets, portant çà et là des pulvinules denses, saillants, de hauteur uniforme (1/2 mm.-i mm.) composés de pousses microblastiques fructifères simples, pilifères ou non, munies parfois de courts ramules holoblastiques. — Sporanges uniloculaires terminaux (sur des pousses courtes) ou latéraux et brièvement pédicellés, ovales, parfois ovoïdes, de 55-80 ^ sur 35-55 [ji, à membrane assez épaisse et longtemps persistante, emboîtant les sporanges successifs ultérieurs. Zoospores de 8-9 p. sur 5-6 {i munies d'un seul chromatophore et d'un point rouge. Sporanges pluriloculaires (ou gamétanges ?) portés par des individus dift'érents, disposés comme les précédents,

6o2 C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphncélariacées.

irrégulièrement cylindriques, de 50-90 p. sur 25-30 a, à logettes hautes d'environ 4 fx, à membrane mince; sporanges nouveaux naissant à la place de l'ancien ou latéralement. Zoospores (ou gamètes parthénogénéiiques) plus petites (6-8 \x sur 3-5 {/.) et moins colorées que les précédentes. — Zoospores des deux sortes de sporanges germant sans fécondation et fournissant des plantules identiques. Plantules composées d'un disque, d'abord monostromatique, d'où s'élève un poilsessile puis des pousses définies successives avec ou sans ramules holoblastiques, parmi lesquelles s'élève enfin la pousse indéfinie caractéristique. Stolons partant du disque et fournissant aussi des pousses définies, des pousses indéfinies, et des disques qui se réuniront et se souderont entre eux pour constituer un thalle rampant.

Hab. — Sur des rochers propres, des pierres ou des Lithothamnion, à mi-marée et à basse mer dans les flaques et les rigoles, et audessous du niveau de l'eau. — Océan Atlantique: desOrcades et d'Helgoland jusqu'aux Canaries, Terre-Neuve, Nord des Etats-Unis. Méditerranée : De Gibraltar jusque dans la mer Noire. Australie.

Syn. — Cladostephus Myriophyllum C. Agardh. Cladostephus spongiosus Kûtzing non al.

Cladostephus Bolleanus Montagne.

Cladostephus totnentosus Kûtzing.

Cladostephus verticillatus var. patentissimus Sauvageau. — Plante non fixée, plus grêle, plus souple, plus contournée que le type et à branches plus irrégulièrement espacées. Verticilles à 8-12 rameaux plus longs, moins divariqués et moins recourbés. Pousses microblastiques restant stériles.

Hab. — Sur le fond, parmi les Zostères. — Skagerrak et Kattegat.

Syn. — Cladostephus laxus C. Agardh.

Cladostephus spongiosus var. laxus C. Agardh.

Cladostephus spongiosus C. Agardh. — Espèce peu différente du Cl. verticillatus. — Thalle rampant vivace moins large et moins régulier, couvert et non apparent, portant aussi des pousses définies et un moindre nombre de pousses indéfinies (jusqu'à une vingtaine). Pousses indéfinies moins hautes (4-10 cm.), moins épaisses, plus flexueuses, moins raides, à branches terminales rapprochées donnant au sommet un aspect plus touffu. Pousses indéfinies cessant aussi de s'allonger pendant la saison froide, puis s'accroissant plus fréquemment dans leur prolongement ou fournissant des pousses de rempla-

cernent qui dureront toute l'année. Verticillation assez apparente en été sur les parties jeunes. Rameaux verticillés du printemps fastigiés, souvent simples et non pilifères (24 environ); ceux de l'été, plus courts que les précédents, légèrement divariqués, généralement munis de ramules holoblastiques, puis redevenant simples et non pilifères à l'automne, plus longtemps persistants que chez le Cl. veriicillatus . Pousses microblastiques masquant la verticillation en constituant des pulvinules moins nettement limités parmi les rameaux verticillés non ou incomplètement détruits. — Sporanges uniloculaires, pluriloculaires et zoospores, comme ceux du Cl, verticillatus. Sporanges généralement plus nombreux sur une même pousse microblastique, les pédicelles naissant souvent par deux ou trois sur un même article. Paroi des sporanges uniloculaires plus mince, plus flasque, disparaissant plus vite, emboîtant peu ou point les nouveaux sporanges.

Hab. — Sur des rochers couverts de limon sablonneux, au niveau du Fucus vesiculosus, s'affaissant à basse mer, d'ensemble plus foncé et d'aspect plus spongieux que le Cl. veriicillatus. — Océan : du Cercle polaire jusqu'au Maroc. Présence douteuse dans l'hémisphère austral.

Syn. — Cladostephus densus Kûtzing.

Cladostephus hedwigioides Bory. — Thalle rampant inconnu, mais probablement large. Pousses indéfinies atteignant jusqu'à 13 cm., dures et foncées. Verticillés de 10-16 rameaux simples, cylindriques, grêles, divariqués et approximativement rectilignes ; jeunes rameaux fastigiés, parallèles à l'axe, constituant un pinceau entourant le sommet. Pousses microblastiques plus cylindriques que celles du Cl. veriicillatus.

Hab. — Dans l'eau saumâtre du bassin de la source de Mili, près d'Amyros (Grèce).

Obs. — Espèce imparfaitement connue, non récoltée depuis Bory; différente des Cl. verticillatus ^\ Cl. spongiosus par son aspect général, ses rameaux verticillés simples, cylindriques et peu nombreux, ses sommités en pinceau. Pourrait être une adaptation du Cl. veriicillatus à la vie dans l'eau saumâtre.

Cladostephus australis Kûtzing. — Port du Cladostephus verticillatus. — Thalle rampant inconnu. Verticillés d'une vingtaine de rameaux portant chacun plusieurs ramules holoblastiques divariqués.

Hab. — Australie, Nouvelle-Zélande.

Obs. — Espèce imparfaitement connue et peut-être provisoire. Si

6o4 C. Sauvagkau. — Remarques sur les Sphacélariacées.

des filaments monosiphoniés partant de pédicelles de sporanges uniloculaires, observés sur un échantillon, ont une existence constante, ils constitueront un caractère spécifique.

Cladostephus Harioti Sauvageau. — Thalle rampant inconnu. Pousses indéfinies à sommet grêle et effilé, probablement sans pousses mériblastiques. Rameaux verticillés simples, grêles, cylindriques, non pilifères, caduques, atteignant jusqu'à 5 mm. Verticillés de 6-10 rameaux à une époque de l'année ; verticillés de 2 rameaux opposés ou 3-4 rameaux à une autre époque. Pousses microblastiques inconnues.

Hab. — Sud-Amérique (Baie Orange).

Obs. — Connu par un échantillon stérile recueilli sur le rivage par M. Hariot. Paraît être bien diÉférent des autres Cladostephus.

Syn. — Cladostephus aniarciicus Hariot.

Chœtopteris antarctica Hariot.

Species inquirendse : Cladostephus seiaceus Suhr.

Cladostephus aniarciicus Kûtzing.

Page 1