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Chapitre I. — Généralités

Geyler [66] a décrit le mode d'accroissement des Sphacélariacées dans un Mémoire qui est resté classique. Il a montré que les parties dressées du thalle sont de deux sortes : ou bien des pousses à accroissement illimité, ou pousses indéfinies (Langtriebe), qui jouent souvent le rôle ^'axe, ou bien des pousses à

2 C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélar lacées. .

accroissement limité, ou pousses définies (Kurztriebe), portées par les précédentes, et qui correspondent à des branches ou rafneaux. Les pousses capables d'accroissement sont terminées par une grosse cellule, le sphacèle, qui se retrouve à tout âg^e au sommet des axes; au contraire, le sphacèle du sommet des rameaux diminue graduellement d'importance, et les pousses définies se terminent finalement en pointe plus ou moins obtuse.

Le sphacèle est l'org-ane et le siège de l'allongement. Par une cloison transversale, il isole inférieurement une cellule, ou article primaire {^x\va.2ixç. Gliederzelle), qui ne modifiera ultérieurement ni sa hauteur ni son diamètre, mais se divisera transversalement en deux moitiés ou articles secondaires (secundâre Gliederzellen). Ceux-ci subissent ensuite un cloisonnement longitudinal plus ou moins complexe, suivant les cas, et parfois aussi un nouveau cloisonnement transversal.

Les rameaux croissent sur l'axe de deux façons. Chez les genres Chcetopteris, Sphacelaria et Cladosiephus , ils ont pour origine l'une des cellules d'un article secondaire (généralement l'article supérieur), qui produit une protubérance devenant le sphacèle du rameau. Chez les genres Stypocaulon, Halopteris et Phloiocaulon^ ils naissent directement d'une protubérance latérale du sphacèle de l'axe. Des poils peuvent être portés par l'une ou l'autre sorte de pousses. Il est à remarquer que les trois espèces de Sphacelaria étudiées par Geyler portent des poils, et que ces poils naissent directement du sphacèle, comme naissent les pousses définies des Stypocaulon et Halopteris . Mais l'auteur n'en tire aucune conclusion, et ne cherche pas à interpréter cette ramification.

Quelques années après, M. Magnus [73] a publié un Mémoire pour démontrer que les genres dont les pousses définies naissent d'une protubérance du sphacèle de l'axe, comme ceux qui portent des poils se séparant du sphacèle, ont une ramification sympodiale. Mais ce Mémoire ne paraît pas avoir été favorablement apprécié; le titre en est cité dans les index bibliographiques, mais c'est tout ; on ne tient pas compte des idées de l'auteur (i).

I. Les erreurs d'observation relevées par M. Magnus dans le Mémoire de Geyler continuent même à rester classiques. C'est ainsi que l'on trouve dans plusieurs Traités de Botanique, comme exemple de ramification, le dessin d'un sommet de Stypocaulon scoparium emprunté à Geyler, et que M. Magnus a montré être inexact.

Ceci vient probablement de la critique que Pringsheim en a faite [73, p. 372 et p. 404] dans un important travail sur les Sphacélariacées paru la même année que celui de M. Magnus. Pringsheim se préoccupait plutôt des passages et de la gradation des Sphacélariacées les plus simples aux plus élevées, mais incidemment, et pour contredire M. Magnus, il affirme que la ramification est monopodiale, parfois avec une tendance à la dichotomie, et qu'il n'a jamais observé de sympode. Dix-sept ans plus tard, M. Reinke [90, p. 211] dit : « Avec Pringsheim, je considère la ramification du Stypocauloji... etc., comme monopodiale, car, à mon avis, Magnus n'a fourni aucun argument convaincant à l'appui de son interprétation extraordinairement compliquée. »

Cependant, M. Magnus était dans le vrai, et je montrerai dans le présent Mémoire que la ramification sympodiale est très fréquente dans la famille des Sphacélariacées.

Pringsheim [73] cherchait à démontrer qu'une constante gradation existe dans la structure du thalle et dans celle des sporanges uniloculaires et pluriloculaires des Sphacélariacées, et aussi que les espèces inférieures présentent des rapports avec les Ectocarpus.

Une réelle affinité paraît réunir, en effet, les Sphacélariacées aux Ectocarpées, et j'ai récemment indiqué, dans un tableau [99,2], comment on pouvait apprécier leurs relations avec les plantes voisines. Cependant, certains caractères importants isolent les Sphacélariacées.

C'est ainsi que la coloration du thalle en noir par l'eau de Javelle, découverte par M. Reinke, leur reste spéciale. Le principe qui réagit, encore ignoré, paraît être plutôt un produit organique élaboré par la cellule qu'un composé minéral directement absorbé dans l'eau ambiante, et fixé par incrustation sur la membrane. Cette réaction, caractéristique avec les exemplaires frais ou conservés en herbier ou dans l'alcool, est plus faible ou imparfaite sur des matériaux conservés dans les liquides renfermant de l'acide chromique ou picrique ; elle est d'autant plus intense que la partie considérée est plus âgée. D'ailleurs, la

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substance réagissante n'est pas toujours identique, car la coloration obtenue, franchement noire pour certaines espèces, est d'un noir vert pour d'autres espèces.

On peut ajouter comme caractères : la présence de chromatophores en disques ou en grains, jamais en lames ni en rubans, et aussi l'existence à peu près constante de tanin, soit diffus dans la plupart des cellules, comme chez le Battersia, soit cantonné dans certaines cellules périphériques ou centrales du thalle dressé, comme chez divers Sphacelaria\ cet appareil sécréteur mériterait d'être étudié de plus près.

J'ai indiqué [98,1] que les poils des Myrionémacées se distinguent de ceux de la plupart des autres Phéosporées par leur origine endogène. Or, toutes les Sphacélariacées sont dans le même cas, que les poils soient isolés, géminés ou en touffes. Ce caractère les éloigne des Ectocarpacées,

Pringsheim n'admet pas de différence absolue entre les sporanges uniloculaires et les sporanges pluriloculaires, car, chez les Ectocarpacées et Sphacélariacées inférieures {Ectoc. granulosus et Sphac. olivaceà), les sporanges vidés semblent de l'une ou de l'autre sorte, suivant que la mince membrane qui sépare les zoospores disparaît totalement lors de la déhiscence, ou persiste plus ou moins ; la différenciation n'y est donc pas encore nettement acquise. J'ai déjà fait remarquer [96, p. 226] que cette manière devoir provient d'un examen insuffisant, car les sporanges uniloculaires ne forment jamais de logettes, et que si Pringsheim a réellement vu et confondu les deux sortes de sporanges de M Ed. grantilosus , comme on pourrait le supposer d'après sa description, ses sporanges uniloculaires n'ont pas été revus depuis. Or, j'ai trouvé à Guéthary, en mars 1898, de nombreuses touffes d^Ect. granulosus portant des sporanges uni- et pluriloculaires. Les premiers sont inéquilatéraux comme les seconds, mais à un degré moindre, sessiles et courbés contre le rameau qui les porte, mais très nettement arrondis à leur partie supérieure; malgré leur ressemblance, ils sont faciles à distinguer, tout au moins quand ils sont pleins. Pringsheim ne connaissait donc pas plus les sporanges uniloculaires de VEct. granulosus (i) que ceux de VEct. siliculosus; la disparition des

I. \JEct. granulosus représenté par Harvey [46] porte des sporanges uniloculaires nettement pédicellés. Or, j'ai étudié deux échantillons authentiques de

traces des logettes, plus rapide chez ces deux plantes que chez d'autres espèces, fut la cause de son erreur.

Les organes pluriloculaires du Sph. olivacea sont aussi réellement cloisonnés (i); je les ai étudiés sur des exemplaires d'Helgoland conservés dans l'alcool, que je dois à l'obligeance de M. Kuckuck. Mais en sectionnant ces organes mûrs, on ne voit ni logettes ni méat axial, et seulement la trace des logettes sur les parois. Cependant, sur les quelques sporanges vidés que j'ai vus, complètement affaissés, je n'ai aperçu aucune perforation pour la sortie des zoospores ; Pringsheim ne paraît pas non plus avoir constaté leur déhiscence. Par contre, il l'a vue chez le Clad. vertïcïllatus : « Si les déhiscences auxquelles j'ai assisté, dit- il, sont normales, elles ne se feraient pas comme chez les Ectocarpus par une ouverture terminale unique, mais indépendamment pour chaque logette. » M. Reinke ne dit rien de cette déhiscence des organes pluriloculaires, mais M. Kuckuck I97] l'a observée et figurée sur le Sphac. saxcctilïs (2), et il la compare à celle de VEct. Remboldii.

Cette déhiscence, que j'ai décrite pour les organes pluriloculaires du Sph. Hystrix [98,2], paraît générale chez les Sphacélariacées. Elle est indépendante pour chaque logette périphérique; à ce moment, vers le milieu de chacune, s'élève une petite verrue de plus en plus saillante, due à la poussée de l'élément inclus, qui sort enfin et reste un instant arrondi et immobile. La déhiscence des logettes est généralement simultanée ; l'organe

son herbier, et j'ai trouvé uniquement des sporanges pluriloculaires sessiles et largement insérés, comme on les connaît; ils ne pourraient être confondus avec les déformations dues à une Chytridiacée décrite par M. Perceval Wright chez plusieurs Ectocarpus {On a Species of Rhizophydium Parasitic on Species of Ectocarpus; Transact. of the Royal Irish Academy, 1877).

Les sporanges uniloculaires de cette espèce sont sans doute moins rares qu'on pourrait le supposer; je tiens de M. Bornet qu'il les a vus sur des exemplaires récoltés le 2 juillet 1856 à Nacqueville (près de Cherbourg), mais ces exemplaires portaient uniquement des sporanges de l'une ou de l'autre sorte.

On sait que la question de savoir si les anthéridies de VEct. secuudus sont réellement pluriloculaires n'était pas tranchée. Or, j'ai contrôlé, soit en sectionnant, soit en écrasant les anthéridies voisines de la maturité, puis en colorant la membrane, que les logettes correspondent bien à des cloisons complètes qui se dissolvent ensuite entièrement. Ces anthéridies ne sont donc pas des sporanges uniloculaires transformés. On trouvera probablement des sporanges uniloculaires chez VEct. secundus et aussi des anthéridies chez YEct. granulosus.

1. Ceci s'applique à la fois aux anthéridies et aux sporanges pluriloculaires.

2. M. Kuckuck {in litt.) nomme actuellement Spk. saxatilis la plante qu'antérieurement il nommait Sph. furcigera var. saxatilis. — L'auteur dit qu'il a observé le même phénomène chez le Sph. fribuloides.

6 C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacclariacées.

est alors recouvert d'une couche de globules qui bientôt déroulent leurs cils, s'animent et s'échappent dans toutes les directions. Chaque logette paraît alors percée d'une ouverture circulaire à bords très nets, sans bavures, attestant une dissolution et non une déchirure de la paroi, que l'on retrouve sur les exemplaires d'herbier en gonflant, puis en colorant la membrane. Parmi les espèces que j'ai examinées, le 5". olivacea est la seule pour laquelle ce procédé de déhiscence reste douteux ; vis-à-vis dés autres Sphacélariacées, c'est sans doute un caractère d'infériorité que l'on apprécierait mieux si l'on connaissait les organes pluriloculaires des genres Battersia et Sphacella. A l'inverse des organes pluriloculaires du SpJi. olivacea qui s'affaissent après la déhiscence par la dissolution totale des cloisons, ceux des autres Sphacélariacées conservent leur squelette intact. La structure de ceux-ci correspond à la description de Pringsheim pour le Cladostephus, c'est-à-dire un méat axial plus ou moins développé, qui prend naissance lorsque le cloisonnement est déjà assez avancé, et contre les parois duquel viennent s'attacher les cloisons transversales. J'ai indiqué ailleurs [99,2 et 99,3] comment la structure des organes pluriloculaires des Sphacélariacées et leur mode de déhiscence sont des points communs avec les Cutlériacées et les Tiloptéridacées. Sous ce rapport, V Ectocarptis Reinboldii est un lien entre ces trois familles et celle des Ectocarpacées. J'ai étudié cette curieuse espèce, grâce à l'obligeance de M. Reinbold; elle présente de vrais poils, fait exceptionnel chez un Eciocarpus , qui sont exogènes, contrairement à ceux des Sphacélariacées; de plus, elle ne se colore pas en noir par l'eau de Javelle. \JE. Reinboldii paraît mériter d'être séparé comme genre distinct, et je propose pour lui le nom de Polytretus, qui rappelle son mode de déhiscence. Le genre Polytrettis renferme jusqu'à présent l'unique espèce P. Reinboldii.

Pringsheim [55] décrivit en 1855 des anthéridies chez le Sph. tribuloides et le Clad. spongiosîis ; il les comparait à celles des Fucacées découvertes dix ans auparavant par Thuret et Decaisne, il les a citées à plusieurs reprises dans ses Mémoires sur la sexualité des Algues. Mais Thuret doutait de leur nature

sexuée, et M. Kny montra que ce sont des sphacèles envahis par une Chytridiacée. Plus tard, Pringsheim [73, p. 395) reconnut lui-même son erreur. Depuis, on admit unanimement que les Sphacélariacées sont dépourvues d'organes mâles ; les organes pluriloculaires furent considérés comme étant d'une seule sorte; certains auteurs les nommaient gamétanges, mais uniquement par application de l'hypothèse, contre laquelle j'ai protesté plusieurs fois, supposant une copulation isogamique chez toutes les Phéosporées à organes pluriloculaires.

Toutefois, M. Askenasy [88] dit dans son étude sur le Sph, furcigera que les sporanges pluriloculaires ont 12-16 rangées de logettes suivant la hauteur, mais que « l'on trouve néanmoins d'autres sporanges pluriloculaires dont les logettes sont moins nombreuses et plus grandes que les précédentes » . Cette remarque, faite incidemment et sans commentaire, passa inaperçue, et M. Reinke ne la mentionne même pas, bien qu'il se soit servi des matériaux d'étude de M. Askenasy.

Cependant, les Sphacélariacées, ou tout au moins certaines d'entre elles, sont sexuées. En effet, j'ai annoncé [98,2] que le Sph. Hystrix, qui croît au printemps à Guéthary en parasite sur le Cysiosei'ra ericoides, a deux sortes d'organes pluriloculaires, de même forme et de mêmes dimensions, mais différents parla couleur, le contenu, et la taille des logettes. Les anthéridies sont rouge orangé, comme celles des P'ucacées, des Cutlériacées, et des Ed. sectmdus et Lebelu, et les anthérozoïdes, également de même forme et de même structure, mesurent 5 [i-, 5- 7 u., 5 sur 3 'J.-3 ;^, 5, sont dépourvus de chromatophores, et ont un point rouge situé dans la moitié postérieure, indépendant de l'insertion des cils. Les sporanges pluriloculaires, d'un brun foncé, qui sont probablement des oogones, croissent sur les mêmes individus ou sur des individus différents; les zoospores, ovales, pâles, mesurent 13 iJ--i3 'J-, 5 sur 6 a, 5-7 ;a, 5 et possèdent 3-4-5 chromatophores en disque et un point rouge. Mais je n'ai vu ni copulation, ni zoospore fixée à deux points rouges.

Depuis [99,2 1, j'ai mentionné la présence simultanée d'anthéridies et de sporanges pluriloculaires chez V Halopterïs filïcïna. Je les ai vus à Guéthary, en septembre 1898, et la différence de coloration permet aussi de leâ distinguer au premier coup d'oeil.

J'ai vainement cherché des organes mâles sur les autres

8 C. Sadvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées .

Sphacélariacées des côtes françaises. En mars dernier, par exemple, j'ai examiné à l'île de Ré des milliers de sporanges pluriloculaires du Clad. vertïcillatus , qui tous avaient la même coloration et la même dimension des logettes.

Mais si l'on se reporte aux belles planches dessinées par M. Kuckuck pour le Mémoire de M. Reinke [91,2], on voit que certains organes pluriloculaires d'espèces exotiques possèdent des logettes beaucoup plus petites que les dimensions habituelles. On pourrait même affirmer, avec peu de chances de se tromper, que ceux représentés chez les Sphacelaria cêespitula (PI, IV, fig. 2), Stypocaulon funiculare (PI. VIII, fig. 8), Phloiocaulon spectabile {^\. XI, fig. 11) et Anisocladus congéstus (PI. XII, fig, 10) sont des anthéridies et non des sporanges.

M. Askenasy a bien voulu me communiquer les exemplaires de Sph. furcigera récoltés par l'expédition de la « Gazelle ». Or, les sporanges pluriloculaires sont bien de deux sortes ; une méprise est impossible sous ce rapport, et l'inégalité de taille des logettes ne provient pas d'une différence d'âge correspondant à un cloisonnement plus ou moins avancé, car on les trouve aussi à l'état de vacuité avec la petite ouverture circulaire spéciale à chacune.

Enfin, je dirai plus loin que le Sph. olivacea d'Helgoland présente des organes pluriloculaires globuleux à petites logettes, ressemblant singulièrement à des anthéridies, et d'autres, plus allongées, à logettes plus grandes, assurément d'une autre nature.

La nature mâle des organes pluriloculaires à petites logettes des Sph. Hystrix et Hal. filicina n'est pas douteuse ; celle des Sph. furcigera et Sph. olivacea est presque évidente par comparaison, et enfin celle des quatre espèces représentées par M. Reinke repose sur l'exactitude vraisemblable des dessins. D'autres espèces doivent présenter des anthéridies, mais, quoi qu'il en soit, leur présence chez les précédentes établit un lien nouveau avec les Cutlériacées et les Tiloptéridacées.

Celle des autres organes pluriloculaires, probablement femelles dans certains cas, reste cependant douteuse. Aussi, pour éviter une interprétation prématurée, je désignerai dans ce qui suit ceux qui ne sont pas des anthéridies par le vieux nom de sporanges pluriloculaires. Ce que nous savons des Eciocarpus doit,

en effet, nous rendre très prudents dans l'interprétation non directement vérifiée de leur rôle, car les Sphacélariacécs présentent peut-être autant de variété dans la manière dont ces organes se comportent. On peut même s'attendre à y trouver une plus grande complexité dans la sexualité. Elles ont, en effet, des propagules qui n'existent point chez les Eciocarptis et dont la présence souvent abondante {Sph. Hystrïx, Sph. furcigera) a. dû retentir sur le fonctionnement des éléments sexuels et y apporter un certain trouble. Il semble donc, à priori, qu'une étude de la sexualité, supposée hétérogamique, isogamique ou nulle, devra être entreprise de préférence chez les plantes qui, jusqu'à présent, sont considérées comme privées de propagules, telles que les Halopieris ou les Cladostephus .

Les premiers auteurs se sont surtout occupés du thalle dressé et de la forme des organes reproducteurs. M. Reinke a en outre étudié avec soin le mode de fixation du thalle, et il indique [90; 91,2] la présence d'un disque basilaire, sur lequel naissent les parties dressées, comme un caractère général de la famille. Ce disque, qu'il compare au thalle rampant des Ralfsia, Lithodernta et Aglaozonta [par ex, 91,2, p. 4 et 7] est rampant, crustacé, à plusieurs épaisseurs de cellules, sauf sur le bord, où l'accroissement se fait par le cloisonnement des cellules marginales. Toutefois, M. Reinke l'a vu seulement chez quelques espèces, car les échantillons d'herbier sont rarement complets : Battersia mirabilis , où il constitue la majeure partie de la plante ; Sph. olivacea, chez lequel Pringsheim l'avait seulement entrevu ; Chsei. phcmosa et Clad. verticillahis , où il est largement développé ; Sph. cirrosa, pour lequel l'auteur en représente de très petits [89,2, pi. 42] qui semblent provenir d'un propagule germant suivant la manière indiquée par M. de Janczewski [73], et enfin chez le Sph. racemosa. Lorsque M. Reinke divise le genre Sphacelaria en espèces autonomes et en espèces parasites, il admet que, chez ces dernières, « le disque basilaire est enfoncé dans le tissu des Algues de plus grande taille sur lesquelles il croît » [90, p. 208J. L'intérêt de ce di<;qiie s'est encore augmenté lorsque M. Kuckuck [94] a tlécrit le nouveau

lo C. Sauvageau. — Remarques sur les Spkacélariacees-

genre Sphacelodenna réduit à un thalle rampant duquel naissent directement des sporanges sessiles et qui, par suite, serait la Sphacélariacée la plus inférieure.

Le rapprochement de ce thalle rampant avec celui des Lithoderma et Aglaozom'a nous indique des rapports qui n'étaient pas soupçonnés. J'en ai tenu grand compte quand j'ai parlé des affinités entre les Cutlériacées et les Sphacélariacées [98,2 ; 99,3]. Mais, actuellement, je serais beaucoup plus réservé sur ce sujet. En effet, la jeune lame rampante d'Aglaosoma [99,3] est un organe pour ainsi dire d'une seule pièce, un vrai parenchyme s'accroissant à la manière du thalle desDictyotacées. Au contraire, le disque des Myrionémacées [98,1] est formé par le rapprochement, la juxtaposition ou la soudure des filaments disposés radialement; autrement dit, chaque file radiale, plus ou moins indépendante de sa voisine, s'allonge uniquement par le cloisonnement de sa cellule périphérique, même si la soudure est parfaite. Or, M. Flahault a bien voulu m'envoyer le Lithodevfna fontanum à l'état vivant, et je me suis rendu compte qu'il s'accroît comme une Myrionémacée et non comme un Aglaozom'a. L'observation, comme toutes les fois qu'on étudie un thalle rampant de plusieurs épaisseurs de cellules, doit être faite sur la face inférieure et non sur la face supérieure. Vu de dessous, ce thalle a beaucoup de ressemblance avec celui du Battersia que j'ai représenté plus loin (i), mais la structure en épaisseur est bien différente : tandis que dans le Battersia les files verticales de cellules sont cloisonnées suivant la hauteur, dans le Lithoderma, elles le sont peu ou point. La ressemblance est plus grande avec le disque basilaire du .S. oh'vacea, mais les files radiales de celui-ci sont très souvent cloisonnées radialement au lieu de rester simples. D'ailleurs, je montrerai plus loin que le Sphacelodenna n'est pas autre chose que le thalle rampant du ►S. oh'vacea. J'ai réussi à isoler des disques bien formés du ^S. ra-

1. La tacp inférieure du Lithoderma serait toutefois plus difticile à dessiner exactement, parce que presque toutes les cellules, sauf les plus jeunes, se prolongent en un court crampon fixateur qui gêne la mise au point au grossissement nécessaire pour le dessin à la chambre claire. On voit aussi facilement ces crampons sur les sections du thalle; cependant, ils ne sont pas représentés sur les figures publiées par M. Flahault [Sur le Lithoderma fontanum, Algue Phéosporée d'eau douce, Bull. Soc. Bot. Fr., t. XXX, 1883); peut-être, comme cela arrive chez le Myrionetna vulgare, n'existent-ils pas d'une façon constante; mes échantill®ns avaient été récoltés en mai.

dicans ; les cordons radiaux, vus de dessous, sont cloisonnés comme ceux du ^S. olivacea, mais de longueur inégale ; certains dépassent notablement leurs voisins, et quelques-uns, rampant au loin comme des stolons, vont fonder de nouveaux disques.

En résumé, on ne peut établir de parallélisme entre le thalle rampant des Sphacélariacées et celui de \ Aglaozom'a ; la ressemblance est plus grande avec le Lithodernia et les Myrionémacées, sans qu'il y ait complète identification morphologique, ou tout au moins nous manquons jusqu'à présent de termes de passage tout à fait satisfaisants.

De plus, l'existence d'un disque bien caractérisé n'est pas assez générale pour figurer sans restriction dans la diagnose de la famille. Certaines espèces possèdent des cordons rampants, plus ou moins longs, qui jouent le rôle de stolons, portent les parties dressées, et constituent la portion la plus importante du thalle inférieur.

La division des Sphacelaria en autonomes et parasites est un groupement artificiel. D'ailleurs, le parasitisme de certaines espèces n'est pas nécessaire; ainsi, j'ai retrouvé à Guéthary le Sph.furcigera considéré comme parasite; or, il y vivait sur les substratums les plus variés : parasite sur le Cystoseira discors et le Padina pavonia, pénétrant sur le Codiuni adhasrens, épiphyte sur le CladosiepJms verticillatus et rampant sur l'Araignée de mer [Mata Squinadd), les Litltothaimiiou, le sable, les pierres.

Dans les cas de parasitisme, l'emploi de l'eau de Javelle peut être utile pour limiter la partie pénétrante; cependant, il ne faudrait pas attribuer au parasite toutes les cellules que l'on voit sur une coupe, à un faible grossissement, se colorer en noir. En effet, j'ai montré récemment (oo] que les Sphacelaria parasites exercent une action curieuse sur les cellules de la plante hospitalière en contact avec elles, car la lamelle moyenne intercellulaire prend aussi la propriété de réagir sous l'action de l'eau de Javelle; la portion colorée d'une coupe est donc plus large que la partie endophyte du parasite.

12 C. SAnvAGEAu. — Rcmarques sur les Sphacélariacêes.

Lorsque j'ai entrepris la présente étude, je me proposais simplement de décrire les faits intéressants que m'ont présenté les Sphacélariacêes du Golfe de Gascogne. Mais M. Bornet ayant bien voulu m'autoriser à comparer mes exemplaires à ceux de l'Herbier Thuret, j'ai été entraîné plus loin que je pensais, car j'ai étudié ensuite un certain nombre d'échantillons qui m'ont été obligeamment communiqués par MM. Askenasy, Bôrgesen, Flahault, Gran, Hariot, Kuckuck, Kjellman, Magnus, Norum, Reinbold, Rodriguez, Rosenvinge, Mlle A. Vickers, M. Perceval Wright (Herbier Harvey, de Trinity Collège), auxquels j'adresse mes meilleurs remerciements, ainsi qu'à MM. les Directeurs des Laboratoires maritimes de Concarneau, de Naples, de Plymouth et de Rovigno.

J'ai cru bon d'indiquer avec précision les localités et les dates de récolte des exemplaires étudiés, car la présence ou la nature des organes de reproduction peut varier avec la saison ; de plus, un certain nombre de plantes, distribuées en exsiccata, diffèrent de celles dont elles portent le nom. En indiquant les sources, j'espère faciliter les déterminations et les comparaisons aux Algologues qui possèdent des échantillons correspondants dans leurs collections.

Je n'ai pas cherché à faire une monographie des Sphacélariacêes, ni même du genre Sphacelaria auquel j'ai accordé plus d'attention; j'ai seulement voulu compléter, lorsque cela m'a paru utile, les descriptions de Geyler, Pringsheim, M. Magnus, M. Reinke... etc. Nos connaissances sur les Sphacélariacêes sont encore trop incomplètes pour qu'une révision générale de ce groupe puisse être entreprise d'une manière profitable.

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