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Remarques sur un ouvrage intitulé: Antiquités grecques du Bosphore-Cimmérien

Quelque* mois après avoir eu connoissance du mémoire que M de Stempkovski a publié pour annoncer au monde savant la découverte qu'il croit avoir faite d'un nouveau roi nommé par lui Rhadaméadis , j'ai reçu un ouvrage ayant pour titre: Antiquités Grecques du Bosphore-linimérien publiées rt expliquées par M. Raoul - Rochette f Membre de l'académie royale des Inscriptions et belles lettres , et de la légion d'honneur ; l’un d ’S C onservateurs-Administrateurs de la bibliothèque du roi ; il Paris , chez Firmin Didot 1822, in 8vo de 217 pages, avec figures. A la fin du volume l'auteur a ajouté le mémoire dont je viens de parler, et qui porte ce titre : Notice sur les médailles de Rhadaméadis , roi inconnu du Bosphore- Cimmérien , découvertes en Tauride en 1820, par M. le Colonel de Stempkovski , p. 218 - 235 . Le nom de M. Raoul - Rochette suffit pour recommander les antiquités grecques du Bosphore. Ses compatriotes lui auront l'obligation de leur avoir fait connoitre plusieurs monumens anciens qui étoient avant- lui épars dans beaucoup de livres peu ou point connus en France , et ils le loueront de sa franchise à reconnoitre les services qu'il a reçus de M. de Stempkovski. C'est M. de Stempkovski en effet qui a fourni à M. Raoul-Rochette des dessins de médailles, des copies de quelques anciennes inscriptions et, pour me servir des propres paroles de ce dernier, p. 2. de l'introduction aux Antiquités Grecques , „plusieurs idées trèsingénieuses, concernant la* nature et l'explication de ces monumens". En outre la complaisance de M. de Stemp-

kovski a été un des motifs qui ont engagé M. RR. à dédier son livre à Sa Majesté l’Empereur Alexandre.

En approuvant l'expression des sentimens de l'auteur des antiquités du Bosphore, on doit regretter qu'il ait été si mal servi dans le choix des monumens sur lesquels il a exercé son érudition. Ils n’offrent en effet que des médailles ou mal conservées, ou supposées par des faussaires mal-adroits ; pas un dessin qui soit fidèlement rendu. De là vient que les planches ajoutées à l'ouvrage de M. Raoul- Rochette ne donnent absolument aucune idée vraie des originaux qu'elles représentent.

Les anciennes inscriptions n’ont pas été plus heureusement traitées : elles fourmillent de fautes, parceque les copies envoyées à M. Raoul -Rochette ont été faites par des mains inhabiles à ce travail. L'inscription qui se trouve lithographiée, pl. IV. n. 3. n’a aucune ressemblance avec l’origiual, et par conséquent ne peut être d'aucune utilité.

M. Raoul-Rochette assure néanmoins que les dessins qu'il a reçus ont été fort soignés et sont très-exacts. Mais si toutes les médailles, toutes les inscriptions qu’il a publiées, prouvent le contraire , nous devons regarder ces éloges comme dictés par une indulgence bien naturelle envers Mr. de Sleinpkovski.

M. Raoul -Rochette n’a donc pu s’empêcher da commettre beaucoup d'erreurs et même de très-fortes , puisqu’il avoit la plus grande confiance dans des renseignemens inexacts et de mauvais dessins. Il lui a été impossible encore , par la même raison , de remplir la promesse qu’il avoit faite dans son introduction , p. i : ,,de rectifier des faits, jusqu’à ce jour peu ou mal connus, de l’histoire du Bosphore- Cimmérien , par de nouveaux témoignages de l'autorité la plus liaute“ !

On doit souhaiter que M. de Stempkovski se donne plus de peine , pour réaliser l’espérance qu’il a donnée à M. Raoul-Rochette, p. 2 : ,, d’ajouter bientôt par de nouvelles découvertes à la somme de nos connoissances sur l'histoire ancienne du pays qu’il habite" j puisque, ajoute M. Raoul-Rochette, ,,1’on peut tout attendre du zèle avec

lequel un homme aussi éclairé se porte à la recherche des monumens de ce pays”.

Quoique la plupart des fautes que ce livre contient soient si évidentes qu'elles n'ayent pas besoin d’étre relevées , cependant comme les recherches de M. Raoul-Rochette pourroient faire circuler beaucoup d'erreurs à l’aide des médailles , des inscriptions et des antiquités de la Russie méridionale qu’il y a joints, j'ai cru devoir publier quelques observations critiques sur son ouvrage.

Remorques sur un ouvrage intitulé : Antiquités dit Bosphore - Cimmérien.

M. Raoul - Rochette, en parlant des colonies Milésîenncs du Pont-Euxin , dit p. 4- de l'introduction : ,, quelques citoyens puissans usurpèrent la souveraineté de chacun de ces petits états' 1 . J'observe que si cette remarque e<t fondée par rapport k plusieurs de ces républiques, elle ne peut regarder en aucune manière les colonies grecques dont il est question dans le livre de M. Raoul -Rochette, et auxquelles il en a fait l'application. La ville d’Olbie, par exemple, dont l'histoire, le gouvernement et les coûtumes nous sont plus connus que ceux de beaucoup d'autres états, n’a jamais vu aucun de ses citoyens s emparer de la souveraineté. Aucun de ses monumens , aucun ancien historien , ne nous a transmis ce fait. La même remarque doit être appliquée aux villes de la Chersonèse- Taurique.

A la même page l'auteur nous dit : „il s'éleva bientôt dans le Bosphore - Cimmérien une dynastie dont nous ne connoissons l’existence , le nom d'Archéanactides , et la durée qui fut de quarante-deux ans, que par le témoignage du seul Diodore de Sicile'*. 11 est vrai que Diodore parle de la dynastie de ces rois , mais les Archaeanactides ne peuvent pas néanmoins être regardés comme rois des villes grecques du Bosphore, Panticapaeum et Phanagorie, puisqu’ils n’en étoient que les premiers magistrats ou archontes. S’ils portoient en même tems le titre de rois , ce n'étoit que par rapport aux peuplades Sauromates de l’Asie qui leur étoient soumises. Cet état du gouvernement au Bosphore et cette relation des Grecs et des Sauromates avec leur chef , sont clairement attestés par trois inscriptions faites du tems de Paerisade I. , celle de la reine Comosarye, de Mestor et de Xenoclide : dans toutes les trois, Paerisade est qualifié du titre d’Archonte du Bosphore et de Tliéodosie , et de roi des Maeotes et d’au-

très tribu* Sauromates. Une autre ancienne inscription donne » Spartocus fils d'Eumélus le titre d’Archonte et de roi. L’étymologie vient à l’appui de cette remarque , parce que le mot Archaeanactides signifie préposés ou archontes des citoyens. Voyez Sophocle dans sa tragédie d’Oedipe-Roi (v. 90:. p. 76.) et la remarque de Brunck (p. 436 Ed. E ri). Bayer avoit donc parfaitement raison, en écrivant : Archaeanactidae , Milesiorum apud Panticapaeum coloniam , magistratus magis , çuam reguli. Si M. Raoul-Rochette veut , contre le sentiment de Bayer , soutenir que les Archaeanactides ont été rois de l’établissement grec aussi bien que des Sauromates, il faudroit :

1) détruire l’étymologie du nom des Archaeanactides que jai citée.

a) détruire la certitude qui résulte des quatre inscriptions faites pendant le règne de Paerisade 1 , et de Spartocus fils d’Eumélus.

3 ) douner des preuves que les Archaeanactides ont été des princes souveraius des Grecs aussi bien que des Sauromates.

A la fin de l'introduction, p. to. M. Raoul - Rochette observe qu’il a „ réuni sous les yeux du lecteur , le recueil complet des inscriptions du Bosphore". Sans doute que u'ayant jamais résidé dans la Russie méridionale, ne Payant pas même visitée , il ne pouvoit savoir si le recueil qu’il a fait connoitre étoit complet ou non , ni se dispenser & cet égard de s'en rapporter à l'autorité de M. de Stempkovski, ou de quelque autre amateur. Mais le fait est que M. Raoul-Rochette a été mal informé.

Je suis fâché que M. Raoul-Rochette ait mis à la tête de ses antiquités une inscription qu'il dit , p. lit ,, avoir été trouvée en 1809 , dans un de ces nombreux Tumulus qui environnent Kertsch , l'ancienne Panticapée (Panlicapaeum) et depuis transportée au musée de Nicolaev. Quoiqu'elle ne soit qu'un fragment", ajoute-t-il, ,,elle est précieuse, en ce qu'elle constate, pour la première fois, par

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un monument de cette nature , l’existence de l’ère du Bosphore, laquelle jusqu'ici ne s'est trouvée marquée que sur les médailles".

J’observe x) qu’on n'a pas trouvé cette inscription en 1809. a) qu’elle n’a pas été découverte à Kertsch. 3 ) qu'elle n'a pas été tirée d’aucun des nombreux tumuli près de cette ville. 4 ) qu’elle n’est pas précieuse j et 5 ) qu'elle ne constate rien par rapport à l'usage qu'on a fait de l’ère du Bosphore dans les villes grecques.

1) Ce fragment d’nne ancienne inscription ne peut pas avoir été trouvé en 1809, puisque je l’ai vu, pour la première fois, en 1804 au mnsée de Nicolaev.

a) 11 est impossible qu’on l’ait découvert i Kertsch , puisque l’inscription a été faite à Olbie et n'appartient qu'à cette dernière ville , comme le prouvent clairement la forme des lettres et la manière du graveur que j’ai remarquée dans une centaine de monumens et fragmenx d'Olbie. En effet la forme des lettres est toute différente de celle qu’on remarque sur les pierres à inscriptions de Panticapaeum. Le peu de distance qu'il y a entre Nicolaev et les anciennes ruines d’Olbie a donné occasion de transporter plusieurs anciens monumens de cette ville dans le musée de Nicolaev. Mais on y en chercheroit vainement qui eussent été trouvés à Panticapaeum. 11 faut observer encore que dans les monumens de cette dernière ville on ne voit jamais des noms barbares comme ceux d'Ompsalacus ou d'Ompsalmus , que l'on rencontre , au contraire, dans les inscriptions d'Olbie.

3 ) Mais si ce fragment provient des ruines d’Olbie j si jusqu’à présent on n'a jamais trouvé , ni à Kertsch , ni à Taman , dans les kourgans ou tumuli qui recèlent dans leur intérieur des tombeaux antiques , aucun monument écrit : il est évident que cette inscription n'a pu provenir d'aucun des tumuli de Kertsch.

4 ) 5 ) Cette inscription a peu de valeur, et ne constate nullement que l’ère du Bosphore ait été employée dans les monumens des villes grecques. Les deux dernières lignes que M. RR, regarde comme si précieuses , et sur

lesquelles il appuyé sou opinion : EN T £11. AKT. ETEI. KA 1 MHNE ATSTPIU. A . . ces lignes , dis - je , ont été ajoutées par un grec très ignerant après la découverte de l’inscription, pour lui donner plus d'intérêt. Je suis étonné qu’en les lisant M. RR. n’ait pas été choqué de cette manière d'indiquer l'époque , et qu’il ait été assez crédule pour la prendre pour véritable : il n’y en a point d’exemples dans tout ce que nous possédons en inscriptions.

Lorsque j’étois & Nicolaev on m’avoit assuré que ce fragment avoit été trouvé à Kertsch ; le même renseignement avoit été donné au correspondant de M. RR. Mais les gardiens de ces collections n’ont aucunes notices exactes de leurs monumens. J’ai observé qu’ils ignoroient l’endroit où avoient été découvertes la plupart des inscriptions que j’avois copiées long-tems auparavant, dans les lieux mêmes où on les avoit déterrées. J’ai trouvé, par exemple, dans la petite collection de Théodosie , l'année dernière , une inscription provenant , à ce qu'on me disoit , des fouilles de Panticapaeum ; et c'étoit pourtant celle que j’avois copiée long-tems auparavant, quand elle se trouvoit encore dans les ruines de l'ancienne Cherson. On ne peut voir rien de si infidèle que la copie que M. RR. nous a donnée, p. 59. de cette dernière inscription de Cherson. Elle est falsifiée depuis le commencement jusqu’à la fin. Pour le prouver , je la remplacerai plus bas par une copie de la plus grande fidélité.

Dans l’explication du fragment cité d’Olbie, HL Raoul- Rochette a fait une méprise beaucoup plus grande que toutes celles que nous venons de relever: il croit, p. 12, que les Stratèges d’Olbie étoient des Généraux , ou chefs militaires , et cette erreur est répétée p. 199. Mais dans aucune des inscriptions des républiques grecques que nous possédons, le mot Stratège n’indique un chef de guerriers. Si dans la plus haute antiquité ce mot n'avoit que cette signification , il la perdit bientôt. Dans les anciennes inscriptions , les Stratèges ne sont que des magistrats civils.

la

C'est un fait trè»-connu et qui est prouvé dans une foule de livres. •

L’inscription d’Olbie, que M. Raoul- Hocbette a commentée avec beaucoup de détails , me fournira l'occasion de faire plusieurs remarques. Mais la copie qu’il eu a donnée p. i 5 . étant trop inexacte, et ne distinguant point les endroits rétabli» ou les lettre* ajoutées, des mots que nous présente le marbre, il faut, avant tout, mettre 60us les yeux du lecteur celle que j’en ai faite sur l'original même. On verra mieux alors, si le» observations de M. RR. sont justes et admissibles:

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L’infidélité extraordinaire de la copie publiée par l’auteur des antiquités du Bosphore est d’un mauvais augure pour le reste des monumens que l’on trouve dans ce livre. Où a-t-on pris les noms d’Euryus et de Tosiade? ils ne se trouvent sur aucun monument d’Olbie- Ce sont des noms absolument imaginaires et plus barbares encore que les noms propres des Scythes d’Olbie. L’inscription en pe-

tits caractères, an bas du même marbre , portant le nom d'Eurexibius lils d'Adous clairement écrit , indique comment le même nom doit être rétabli dans l'inscription principale.

En lisant ce que M. Raoul - Rochette dit , p. 16. on croiroit que l'inscription rapportée par le voyageur Clarke d'après le Comte Jean Potocki et répétée dans les antiquités du Bosphore, pi. VII. n a, a été trouvée en même teins que d’autres antiquités lors de la destruction d'un vieux fort. Mais ce n’est pas là que ce marbre, ainsi que plusieurs autres belles inscriptions peu connues ont été déterrés , comme Je le dirai dans un autre ouvrage.

On désire plus de clarté et de précision dans tout ce que l’auteur des antiquités du Bosphore nous dit, p. 17- 18. des deux noms Olbia et Borysthenis. Le fait est que la ville d’Olbie n’a jamais eu d'autre nom que celui d’Olbie, qu'elle ne s'est jamais nommée Olbiopolis , et que ses habitans s'appeloient Olbiopolites. Il n'y eut que les Scy- . thés et les étrangers qui donnèrent à cette ville le nom • de Borysthénis , et aux habitans celui de Borysthéuites. Dion Chrysostome n’est pas du tout à cet égard en contradiction avec Hérodote, et nous n'avons pas besoin pour concilier ces deux auteurs de dire avec M. RR. p. 18 : „que la différence des teins peut expliquer ce changement", puisque ce changement n'a jamais existé. Il est probable que ce furent les navigateurs et les commerçans qui firent prévaloir dans l’étranger le nom de Borysthénis sur celui d’Olbie. Par cette raison nous ne dirons pas que ,,ce fut lors du rétablissement d’Olbia que les Scythes, mêlés avec ses anciens habitans, firent prévaloir dans l’usage commun le nom de Borysthéuites sur celui d'Olbiopolites". Car cette dernière assertion ne peut être prouvée d’aucune manière ; et comme le texte de Dion ne contredit en rien celui d'IIérodote , à quoi servent les conjectures pour concilier ces deux auteurs ?

Les médailles d’Olbie appellent toujours les habitons Olbiopolites. L’inscription d’un marbre destiné à servir de piédestal aux statues de Septime Sévère et de Géta son fils, nous apprend que ce monument fut élevé par le sénat et la peuple des Olbiopolites. Un médaillon en bronze de la même ville conservé dans le beau cabinet de M. le Général- eu- chef Comte de Suchtelen, présente la légende OAB 1 H.

M. Raoul -Rochette fait, p. 19. une remarque sur les noms barbares de son inscription, Euryus, Tosiades , Eurestheus. J’ai observé que les deux premiers n’existent ni sur le marbre de son inscription , ni sur ancnn autre monument de la ville d’Olbie. Qluant au troisième nom , celui d’Eurestheus , il n'est ni étrange ni corrompu , puisque le nom d’Eurestheus n’est qu’incorrectement écrit.

Parmi les mots de cette inscription qui , selon M. Raoul-Rochette, p. 19. „prouvent évidemment qu’elle appartient à un âge de décadence et <|e corruption"^ M. RR. compte le mot APXONTEÏJ 2 N, root inusité dans la langue grecque. Mais on ne le trouée pas dans l’inscription principale de ce marbre : il n’est que dans celle qui lui sert d’appendice , et qui probablement n’avoit pas été gravée comme la première par ordre de l’autorité publique.

Tout ce que l’auteur des antiquités observe sur différens lieux mentionnés par les anciens géographes, fourmille d’erreurs. Il dit, p. co-aï : „tous les géographes anciens ont parlé de l’ile Leucé consacrée à Achille , vis-àvis des bouches de lister, du bois et du cap sacrés, connus sous le nom de course d’Achille, à l’orient du Borysthène. — Arrien est cependant le seul qui ait commis l’erreur grave de confondre l’île de Leucé avec la course d’Achille; et cette erreur n’a point été rélevée par Clarke, qui entre , à son tour, dans beaucoup de détails sur l'état

actuel de cette lie et sur «a destination ancienne”. On ▼oit par ce raisonnement que M. RR. ne s'est pas du tout familiarisé arec la géographie de cette contrée. Tout ce qu’il en dit n’offre qu’erreurs et confusion. Voici les erreurs :

i) M. RR. ignore qu'il y avoit dans l’antiquité deux lies que l’on avoit consacrées au culte d'Achille j l’u«*e aituée dans le liman du Borysthène, l'autre à peu de distance de l'embouchure de l’ister ;

а) Il croit que l'ile où les Olbiens présentèrent leur hommage à Achille, étoit l’ile située à l’embouchure de l’ister j

3) que les Olbiens avoient construit un temple en l’honneur d'Achille sur l'ile située à l’embouchure de l’Ister ;

4) que c'est de ce dernier fleuve que Dion Chrysostome a parlé;

> 5) que le bois et le cap sacré sont connus sous le nom

de la course d'Achille j

б ) que ces lieux sont situés à l’orient du Borysthène;

7 ) que le bois et le cap sacrés sont une et même

chose.

Quoique ces assertions contiennent des erreurs très graves, on est cependant encore plus choqué que M. RR. parlant du culte rendu par les Olbiens à Achille , leur ait fait faire des pèlerinages depuis l’embouchure du Boug jusqu'aux bouches du Danube pour révérer ce héros, au lieu de leur faire visiter tout naturellement l’ile d’Achille qui étoit très-près d’Olbie et où ils avoient bâti un temple en son honneur. On est surpris qu’à cette occasion M. RR. n’ait pas fait mention d’un temple d'Achille dans l'intérieur de la ville d’Olbie.

Quand un auteur parle dans ses recherches litéraircs de quelques endroits célèbres dans l'antiquité, on doit attendre de lui, si non de nouvelles découvertes, au moins toute l’instruction qu'on peut trouver dans les livres connus et consultés par ceux qui ont quelque prétention à la science. Mais les particularités que donne M. RR. sur

Olbie et sur les lieux célèbres d’alentour , étant au dessous de ce qu’on peut apprendre dans les manuels de géographie ancienne , le lecteur se tromperoit s’il attendoit de son livre des notices nouvelles sur l'histoire des deux îles consacrées à Achille , sur la course d'Achille , sur la position du bois sacré , etc. Cependant ces sujets dans un livre comme celui de M. RR. auroient dû, sinon être traités en détail , au moins être touchés et indiqués de loin. Toute cette partie de la géographie ancienne est l'objet d’un mémoire particulier que je publierai sous peu.

A la fin d'un court extrait d’Arrien , M. Raoul -Rochette accuse cet auteur , p. ao : „d'avoir été le seul qui ait commis Terreur grave de confondre l'ile de Leucé avec la course d’Achille". Cette accusation e6t sans fondement. Arrien dit (Peripl. P. E. p, ai. — Anon. Peripl P. E. p. I»), en parlant de l’embouchure dn Danube: yyvo; vpéxeiTxi, jj-j Tivx o i /Jtv AxiWijs; vÿacv , ol iè àpc iov AjciMAij, o! êè Aevxijv êxi rîjç xpoi&i o vo/iâ£oviiv : „une île est située à l’embouchure de ce fleuve : elle est nommée par les uns, l'ile d’Achille 5 par les autres, la course d’Achille j par d'autres encore , Leucé , à cause de la couleur". On avoit entendu parler d’une ile et de la course d’Achille. Quelques - uns avoient pris l'ile près de l’emboui hure de l’ister pour cette île, et comme, dans son voisinage il ne se trouvoit aucun endroit auquel on put donner le nom de course d’Achille , l'ile citée avoit été ainsi nommée par quelques navigateurs. Arrien n’expose pas son opinion, il ne décide pas quel nom il faut donner à cette île , il ne fait que citer les différentes dénominations que les navigateurs lui avoient données.

Je suis fâché de trouver dans les remarques de M. Raoul- Rochette sur les cinq dernières lignes de l'inscription en l’honneur d’Achille, p. aa — a5. plusieurs erreurs. Ces erreurs ne proviennent pas tant de l’obscurité de ces

ligne! (jue de la trop grande hardiesse avec laquelle M. BR. croit pouvoir trancher sur l'explication des endroits qui, tels qu'ils nous sont parvenus, n'en admettent aucune de certaine. M. RR. prétend :

1 ) que le mot APuMAIlAIAHN que porte sa mauvaise copie au lieu de APOMiZIlAIAHM , indique un mois Dromapaedes $

2 ) que dans le commencement de la troisième ligne , TONKAIAiEKül , ou doit trouver le nom du même mois Dromapaedes j

3) que le mot ENAEKATON signifie que ce prétendu mois Dromapaedes étoit l'onzième mois de l’année des Olbiens.

Quant à la première assertion , on doit observer qu'il seroit un peu trop hardi de vouloir forger un mois in* connu jusqu'à présent et nommé Dromapaedes , en s'appuyant sur l'autorité d’un mot mal copié qui se trouve dans les cinq lignes peut-être inexactement gravées d’un marbre qui est mal conservé. La vraie leçon APOAlil- I1A1AHM . quoique obscure, prouve, au surplus, qu'il ne peut pas être question du nom d’un mois.

La seconde assertion de M. RR. est plus hardie encore que la première et , par cette raison , elle n’est pas plus admissible. Car la première syllabe TON appartenant à la ligne précédente, termine le mot ENAEKAION et ne peut pas être corrigée. Si l'explication par laquelle l’auteur des antiquités a découvert le prétendu mois Dromapaedes dans la dernière ligne est tout-à-fait fausse }> la seconde supposition qui fait voir dans les lettres TON KAIAI2K0T , la répétition du même mois imaginaire Dromapaedes, est encore moins heureuse. Ces cinq lignes étant trop obscures pour en découvrir le sens, il est possible que les mots AlSKOT et A PO Mil I1AIA indiquent l’intervention des deux Archontes cités dans cette appendice à l’occasion de quelques jeux gymniques.

Enfin ce que l’auteur nous dit pour expliquer le mot ENAiiK ATON et qui n'avoit pas besoin de l'être , doit étonner tous ses lecteurs. Au lieu de rapporter ce mot.

répété deux fois , à APXONTETilN , seule interprétation raisonnable , il suppose que ENAEKATON , appartient à son prétendu mois Dromapaedes , et qu J il indique que ce mois est l’onzième de l’année ! Non seulement l'auteur n’a produit aucun argument pour donner à cette assertion l’apparence de la vérité , mais il prétend encore , p. a3. que les mots ME1N02 ilPATOT , qu’on lit dans une inscription publiée par M. Walpole , ne signifient pas le premier mois, mais qu'il faut les traduire comme un nom propre. M. Raoul -Rochette s’est ainsi efforcé de trouver dans une inscription l’indication que son mois Dromapaede est l’onzième dans le calendrier d'Olbie , où cette indication ne se trouve pas; et dans un autre monument, où il est probable qu’un mois est en effet nommé te premier, il attribue au mot IlPATOT une autre signification. Au reste n'ayant pas trouvé cette dernière inscription à la page citée 48o. des mémoires de M. Walpole , je ne puis juger que d’après la probabilité.

L'auteur des antiquités du Bosphore, égaré par l’explication forcée qu’il a faite, ne jouvoit pas remarquer un point essentiel dans ce même marbre ; savoir : que les cinq dernières lignes de cette inscription n’y ont été ajoutées que sept ans après la dédicace du monument. Ce fait est prouvé lorsqu’on compare l’inscription en grandes lettres avec celles dont les caractères sont plus petits. Dans la première , l’urthaçus fils de Purthaeus et Eurexibius fils d’Adous sont nommés comme Archontes pour la quatrième fois , tandis que dans la dernière on dit de ces mêmes personnages qu’ils ont été investis de cette dignité pour la onzième fois. Les lignes en petits caractères , ou la seconde inscription , ne sont donc évidemment qu’une appendice ou un accessoire, et comme l’inscription principale ne présente aucune difficulté, il est très probable que cette appendice obscure et mal exécutée a été gravée sans autorité publique, d’après la volonté des deux magistrats, Scythes d’origine, et par cel* incapables d’écrire cor-

rectement ea grec. De là peut prorenir aussi le verbe inusité APXONTETÜN.

M. Raoul «Rochette donne à ses lecteurs p. a5. une inscription écrite sous le Roi Paerisade , inscription qu’il dit être „une des plus précieuses pour l’histoire de ce royaume , que le tems ait laissé venir jusqu'à nous". Mais plus M. RR. accorde d’importance à ce monument, plus il regrettera que la copie qu’il en a donnée soit si vicieuse qu’il n'y a presque pas une ligne qui ne présente une faute. En voici une copie dont le texte est absolu^ ment conforme à l'original :

£EfiOKAEIAHZnoZIorANE®HKE TONNA ONAPTEMI AI ArpoTF.PAI APXONTosnAiPirAAorrr°T

AETKfiNOSBoznoporKAI&ETAo XIHZKAIBASIAETaNXlNAfiN KAIT°PETnNKAIAANAAPI«N M. RR. nous dit, p. 16 : ,,les caractères sont du plus beau tems de la Grèce, c'est à dire du siècle d’Alexandre, autant que j’en puis juger d’après la copie faite avec beau* coup de soin, que j’ai reproduite ici". On jugera du soin avec lequel cette copie a été faite, en la comparant avec celle que j’ai donnée. Tout est infidèle dans la copie de M. RR. Tantôt on a omis des lettres, tantôt on leur en a substitué d’autres qu’on chercheroit en vain sur la pierre. M. RR. parle de la beauté des caractères. Où a-t-il appris que ces caractères sont beaux ? R ne citera pas sansdoute en preuve un misérable dessin lithographié et ajouté à ses planches, pl. IV. n. 3. Ce dessin est infidèle , et les lettres n’y ont pas la forme qu’on remarque sur l’original) elles paroissent avoir été tracées de mémoire par une, main inhabile.

1 La copie de M. Raoul -Rochette étant vicieuse il en résulte que les observations qu’il a faites , p. a6. sur les incorrections ,qu’il supposoit dan* l’original , quant aux

— ao —

mots ©ETA°ETS et AANAAPloN. n'ont aucun fondement. Egaré par sa copie il veut, au lieu de ©EiAOXÏÜ. qu’on lise (vK f A021AS $ mais pourquoi pas 0ETA°£ltl£ , comme il pouvoit trouver ce mot écrit dans l’inscription de la reine Comosarye et dans celle de Mestor ? C'est , au surplus , la véritable leçon de l'inscription de Xénoclide. Quant aux Dandariens , leur nom est correctement écrit dans l’original.

' M. Raoûl-Rochette après avoir mentionné, p. 26 et 3 o, la faute de grammaire de BASIAEf^N. au lieu de BA 21 - AET°NT°£ , ajoute : „ces sortes de fautes se rencontrent asseï fréquemment sur les marbres antiques , et proviennent ordinairement du caprice ou de l’inadvertance du graveur. D’ailleurs l’exemple que j’ai cité de APXON- TETiiN. dans une inscription d’Olbie, fait présumer que cette locution n’étoit pas inusitée au Bosphore". Mais le participe APXONIETÜV du marbre d’Olbie qualifié de barbare par M. RR. p. 19. qu’a-t-il à faire avec le BA2I- ACT SI N d’une inscription du Bosphore? Si le premier est , si non barbare , du moins inusité , le participe BA- SIAET £i N l’est- il aussi? Ou, si APXONf HTÜN est employé dans une appendice ajoutée par deux magistrats Scythes d’Olhie A une inscription grecque , par quelle raison doit- il avoir été une locution non inusitée au Bosphore ?

xyin.

L’incorrection de la copie de l’inscription de Xénoclide fournie A M. Raoul-Rochette l’a engagé A faiie plusieurs remarques peu fondées. Prenant pour base les leçons vicieuses de sa copie, tout son raisonnement, p. 27 — a8. devoit devenir faux et ne rien prouver de ce qu’il vouloit. Par exemple, p. 27 — a8 : ,, L’emploi simultané des deux formes du génitif sur les monumens du même prince et de la même e'poque , est donc un fait incontestable", Dans la copie de M. RR. le génitif du nom du roi étoit écrit fl ÎPISAA ; T 5 mais sur l’original on lit II ri- PIXhAOIS. d’examiner les quatre inscriptions qui

ai

portent le nom de Paerisade et la médaille en or, et de les rapporter, comme il le falloit, à deux princes du même nom; M. PR. confond ces cinq monumeus ensemble.

L’inscription de la reine Comosarye , celle de IWestor et celle de Aénoclide , appartiennent au règne de Paerisade i , fils de Leucon.

Mais l’inscription que j’ai publiée (Monum, de Com. p. 18 - 19. pl. VI.) et où se trouve nommé l’aerisade fils de Spart ocus , est d'un autre prince, peut-être de Paerisade II. On doit rapporter à ce dernier roi la médaille en or que M. RR. p. 4 ® — 49 - veut à toute force attribuer à Paerisade I. contre l’opinion de Visconti qui , avec beaucoup plus de probabilité , prétend quelle est de Paeriaade II. fils de Spartocus.

Pour dire que cette médaille qn'on voit au cabinet de Paris est de Paerisade I. il faut des preuves , et M. RR. n’en donne aucune. Je doute même qu'on puisse en imaginer qui ayent la moindre probabilité, il faut observer que la légeude de la médaille porte le nom du roi BA£(- AJ£ S1 £ TJAlPlSAAOT. écrit comme nous le voyons dans le marbre de Paerisade II. fils de Spartocus, sans le £ final;

BA£I AET 0 NT°£n AJPE£AAOT£n A PT°K°TAE SJ £TPA'l ' J £ et quoique la différence entre les deux formes du génitif Ilxipiaxio-j; et ïloufiaotiov ne toit pas, par elle même, d’une très-grande importance, cependant l’argument que j'ai produit et qui prouve que dans le même pays ces deux formes ont prévalu successivement & deux différentes époques, cet argument, dis-je, doit l'emporter sur une simple assertion de M. RR.

11 résulte des observations que je viens de faire

1) que M. Raoul -Rochette n'a nullement prouvé que la médaille en or du cabinet de Paris a été frappée sous Paerisade I. ni qu'elle porte le portrait de ce roij

3 qu'il est probable que cette médaille est plutêt de Paerisade II. fils de Spartocus;

3 ) que l'emploi simultané des denx formes du génitif sur les monumens du même prince et de la même époque, n'est pas un fait incontestable, comme le dit M.

HU. p. a8, puisque ces deux formes ne se trouvent ni sur les monumens du même prince, ni sur ceux de la même époque. J’ajoute encore :

4) que la médaille de Paerisade du cabinet de Paris n’est pas unique , comme le croit M. BR. p. ^8. note l , et qu'on en trouve dans la coltection du Pr. limiter à Glasgow un autre exemplaire d'une très-belle conservation.

11 est singulier que dans chaque remarque faite par M. Raoul- Rochette pour l'instruction de ses lecteurs, il se soit glissé au moins une demi- douzaine de fautes. 11 observe, par exemple, p. 3i : „Ulpien dit que la ville de Théodosie avoit reçu son nom de celui de la soeur ou de la femme de Leucou , ce qui prouve qu’elle ne fut comprise dans le royaume du Bosphore qu’à partir du règne de ce prince”. Si ce qu'Ulpien rapporte étoit fondé, les anciens nous auroient sûrement dit, quel étoit le nom de la ville de Théodosie avant qu'il fut changé. Ulpien n'en parle pas, et il n'y a pas de doute qu’il avoit puisé celte particularité dans une très-mauvaise source.

Mais la conclusion qu’en tire M. RR. que Théodosie ne fut comprise dans le royaume du Bosphore qu'à partir du règne de Leucon , est aussi peu concluante , qu'étoit suspect le récit d'Ulpien. Car je demande à M. RR ce que le prétendu changement du nom de la v ; lle de Théodosie par la caprice de la soeur ou femme de Leucon, peut avoir à faire avec la conquête de cette ville? Pourquoi la ville dont le nom fut changé, devoit-elle être une acquisition nouvelle de Leucon, plutôt que d appartenir depuis plusieurs années aux rois du Bosphore ? IVcus verrons à l’instant que les autres preuves que M. BR. a gardées en réserve, ne sont pas d'une plus grande force.

M. Raoul -Rochette nous dit p. 3i î „un des scoliastes de Démostliène que Reishe a publiés , nous fournit une époque plus précise. 11 assure que Satyrus mourut en fai-

sant le siège de cette place: Bsuian/x, xwp'o? xtlfitvov tyyv.; ’S.dj} . o rùK.!)jxt>iy Xxr-jp o,- ér eXtÛTijaev. 11 est certain que le Satyrus nommé par le Scoliaste ne sauroit être que le premier prince de ce nom , qui fut père et prédécesseur de Leucon , puisque nous voyons que Théodosie faisoit partie de la monarchie soumise & celui-ci*'. Mais ce passage du scoliaste sur lequel s’appuye M. RR , bien interprété, prouve tout le contraire de ce que nous assure M. RR. Car il s’en suivroit que Théodosie ne fut conquise qu’après la mort de Paerisade I. Notre auteur , trouvant dans son scoliaste un fait qui lui paroissoit curieux , s’en est servi sans la moindre critique, et il n’a pas vu que la conséquence de ce fait , tel qu’il l’applique , ne pouvoit être qu’absurde. Ce scoliaste parle d’un événement arrivé pendant la guerre que se faisoient, après la mort de Paerisade I. ses trois fils, Satyrus, Eumélus, et Prytanis. Satyrus attaquant le chateau fortifié d’Eumélus, situé à peu de distance de Théodosie , fut blessé au bras , et mourut dans la nuit. Le rapport infidèle et corrompu du scoliaste est la cause de toutes les grosses erreurs de M. RR ; c’est ce qui lui a fait avancer :

i) que la ville de Théodosie ne fut comprise dans le royaume du Bosphore qu’à partir du règne de Leucon , puisque la ville de Théodosie avoit reçu son nom de celui de la soeur ou de la femme du roi cité;

а) que le scoliaste de Démosthène a parlé de la mort de Satyrus I;

3) que Satyrus mourut faisant le siège de Théodosie;

4) que la prise de Théodosie fut le premier événement du règne de Leucon;

5) que c’est à cause de l’éclat et de l’importance de cette conquête encore récente, que le nom de Théodosie se treuve marqué, au préjudice de celui de Panticapaeum, capitale du Bosphore, sur les monumens de Paerisade 1;

б) que les inscriptions de Comosarye et de Xénoclide appartiennent au commencement du règne de Paerisade I.

On voit par cet exemple , combien il faut se méfier des remarques qu’on trouve quelquefois dans les scolies

des derniers tems de la litérature des Grecs , scoliet qui ont été ou extraites de mauvaises compilations , ou défigurées par ceux qui avoient voulu les abroger.

J’ai traité de la guerre des trois (ils de Paerisade I. et u chateau d'Euméius, dans un mémoire particulier.

11 est nécessaire de dire encore un mot sur la dernière assertion de M. RI? : „que le nom de Théodosie se trouve marqué , au préjudice de celui de Panticapaeum t capitale du Bosphore, sur des monumens qui appartiennent au commencement du règne de Paerisade l.“

On counoil trois inscriptions faites du tems de Paerisade I. Dans ces monumens ce roi est nommé Archonte du Bosphore et de Théodosie , et roi des Sindes , des JWaeotes et de quelques autres peuples. Or on entendoit sous le nom de Bosphore les possessions en Europe et en Asie qui faisoient originairement partie de cet état, dont les chef-lieux ou métropoles étoient Panticapaeum et Phanagorie : mais la ville de Théodosie n’appartenoit pas au Bosphore , quoiqu’elle eut été conquise par un des chefs de cet état, et elle ne fut jamais comprise parmi celles qu’on désignoit sous cette dénomination. Par conséquent , Théodosie nommée séparément dans les troi» monumens du règne de Paerisade , ne pouvoit pas l’être au préjudice de Panticapaeum , comme le croit M. RR.

C’est avec beaucoup d'emphase que M. Raoul-Rochette parle p. 33. de l’épithète de Diane ATPOTEPA, chasseresse , épithète ,, puisée aux plus profondes et aux plus pures sources de la langue et de la mythologie Helléniques**. J’ignore comment ce surnom de Diane a pu produire ches M. RR. ce haut dégré d’enthousiasme 5 comment un surnom qui est comme tous ceux qu'on prodiguoit aux Divinités grecques , a pu mériter cette admiration et même cette extase que ses lecteurs , saus doute , ne partageront

pas avec lui ! L’explication qu'a donnée M. RR. de cette épithète n'étoit nullement nécessaire.

L’auteur observe , qu'on doit peut - être s'étonner de „n'avoir encore rencontré cette épithète que sur notre in» scrip!ion“. Mais combien d'épitbétes qui , comme le dit M. RR. p. 3i, conviennent parfaitement aux attributions connues des autres divinités , ne se sont pas encore présentées sur les inscriptions anciennes, et ne se retrouvent que dans les textes des anciens auteurs ! Il n'y a rien d’étonnant en tout cela.

Diane Agrotéra conduit M. Raoul-Rochette p. 33—34. aux deux divinités auxquelles l'épouse de Paerisade I. Comosarye , avoit consacré sa statue et celle de son époux. 11 dit : ,,il pourvoit en effet sembler étrange que des superstitions si différentes eussent régné 4 la même époque, che* le même peuple, et que Diane eut été invoquée au Bosphoro à -la -fois sous son nom grec d’Artémis et sous le nom étranger d’Âstara. Cette difficulté me semble digne d’examen, et je m'y livre d’autant plus volontiers, que la digression, où je vais entres', me donnera lieu d’éclaircir quelques particularités assez curieuses relatives k l’histoire du Bosphore et au culte particulier qui y étoit établi"» M. RR. s’efforce dans ce qui suit à prouver, comment des idées qui appartenoient au culte des Chaldéens , ont pu pénétrer jusqu'au Bosphore. Nous verrons s'il a réussi dans Icette tentative. D’abord il doit pareitre singulier à ses lecteurs que M. RR. cherche avec beaucoup de peine 4 expliquer comment les idées chaldéennes se sont introduites au Bosphore , tandis qu'il prétend , p. 34 : „qu’on peut d’abord être surpris que les Grecs, dans la langue desquels l'inscription de Comosarye est rédigée , ayent rendu un culte aussi solennel 4 deux divinités étrangères, 4 une époque où les superstitions de l’orient n’avoient certainement pas encore envahi les temples de la Grèce" j il parolt étrange, dn-je, qu'il recherche l’origine des idées chaldéennes au Bosphore , malgré qu’il prétende que le

monument cité ne porte pas les noms d’Ânergès et d'Astarté niais ceux de Hécaerge et d’Astéria. Son travail , par celle raison, tout pénible qu'il est, pour prouver l’existence d’idées clialdéennes au Bosphore , devient absolument inutile et superflu, soit qu’il prouve ce qu'il a voulu démontrer, soit qu’il n’ait pas téussi à le prouver,

L’Acicharus révéré par les Bosphoriens , d’après une notice conservée par Strabon doit, selon M. RR. p. 37 — 4 o , avoir été celui qui a propagé au Bosphore le culte babylonien. Mais ce personnage est aussi obscur que Zamolxis, prophète des Gétes, et non moins que le sont tous ceux des nations barbares. Nous ne savons pas même quelle est celle des différentes peuplades établies au Bosphore qui en avoit fait un dieu. Nous ignorons la patrie de cet Acicharus , le teins où il a vécu et ses dogmes. Mais , demandera-t-on, comment M. RR. a-t-il prouvé, que c'est précisément cet Acicharus qui a répandu les idées réligieuses des Babyloniens au Bosphore ? C’est ce que M. RR. croit prouver par un passage de Clément d'Alexandrie , où il est dit : A^sxpiro; yxp to-Jç AxQjXmlmç koyovt ÿdiXovç rtrobjTxr kéyfTta iè rrjv 'Axixxptv sç’Aïv tpuyvêudsTtjxv roTi li'oit auvTuÇat evyy pi n, fixai : „Démocrite a écrit des discours bab} Ioniens moraux 5 on dit qu’il a ajouté à ses propres ouvrages la colonne d’Acicharus , qu’il avoit interprétée". Tout ce que M. RR. rapporte encore de Démocrite n’a absolument rien à faire avec Acicharus. Si Démocrite a fait de grands voyages ; s’il a écrit un livre intitulé : des lettres sacrées des Babyloniens , ou un autre: Discours chaldéen ; peut-on conclure de là, avec M. RR. p. 3 g : „qu Acicharus a introduit dans le Bosphore les superstitions babyloniennes? ou que l’auteur a réussi, p. 44 : ,,de montrer par quelle voie probable des dénominations puisées à cette source étrangère , avoient pu se propager au Bosphore". Tout ce qn’il nous a rapporté d'Acicharus, c’est qu’on lui reudoit chex quelque jreuplade au Bosphore les honneurs divins, et quil exisloit de lui, on ne sait où.

une colonne écrite qu'on disoit «voir été interprétée par Démocrite. On sera certainement étonné que M. RR. croye prouver ses assertions par des citations qui ne disent rien de tout ce qu’il veut prouver. Il n’a rien démontré de tout ce qu'il avoit avancé , et ses lecteurs regretteront de se trouver ainsi privés de ce qu’il leur avoit promis p. 54 , c’est à-dire de ,,quelques particularités assez curieuses relatives à l'histoire du Bosphore et au culte particulier qui T étoil établi * f .

Toute la digression sur l'épée des Scythes, p. 4 o — 44 est un hors d’oeuvre, qui n’a rien de commun ni avec Acicharus , ni avec les divinités babyloniennes. Les lecteurs ne seront pas, au surplus, d’accord avec M. Raoul- Rochette sur plusieurs des opinions qu’il a émises. Par exemple, p. 4 L dans le passage de Lucien: ’SxuSui fikv

à Kivixxy âvoyree , xal üpâxfc ZxuiX&ii ipxxhj àvâpiûiruj , ils ne consentiront pas à substituer au mot ùxivixy celui de Axixxou : ils ne soupçonneront pas non plus la nécessité de faire le même changement dans deux passages de Clément d’Alexandrie cités par M. RR. p. 44 -

Je remarque ici en passant que l’inscription qui commence : APISTONIKHAHMHTPOSIEPH , citée p. 36 . pl V. n. I. parmi les monumens du Bosphore , est de la ville d’Olbie. Je l’ai publiée avec plusieurs autres en i8t8.

Dans le monument de la reine Comosarye on rencontre à la seconde ligne un passage qui n'est pas sans difficultés. On y lit :

12XTP.£2,l0EI1112ANEPrElK AIA2TAPAI Ce passage peut être lu , en remplaçant les deux SI par deux O et en ajoutant un 2, comme je l’avois conjecturé dés le commencement :

12 XT POIS OEIOI2 ANEPrEl K AI ASTAPAI Mais on pourroit le lire aussi, suivant une autre conjecture, en ajoutant un 1 avant le second S :

ISXTPIil 0E1ÜI ISANEPfEl K Al ASTAPAI

En ne faisant aucun changement dans l'écriture originale, cet endroit seroit :

I2XTPJ11 0EI.ai EANEPrEI K AI A2TAPAI

Les deux dernières conjectures ne sont pas sans vraisemblance au premier coup d'oeil. Dans la première on n’a point fait de changement au texte, on y a seulement ajouté un 1 • sans nous en dire le motif. Mais ni l'une ni l’autre ne sont probables, comme on le verra par l’observation suivante. En voulant élever un monument consacré aux deux premières divinités du Bosphore, il étoit indispensable de les nommer toutes les deux avec cette vénération dont elles jouissoient dans ce pays. Si dans ce passage cité , en commençant avec les mots xvtpyti au singulier, on avoit ajouté l'Astarté comme divinité accessoire , à qui le prédicament arx^pif àtix . puissante divinité , ne se rapportoit pas , le monument auioit été vicieux et contraire non seulement au style et aux convénances, mais plus encore au bon sens Par cette raison l’explication que j'avois donnée de ce passage dès le commencement mérite d'être préférée aux deux conjectures suivantes.

Quelque conjecture qu’on adopte , ce dieu inconnu , nommé le premier dans cette inscription, restera toujours un être obscur, et si l'on vouloit comparer le dieu Auergès , ou avec Nergal des Cuthéens , ou avec ENEPFH 2 (Hesych. h. v)j ou si l’on cherchoit quelqu'analogie entre le dieu isanergès et Boanergès (Ev. Marc. 111 . 17 ) , qu'en résulteroit-il ? Si la divinité nommée la première sur le monument de la reine Comosarye est du nombre de celles dont nous ne possédons aucune notice historique ; le nom de la seconde divinité , Astara , ne présente aucune difficulté , et il est certain que c’est Astarté , déesse dont le culte étoit aussi ancien que répandu dans tout l’orient.

Une des principales divinités de la plus haute antiquité étoit Astoreth ou Astaroth des Phéniciens, l'Astarté des

Crée» ( I.ucian. de Syr. D. 4- ) nommée per le* Syriens Atergatis (i‘liu. V. ag, 19). Les Grecs et les Romains l'ont appelée, tantôt Astarté, tantôt Asthara on Athara. Bientôt le culte de cette divinité des Phéniciens, des Assyriens ou Syriens fat, avec plusieurs autres divinités, adopté par les Perses (Herod. 1 3i), les Mèdes (Strab. XV. 3. §. i3), et les Arméniens (Strab. XI. 13. 16), de maniéré «pie che*

ces trois peuples on trouvait les mêmes divinités et le même culte. La haute vénération «pi’obtenoit à Rambycé ou Hiérapolis dans la Coelé - Syrie la déesse Syrienne, avoit rendu cette ville un des endroits les plus célèbres dans l'histoire réligieuse des anciens peuples. Strabon (XVI. t. §. 27) et Pline (1. c.) observent que cette Déesse Syrienne référée à Hiérapolis étoit la même qu’Atergatis. En Cappadoce, pays dont les lia bilans étoient Syriens d'origine (Herod. 1. 72), la ville de Comana (Strab. XII. 3. §. 3) , et une autre ville du même nom au Pont (Strab. XII 3. §. 3a) , étoient célèbres par le culte d’une déesse qui ressembloit à celui de la Déesse Syrienne. Un examen des différons cultes de toutes ces divinités rend évident qu'il subsistoit entre Astarté, Atergatis, la Vénus Uranie de l'orient, la déesse Syrienne, celle des deux villes de Comana, et Cybèle des Phrygiens, une très -grande affinité : toutes paroissent n'avoir été, arec de légères différences produites par des causes locales, qu’ane et mémo divinité, la Nature. On remarque aussi une grande ressemblance dans leur extérieur et dans les attributs qu'ont leur avoit donnés. La déesse Syrienne, par exemple, qui d’après Strabon est la même qu'Astarté et Atergatis, portoit, comme nous la décrit Lucien (Syr. Dca , 1 j) , une tour sur la tête, et étoit assise sur un char traîné par des lions (Luc. 1. c. — Macrob. Sat. I. 23) , attributs «pii lui étoient communs arec la déesse Phrygienne, Cybèle.

D’après ce que je viens d’exposer , le culte d'Astarté avoit successivement passé de la Phénicie, de l'Assyrie et de la Médie, dans l’Arménie, dans la Cappadoce, et du Pont au

Bosphore. Son existence dans ce dernier royaume ne pourra donc plus paroitre ni étrange, ni un fait impossible à prouver, comme le croyoit M. Raoul-Rochette. Le monument de la reiue Comosarye sert au surplus de preuve certaine que le culte d’Aslarté étoit établi dans ces contrées du tems de Paerisade 1 . La parfaite identité d’ Astarté avec la lune , étant un fait incontestable , il ne peut subsister le moindre doute, que le dieu Anergés sur le même monument ne soit le représentant du soleil lotis les auteurs de l’antiquité conviennent que les divinités que l’on a adoré les premières en Egypte et en Phénicie ont été le soleil et la lune ; c’est ce qui nous est dit par Eusèbe (Pr. Et. ■c. 6. et 9), Plutarque (Fragm. 86. W'ytt ) et plusieurs autres. Dès la plus haute antiquité, chez les Grecs, le soleil et la lune éloient adorés (Plat. Crat. ap. Euseb. 1. c. c. p Dans l’orient plusieurs villes avoient des temples consacrés à chacune de ces divinités. A Tyrus le roi Hirome construisit des temples à Hercule , symbole du soleil , et à Astarté (Menand. ap Joseph, in Apion. 1 18) Les C.haldéens à Borsippa , ville célèbre par ses manufactures en lin, adressoient leurs prières au soleil et à la lune (Strab. XVI. i.§. 7.) et les Persans adoroient les mêmes divinités (Strab. XV. 3 . §. i 3 ). Dans le traité entre Philippe et Hannibal le soleil et la lune sont nommés parmi les autres divinités que l’on invoquoit comme témoins (Polyb. VIL 9). Enfin les Crées et les Romains regardoient le soleil et la lune comme les principes et le fond de leurs plus grandes divinités, Jupiter et Junon (Plutarch. qu. Rom. p. 77).

J’observe que le nom de l’épouse de Paerisade I. se rencontre sur un monument postérieur au notre de i 5 o ans à-peu-près. Ce nom est aussi celui d’une reine qui étoit probablement l’épouse de Prusias I. ou IL rois de Bithynie. Quoiqu'il soit un peu déGguré dans la copie donnée par Chishull (Aut. As. p. 91.) il n'y a pas de doute que le nom qu’on y lit: HA 2 IAIX 1 H KAMnüAPTH, ne doive être corrigé en KAMA 2 APTH , Camasarje ,

d'après l'autorité .du monument de la reine du Bosphore, où ce nom est très -distinctement écrit. Quant au changement des ' ) en A . il ne doit pas nous empêcher de reconnoitre l’identité des deux noms, puisque de tout tems ces deux voyelles ont été sujettes à être confondues l’une avec l'autre.

Après de longues digressions, M. Raoul-Rochette donne, p. 45 — 43, la correction qu'il veut faire dans l’inscription de Comosarye. Au lieu de ANEPI’EI KAI A2TAPAI , il propose :

EKAEPPEI K AI A2TEPIAI

Je remarque que les lettres parfaitement distinctes du texte de l’original n'ont aucun besoin d'un changement pareil. Au reste celui que propose M. RR. est tel qu’il se détruit lui -même, et qu’il seroit superflu de vouloir prouver sa non -valeur.

L’autenr observe, p. 5o— 5i : „que d’après les inscriptions de Paerisade , pour respecter en apparence les préjugés de ses sujets grecs du Bosphore, Paerisade n'affecloit parmi eux que le titre républicain d'Archonte, mais qu'il n’est pas moins certain que ce prince jouissoit , dans le Bosphore même, de la plénitude du pouvoir monarchique'*. Nous voyons dans trois inscriptions laites pendant le règne de Paerisade 1, celles de Comosarye , de Mestor et de Xénoclide, auxquelles on doit en ajouter une quatrième , celle de Spartocus fils d’Eumélus (Monum. de Com. pl. 4), que ces deux rois ont été nommés : Archontes du Bosphore et de Théodosie, et rois des Sindes et des Maeotes. C’est donc un fait prouvé par quatre monumens, que ces roia n’étoient qu'archontes du Bosphore et de TIséodosie , et si contre cette autorité M. RR. prétend : ,, qu’il n’est pas moins certain que Paerisade jouissoit , dans le Bosphore même de la plénitude du pouvoir monarchique", il lui faudra :

I) démontrer la fausseté de ce que nous apprennent les inscriptions citées 5

a) produire des preuves qui constatent que le Bosphore et Théodoaie éloient soumis au même gouvernement monarchique que les Sindes et les Maeotes.

Quaut aux inscriptions , l’auteur des antiquités du Bosphore n’a produit aucun argument qui infirme leur autorité.

Parmi les preuves dont M. Raoul » Rochette veut a PP u J er son opinion , est un passage de Strabon qui dit

de Pauticapaeum ^Vll. 4> §• 4): inovapx** 9 tnkùy XP° J0V

ô ■■ à iwxtl'v txv rtpi Atixxivx , XX. Jlxrvpov , XX. I Ix.û.xxCxv.

Mais je remarque que tout ce que paroit prouver le mot t'xtov est détruit par la qualification de Dyna-

stes que Strabon donne k Leucon , k Satyrus et à Paerisade. Si Strabon avoit voulu dire ce que prétend M. RR. il n'auroit donné k ces chefs d’autre titre que celui de roi, et non pas celui de dynasle. M. RR. revient p. 53. sur le même passage de Strabon qui ne prouve pas plus que tant d'autres que l’on pourroit citer, où on donne à ces chefs le titre de roi, titre qu’ils avoient par rapport aux peuplades Sauromnlcs qui leur éloient soumises, mais qui ne prouve pas qu'ils ayent été rois des villes grecques du Bosphore. Diodore fait souvent mention de ces rois, mais quand il parle de ceux qui leur ont succédé , il dit (XX. 77 ) : rçy àt duvxin'xv iixôt£xfisvùi tu viol, ou (XIV. 93 . XVI. 5a) : r ijv ijytuovlxv ii iitiiÇxro etc. J’observe encore que si les rois du Bosphore avoient exercé sur les éta- „ blissemens grecs le pouvoir absolu qu’ils possédoient sur les Sauromates, Strabon u’auroit jamais pu, en parlant d’eux, les nommer (XI. a. jj. 10 ) ! »> rtv Lioaropov àvvxtxt , ou (XI. 2 . §. tt) : 0 i rîx Boinropxywv yyeulveç.

11 résulte de ces remarques que M. RR. a été dans l'impossibilité de produire un seul fait qui détruise l'autorité des quatre inscriptions que j'ai citées. La plénitude du pouvoir monarchique exercée sur les établissement grecs au Bosphore, n'est donc qu’imaginaire.

Asandre s’est nommé sur ses médailles Archonte du Bosphore , e t ce n’est qu’ après que Rome l’eut investi du

titre de roi, qu'il le prit sur ses médailles. Que nous dit là-deisus M. Raoul-Rochette? 11 prétend, p. 55: que mon assertion, appuyée des faits que je viens d'exposer, est dénuée de fondement. 11 ajoute : - ,, C'est un fait attesté par les plus habiles numismatistes, que si Asandre ne prit d'abord sur ses monnoies que le titre d’archonte du Bosphore, ce ne fut pas à cause (pie le titre de roi n’y avoit encore été affecté par aucnn de ses prédécesseurs , mais bien porcequ'usurpateur du trône de Pharnace , et porté par la révolte à la suprême puissance , il n'osa long-tems régner que sous le titre modeste d'archonte. Lorsqu'enfin la puissance d’ Asandre, affermie par le teins, eut disposé Rome à le reconnoitre en qualité de souverain , il prit hautement sur ses monnoies le titre de roi , qu'il dut à la libéralité d'Auguste“. M. RR. a ici amplifié avec beaucoup de verbiage, et ainsi défiguré, le peu que nous ont appris là-dessus les anciens. Voyons ce que les plus habiles n .mismatistes , cités par M. RR. en ont dit. Le premier, Eckhel, s’exprime ainsi sur Asandre (Doctr. N. V. II. 367 ): firme ta sic potentia , primum ethnarchae nomine secundum Lucianum , sed archentis secundum numos , accedente subinde Augusti auctoritate regis nomine praefuit. En comparant ces lignes avec la narration de M. RR. on est surpris que cet académicien n’ait pas imité le bel exemple qu’il avoit sous les yeux, et qu’il avoit cité. Visconti fait absolument la même remarque qu’Eckhel.

J’observe encore que M. Raoul-Rochette s'est trompé en disant , ,,que si Asandre ne prit d’abord sur ses monnoies que le litre d'archonte du Bosphore, ce ne fut pas à cause que le titre de roi n’y avoit encore été affecté par aucun de ses prédécesseurs" 5 il se trompe, dis- je, puisque les quatre inscriptions de Paerisade I. et de Spartocus ainsi que les médailles d’àsandre, monumens dont M. RR. ne pourra jamais infirmer l'autorité, nous démontrent que le Bosphore n’a jamais en , dans le tcms compris entre le règne de Paerisade 1. jusqu'à celui où Asandre fut nommé roi , d’autres chefs que des archontes , et que son gouvernement étoit républicain. Le lecteur aura ru au

§. II. que j’ai prouvé, contre M. RR. que le» Archaeanaet ni es ont été , de même que le» Leuconides , des magi- *trats du Bosphore. .

C’est encore une erreur d’ajouter qu’Asandre ne prit le titre d'archonte ,,que parce qu’usurpateur du trône de Pharnace , et porté par la révolte à la suprême puissance, il n'osa long-tems regner que sous le titre d'archonte". Toutes ces causes sont de l’invention de M BR. et par cette raison inadmissibles dans des recherches historique». Au reste on peut espérer que la nation franroise n’a pas encore oublié que les usurpateurs des trônes ne se contentent pas facilement du titre de magistrat , mais qu'ils s'empressent toujours d'aller un peu plus loin.

A part tous les détails ajoutés par M. Raoul- Rochette à cet épisode de la vie d’Asandre et que l'histoire ignore, nous savons qu’Asandre dans ses premières médailles s’est nommé archonte du Bosphore, et qu'il n’a pris le titre de roi et le diadème qu'après avoir été investi de la dignité royale par les Romains. Depuis cette époque, la dignité d’archonte et la forme républicaine du gouvernement qui fut adoptée par les colonies grecques du Bosphore dès le principe de leur fondation, qui fut continuée ensuite sous l'administration des Archaeanactides et sous la dynastie suivante, depuis Spartocus 1. jusqu'à Paerisade II, et depuis ce dernier jusqu’à Asandre, cessèrent d’être mentionnées. On ne retrouve plus en effet les archontes du Bosphore ni dans les inscriptions, ni sur les médailles postérieures. Tibérius Julius Sauromatès qui a commencé de régner peu de tems après Asandre , est nommé dans les inscriptions tantôt roi des rois , tantôt le grand roi des rois de tout le Bosphore (Monum. de Com. pl. VU. et Y111J, mais jamais archonte.

Les lecteurs de M. Raoul -Rochette trouveront encore plus singulier, que l'auteur toujours occupé de soumettre.

contre le» témoignages les moins équivoques et les plus formels des monumens et des anciens historiens, le Bosphore grec au pouvoir absolu des rois de cette contrée , se serve d’un argument qui, loin de favoriser son opinion, n’est bon que pour prouver qu’elle est inadmissible. Il dit , p. 56 : ,,du reste , il est si peu vrai que , comme le prétend M. de K. aucun prince du Bosphore (il auroit du dire, du Bosphore Crée) n’ait été qualifié Boi sur ses monumens, que ce même Pharnace, auquel succéda Asandre et qui ne commanda d’abord que dans le Bosphore même, prend sur quelques unes de ses monnoies le titre fastueux de grand roi des rois, BAZIAEÜE BAELAE&N iVlEl'AA' ) ! •*, Si M. RR. avoit connu la signification de ce titre, il ne l’auroit pas cité , puisqu'elle prouve la non - valeur de ses assertions. Ce titre affecté par l’harnace et Tigrane , et donné dans deux inscriptions (Monum. de Conios. pl. VII. VIII.) à Tibérius Julius Sauroinatès, indique que ces souverains étoient Rois de plusieurs petits rois qui leur étoient soumis (voy. App. Syr. c. 48. p. 6o8. Schw). Or il est clair que le Bosphore Crée n'ayant jamais été divisé en petits royaumes, ne pouvoit pas être sousentendu dans ce titre. Le titre de Roi des Rois, ainsi que celui de Roi, titre plus modeste que prend sur une de ses médailles Paerisade II. ne pouvoit pas , comme je l’ai déjà observé , se rapporter à ses sujets Crées , mais uniquement aux peuplades Sauromatcs gouvernées par leur rois (voy. §. LX1II. et LXIV). Au reste, Sésostris parolt avoir été un des premiers qui, après avoir soumis un graud nombre de rois, s’est donné , sur ses inscriptions, le titre de BxffAtù; [ixatkéïiv xxj isarirqi ésmrorày (Diod. I. 55). Dans une inscription découverte en Nubie et publiée par le savant N’iebuhr (Inscr. Nub. p. 5), Silco sc nomme B.-sCIAICKOC NOTBA- ACON K Al OACON TCDN AI01OnCON , et ce nom de Basilisque , ou de petit roi , pouvoit bien convenir à ceux qui étoient soumis à de grands rois dout ils étoient tributaires.

En parlant de quelques médailles de Panticapaeum ,

l’auteur uous dit , p. 56 ! ,,que Mithridate Eupator posecdoit au Bosphore bien certainement et la plénitude et le titre du pouvoir royal". Si nous demandions à M. Raoul* Rochette, d’où ces faits lui sont connus, que pourroit-il répondre? ,,Je les crois" j ce qui est bien peu pour ses lecteurs. Avouons plutôt que nous ne savons absolument rien de la manière dont Mithradate Eupator a traité les villes grecques du Bosphore , et que les anciens auteurs nous ont laissé dans l'incertitude à cet égard. Mais puisque nous savons qu'Asandre a gouverné le Bosphore pendant plusieurs années comme Archonte, il est très - probable que Mithradate et son fils l’harnace n’avoient rien changé à la forme républicaine du gouvernement de cette contrée- Ce qui doit nous faire douter que cette prétendue plénitude du pouvoir raj al de Mithradate ait été aussi entière que le croit M. RR. c’est que vers le commence* ment de la seconde guerre de ce roi avec les Romains, la Colchide et le Bosphore s’étoient révoltés contre lni (App. B. M. c. 64), et que cet exemple fut suivi avec succès par les villes de Phanagorie, de Théodosie, de Nymphaeum et de plusieurs autres (Ibid. c. 108). Si la plénitude du pouvoir royal de Mithradate avoit été telle que l’imagine M. RR. ces révoltes n’auroient pu avoir lieu ; et puisqu'à cette même époque plusieurs places fortes situées au Bosphore, places dont Mithradate avoit fait depuis peu de tems la conquête , s'étoient révoltées aussi, il est clair , que le pouvoir de Mithradate étoit loin d’être bien affermi au Bosphore, et que cette plénitude de -on pouvoir royal n’a jamais existé que dans l’iniagination de M. Raoul - Rochette.

D'après l’observation de M. Raoul -Rochette, p. 56-57 ; ,, plusieurs monnoies qui nous restent du grand Milhridate Eupator semblent aussi avoir été frappées dans le Bosphore". Mais ses lecteurs lui demanderont : à quoi bon ces conjectures oisives qui ne disent rien , qui ne sont appuyées sur rien , et qui sont d’un genre dont on pourroit faire des centaines ? Au reste ce que je viens de

dire de l’état du Bosphore sous Milliradate , n'est rien moins que favorable à cette conjecture.

XXXVUI.

En parlant encore de Mithradale, M. Raoul -Rochette nous dit, p. 56 : ,,c'est à la domination de ce prince qu’il faut attribuer 1’introducliup daus le Bosphore de certains emblèmes qui caractérisent sa monnoie du Pont , le Pégase paissant et levant une des jambes de devant'*. Tout ce qu'on peut dire de cette ressemblance entre le type d’une médaille de Panlicapaeum et celui des monnoies de Mithradate, c’est que M. RR. nous donne pour un fait une conjecture possible à la vérité, mais rien de plus.

En terminant ses remarques sur le roi Mithradatq et, la médaille de Panticapaeum qui a le Pégase pour revers, M. Raoul -Rochette ajoute, p. 57 : ,, cette médaille nous apprend de plus , que bien qu'obéissante à Mithridate , cette ville du Bosphore continua par la faveur de ce prince à jouir du droit de battre monnoie". On doit regretter qu'il n’ait pas plu h M. RR. de nous dire :

1 ) quelles sont ses autorités pour prétendre que la monnoie de Panticapaeum dont il est question, a été frappée sous Mithradate ?

a) quel ancien auteur a fait mention de ‘l'obéissance de Panticapaeum envers Mithradate, et de la faveur qu'a% cordoit ce prince à cette ville ?

3) quelle raison M. RR. a eu de douter que les villes grecques du Bosphore aient jamais cessé de battre monnoie ?

M. RR. ajoute : „et c’est là sans doute une des immunités indiquées par Diodore , que les prédécesseurs de Mithridate avoient conservées aux villes grecques du Bosphore , sans renoncer pour ce la & la jouissance des droits et des titres affectés à la suprême puissance, comme on le voit par les médailles de Mithridate lui-même". Mais M. RR. commet ici une très-forte erreur, puisque la signification du mot xriXnx , dont se sert Diodore, ue per-

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