‹ Remarques sur un ouvrage intitulé: Antiquités grecques du Bosphore-CimmérienChapitre 20 sur 37 · XCIV · texte numérisé non relu

XCIV

L’hypothèse de Visconti sur la succession des rois du Bosphore après la mort de Polémon I. est attaquée par M. Raoul- Rochette , qui veut lui en substituer une autre. Examinons la première avant que de nous occuper de celle de M. Raoul-Rochette.

Visconti nous dit (II. p. 149) : „les Aspurgitains qui avoient fait périr Polémon I. restèrent possesseurs du Bosphore. Auguste ne chercha point à venger la mort de son allié ; il parolt qu’il se contenta de l’hommage que son vainqueur lui rendit. Ces faits indiqués k peine par Strabon , empruntent beaucoup de lumière des monumens numismatique! et paléographiques''. Tout ce que Visconti a avancé est plus ou moins imaginaire ; car Strabon , le seul auteur qui parle de la mort de Polémon, et qui est cité par Visconti , raconte ce fait dans les termes suivans

(XI. a. §. 1 1 ) : — o! A<nrovpyuaJol, e& irtSéuevo; ncktfj.au £ jiainksvi tTi rpo(VOi£sii tptk'xï , *v kaâah' ayrefpurq yq$if , xal <?wyplx kijÿAslç xxéSxvt. On voit par ce* parole*, que de tout ce que nou* a dit Visconti dan* le passage cité, sur l’état politique du Bosphore , il n’y a de vrai que le commencernent: „les Aspurgitain* qui avoient fait périr Polémon": tout le reste est supposé par Visconti j Strabon n’en dit pas un mot , et par cette raison on ne peut l'introduire ■ dans une narration de faits historique*. Dans un autre endroit , p. 177 , Visconti répète encore ses propres idées, en disant: ,,les princes aspurgitains , qui avoient envahi le Bosphore et fait périr Polémon, sollicitoient de Rome l’oubli du passé, et désiroient être comptés parmi les roi* dépendant de l’empire; ils obtinrent ce qu’ils désiroient, par la protection de Tibère , et les Aspurgitains se soumirent à l’empire". La plupart de ces assertions ne sont que des fictions ; par exemple :

s) que les Aspurgiains restèrent possesseurs du Bosphore après la mort de Polémon I ;

а) que les prince* aspurgiains sollicitèrent de Rome l’oubli du passé j

3 ) qu’ils avoient désiré être comptés parmi les rois dépendant de l’empire j

4 ) qu’ils obtinrent ce qu’ils désiroient j

5) qu’ils l’obtinrent par la protection de Tibère ;

б ) que les Aspurgiains se soumirent à l'empire.

Visconti pour prouver que Sauromate I. l'Aspurgiain ,

avoit été le premier prince du Bosphore et le fondateur d’une dynastie aspurgiaine , après la mort de Polémon , bâtit une hypothèse (II. p. i5i. note a.) sur une inscription que j’ai publiée. Dans cette inscription Tibérius Julius Sauromatès est nommé fils du roi Rhescuporis ; mais ce fait ne prouve pas plus pour son hypothèse qu’une médaille attribuée â Sauromate 1 , sur laquelle on lit les mots TOT ACriOTPTOT , et qui appartient è des tems bien postérieurs, comme il résulte de plus de cinq exemplaires connus et bien conservés de la même médaille.

En convenant avec M. Raoul-Rochette que l'hypothèse de Viaconti est dépourvue de tout fondement , j'observe d'avance que celle qu'il veut nous donner l’est encore plus, et que si Visconti s'est trompé dans les inductions qu'il a tirées d’une médaille mal lue , il faut avouer que M. RR. en établissant son nouvel ordre de succession, au moyen de conjectures encore moins fondées , a commis en même tcrns une infinité d'erreurs.

Au reste je ne comprends pas pourquoi M. RR. nomme, p. un. n5. laa. et ia8. la conjecture de Visconti, un système fort ingénieux. Une opinion sur un fait historique n'est pas un système. Cette opinion fondée sur une inscription qui ne prouve rien , et sur une médaille que Visconti attribue au siècle d'Auguste, tandis qu’elle est du tems de Néron , loin d’étre juste et ingénieuse , est fort légère et erronée.

Pour ne pas interrompre le fil de mes recherches et des preuves d'où résultera l’insuffisance de la nouvelle hypothèse de M. Raoul-Rochette, concernant l’origine de la nouvelle dynastie sauromate au Bosphore, il est nécessaire de corriger les erreurs que l'on remarque dans la description et l'explication des médailles qui font la base des assertions de cet académicien. Je dirai ensuite ce que je pense sur le nouvel ordre de succession qu’a voulu établir M. RR. et sur les premiers rois qui appartiennent en effet à la dynastie sauromate.

Au commencement de ses recherches numismatiques M. Raoul-Rochette dit, p. 118: ,,1’existence d'un roiRhescuporis , inconnue jusqu'à présent et révélée par les inscriptions , me semble attestée encore par des médailles inédites et très-remarquables à tous égards <( . Il y' a plusieurs observations à faire sur ce passage qui sert d'introduction aux médailles de Tibérius Julius Rhescuporis. Comment M. RR. peut-il avoir écrit que l’existence de ce roi Tibérius Julius Rhescuporis a été inconnue jusqu’à présent? Comment peut-il vouloir l’attester par des médailles ine

édites et mal conservées , lorsqu’une médaille du cabinet royal de Paris décrite par Mattéi, par Cary, par Eckhel, Mionnet, Visconti , Sestini et par M. RR. lui -même, p. 109 , médaille dont la légende est parfaitement conservée , a dû l'instruire de ce fait beaucoup mieux que dea dessins inexacts pris sur des exemplaires frustes et b légendes incomplètes, auxquelles il se réfère? On trouvera la description de la médaille de Paris dans l’appendice , m. 26.

J'observe secondement, que les deux inscriptions grecques que j’ai publiées dans le mémoire sur le monument de la reine Comosarye, ne peuvent rien prouver relativement b l'existence de Tibérius Julius Rbescuporis, p. 116- Tiy. puisque dans celle , pl. VIÜ. il n’en est pas du tout question j quant & la seconde, pl. VU. qui est du roi Tibérius Julius Sauromatès , fils du roi Rhescuporis , je remarque :

1 ) que ce roi Rhescuporis père de Tibérius Julius Sau- Tomatès ne peut nullement être confondu avec le Rbescuporis qui portoit les prénoms de Tibérius Julius , puisque Sauromate (I. ayant pris, par adulation pour Tibère, les prénoms de Tibérius Julius, n'auroit pas omis ces surnoms en citant son père , si ce dernier , probablement mort long - tems avant l’avénement de Tibère au trône , les avoit aussi adoptés j

a) cette inscription ne prouve pas que Tibérius Julius Sauromatès étoit fils de Tibérius Julius Rhescuporis, puisque ce dernier n'a pas pu être le père du premier. En effet toutes les médailles de T. J. Rbescuporis nous offrent la physionomie d’un prince beaucoup moins âgé que n'est celle de T. J. Sauromatès. Ce dernier paroît donc avoir été ou le père, ou le frère ainé de T. J. Rhescuporis; et le roi Rbescuporis , nommé dans une inscription comme père de T. J. Sauromatès, a été, non pas roi du Bosphore, comme le croit M. RR. , mais roi d'une peuplade sauromate, comme je l’avoia déjà observé en donnant cette inscription au public (Mon. de Com. p.j 3 . pl. VII). Mon interprétation est confirmée par une autre inscription (ib.

p. 69. pl. VHL) dans laquelle T. J. Sanromatès est nommé : Roi qui règne par le droit de succession de ses ancêtres , titre que ce prince ne pouvoit posséder qu'uniquement par rapport & ceux de ses ancêtres qui avoieut occupé le trône d’un peuple sauromate. t ,

Au lieu de se servir de la médaille du cabinet du roi à Paris , pour prouver l’existence du roi Tibérius Julius Rhescuporis que personne au reste n’a jamais révoquée en doute , M. Raoul-Rochette préfère l'autorité des médailles frustes, mal conservées et à légendes tronquées,, dont on ne lui a communiqué que les destins pour la plupart très mauvais et incorrects.

M. RR. dit, p. 120-1 ai : „nos médailles nous font de pins connoitre l'origine et le progrès de cette espèce d'hommage que les princes du Bosphore , à partir de Rhescuporis , rendoient aux empereurs. La médaille avec l'in-, scription : BaXIAET. PHXKOi/t#( 3 ic doit être du tems où Rhescuporis, à peine investi du titre de roi, n'avoit point encore obtenu l’agrément ou la sanction de Rome } celle où se lit le seul prénom 10TA102, appartient à une époque plus récente , où Rhescuporis avoit déjà reçu le prix de son dévouement à Auguste; et le prénom T1BLPI02, qui accompagne celui-là, sur la plupart des monnoies de Rhescuporis , fait probablement allusion à l’entremise de Tibère , par les mains duquel le nouveau souverain du Bosphore fit sa soumission à Auguste*'.

11 faut observer que tout ce que dit M. RR. dans ce passage est faux et purement imaginaire, et que l'origine et le progrès de cette espèce d’hommage , n'a jamais eu lieu. La première des médailles citées , décrite dans le catalogue de M. Calera, est ou mal conservée et défectueuse dans la légende , ou bien elle est d’un Rhescuporis qui ne portoit pas les deux prénoms cités plusieurs fois , et cette dernière supposition est la plus probable. Si l’auteur croit avoir remarqué sur sa seconde monnoie le seul prénom de Julius , il a été induit en erreur par la mauvaise conservation de cette pièce, puisqu’il est cet-

uin qu’il n'exista point de médailles de Rhescuporis I. avec le nom seul de Rhescaporis ; il n’en existe pas non plus avec le seul surnom de Julius , car toutes ses médailles portent, oniformement et sans exception, les deux prénoms Tibérius Julius.

C'est encore une inexactitude de dire comme M. RR , p. tai-iaa : „que Rkescuporis I. doit être ajouté à la liste des princes .du Bosphore", puisqu'il s'y trouvoit déjà depuis très-long-tems. On s'en convaincra en lisant dans l’appendice jointe au présent mémoire, la description de toutes les médailles connues de ce roi.

J’observe en passant qu’il est beaucoup plus probable que les rois qui ont porté un ou plusieurs prénoms des empereurs, en avoient demandé la permission, qu'il ne l'est qu’on leur avoit accordé ce privilège comme récompense ou gratification , ainsi que le croit M. Raoul- Rochette , p. 121 .

XCVIlf.

Des opinions plus bazardées encore que celles que je viens de relever , se trouvent dans les remarques de M. Raoul - Rochette sur le tenu où Rhescuporis I. a pris ou reçu ses deux prénoms. L'auteur en parlant du prénom de Julius dit, p, rai : ,,qno la médaille avec ce seul prénom appartient à une époque où Rhescuporis avoit déjà reçu le prix de son dévouement à Auguste". Par rapport au prénom de Tibérius, il suit Visconti, qui a remarqué (lf. p. *77 ) j „que du vivant d’Auguste les princes aspurgitains obtinrent par la protection de Tibère, dont ils prirent le nom, l'oubli du passé et d’être comptés parmi les rois dépendans de l’empire". J'ai déjà observé qu’il n’existe pas de monumens où Rhescuporis porte le seul prénom de Julius. Mais regardé isolément , le nom de Juliu* n'appartient pas moins à Tibère qu'à Auguste. Dans Cary (p. 43.) on trouve la même erreur, et c’est probablement de lui que M. RR. l’a empruntée. Cary croyoit „que Tibérius Julius Sauromatès avoit pris le nom de Jules sous Auguste et que se regardant dès lors comme un des cliens de la famille Julia, il se contenta d'y joiudre dans la

suite celui de Tibère , par adulation pour ce prince qui l'avoit apparemment confirmé dans le royaume du Bosphore”. Si Cary se trompoit en croyant que Sauromate avoil adopté le nom de Julius sous Auguste, fait imaginaire que rien ne prouve , il avoit raison de supposer que ce roi n'avoit pu prendre le prénom de Tibérius que pendant le règne de ce successeur d'Auguste. Visconli et M. Raoul - Rochette se sont obstinés è vouloir trouver dans T. J. Sauromatès et T. J. Rbescuporis les successeurs de Polémon 1. et les fondateurs d'une dynastie nouvelle j mais ils ont bien senti que ces deux rois ne pouvoient pas être rapportés au règne d'Auguste , vu les prénoms de Tibérius Julius qu’ils portent tous les deux. Alors pour sauver leur hypothèse, Visconli et M. RR. ont prétendu, que les princes aspurgiains ou sauromatès s'éloient adressés à Tibère lorsqu'il se trouvoit en lllyrie k la tête de l'armée j que par sa protection ils avoient obtenu d’Auguste leurs demandes , et que par reconnoissance envers Tibère les princes aspurgiains , ou selon M. RR. Rhescuporis I, avoient adopté son nom.

Observons que cette opinion énoncée par Visconli , non comme une conjecture , mais comme un fait historique, approuvée ensuite presque en entier par M. RR. a perdu son principal soutien , parce que nous savons que la médaille attribuée par Visconti à T. J. Sauromatès k cause des mots TOT AEllOTPrOT qui suivent le nom du roi, appartient k Cotys frère de Mithradate, contemporain de Néron. Mais la supposition que les princes aspurgiains, ou Rhescuporis 1. selon M. RR , p. lai. ayent pu oser adopter le prénom de libérius , pendant le tems qu’ Auguste gouvernoit encore l’empire, est totalement inadmissible par plusieurs raisons :

1) il auroit été contraire au respect dil à la majesté de l’empereur qu'un des rois dépendans de Rome eut demandé ou pris le nom d'un personnage de la famille impériale, et non celui du souverain;

2) toute cette rencontre de Tibère avec les chefs aspurgiains en lllyrie , est un fait inventé par Visconti qui

cherchoit le moyen de rendre plus facile aux princea du Bosphore l'adoption du nom de Tibère. Par conséquent l'adoption du prénom de Tibérius dans un tenu où celui» ci n’étoit pas encore empereur , doit être rejetée }

3) on doit demander: si les difficultés qui avoient engagé Visconti à supposer : i. que les princes aspurgiains

avoient obtenu la faveur d’Auguste par la protection de Tibère j a. que ces princes s’étoient adressés à Tibère , quand ce dernier se trouvoit à la tête de l’armée en 11lyrie ; peuvent être regardées comme applanies ? Loin de là : en supposant vraies ces deux assertions qui sont bien loin de l’être , puisqu’elles n’ont aucun fondement , l'opinion de Visconti n’y gagne roi t rien. Comment en effet placer les deux règnes de T. J. Rhescuporis et de T. J. Sauromatès dans le court intervalle des quatre premières années du règne de Tibère , puisque c’est depuis ce tems que commence le règne de Rhescuporis JU ? Tibère revenu de l'illyrie l’an de Rome 76a. par la prétendue entremise de Tibère dans les affaires du Bosphore , on ne gagneroit à cela que trois, ou tout au plus quatre ans, et alors au lieu de quatre années qu'il faut remplir, il y en auroit sept ou huit.

4 ) Polémon fut tué par les Aspurgiains l’an de Rome 75a. ou 753. l'an 1. ou a. avant notre ère. Si les Aspurgiains avoient eu le dessein de s’emparer du royaume du Bosphore et de le conserver, il est certain qu'aussitôt après la mort de ce prince ils se seroient adressés à Auguste , pour obtenir sa sanction, et il seroit absurde de supposer qu’ils auroient attendu 9 ou 10 ans sans faire aucune démarche à cet égard, c’est à dire jusqu’à l’an de Rome 76a, la 9" de notre ère, lorsque Tibère se trouvoit en lllyrie.

Les observations que je viens de faire prouvent évidemment l’inadmissibilité des hypothèses de MM. Visconti et Raoul-Rochette. Ces hypothèses supposent que la mort de Polémon I. a été suivi d’un état de désordre et de troubles au Bosphore, et que cet état a continué jusqu au moment où Rhescuporis obtint la protection de 1 ibère, .l’oppose à ces idées sans fondement , les médailles en

or du Bosphore portant les époques ©MS. AT. et ET. qui correspondent aux années 3. 8. et 9. de notre ère. Elles servent de preuve certaine que peu de teins après la mort de Polémon, le trône de cette contrée fut occupé par des rois légitimes , qui n’avoient pas du tout besoin de chercher en l'an 9. la protection de Tibère, pour obtenir par son entremise la sanction de son beau-père, Auguste.

Les prénoms romains de Tibérius et de Julius adoptés par deux rois du Bosphore , me donnent occasion de remarquer qu'une ancienne inscription que j’avois publiée dans la description du monument de la reine Comosarye, p. ap-3o. pl. IX, ne peut pas être attribuée à Tibérius Julius Sauromatès. Visconti avoit commis cette grosse erreur (U. p. i5o. note I.) et M. Raoul-Rochette, p. lao-iai. l'a encore suivi en cela. Cette inscription ne peut appartenir ni à Sauromate I. contemporain d'Auguste et prédécesseur de T. J. Sauromatès; ni à ce dernier, parce que pendant le règne d'Auguste le titre d'honneur de APX1EPETZ TliN XEBAETilN n'existoit pas encore. Les temples consacrés i Auguste l’étoient aussi i la déesse Rome, mais Livie n’avoit pas dans ce tems reçu les honneurs du culte. Quant au titre de Pontife des Augustes , il n’empéclieroit pas d'attribuer ce monument & T. J. Sauromatès , parce que pendant le règne de ce dernier , Tibère et Livie avoient en Asie des temples qui leur étoient dédiés ainsi qu’à la déesse Rome (Tac. Ann. IV. i5). Malgré cela le manque des deux prénoms du roi, que portent sans exception ses marbres et ses nombreuses médailles, prouve d'une manière incontestable que cette inscription doit être rapportée à Sauromate 111. contemporain de Domitien , de Trajan et d’Adrien , observation qui est confirmée par la forme des lettres de cette inscription. Ce marbre dont il sera question dans la seconde édition du monument cité , est endommagé du côté droit , mais il a beaucoup moins souffert de l’autre , de manière qu’au commencement de la première ligne il n'y a que les quatre premières lettres BA21 , qui ne s'y trouvent pat.

11 faut maintenant examiner la description et l’explication que M. Raoul-Rochette donne, p. 118-130 , des médailles de Tibérius Julius Rhescuporis, et qui servent d’appui k son hypothèse sur l’origine de la dynastie sauromate. Voici ses paroles : ,, Aucun monument des rois du Bosphore ne nous avoit offert jusqu’ici tant de signes de triomphe et de symboles propres à consacrer le souvenir de quelque événement extraordinaire. On en jugera par la description, pt II. m. t : figure debout, appuyée contre un trophée richement composé, et foulant à ses pieds des captifs enchaînés ; la légende est : I 0 TAI 02 BA 2 IAET 2 PHSKOTn. Au revers s une victoire, tenant une couronne, et une branche de palmier. Sur une autre de ces médailles, pl. II. m. 3. absolument pareille pour la face principale , on voit , au revers : un arc de triomphe surmonté d’une statue équestre. On ne sauroit nier qu’au premier aspect , ce roi vainqueur , ce trophée , cette victoire , cet arc triomphal , cette statue équestre , signes indubitables d’une grande et importante expédition heureusement terminée, n’indiquent, aussi clairement que le peuvent faire des médailles, qu’une révolution mémorable s’étoit à cette époque opérée dans le Bosphore. D’un autre côté la fabrique de ces médailles, évidemment d’un meilleur coin que celles de Rhescuporis, fils et successeur de Sauromate I } la forme des caractères, particulièrement celle de l’epsilon et du sigma , qui n’est point encore arrondie , comme on la voit sur ces médailles , prouvent que les monnoies, où nous trouvons de pareils signes d’antériorité, joints à tant de symboles de victoire qui ne peuvent convenir au fils de Sauromate I , appartiennent au père de ce prince, c’est à dire à ce Rhescuporis, nommé dana les inscriptions de Phanagorie , et fondateur d’une dynastie nouvelle , dont ces signes de victoire attestent l’établissement et le triomphe*'.

J’oppose à ce raisonnement ce qui suit :

1) si l’on voit sur les deux médailles citées les symboles des victoires que Tibérius Julius Rhescuporis a rem-

portées «ur te» ennemi» , on n’y remarque absolument tien qui pourroit nou» autoriser à y voir „les signes d'une révolution mémorable qui se seroit à cette époque opérée au Bosphore 1 *, ni indication que ce Rhescnperis ait été ,,le fondateur d'une dynastie nouvelle**)

a) ni T. J. Rhescuporis, ni T. J. Sauromatès K*on< pu être fondateurs d’une nouvelle dynastie, puisque je prouverai dans l'appendice qu’un autre prince , Saurotnate I. a régné au Bosphore avant ces deux rois )

3 ) les médailles de Rhescuporis et Sauromatès qui portaient les prénoms de Tihérius Julius , ont évidemment été frappées sous Tibère , avant le règne de Rhescuporie II. et non pas sous Auguste ;

4 ) puisque T. J. Sauromatès est représenté sur toutes set médailles dans un âge beaucoup plus avancé que T. J. Rhescuporis , dont la tête est toujours tantôt imberbe, tantôt très-peu barbue, celui-ci n’est pas le père de l'autre. 11 est impossible aussi, comme je l’ai déjà observé, qu'il ait été indiqué dans l’inscription citée par M. RR. p. 117, puisque le père de T. J. Seuromatès y est simplement nommé Rhescuporis. Est-ce que le fils auroit manqué dé donner à son père les deux prénoms que celni-ci avoit portés? Il s’en soit donc que M. RR. avoit tort de Croire, p. 1 17. que le Rhescuporis dont il est parlé dans oe monument est T. J. Rhescuporis.

5) M. RR. nomme arc de triomphé ce qnî n'en est pas un. Où a-t-on jamais vu des tours ajoutées à un arc de triomphe ? Ce que l'on voit représenté snr l'avers de cette médaille , n'est autre chose que la porte d'ime ville et une partie de la muraille arec une très haute tour quarrée , tour parfaitement semblable à celles quf apparte 1 noient à la muraille de l’ancienne ville de Posidoui* et dont quelques unes existent encore. Les dessins de ce» médailles de Rhescuporis , de Sauromatès et de Cotys L sont si pitoyables , quoique M. RR. dise p. : qn'ih font fort exacts et fort soignés-, que tout s'y trouve indiqué sans proportion et sans fidélité. Si l’éditeur s'était adressé à M-. le Chevalier Allier , celui-ct lu» auroit per-

mis de faire dessiner plu» correctement la plupart de ces monnoies de Rhescuporis dont cet amateur distingué pos* aède des exemplaires ;

6) dans le dessin publié par M. RR. la statue équestre ae trouve placée sur un massif de maçonnerie dessus la porte. En examinant la médaille on voit que cette statue ne pose sur rien, et il reste indécis si le graveur a voulu indiquer qu'elle éloit placée dans l’intérieur de la ville, ou hors de la porte. Il paroit que M. RR. a cru que celte statue équestre étoit celle du roi ; mais il n’est pas moins probable que Rhescuporis l’a fait élever en l'honneur de Tibère 5

’j) la légende des deux monnoies de Rhescuporis ne porte pas le seul prénom de Julius, comme l'a annoncé M RR ; mais ce nom est précédé de celai de Tibérius. Il en a été déjà question au §. XCV 11 I.

Il faut relever encore une méprise que M. Raoul-Rochette a commise à la même occasion, p. 117. En cilant l’inscription où il est dit de Tibérius Julius Sauromatès : Al ÎO ril’OrONJlN B \ 2 IAETilN, il conclut : „que ce titre et cette prétention prouvent que Sauromate l. ne fut point le fondateur d’une race nouvelle de rois, ni d'une dynastie étrangère an Bosphore". Il se trompe. J’avois traduit cette phrase (Monuin. de Coinos. pl. VIII. p. 70. ainsi: qui régne par l '■ droit de succession de ses ancêtres, et j’avoia observé que les ancêtres de T. J. Sauromatès avoient été rois d’un peuple sauromate, avant que ce prince fut devenu roi du Bosphore. Il auroit donc pu être fondateur d’une race nouvelle au Bosphore , quoique en effet il ne l’ait pas été. Visconti n’avoit pas interprêté autrement les mots cités, et c’est à tort que M. RR. p. 117. l'a critiqué. Le père de ce même T. J. Sauromatès porte le titre et le nom de roi Rhescuporis , dans une autre inscription (Monum de Cotnos. pi. VII.) et j’ai déjà remarqué que ce dernier ne doit pas être confondu avec T J. Rhescuporia comme il 1'» été par M. RR. Au reste il est certain qu’au-

cun des deux rois qui portent les prénoms de Tibérius Julius n'a pas été le chef de la dynastie sauromate au Bosphore, comme je le prouverai par les observations suivantes.

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