‹ Remarques sur un ouvrage intitulé: Antiquités grecques du Bosphore-CimmérienChapitre 19 sur 37 · LX XX VIII · texte numérisé non relu

LX XX VIII

M. Raoul -Rochette nous fait connoitre une troisième médaille d’Ininthiméyus , pl. 111. m. 4- p- m-lin. mais le dessin qu’il en a publié n'est ni plus exact , ni moins infidèle que celui de toutes les autres qu’il nous a données.

Connoissant cette médaille , et en ayant vn plusieurs exemplaires, je remarquerai :

i) que l’avers est dessiné très -inexactement j

a) que sur son revers on ne trouve pas le foudre que notre autenr y a cru voir, mais un astre j

3) que le symbole dessous l’astre , dont l’auteur dit : ,, qu’il n’est pas facile de le caractériser, vu l’état d’imperfection de la médaille*', est, h ce qu’il paroit par cette médaille même , ainsi que par plusieurs autres des règnes postérieurs à Ininthiméyus, un étendart, ou le voile d'une proue de vaisseau j

4) que c'est par erreur que M. RR. croit que la contremarque sur sa médaille, est un ligne remarquable sur des monnoies de cet aloi et d’aussi bas siècle. Au contraire, l'usage de contremarquer les pièces qui étoient en circulation , n’a commencé dans ce royaume que vers le tems de sa décadence , et la contremarque de la tète de Septime - Sévère , par exemple, se trouve sur beaucoup de pièces des règnes précédons.

Nous avons de la peine à croire , d’après tout ce que nous venons d’exposer , que les lecteurs soient d'accord avec M. RR. quand il dit : „que cette nouvelle preuve de l'existence d'un prince dont le nom avoit échappé à l’histoire , sera regardée sans doute comme un fait numismatique assez important". Les erreurs provenant en partie des mauvais dessins que l’auteur avoit reçus de son correspondant , rendent douteuse la reconnoissance qu’il attend de ses lecteurs. Us n’avoueront certainement pas que les

monumens décrits par M. RR. servent à la fois , comme il 1 espère , p. lia: „à confirmer des points importans de l’histoire du Bosphore, et k ajouter des faits entièrement neufs à cette histoire",

Voyons si les autres recherches que nous communique l’auteur des antiquités du Bosphore, donneront des résultats plus satisfaisans. Les découvertes qu’il nous promet doivent être de la plus haute importance, & en juger par son introduction, p. ni: ,,les raonumens que je vais faire cpnnoitre", dit-il, „auront l’avantage de rectifier bien des idées qui n’étoient jusqu’ici appuyées que sur des conjectures plus ou moins ingénieuses, et notamment, le système imaginé par l'illustre Visconti , sur l’origine de la dynastie qui succéda à Polémon I. dan, le royaume du Bosphore

Tous les amateurs de l'antiquité féliciteront M. Raoul- Rochette, s’il remplit ces grandes promesses. Mais il, .'eu dispenseront et s’en tiendront aux travaux de se, prédécesseurs , s'ils reconnoissent que dans ses observations pour me servir des parole, d’un litérateur célèbre , les

' neuves ne sont P « bo ™“, et <jue celles nui sont bonnes ne sont pas neuves .

„Le premier de ces monuments inédits", suivant M. Raoul - Rochette , p. ,,3. „est une médaille de la reine épaepyris , personnage nouvellement introduit dans la suite de, prince, du Bosphore". En lisant la suite de son discours, on voit que M. RR. indique comme des faits essentiels que le véritable nom de cette reine est Gépaepyn, et non pas Pépaepyri, 5 et qu’elle régna seule sur le Bosphore après la mort de son époux. Il faut donc rechercher :

t) si la médaille de Gépaepyris est véritablement inédite }

al si ce personnage est par lui nouvellement introduit dans la suite des princes du Bosphore ;

3) quel est le savant qui a remarqué le premier que Je nom de l’épouse de Sauromate I, dont le buste est représenté sur sa médaille , doit être lu Gépaepyris.

Quant à la première question , je réponds qu’on connoissoil la médaille de Gépaepyris long-tems avant que M. RR. eut publié son ouvrage. Cary l’a faite connoitre le premier en 175a (pl. IV. m. iOj. Sa gravure un peu maniérée est cependant assez exacte ; et si son exemplaire étoit défectueux par rapport & la légende , il conjecturoit fort bien que la tête de Pépaepyris y étoit figurée. Après Cary cette même médaille, et non pas celle qui porte sur l'avers la tête de Sauroinate , comme le dit M. RR , a été publiée par M. Sestini en 1817. M. le Baron de Chaudoir en a donné la figure et la description.

Quant à la prétention d'avoir le premier introduit cette reine dans la suite des rois du Bosphore, M. RR. la donne comme un fait certain, p. n3. 1. 2. et il en parle comme d'une simple conjecture, p. 1 1 4- 1. *5- U appuyé son opinion sur l’absence du nom et du portrait de Sauromate I. Gépaepyris porte sur notre médaille le diadème aussi bien que sur celle du cabinet de Tiepolo publiée par Visconti, et dont je connois plusieurs autres exemplaires. Le diadème qui orne sa tête sur l'avers de cette dernière médaille , peut indiquer qu’elle régnoit conjointement avec son époux, comme, d'après le récit de Strabon, Pythodoris et Polémon 11. régnoient ensemble. Mais ce diadème peut aussi indiquer seulement que Gépaepyris étoit l’épouse d'un roi. Nous ignorons de même quelle est celle de ces deux significations que doit avoir le diadème qui entoure le nom de Tryphaene , épouse de Polémon II. écrit sur le revers d'une médaille de ce roi. 11 est possible encore que Gépaepyris ait régné pendant quelque tems après la mort de Sauromate I. Mais la médaille qui porte son portrait sadt celui de son époux , ne le prouve pas , et peut aussi avoir été frappée par plusieurs autres motifs , qui ne sont pas moins probables que l'hypothèse de M. RR. voy. §. XC11. L’auteur ne peut donc être fiché , si nous ne reconnoissons pas l'introduction de

cette reine comme légale et admissible dans la suite de» prince» du Bosphore, et si nous la regardons comme non avenue. La médaille qu'il regarde comme inédite , rentrera dans la classe à laquelle elle appartenoit, dans celle d'objets connus depuis très long-tems. Au reste je ne peux pas présumer que M. RR. malgré ce qu’il dit , ait voulu donner cette médaille pour inédite puisque l'initiale du nom de la reine y est un T au lieu d’un IL

A l'égard de la troisième question, quel est l'antiquaire qui a le premier remarqué que le nom de l’épouse de Sauromate I. doit être lu Gépaepyris au lieu de Pépaepyris j j’observe que M. le Chevalier Sestini a la priorité sur M. RR. puisqu’il a cité ce nom avec la correction de 1 initiale dans sa Céographie numismatique, seconde édition, publiée A Florence en 1831, et par conséquent avant les antiquités du Bosphore de M. Raoul -Rochette. Mais qui a le premier observé que l’initiale du nom de la reine est un T, et non pas un II ? J'ignore quels sont les prétendans h cette découverte , mais je sais qu’elle m’a été communiquée par M. le Chevalier Allier de Hauteroche dans une lettre écrite de Paris au commencement de l’an 1830.

Jobserve en passant que c’est par erreur que M. Raoul- Rochette en décrivant les deux médailles de Cépaepyris, P- Ii 3 . a dit de l’une: buste de femme coiffée suivant le costume grec ; et de l’autre: buste de femme coiffée

a grectfue. Il f au t remarquer que ce buste sur les deux médailles porte le diadème, qui n’a jamais été un ornement commun aux dames grecques, mais toujours une marque de la dignité royale. Dans la description qu’a donnée Visconti d’une de ces médailles (IL p. i5i-i5a.) on trouve la même faute.

Enfin M. RR. ne nous dit rien sur le buste de femme voilée et tourelée qui se trouve sur le revers de la méaille de Gépaepyris. On ne peut pas douter que ce buste

ne soit celui d’une des divinités principales révérées au Bosphore.

On ne peut donc en aucune manière approuver la phrase suivante, par laquelle M. RR. termine cette digression , p. 1 1 5 : ,,le règne d’une femme dans le Bosphore, entre Sauromate I. et Rhescuporis 1 , fait qui semble attesté par notre médaille , offre jusqu’à ce jour une particularité aussi rare que curieuse".

J’examinerai plus bas tout ce que l'auteur a dit de la durée du règne de Sauromate 1. ainsi que son hypothèse sur l’origine de la dynastie sauromate des rois du Bosphore.

11 est nécessaire de dire à cette occasion mon sentiment sur les deux divinités dont nous voyons les types répétés si souvent sur les médailles des rois du Bosphore. Nous savons par l'autorité du monument de la reine Corn osarye que le culte d’Astara ou d’Astarté étoit établi dans ce royaume déjà du tems de Paerisade 1 , et j’ai prouvé ci-dessus, §. XXIX. que dans l’antiquité cette déesse étoit représentée, comme Cybèle ou la déesse Phrygienne , la tête voilée et tourelée , ou couverte du boisseau. Il n’y a donc pas le moindre doute, que le buste que nous voyons sur le revers de la médaille de Gépaepyris, et sur celui d’uue autre médaille de Tibérius Julius Sauromatès au cabinet de M. le Comte Sévérin Potocki et que l’on trouvera décrite dans l'appendice, m. n. est celui d’Astarté. 11 n'est pas moins sûr , que la figure assise ayant la tète tourelée et un astre à côté, si souvent figurée sur les revers des médailles des rois du Bosphore, est la même Astarté. La haute vénération dont jouissoit cette déesse dans cette contrée , depuis la reine Comosarye jusqu'à Cépaepyris et Sauromate II. est prouvée par le monument de l'épouse de Paerisade I. et par les médailles. La figure de la même déesse qu’offrent les monnoies de Sauromate IV, de Rhescuporis IV. contemporain de Septime-Sévère, d'Ininthiméyus, et de Rhescuporis VIL nous atteste que le culte d’Astarté y a été continué jusqu'à la fin de ce royaume. L'attribut que tient Astarté dans la main droite sur la monnoie du Bosphore, est une

patère à en juger d'après le* me'dailles les plu* distincte*. Si cet objet paroit être un globe sur d'autre* pièce* , la cause probable en est le peu de finesse du travail.

J'ai observé ci-dessus que le culte d'Astoreth, divinité des Phéniciens, a été mêlé avec celui d’Atergatis, déesse des Syriens j il en est résulté qu’Astarté, sous le nom de qui les Grecs révéroient la lune , fut prise aussi quelquefois pour la planète de Vénus (Voy. Miint, Rel. d. Karth. S. 80. a. Aufl. u. Erg. BI. d. H. ALZ. i8aa. S. 807). C'est k cette dernière signification, que se rapporte l’astre qui te trouve à côté d'Astarté sur les médailles du Bosphore. Cette identité d’Astarté avec Atergati* nous explique le sujet représenté sur une médaille de Sauromate IV. On y voit la même figure d'Astarté assise , mais on y a représenté encore , devant la déesse , un petit génie ailé , l'Amour, qui tient un flambeau dans la main droite.

Une autre divinité qu’on remarque sur la monnoie du Bosphore , est Sérapis. Nous voyons son buste , posé en regard de celui du roi sur les médailles de Rhescuporis IV. et d’Ininthiméyus ; preuve la moins équivoque de la vénération la plus haute et la plus extraordinaire qu’obtenoit cette divinité au Bosphore. L'origine de Sérapis est incertaine , mais Plutarque dans son traité d’Isis et Osiris (c. a8.) nous dit que son culte fut, dès la plus haute antiquité, établi dans les contrées du Pont-Euxin ; que sous les Ptolémées sa statue colossale fut emportée de Sinope pour être transférée k Alexandrie, et que depuis, Sérapis devint la divinité principale de cette capitale de l’Aegypte.

On sait qu’Astarté étoit la même déesse qu'Isis et la Lune j il est connu que Sérapis étoit le même qu’Osiris, ou , comme le dit Macrobe (Saturn. 1 . ao.) le même que le Soleil : il n'y a donc rien qui nou* empêche de voir Sérapis et Astarté , ou les symboles du soleil et de la lune , dans Anergès et Astara. Loin de là , tout concourt k appuyer cette opinion.

Si l'on se rappelle les grands honneurs et les distinctions attachés dans l'antiquité & la dignité de grand-prêtre, par exemple à celle de grand - prêtre de Cérès Eleusinienne d'Ephèse (Strab. XIV. i.), de Jupiter Abretténus en Mysie (Id. XII. 7.), de Jupiter Stratéus k Mylasa (Id. XIV. a.), de la Crande-Mère des Dieux à Pessinus (Diod. Exc. XXXVI. a.) ; si l'on pense que ceux qui étoient investis de cette dignité portoient la pourpre et une cou- ' ronne d'or, marques du pouvoir suprême dans l’état, pouvoir que possédoient réellement quelques uns de ces prêtres dans la ville et le district appartenant à leurs dieux: on ne trouvera pas improbable que les rois du Bosphore, dont quelques uns avoient permis de placer sur leur monnoie le buste de Sérapis en regard de leur propre effigie, ayent été en même tems grand-prêtres de cette divinité, comme Itliobal , roi de Tyr et de Sidon , l’avoil été d'Astarté (Joseph, in Apion. I. 18. p. 449 )-

La même conjecture peut être appliquée à Gépaepyris qui, comme grande-prêtresse d'Astarté, avoit fait placer le buste de cette déesse sur une médaille portant sa propre effigie.

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