‹ Remarques sur un ouvrage intitulé: Antiquités grecques du Bosphore-CimmérienChapitre 27 sur 37 · CXXV · texte numérisé non relu

CXXV

M. Raoul-Rochette dit, p. i53 : „toutes les villes mentionnées dans ce décret étoient situées sur le Pont“. Mai* il auroit dû en excepter, Milète, Byzance, Cyzique, Panium, Apamée et Olbie même, qui ne peut pas plus être ■ rapportée aux villes du Pont Euxin que la ville de Tanai*.

CXXVH.

Il étoit superflu de faire mention, p. 15?. dans les recherches sur les I1POTEEIE, de la ville de Prusa dont on ne peut chercher le nom sur ce monument. Quant à l’orthographe du mot cité , elle est juste , et le I que M. Raoul-Rochette y croit omis par le graveur , ne l’est pu, comme je l’ai observé dans le mémoire cité.

M. Raoul - Rochette est choqué, p. i58. de ce que la ville de Panticapaeum est nommée BOEflOPOE , Bosporut ,

— lit

dans ce décret. J'observe que, si jusqu'à présent on n'a trouvé ni médailles ni inscriptions sur lesquelles Panticapaeum se soit nommée Bosporus, et même s’il n’en existe pas, ce dernier nom n’est pas pour cela plus nouveau dans la géographie numismatique et lapidaire que tant d'autres qui sont conservés dans les anciens auteurs sans .avoir paru sur les monument. Au reste, si dans l'inscription de la reine Comosarye, ainsi que dans les médailles d’Asandre, le mot Bosporus indique la ville de Pauticapaeum, opinion dont j'ai prouvé l’inadmissibilité , §. XL- XLU j ce nom ne peut pas être regardé par M. RR. comme nouveau dans la géographie lapidaire et numismatique. L’auteur ne s’exprime pas non plus avec précision et se trompe en disant , p. 160 : ,, qu’il est impossible de douter que ce nom de Bosporus n'ait prévalu à la longue sur celui de Panticapaeum".

Démosthène est du nombre des auteurs qui ont parlé de cette ville de Bosporus , et ce passage n'a été ignoré par aucun de ceux qui ont traité l’histoire de cette contrée. Par cette raison , le lecteur du livre de M. Raoul- Rochette ne comprend pas comment il peut dire, p. iSi, que ce passage de Démosthàne est bien précieux, et qu'il a été cependant négligé par tous les critiques modernes, Seroit-il corrompu? Auroit-il besoin d’étre corrigé? — ■ Mais M. RR. accoutumé de trouver des difficultés où il n’y en a pas, nous assure, d’un air emphatique : qu’il n’est pas possible de douter de l'existence de la ville de Bosporus mentionnée par notre inscription , quelque difficile qu’il soit d'expliquer le silence à cet égard des monumens géographiques (?) jusqu’à Etienne de Byzance" ! Mais on lui demandera : qui a pu jamais douter de l’existence de la ville de Bosporus? Pline n'en a-t-il pas parlé?

L’auteur croit, p. i63-i64, trouver une faute de copiste dans le nom des habitant d’Amasia , AMAECLANOI , il y voit les habitant d'Amastris , AMAETPIANOI. Mais la leçon dans le texte de l’inscription est juste, et j'ai indiqué dans mots mémoire cité, par quelles raisons ce mot, qui

Il)

parolt être anomale , a pu trouver une place dans cette énumération. • »

exxx.

J'ai dit que la copie transmire 1 M. Raoul - Rochette n'est pas sans erreurs. En voici des exemples : ligne a. du décret il faut placer dessus les lettres fcl qui indiquent le quantième du mois , un trait horizontal. L. 8. le dernier mot est écrit sur l’original HKOAOT0EEN j l’H que le graveur avoit oublié , est gravé au dessus en petit caractère entre les deux lettres où il devoit être placé. L. ia. k la fin on doit écrire KAH1EP1THN, au lieu de XAI. L. ag, l'original porte correctement A^HPHEQAl, par conséquent le changement que veut y faire M. RR. p. i5o. note i. en substituant (ttpTjt&xi , est inutile. L. 36. on lit: FTMNAEI.fl.OT j la copie de M. RR. a dans ces deux mots trois fautes. L. ig. l'original porte EATTO, au lieu de EATTON, et 1. 4t : H1E, au lieu de E1E.

Le passage suivant , 1. 3g-4o : EIE TO MA0EIN ÜAN« TAE TON AN0PJII1ON EIPOE ANAPEIAN MEN ETTOA- MON KAI EIPOE APETHN AE AOKNON a. r. A. est traduit par M. RR. p. l5l : ,,afin que tout le monde apprenne & connoitre un homme d'un courage si éprouvé , et d'une vertu si constante”. Je ne veux pas décider , si le génie de la langue françoise permet ou ne permet pas au traducteur, de se rapprocher davantage dn style de l'original. Dans la traduction d'une inscription , il faut être litéral autant que possible.

A la fin du décret sont mentionnées les distinctions par lesquelles le sénat et le peuple olbien avoient résolu d'honorer la mémoire de Théoclès : une couronne d'or, l'exposition de son portrait, exécuté sur un bouclier, aux dépens du public , dans le gymnase qui avoit été construit par ses soins. L’original s'exprime ainsi , L 35-36: AN A- TE0HNAÏ ATT.OT E1KONA ENOüAON AHMOELA EN TU rTMNAELÛ, : M. Raoul - Rochette a traduit, p. i5lt „yue sa statua armée en guerre soit élevée aux frais

du publie dans le gymnase, etc." Ce n'eit pas U le sens de l'original. L'expression : sa statue armée en guerre , an peu plus accommodée au langage du jour , ne serait autre chose qu’une statue de Théoclès en uniforme militaire. Mais chez les Crées et les Romains , les guerriers, de retour d'une campagne , ne portoient plus l'habit de guerre. La statue d’un magistrat civil, comme l’étoit Théoclès , n’a jamais pu le représenter sous les armes ; c'eut été une horrible carricature. Lorsque les états de la Crèce vouloient récompenser les exploits militaires d'un de leurs capitaines en lui élevant une statue , on le représentoit toujours en costume de citoyen. M. RR. a probablement supposé que Théoclès nommé HPiTE dans la première ligne de cette inscription, ne pouvoit pas être mieux recompensé que par une statue armée en guerre. Mais j’ai déjà observé que le mot HPJ1E ne doit pas être traduit par celui de héros. Dans ma dissertation sur ce monument déjà plusieurs fois citée, j'ai dit (Dürpt. Beitr. i8i5. S. 34a - 343) : /‘espère que personne , en lisant dans ce décret l'expression rf'FIKÜN ENOfîAOE, n’aura le malheur de penser qu’il est question ici d’une statue armée. Voilà cependant M. Raoul-Rochette qui tombe dans cette faute.

Le mot EIKfZN est un terme général qui signifie statue, figure, et buste, en ronde bosse aussi bien qu’en basrelief et en peinture. Dans notre monument il ne peut pas être traduit par statue, et désigne simplement un portrait , et joint à ENOfîAOE il doit être traduit : portrait exécuté sur un bouclier. L'inscription ne dit pas, s’il étoit sculpté ou peint. Au reste , l’expression qui désigne 1* portrait de Théoclès, ainsi que celles que l’on trouve dans quelques autres inscriptions citées ci-dessous , ne se rencontrent que snr cette classe de monumens. De crainte que ce mémoire ne devienne trop volumineux , je ne citerai que quelques exemples pour appuyer l'explication que j’ai donnée. *

Le sénat athénien décerna à Diodore fils de Théophile, qui étoit Prozène des Athéniens et inspecteur du port h l’ile de Délos, presque la même distinction que nous avons vu accordée par les Olbiens k Théoclès. Diodore reçut l'honneur que son portrait peint sur un bouclier seroit exposé dans sa chancellerie : ANA0I" 1NA1 tiKUNA TPAIl- THN EN OflAII (Cors. Inscr. Alt. IX. v. 17. et zS. p. 3j, Biagi Decr. Athen. Prol. p. ao ).

Pour récompenser Patron, fils de Dorothée, le synode des négocians et propriétaires de vaisseaux de Tyrus résidant & Délos , lui décréta , avec la permission du peuple athénien, plusieurs honneurs, et entre autres, Pexposition de son portrait peint dans l’enceinte du temple et Hercule qui étoit dans la même i/e : ANA0EINAI AË AT- TOT EIKONA TPAl! i HN EN Til TEMENF1 TOT HPA- KAEOTX (Spon. Mise. X. 70. p. 343-344* — Biagi Decr. Ath. c. XXXI. p. 4*6- 4»8).

Bâton, fils de Philon, avoit bien mérité de la communauté des athlètes dont il étoit le préposé , et en témoignage de reconnoissance, elle fit faire son portrait peint , rPAflTH TET1MHKF N FIKONI , dont on orna probablement le gymuase (Maffei Mus. Ver. p. XLV. — Van Dale Diss. VIII. p. 5ÿo ).

Dans les deux derniers Pséphismea que je viens de citer , il est fait mention de portraits peints , sans parler de boucliers ou d’écussons. Mais dans le quatrième exemple qui suit, le bouclier est indiqué comme dans le premier. Cette inscription , qui est une des plus intéressantes de l’antiquité , contient un décret de la ville de Cymé dans l'AeoHde : elle le rendit en l’honneur de Lucius Vaccins Labéon, prytane ou premier magistrat de Cymé, pour le recompenser des services éminens qu’il lui avoit rendus , et elle ordonna que ses effigies, (parmi lesquelles se trouvoient sûrement aussi des statues) fussent exposées publi~ quement , et entre autres au gymnase un portrait peint sur un bouclier d’or , ou doré ; ONTEAhN AE AfTÜ K Al EIKONA2 I'P AUTAN TE EN OilAÜ EN XPTX4Î,

On lai «voit décerné en même tenu plusieurs autres hon* neurs et distinctions (Cayl. Rec. To. 11 . pl. 5 j. v. 34 * 33 ).

CXXXIU.

Dans l’explication de ces mots , ElEHrHEAMENOT A NT K> XI N l'OC , 1 . 3 , l'auteur des antiquités du Bosphore croit, p. 170 : „que ce verbe désigne une proposition de décret, sans doute en vertu d'un titre ou d’un office particulier, et qu’il répond au terme de . Mais les

passages d'Aechine et de Diodore cités dans la note 6. ne prouvent rien pour constater l'existence de l’office dont parle M. RR. , et il n’est que trop sûr que cet office a été inconnu dans l’antiquité. Ce que l’auteur observe sur /Soc ikt-jxx, p. 170-173 , est connu, mais par rapport à son assertion que s/cjfvs.’ir^ai répond à Tp»/hv\tvfiv , il n’a rien prouvé. Car beaucoup d'affaires présentées par quelqu'un qn’on pourroit nommer s/<j pyyrjc, n'avoient pas besoin du Tpopovkevfix, et le rpoflouteveiv avoit lieu la plus part du tems sans l'entremise d’un •kwV’lf- Je dois me borner à ces observations , ne voulant pas que la critique soit plus longue que le livre à critiquer»

Au sujet d'un passage qui se trouve dans la même inscription , L 16-17: ATTOE EATTON EKONTHN riAP- EXXLN AOKNON EPHXN TE EIHMEAEIAIE KA 1 KA- TAEKETA 1 E ENEKOI 11 AEEN : M. Raoul-Rochette dit, p. Xg3-t84 : ,, l’irrégularité de construction qui passe brusquement du participe IlAPEXûN» à l'aoriste ENEKOIlIAlXEN . cette irrégularité* 4 , dit-il, ,,qui ne constituoit pas toujours chez les Grecs un vice de langage, & en juger d’après les fréquens exemples qu'on en trouve chez les meilleurs écrivains , et sur les monumens les plus irréprochables , etc.* 4 M. RR. ajoute dans une note, J : „nous en avons un exemple dans la belle inscription de Xéooclide, p. »6 de ces recherches 4 *. Mais , je demande M. RR. comment on peut comparer une irrégularité dans la construction, avec nne faute des plus grossières contre la grammaire , telle

que celle que présente l’inscription de Xénoclide dans les mots APX°NT°Z et BASIAhT^N , dont il a été question au §. XV-XVIII. D'après ses remarques , M. RR. regarde cette dernière inscription, malgré la faute très-choquante, qu’il en a citée, comme un des monumens les plus irréprochables.

En citant une inscription du recueil de Fourmont , p, rg 5 . pl. XIV. n. a, les expressions TMN I HC HOtlFiiC KAl HA l> PA BO ! AH<J . fils de la ville et père du sénat , engagent M. RR. à dire: que ce sont des titres assez étranges et qui ne se sont offerts , ;t sa connoissauce , sur aucun monument antique. J’observe , cju’entre autres monumens qui portent de pareilles qualifications, une ancienne inscription nous présente le titre d’honneur suivant t errATEPA THE MHIPOn >AE SIX. fille de la métropole ; on la trouve dans la palaeographie de Montfaucon, p. 160.

Les deux inscriptions d'Olbie, p. 197-198. sont données d’après des copies incorrectes, ün est de nouveau étonné de voir , dans la traduction de ces deux monumens faite par M. Raoul - Rochette , que les stratèges sont deux-fois nommés Généraux , tandis qu’ils ne l’ont jamais été à Olbie. Voyez §. V.

La copie d’une autre inscription de la même ville, p. 199-301. est aussi remplie de fautes grossières.

CXXXVlf.

L'auteur publie, p. aod-ai7. une inscription dont l’original se trouve à l’île de Salamis. J’en possède une copie qui n a pas été très exactement faite , mais qui est pourtant en quelques endroits plus correcte que celle de M. Raoul -Rochette. J'en ai autrefois publié quelques extraits et j’en donnerai d’autres ici, si mes leçons sont plus justes que celles de la nouvelle copie imprimée.

Ma copie porte, 1 . 1. EN AETEI EN EAAAMINI : la leçon de la copie de M. RR. EAAAMjLIIE est fausse ,

quoique l'éditeur dise : „ qu’elle représente peut-être, dans le nom de la ville, une façon de parler locale". La fin de la première ligne, AEANAPON. est obscure, et la L a. ■e coaimeuce pas avec 02, mais avec M ET A l'ElTN 1ÜN UE Au lieu des mots corrigés dans la copie imprimée, MET EiKAAA, ma copie porte MET EIKAAA2 — . La fin de cette ligue, KAA1, prouve qu’il faut lire, K.iAAIMhXuT, et non pas AAMAXOT. L. 5. les lettres, EBOTOEEI, indiquoient clairement la vraie leçon qui est daas ma copie KBÜ 1* O J lH2s, que M. HR. re'ubiit tort mal eu lui substituant E1I01H2E.

Ce qui suit est très-incorrectement écrit dans la copia de M, Raoul - Rochette, et par cette raison il n'a pu le corriger que d'une manière très-imparfaite. Voici le texte plus juste des lignes 6-ss. comme il se trouve dans ma copie :

AI1A2A2 TA2 KA0HKOT2AE K AI TfIFAE2ATO TOTE

AAE140

MENOl'2 17ANTAE ETNETEAE2EN AE KAl TA EPMAIA

K Al 1IÏE

AEEATO nANTAE ANAAJ2.EA2 E1E TAÏTA OTK OAl-

roN npo«a

AAI1ANHEE AE KAl nPOE T O MEPIE 0 EN AYTil EI2

TO EAA10N E «

TJ1N 1AIXIN ANE0HKEN AE KAl OI1AAON T il KAl

ANErPAŸEN TOTS NENIKHKOTAS TOTS APOMOTE OMOlilE AE KAl

TOTE TA KANil

Jusque là ma copie est bonne j mais ensuite elle s'accorde presque partout avec celle que M. St. Martin avoit communiquée à M. RR. et elle est également vicieuse. J’observe que la ligne l4. qui dans la copie imprimée précède celle dont le commencement est HPiEN, manque dans la mienne. Puisque cette ligne »4 a beaucoup de ressemblance avec la ligne n, il ne seroit pas impossible que le copiste eut répété mal à propos la même ligne , et l’eut placée encore une fois avant la quinzième. Je

compterai ici la ligne qui commence par HP2EN , pour la quatorzième.

Dan» les lignes i5 et t 8 , M. RR. a voulu rétablir OTvtFN AE0MEN02 KA1 EIS : ma copie donne un sens pin* juste; 1. 1 5 - 1 6 : OTAKN EAAEirMIN. La fin de cette ligne est APITPION. Dans la ligne suivante le premier mot est, dans ma copie, OIKOAOMHEEN: JÏIKOAO- IWHSi N est donc préférable à èxonfiijjsv. A la fin de la même ligne il faut lire, en suivant ma copie, THS ATO- PAS, au lieu de THS STOAS. An commencement de la 19 . ligne, M. RR. corrige KA0 O AEAOriSTAl: mais le texte de ma copie, quoique incorrect;

Al lOAOrt.lS0Al'l H IBOT AHIKAITIlIAHMilIAEAilKEAE

donne un sens plus juste à ce passage. Au lieu d ' ev io £e7v, mot que veut restituer M. RR.au commencement de laL al. on doit adopter la leçon de ma copie , «MAOAOZEIN. La même donne la 1 . d'une manière plus correcte que le texte de M. RR: TOTTON AIONTSIÜN TJIN EN S*AA- M1NI TPALfiAOTS OTAN ; de même la 1. 3g ; EA EK TJIN EIS TA KATA TA ¥H<MZMATA ANAAISKOME- NXIN.

Je n’ai plus qu’une remarque à faire. Il est question, 1. 10 . d’un objet que Théodotus doit avoir exécuté à ses frai», et consacré dans un lieu public. Ma copie vicieuse dans eet endroit porte KAIODAAON , ce qu’on pourroit lire KAI POI1AAON. Mais il me parolt beaucoup plus probable que l'original porte : KAI OI1AON, et que Tbéodotua avoit consacré un bouclier , sur lequel il avoit écrit ou gravé les noms des vainqueurs à la course.

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