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Remarques sur un ouvrage intitule antiquites grecques du BosphoreCimerien

(Quelques mois après avoir eu connoissance du mémoire queM de Stempkovski a publié pour annoncer au monde savant la découverte qu'il croit avoir faite d'un nouveau roi nommé par lui Rhadaméadis , j’ai reçu un ouvrage ayant pour titre : Antiquités Grecques du Bosphore-t'immérien publiées et expliquées par M. Raoul - Rochette , Membre de l’académie royale des Inscriptions et belles lettres , et de la légion d’honneur ; l’un des Conservateurs-Administrateurs de la bibliothèque du roi ; à Paris , chez Firmin Didot 1822, in 8vo de 217 pages, avec figures. A la fin du volume l’auteur a ajouté le mémoire dont je viens de parler, et qui porte ce titre : IVotice sur les médailles de Rhadaméadis , roi inconnu du Bosphore- Cimmérien , découvertes en Tau ride en 1820, par M. le Colonel de Stempkov Ai , p. 218 - 235. Le nom de M. Raoul - Rochette suffit pour recommander les antiquités grecques du Bosphore. Ses compatriotes lui auront l'obligation de leur avoir fait connoître plusieurs monumens anciens qui étoient avant -lui épars dans beaucoup de livres peu ou point connus en France , et ils le loueront de sa franchise à reconnoitre les services qu’il a reçus de M. de Stempkovski. C’est M. de Stempkovski en effet qui a fourni à M. Raoul-Rochette des dessins de médailles, des copies de quelques anciennes inscriptions et, pour me servir des propres paroles de ce dernier, p. 2. de l’introduction aux Antiquités Grecques , „plusieurs idées trèsingénieuses , concernant la nature et l'explication de ces monumens". En outre la complaisance de M. de Stemp»

kovski a été uu des motifs qui ont engagé M. RII. à dédier son livre à Sa Majesté l’Empereur Alexandre.

En approuvant l’expression des sentimens de l’auteur des antiquités du Bosphore, on doit regretter qu'il ait été si mal servi dans le choix des monumens sur lesquels il a exercé son érudition. Ils n’offrent en effet que des médailles ou mal conservées, ou supposées par des faussaires mal-adroits j pas un dessin qui soit fidèlement rendu. De là vient que les planches ajoutées à l'ouvrage de M. Raoul- Rochette ne donnent absolument aucune idée vraie des originaux qu’elles représentent.

Les anciennes inscriptions n’ont pas été plus heureusement traitées : elles fourmillent de fautes, parceque les copies envoyées à M. Raoul- Rochette ont été faites par des mains inhabiles à ce travail. L'inscription qui se trouve lithographiée, pl. IV. n. 3. n’a aucune ressemblance avec l’original, et par conséquent ne peut être d’aucune utilité.

M. Raoul- Rochette assure néanmoins que les dessins qu’il a reçus ont été fort soignés et sont très-exacts. Mais si toutes les médailles, toutes les inscriptions qu’il a publiées, prouvent le contraire , nous devons regarder ces éloges comme dictés par une indulgence bien naturelle envers Mr. de Steinpkovski.

M. Raoul -Rochette n’a donc pii s’empêcher de commettre beaucoup d’erreurs et même de très-fortes , puisqu’il avoit la plus grande confiance dans des renseignemens inexacts et de mauvais dessins. 11 lui a été impossible encore , par la même raison , de remplir la promesse qu’il avoit faite dans son introduction , p. i : ,,de rectifier des faits, jusqu’à ce jour peu ou mal connus, de l’histoire du Bosphore- Cimmérien , par de nouveaux témoignages de l’autorité la plus haute" !

On doit souhaiter que M. de Stempkovski se donne plus de peine , pour réaliser l’espérance qu'il a donnée à M. Raoul-Rochette, p. a : „d'ajouter bientôt par de nouvelles découvertes à la somme de nos connoissances sur l’histoire ancienne du pays qu’il habite" j puisque, ajoute M. Raoul-Rochette, ,,1'on peut tout attendre du zèle avec

lequel un homme aussi éclairé se porte à la recherche des monumens de ce pays".

Quoique la plupart des fautes que ce livre contient soient si évidentes qu'elles n’ayent pas besoin d’être relevées , cependant comme les recherches de M. Raoul-Rochette pourroient faire circuler beaucoup d’erreurs à l’aide des médailles , des inscriptions et des antiquités de la Russie méridionale qu’il y a joints, j’ai cru devoir publier quelques observations critiques sur son ouvrage.

Remarques sur un ouvrage intitulé : Antiquités du Bosphore - Cimmérien.

M. Raoul - Roclictte , en parlant des colonies Milésiennes du Pont-Euxin , dit p. 4- de l'introduction : quelques citoyens puissans usurpèrent la souveraineté de chacun de ces petits états". J’observe que si cette remarque est fondée par rapport à plusieurs de ces républiques, elle ne peut regarder en aucune manière les colonies grecques dont il est question dans le livre de M. Raoul - Rochette, et auxquelles il en a fait l'application. La ville d’Olbie, par exemple, dont l’histoire, le gouvernement et les coûtumes nous sont plus connus que ceux de beaucoup d’autres états, n’a jamais vu aucun de ses citoyens s’emparer de la souveraineté. Aucun de ses monumens , aucun ancien historien , ne nous a transmis ce fait. La même remarque doit être appliquée aux villes de la Chersonèse- Taurique.

A la même page l'auteur nous dit : ,,il s’éleva bientôt dans le Bosphore - Cimmérien une dynastie dont nous ne connoissons l’existence , le nom d'Archéanactides , et la durée qui fut de quarante-deux ans, que par le témoignage du seul Diodore de Sicile". 11 est vrai que Diodore parle de la dynastie de ces rois , mais les Archaeanactides ne peuvent pas néanmoins être regardés comme rois des villes grecques du Bosphore, Panticapaeum et Phanagorie, puisqu’ils n'en étoient que les premiers magistrats ou archontes. S’ils portoient en même tems le titre de rois , ce n’étoit que par rapport aux peuplades Sauromates de l'Asie qui leur étoient soumises. Cet état du gouvernement au Bosphore et cette relation des Grecs et des Sauromates avec leur chef , sont clairement attestés par trois inscriptions faites du tems de Paerisade I. , celle de la reine Comosarye, de Mestor et de Xenoclide : dans toutes les trois, Paerisade est qualifié du titre d Archonte du Bosphore et deThéodosie, et de roi des Maeotes et d’au-

très tribus Sauromates. Une autre ancienne inscription donne à Spartocus fils d’Eumélus le titre d’Archonte et de roi. L'étymologie vient à l'appui de cette remarque, parce que le mot Archaeanactides signifie préposés ou archontes des citoyens. Voyez Sophocle dans sa tragédie d'Oedipe-Roi (v. 902. p. 76.) et !a remarque de Brunck (p. 436 Ed. Erf). Bayer avoit donc parfaitement raison, en écrivant : Archaeanactidae , Milesiorum apud Panticapaeum co/oniam , magistratus magis , cjuam reguli. Si M. Raoul -Rochette veut, contre le sentiment de Bayer, soutenir que les Archaeanactides ont été rois de l'établissement grec aussi bien que des Sauromates , il faudroit :

1) détruire l'étymologie du nom des Archaeanactides que j’ai citée.

a) détruire la certitude qui résulte des quatre inscriptions faites pendant le règne de Paerisade I, et de Spartocus fils d'Eumélus.

3 ) donner des preuves que les Archaeanactides ont été des princes souverains des Grecs aussi bien que des Sauromates.

A la fin de l’introduction, p. 10. M. Raoul -Rochette observe qu’il a ,, réuni sous les yeux du lecteur , le recueil complet des inscriptions du Bosphore". Sans doute que n'ayant jamais résidé dans la Russie méridionale, ne l’ayant pas même visitée , il ne pouvoit savoir si le recueil qu’il a fait connoître étoit complet ou non , ni se dispenser & cet égard de s'en rapporter à l'autorité de M. de Stempkovski, ou de quelque autre amateur. Mais le fait est que M. Raoul-Rochette a été mal informé.

Je suis fâché que M. Raoul-Rochette ait mis à la tête de ses antiquités une inscription qu'il dit , p. 1 1 : ,, avoir été trouvée en 1809 , dans un de ces nombreux Tumulus qui environnent Kertsch , l’ancienne Panticapée (Panticapaeum) et depuis transportée au musée de Nicolaev. Quoiqu’elle ne soit qu'un fragment", ajoute-t-il, ,,elle est précieuse, en ce qu’elle constate, pour la première fois, par

un monument de cette nature, l’existence de l’ère du Bosphore, laquelle jusqu'ici ne s’est trouvée marquée que •ur les médailles”.

J’observe i) qu’on n’a pas trouvé cette inscription en 1809. a) qu’elle n’a pas été découverte à Kertsch. 3) qu'elle n’a pas été tirée d’aucun des nombreux tumuli près de cette ville. 4) qu’elle n’est pas précieuse 5 et 5) qu’elle ne constate rien par rapport à l’usage qu'on a fait de l’cre du Bosphore dans les villes grecques.

t) Ce fragment d'une ancienne inscription ne peut pas avoir été trouvé en 1809, puisque je l’ai vu, pour la première fois , en i8o4 au musée de Nicolaev.

a) 11 est impossible qu’ou l’ait découvert à Kertsch , puisque l’inscription a été faite à Olbie et n’appartient qu’à cette dernière ville , comme le prouvent clairement la forme des lettres et la manière du graveur que j’ai remarquée dans une centaine de monumens et fragmens d’Olbie. En effet la forme des lettres est toute différente de celle qu’on remarque sur les pierres à inscriptions de Panticapaeum. Le peu de distance qu'il y a entre Nicolaev et les anciennes ruines d’Olbie a donné occasion de transporter plusieurs anciens monumens de cette ville dans le musée de Nicolaev. Mais on y en chercheroit vainement qui eussent été trouvés à Panticapaeum. 11 faut observer encore que dans les monumens de cette dernière ville on ne voit jamais des noms barbares comme ceux d'Ompsalacus ou d’Ompsalmus , que l’on rencontre , au contraire, dans les inscriptions d'Olbie.

3) Mais si ce fragment provient des ruines d’Olbie ; si jusqu’à présent on n'a jamais trouvé , ni à Kertsch , ni à Taman , dans les kourgans ou tumuli qui recèlent dans leur intérieur des tombeaux antiques , aucun monument écrit : il est évident que cette inscription n'a pu provenir d'aucun des tumuli de Kertsch.

4) 5) Cette inscription a peu de valeur, et ne constate nullement que l’ère du Bosphore ait été employée dans les monumens des villes grecques. Les deux dernières lignes que M. RR, regarde comme si précieuses , et sur

lesquelles il appuyé son opinion : EN Till. AKT. ETEI. KA1 MHNE AT2TPÜI. A . . ces lignes , dis - je , ont été ajoutées par un grec très ignorant après la découverte de l’inscription, pour lui donner plus d’intérêt. Je suis étonné qu’en les lisant M. RR. n’ait pas été choqué de cette manière d'indiquer l'époque , et qu’il ait été assez crédule pour la prendre pour véritable : il n’y en a point d’exemples dans tout ce que nous possédons en inscriptions.

Lorsque j’étois à Nicolaev on m’avoit assuré que ce fragment avoit été trouvé à Kertschj le même renseignement avoit été donné au correspondant de M. RR. Mais les gardiens de ces collections n’ont aucunes notices exacte» de leurs monumens. J’ai observé qu’ils ignoroient l’endroit où avoient été découvertes la plupart des inscriptions que j’avois copiées long-tems auparavant, dans les lieux mêmes où on les avoit déterrées. J’ai trouvé, par exemple, dans la petite collection de Théodosie , l'année dernière , une inscription provenant , à ce qu’on me disoit , des fouilles de Panticapaeum j et c’étoit pourtant celle que j’avois copiée long-tems auparavant, quand elle se trouvoit encore dans les ruines de l’ancienne Cherson. On ne peut voir rien de si infidèle que la copie que M. RR. nous a donnée, p. 59 . de cette dernière inscription de Cherson. Elle est falsifiée depuis le commencement jusqu’à la fin. Pour le prouver , je la remplacerai plus bas par une copie de la plus grande fidélité.

Dans l’explication du fragment cité d’Olbie, M. Raoul- Rochette a fait une méprise beaucoup plus grande que toutes celles que nous venons de relever: il croit, p. 12, que les Stratèges d’Olbie étoient des Généraux , ou chefs militaires , et cette erreur est répétée p. 199. Mais dans aucune des inscriptions des républiques grecques que nous possédons, le mot Stratège n’indique un chef de guerriers. Si dans la plus haute antiquité ce mot n’avoit que cette signification , il la perdit bientôt. Dans les anciennes inscriptions , les Stratèges ne sont que des magistrats civils.

C'est un fait très-connu et qui est prouvé dans une foule de livres.

L’inscription d’Olbie, que M. Raoul- Rochette a commentée avec beaucoup de détails , me fournira l'occasion de faire plusieurs remarques. Mais la copie qu’il en a donnée p. i5. étant trop inexacte, et ne distinguant point les endroits rétablis ou les lettres ajoutées, des mots que nous présente le marbre, il faut, avant tout, mettre sous les yeux du lecteur celle que j’en ai faite sur l'original même. On verra mieux alors , si les observations de M. RR. sont justes et admissibles :

« TAaHlTTXH / a % IAAEITIONT x p % y o i ITEPIANAÏIM e v HNSXIKPAT o u t TQA-APXON r e « nOTP0AIO2n o v p 0AIOTAHMHTP / o s a XLAAEOSETPH Çt BIOS A AOÛT A yu&o $OMAPOSETPHS $ s OTXnEPEIPHNHS » a < nOATKAPniASKAI a v AP AT A0IA2THSI1 o A s SL t KAITH2EATT wvuy si AS

noïpeAiosnoTP0Ai OÏAPXONTETQNENAEKA TONKAIAIAKOTETPHS . fi i • s AAOOÏAPXONTEYflNEN îix.»

r • l APOMÎinAtAHM

L’infidélité extraordinaire de la copie publiée par l’auteur des antiquités du Bosphore est d’un mauvais augure pour le reste des monumens que l’on trouve dans ce livre. Où a-t-on pris les noms d’Euryus et de Tosiade? ils ne se trouvent sur aucun monument d'Olbie. Ce sont des noms absolument imaginaires et plus barbares encore que les noms propres des Scythes d’Olbie. L'inscription en pe-

tits caractères , an bas du même marbre , portant le nom d'Eurexibius fils d'Adous clairement écrit, indique comment le même nom doit être rétabli dans l'inscription principale.

En lisant ce que M. Raoul - Rochette dit , p. 16. on croiroit que l'inscription rapportée par le voyageur Clarke d’après le Comte Jean Potocki et répétée dans les antiquités du Bosphore, pl. VII. n. a, a été trouvée en même tems que d’autres antiquités lors de la destruction d'un vieux fort. Mais ce u’est pas là que ce marbre, ainsi que plusieurs autres belles inscriptions peu connues ont été déterrés , comme je le dirai dans un autre ouvrage.

On désire plus de clarté et de précision dans tout ce que l’auteur des antiquités du Bosphore nous dit, p. 17- 18. des deux noms Olbia et Boiysthenis. Le fait est que la ville d’Olbie n’a jamais eu d’autre nom que celui d’Olbie, qu'elle ne s'est jamais nommée Olbiopolis , et que ses habitans s’appeloient Olbiopolites. Il n'y eut que les Scythes et les étrangers qui donnèrent à cette ville le nom de Boryslhénis , et aux habitans celui de Borysthénites. Dion Chrysostome n’est pas du tout à cet égard en contradiction avec Hérodote, et nous n'avons pas besoin pour concilier ces deux auteurs de dire avec M. RR. p. 18 : „que la différence des tems peut expliquer ce changement“, puisque ce changement n’a jamais existé. Il est probable que ce furent les navigateurs et les coinmerrans qui firent prévaloir dans l’étranger le nom de Borystliénis sur celui d’Olbie. Par cette raison nous ne dirons pas que ,,ce fut lors du rétablissement d’Olbia que les Scythes, mêlés avec ses anciens habitans, firent prévaloir dans l'usage commun le nom de Borysthénites sur celui d'Olbiopolites“. Car cette dernière assertion ne peut être prouvée d’aucune manière j et comme le texte de Diôn ne contredit en rien celui d’Hérodote , à quoi servent les conjectures pour concilier ces deux auteurs ?

Les médailles d’Olbie appellent toujours les habitons Olbiopolites. L’inscription d’un marbre destiné à servir de piédestal aux statues de Scptime Sévère et de Géta son fils, nous apprend que ce monument fut élevé par le sénat et le peuple des Olbiopolites. Un médaillon en brome de la même ville conservé dans le beau cabinet de M. le Général- en -chef Comte de Suchtelen, présente la légende OABIH.

M. Raoul - Rochette fait, p. 19. une remarque sur les noms barbares de son inscription, Euryus, Tosiades , Eurestheus. J’ai observé que les deux premiers n’existent ni sur le marbre de son inscription , ni sur aucun autre monument de la ville d’Olbie. Quant au troisième nom, celui d’Eurestheus , il n'est ni étrange ni corrompu, puisque le nom d’Eurestheus n’est qu’incorrectement écrit.

Parmi les mots de cette inscription qui , selon M. Raoul-Rochette, p. 19. ,, prouvent évidemment qu’elle appartient à un âge de décadence et de corruption”, M. RR. compte le mot APXONTETdlN, mot inusité dans la langue grecque. Mais on ne le tsouve pas dans l'inscription principale de ce marbre : il n'est que dans celle qui lui sert d’appendice , et qui probablement n’avoit pas été gravée comme la première par ordre de l’autorité publique.

Tout ce que l'auteur des antiquités observe sur dilférens lieux mentionnés par les anciens géographes, fourmille d'erreurs. 11 dit, p. 20-21 : ,,tous les géographes anciens ont parlé de l’ile Leucé consacrée à Achille, vis-àvis des bouches de lister, du bois et du cap sacrés, connus sous le nom de course d’Achille, à l’orient du Borysthène. — Arrien est cependant le seul qui ait commis l’erreur grave de confondre l’ile de Leucé avec la course d’Achille j et cette erreur n’a point été rélevée par Clarke, qui entre , à son tour, dans beaucoup de détails sur 1 état

actuel de cette île et sur sa destination ancienne". On voit par ce raisonnement que M. RR. ne s'est pas du tout familiarisé avec la ge'ograplïie de cette contrée. Tout ce qu’il en dit n’offre qu’erreurs et confusion. Voici les erreurs :

i) M. RR. ignore qu'il y avoit dans l’antiquité deux îles que l’on avoit consacrées au culte d'Achille j l’une située dans le liman du Borysthène , l'autre à peu de distance de l'embouchure de l’isier ;

а) 11 croit que l'ile où les Olbiens présentèrent leur hommage à Achille , étoit l’ile située à l’embouchure de l’ister }

3) que les Olbiens avoient construit un temple en l’honneur d’Achille sur l'ile située à l'embouchure de l’Ister;

4) que c’est de ce dernier fleuve que Dion Clirysostome a parlé;

5) que le bois et le cap sacré sont connus sous le nom de la course d’Achille j

б ) que ces lieux sont situés à l’orient du Borysthène;

7 ) que le bois et le cap sacrés sont une et même

chose.

Quoique ces assertions contiennent des erreurs très graves, on est cependant encore pins choqué que M. RR. parlant du culte rendu par les Olbiens à Achille , leur ait fait faire des pélérinages depuis l’embouchure du Boug jusqu'aux bouches du Danube pour révérer ce héros, au lieu de leur faire visiter tout naturellement l'ile d’Achille qui étoit très-près d’Olbie et où ils avoient bâti un temple en son honneur. On est surpris qu’à cette occasion M. RR. n’ait pas fait mention d’un temple d’Achille dans l'intérieur de la ville d’Olbie.

Quand un auteur parle dans ses recherches litéraircs de quelques endroits célèbres dans l'antiquité, on doit attendre de lui, si non de nouvelles découvertes, au moins toute l’instruction qu'on peut trouver dans les livres connus et consultés par ceux qui ont quelque prétention à la science. Mais les particularités que donne M. RR. su»

Olbie et sur les lieux célèbres d'alentour , étant au dessous de ce qu’on peut apprendre dans les manuels de géographie ancienue , le lecteur se tromperoit s’il altendoit de son livre des notices nouvelles sur l'histoire des deux îles consacrées à Achille , sur la course d’Achille , sur la position du bois sacré , etc. Cependant ces sujets dans un livre comme celui de M. RR. auroient dû, sinon être traités en détail , au moins être touchés et indiqués de loin. Toute cette partie de la géographie ancienne est l’objet d’un mémoire particulier que je publierai sous peu.

A la fin d'un court extrait d’Arrien , M. Raoul -Rochette accuse cet auteur , p. ao : ,, d’avoir été le seul qui ait commis l’erreur grave de confondre l'ile de Leucé avec la course d’Achille 11 . Cette accusation est sans fondement. Arrien dit (Peripl. P. E. p. ai. — Anon. PeripI P. E. p. io), en parlant de l’embouchure du Danube: v)/<ro,- ir^oxtirxi, )]v rivx oi /J-tv XJto; vîjvcv , « / it AfO.aov A%‘ AAi»î, 0 / 6t Aev:u;y éri rîjç xpotxi ôva/iagovaiv : ,,une île est située à l'embouchure de ce fleuve : elle est nommée par les uns , l’ile d’Achille j par les autres , la course d’Achille j par d’autres encore , Leucé , à cause de la couleur 11 . On avoit entendu parler d’une île et de la course d’Achille. Quelques - uns avoient pris l’ile près de l’embourliure de lister pour cette île, et comme dans son voisinage il ne se trouvoit aucun endroit auquel on put donner le nom de course d'Achille , l'ile citée avoit été ainsi nommée par quelques navigateurs. Arrien n’expose pas son opinion, il ne décide pas quel nom il faut donner à cette île , il ne fait que citer les différentes dénominations que les navigateurs lui avoient données.

Je suis fâché de trouver dans les remarques de M. Raoul- Rochette sur les cinq dernières lignes de l’inscription en l’honneur d’Achille, p. 2 a — a5. plusieurs erreurs. Ces erreurs ne proviennent pas tant de l'obscurité de ces

ligne* que de 1» trop grande hardiesse arec laquelle M. RR. croit pouvoir trancher sur l'explication des endroits qui, tels qu'ils nous sont parvenus, n'en admettent aucune de certaiue. M. RR. prétend :

t) que le mot APOMA11A1AHN que porte sa mauvaise copie au lieu de APOMUflALtHM , indique un mois Dromapaedes ;

2 ) que dans le commencement de la troisième ligne , TONS AIAIXKOI , on doit trouver le nom du même mois Dromapaedes ;

3) que le mot ENAEKATON signifie que ce prétendu mois Dromapaedes étoit l'onzième mois de l’année des Ol biens.

Quant à la première assertion , on doit observer qu'il serait un peu trop hardi de vouloir forger un mois inconnu jusqu'à présent et nommé Dromapaedes , en s'appuyant sur l'autorité d’un mot mal copié qui se trouve dans les cinq lignes peut-être inexactement gravées d’un marbre qui est mal conservé. La vraie leçon APÜM11- IIAIAHM. quoique obscure, prouve, au surplus, qu'il ne peut pas être question du nom d’un mois.

La seconde assertion de M. RR. est plus hardie encore que la première et , par cette raison , elle n’est pas plus admissible. Car la première syllabe TON appartenant à la ligne précédente, termine le mot ENAEhAiON et ne peut pas être corrigée. Si l'explication par laquelle l’auteur des antiquités a découvert le prétendu mois Dromapaedes dans la dernière ligne eBt tout-à-fait fausse j la seconde supposition qui fait voir dans les lettres TON KAIAIEKOTf , la répétition du même mois imaginaire Dromapaedes, est encore moins heureuse. Ces cinq lignes étant trop obscures pour en découvrir le sens, il est possible que les mots A1EKOY et A PO Mil il Al A indiquent l’intervention des deux Archontes cités dans cette appendice à l’occasion de quelques jeux gymniques.

Enfin ce que l’auteur nous dit pour expliquer le mot ENAEKATON et qui n'avoit pas besoin de l’étre , doit étonner tous ses lecteurs. Au lieu de rapporter ce mot.

répété deux foi» , à APXONTETI2N , seule interprétation raisonnable , il suppose que ENAEKATON , appartient à son prétendu mois Dromapaedes , et qu'il indique que ce mois est l’onzième de l’année ! Non seulement l'auteur n'a produit aucun argument pour donner à cette assertion l'apparence de la vérité , mais il prétend eucore , p. 23. que les mots ME1NOX 11PATOT , qu'on lit dans une inscription publiée par M. Walpole , ne signifient pas le premier mois, mais qu'il faut les traduire comme un nom propre. M. Raoul -Rochette s’est ainsi efforcé de trouver dans une inscription l’indication que son mois Dromapaede est l’onzième dans le calendrier d'Olbie , où cette indication ne se trouve pas; et dans un autre monument, où il est probable qu’un mois est en effet nommé le premier, il attribue au mot I1PATOT une autre signification. Au reste n'ayant pas trouvé cette dernière inscription à la page citée 48°. des mémoires de M. Walpole, je ne puis juger que d'après la probabilité.

L’auteur des antiquités du Bosphore, égaré par l'explication forcée qu'il a faite, ne pouvoit pas remarquer un point essentiel dans ce même marbre j savoir : que les cinq dernières lignes de cette inscription n’y ont été ajoutées que sept ans après la dédicace du monument. Ce fait est prouvé lorsqu’on compare l’inscription en grandes lettres avec celles dont les caractères sont plus petits. Dans la première , Purtliaeus fils de Purthaeus et Eurexibius fils d’Adous sont nommés comme Archontes pour la quatrième fois , tandis que dans la dernière on dit de ces mêmes personnages qu’ils ont été investis de cette dignité pour la onzième fois. Les lignes en petits caractères, ou la seconde inscription , ne sont donc évidemment qu’une appendice ou un accessoire, et comme l’inscription principale ne présente aucune difficulté, il est très probable que cette appendice obscure et mal exécutée a été gravée sans autorité publique, d’après la volonté des deux magistrats, Scythes d'origine, et par cela incapables d’écrire cor-

rectement en grec. De là peut provenir aussi le verbe inusité A PXONTETÜN.

M. Raoul -Rocbette donne à ses lecteurs p. a5. une inscription écrite sous le Roi Paerisade , inscription qu’il dit être ,,une des plus précieuses pour l’histoire de ce royaume , que le tems ait laissé venir jusqu'à nous**. Mais plus M. RR. accorde d’importance à ce monument, plus il regrettera que la copie qu’il en a donnée soit si vicieuse qu’il n'y a presque pas une ligne qui ne présente une faute. En voici une copie dont le texte est absolument conforme à 1 original :

HENOKAEIAH£no2IosANE©HKF.

T ONNAONAPTEMI AI ArPOTEPAI APXONTosnAIPISAAOTSTOT AETKnNOv B o2:nopoTKAI&ETAo XIHSKAIBASIAETnNSINAnN KAIToPETnNKAIAANAAPlaN M. RR. nous dit, p. a 6 : ,,les caractères sont du plus beau tems de la Grèce, c'est à dire du siècle d’Alexandre, autant que j’en puis juger d’après la copie faite avec beaucoup de soin, que j’ai reproduite ici K . On jugera du soin avec lequel cette copie a été faite, en la comparant avec celle que j’ai donnée. Tout est infidèle dans la copie de M. RR. Tantôt on a omis des lettres, tantôt on leur eu a substitué d’autres qu’on chercheroit en vain sur la pierre. M. RR. parle de la beauté des caractères. Où a-t-il appris que ces caractères sont beaux ? Il ne citera pas sans doute en preuve un misérable dessin lithographié et ajouté à ses planches, pl. IV. n. 3. Ce dessin est infidèle, et les lettres n’y ont pas la forme qu’on remarque sur l’original j elles paroissent avoir été tracées de mémoire par une main inhabile.

R La copie de M. Raoul-Rochette étant vicieuse il en résulte que les observations qu’il a faites , p. 26 . sur les incorrections [qu’il supposoit dans l’original , quant aux

mots ©F.TA° 2 Y£ et AANAAPloN. n'ont oncus fondement. Egaré par sa copie il veut, au lieu de ©Ei-i â 2 ïE. qu’on lise c.fAO£l.-i 2 ; mais pourquoi pas 0 ETA U Z 1 H 2 , comme il pouvoir trouver ce mot écrit dans l’inscription de la reine Comosarye et dans celle de Mestor ? C'est, au surplus , la véritable leçon de l’inscription de Xénoclide. Quant aux Dandariens , leur nom est correctement écrit dans l’original.

M. Raoul-Rochette après avoir mentionné, p. 26 et 3 o, la faute de grammaire de BASIAET-N. au lieu de B AXI- AEF'-'N foX . ajoute : „ces sortes de fautes se rencontrent assez fréquemment sur les marbres antiques, et proviennent ordinairement du caprice ou de l’inadvertance du graveur. D’ailleurs l’exemple que j’ai cité de APXüN- TETÜN. dans une inscription d’Olbie, fait présumer que cette locution n’étoit pas inusitée au Bosphore". Mais le participe APXON i'ETdlN du marbre d’Olbie qualifié de barbare par M. ER. p. 19. qu’a-t-il à faire avec le BAXl- AEf“N d’une inscription du Bosphore? Si le premier est , si non barbare , du moins inusité , le participe BA- XIAET^N l’est- il aussi ? Ou , si APXONTFTHN est employé dans une appendice ajoutée par deux magistrats Scythes d’Olbie à une inscription grecque , par quelle raison doit- il avoir été une locution non inusitée au Bosphore ?

L’incorrection de la copie de l’inscription de Xénoclide fournie à M. Raoul-Rochette l’a engagé à faire plusieurs remarques peu fondées. Prenant pour base les leçons vicieuses de sa copie, tout son raisonnement, p. 27— 28. devoit devenir faux et ne rien prouver de ce qu’il vouloit. Par exemple, p. 27—28: ,, L’emploi simultané des deux formes du génitif sur les monumens du même prince et de la même époque, est donc un fait incontestable". Dans la copie de M. RR. le génitif du nom du roi étoit écrit II. lPISr A T j mais sur l’original on lit ll.-il- PlSAAOJfE. Au lieu d’examiner les quatre inscriptions qui

ai

portent le nom de Paerisade et la médaille en or, et de les rapporter, comme il le falloit, à deux princes du même nom : M. RR. confond ces cinq monumens ensemble.

L’inscription de la reine Comosarye , celle de Mestor et celle de Xénoclide , appartiennent au règne de Paerisade I, fils de Leucon.

Mais l’inscription que j’ai publiée (Monum. de Com. p. 18 — 19. pl. VI.) et où se trouve nommé Paerisade fils de Spartocus , est d'un autre prince , peut - être de Paerisade 11. On doit rapporter à ce dernier roi la médaille en or que M. RR. p. 48 — 49- veut à toute force attribuer à Paerisade .1. contre l’opinion de Visconti qui , avec beaucoup plus de probabilité , prétend qu’elle est de Paerisade II. fils de Spartocus.

Pour dire que cette médaille qu’on voit au cabinet de Paris est de Paerisade I. il faut des preuves , et M. RR. n’en donne aucune. Je doute même qu'on puisse en imaginer qui ayent la moindre probabilité. 11 faut observer que la légende de la médaille porte le nom du roi BA£[- AE n £ riAlPI£AAoT, écrit comme nous le voyons dans le marbre de Paerisade II. fils de Spartocus, sans le £ final : BA£IAET 0 NT 0 £nA(PI£AAOT£nAPT 0 K 0 TAE 12 £TPAT°£ et quoique la différence entre les deux formes du génitif lïaifiKTxiov; et Hxipiaxicu ne soit pas, par elle même, d'une très-grande importance, cependant l’argument que j’ai produit et qui prouve que dans le même pays ces deux formes ont prévalu successivement à deux différentes époques, cet argument, dis-je, doit l'emporter sur une simple assertion de M. RR.

II résulte des observations que je viens de faire :

1) que M. Raoul -Rochette n'a nullement prouvé que la médaille en or du cabinet de Paris a été frappée sous Paerisade I. ni qu'elle porte le portrait de ce roi;

a qu'il est probable que cette médaille est plutôt de Paerisade II. fils de Spartocus;

3) que l'emploi simultané des deux formes du génitif sur les monumens du même prince et de la même époque, n'est pas un fait incontestable, comme le dit M.

RR. p. 28, puisque ces deux formes ne se trouvent ni sur les monumens du même prince, ni sur ceux de la même époqae. J’ajoute encore :

4) que la médaille de Paerisade du cabinet de Paris n'est pas unique , comme le croit M. RR. p. 48. note I , et qu'on en trouve dans la collection du Dr. Hunter à Glasgow un autre exemplaire d’une très-belle conservation.

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