‹ Remarques sur un ouvrage intitule antiquites grecques du BosphoreCimerienChapitre 16 sur 30 · CXXXV1II · texte numérisé non relu

CXXXV1II

Le lecteur aura vu dans ce mémoire, quel succès l’auteur des antiquités du Bosphore a eu dans l’explication des médailles qu’il lui a communiquées. Après les planches sur lesquelles ces monnoies sont représentées , l’auteur a donné un grand nombre d’inscriptions. En les parcourant , je vois que l’inscription n. 5. pl. VIII. porte cette souscription :

— iag —

prout a me restituta est.

J’ai été curieux de connoitre comment M. Raoul-Rochette avoit rétabli ce monument que j’ai publié depuis longtems, et dont j'ai depuis comparé plusieurs fois l’original avec ma copie imprimée. Pour mettre le lecteur à mémt de juger des éloges dds à M. RR. dans cette circonstance, je répète ici l’inscription avec les lacunes et avec les espaces des lettres effacées , telles qu’elles se trouvent sur le marbre, et comme elle est imprimée dans ma dissertation sur le monument de la reine Comosarye (p. 68 - 69 . VIII) s

ArA0HI TTXHI TONAnonPOrONUNBAEIA . T

NTIBEPI0NI0TA10N2ATP0MA flIAOKAISAPAKAMiAOPÜMAIONETE BHIO ANE2TPAT02XE1A1APX02

, TONI . . 2 . . . KAIAE2I10THNANE2TH

Je l’ai rétablie , p. 69 , comme suit :

ATA0HI TTXHI

T0NAn0nP0r0NÜNBA2IA sTovra/3a<r/è*« fiocaikea NTIBEPI0NI0TAI0N2ATP0MA ryv <WA0KAI£APAKAI<WA0PIIMAI0NET2 « BHlOo^oç ANE2TPAT02XEIAIAPX02 TON **<S If >* KAIAE2ÜOTHNANE2TH 2ATEIMH2XAPINENTHI

Voyons maintenant comment M. Raoul-Rochette a réussi à rétablir ce monument. Voici son texte :

AI’AOHITTXHI

TONAnOnPOTON J1NBA2LA «Tovr* r o NTlBEPI0N10TAI0N2ATPt)MA r 7 v 0[AOKA12APAKAl®lAOPilMAIONET2 s BHIO v K, » ( ANE2PAT02XELAIAPX02 TONI<f/ov2a.r7 P aKAlAE2nOTHNANE2TH

2ev

Je fais sur le travail de M. Raoul-Rochette le» observations suivantes :

L. 2 . M. RR. a rétabli comme moi la lacune BA- SIAeTovra: mais il a omis BAEIAEA BASIAEÜN, mots qui doivent s’y trouver pour remplir les lacunes des ligues 2 et 3, et que l'on voit de même dans d’autres inscriptions du même roi Sauromatc II.

Au commencement de la 3. 1. l'éditeur a écrit roN, devant TIBEPION. 11 seroit superflu de remarquer, que cet article est absolument inconvenable et faux devant le nom du roi , et la lacune exige , en outre , un mot beaucoup plus long.

L. 5. M. RR. a suppléé les mêmes lettres qui sont dans mon texte. Mais 1. 7 . où les lettres subsistantes, et les espaces des lettres effacées et indiquées soigneusement, obligeoient de lire TON a .nS.xp a , il a écrit TON/é/ov Soir ijpoc. Dans l’espace avant le S il n'y a de place que pour deux lettres ; M. RR. y en a mis quatre. Après le £ il n’y avoit anciennement que trois lettres, M. RR. y en a mis cinq. Ignore-t-il qu’on doit toujours suivre les traces de l’ancienne écriture ? S’il s’est trouvé eboqué de ce que le Chiliarque Julius Anestratus appelle César le roi Sauromate, fait que ce marbre prouve à l’évidence, il auroit dû laisser subsister les deux lacunes, et non pas les remplir par des mots trop longs, impropres dans cet endroit, et qui ne sont pas même grecs. Car on ne peut pas dire, TON IAION SJirHPA, son propre sauveur , mais bien TON EATTOT EÜTHPA , son sauveur. Au surplus, les mots<KAI AFEITOTHN qui suivent, s'accordent parfaitement avec KAISAPA, mais nullement avec la prétendue correction de M. RR.

Examinant de nouveau ce marbre àTaman, je me suis apperçu qu’à la 1. 3, avant les lettres NT1BEPION, on distingue encore les restes de la partie supérieure d’un A. D’après cette indication , on avoit donné dans ce monument à Sauromate le titre de grand , titre qu’il porte aussi sur une autre inscription (Mon. de Com. pl. VII.) et la lacune au commencement de la 1 . 3. doit alors être remplie par les lettres BAEIAEJINMETAJNTIBEPION.

On doit excuser celui qui, voulant interpréter on rétablir un texte difficile et obscur , ne réussit pas d’abord , daus cette entreprise. Il a du moins le mérite d’avoir ouvert la route et applani les difficultés. Mais l’auteur qui travaille sur un texte ou un monument dont on s'est déjà occupé, ne donne pas une grande idée de ses facultés intellectuelles et de son savoir, si ses recherches, loin d’ajouter à celles de ses devanciers dans la même carrière, leur sont de beaucoup inférieures.

Le lecteur jugera si cette remarque ne s’applique pas à tout ce que M. Raoul - Rochette a écrit sur l’inscription d’Anestratus , sur celle de la reine Comosarye , ainsi que sur plusieurs autres sujets traités dans ses antiquités du Bosphore.

En examinant les planches ajoutées aux antiquités cimmériennes de M. Raoul - Rochette , on voit qu’elles sont remplies d’inscriptions incorrectes et qui cependant avoient déjà été plusieurs fois imprimées correctement. On en reconnoit même quelques unes qui ont été gravées avec beaucoup de soin, dans des ouvrages que le correspondant de M. RR. auroit dû connoître. Enfin on regrette que la bonne volonté de l'éditeur n’ait pu , en partie par cette négligence , atteindre le but qu’il s’étoit proposé. Ce qui choque encore dans cette masse d’inscriptions , c’est un désordre parfait : on diroit qu’elles ont été imprimées

telles que le hazard les avoit arrangées ensemble. C’est véritablement radis indigestaque moles. La plupart dé ces inscriptions incorrectes sont restées sans aucune explication, et il n’en est pas même fait mention dans le livre de M. Raoul- Rochette. Des fragmens sans valeur, comme ceux de la planche IX. n. 4- et 7 . et plusieurs autres semblables, servent plutôt à défigurer un ouvrage qu’à l’enrichir.

Conclusion.

Les antiquités du Bosphore qu'a publiées M. Raoul- Rochette n’ont point avancé nos connoissances en histoire et en antiquités et la Russie méridionale , si riche en monumens anciens, n’y a absolument rien gagné. Toutes les inscriptions qui accompagnent ce livre , ont été mal copiées ; les médailles sont , tantôt frustes et incomplètes , tantôt fausses, toujours très- mal dessinées et misérablement gravées. Le peu d’avantage qu’on pouvoir retirer de pareils matériaux , est encore perdu par les explications arbitraires que s’est permises M. Raoul-Rochette, ainsi que par les hypothèses gratuites et dénuées de toute vraisemblance, qu'il a entassées les unes sur les autres. De cette manière il n’a fait qu'embrouiller et obscurcir les sujets qu’il a entrepris de traiter.

Mais comme il est probable que le xèle infatigable des corrcspondans de M. Raoul-Rochette le mettra bientôt en possession , comme il l’espère , de copies d’autres inscriptions et de dessins d'autres médailles , on l'invite à écrire ses nouveaux commentaires avec un peu plus de critique, à approfondir un peu mieux ces matières, et surtout à s'abstenir d’hypothèses qui n'ont aucun fondement dans l'histoire.

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