Remarques sur un ouvrage intitulé Antiquités grecques du BosphoreCimmérien
(Quelques mois après avoir eu connoissance du mémoire que M de Stempkovski a public pour annoncer au monde savant la découverte qu'il croit avoir faite d'un nouveau roi nommé par lui Rhadaméadis , j'ai reçu un ouvrage ayant pour titre : Antiquités Grecques du Bosphore-( % immérien publiées et expliquées par M, Raoul - Rochette , Membre de l'académie royale des Inscriptions et belles lettres , et de la légion d'honneur ; l'un des Conservateurs-Administrateurs de la bibliothèque du roi ; à Paris , chez Firmin Didot 182a, in 8vo de 217 pages, av îc figures. A la fin du volume l'auteur a ajouté le mémoire dont je viens de parler, et qui porte ce titre : Notice sur les médailles de Rhadaméadis , roi inconnu du Bosphore- Cimmérien } découvertes en Tau ride en i8ao, par M. le Colonel de Stempkov l,i , p. 218 - a35. Le nom de M. Raoul - Rochette suffit pour recommander les antiquités grecques du Bosphore. Ses compatriotes lui auront l'obligation de leur avoir fait connoitre plusieurs monumens anciens qui étoient avant- lui épars dans beaucoup de livres peu ou point connus eu Fiance , et ils le loueront de sa franchise à reconnoitre les services qu'il a reçus de M. de Stempkovski. C'est M. de Stempkovski en effet qui a fourni à M. Raoul-Rochetle des dessins de médailles, des copies de quelques anciennes inscriptions et, pour me servir des propres paroles de ce dernier, p. .2. de l'introduction aux Antiquités Grecques , ^plusieurs idées trèsingénieuses , concernant la nature et l'explication de ce* monumens". En outre la complaisance de M. de Stemp-
kuvski a élu un des motifs qui ont engagé M. Rli. à dédier son livre à Sa Majesté l'Empereur Alexandre.
En approuvant l'expression des sentimens de l'auteur des antiquités du Bosphore, on doit regretter qu'il ait été si mal servi dans le choix des inonumens sur lesquels il a exercé son érudition. Us n'offrent en effet que des médailles ou mal conservées, ou supposées par des faussaires mal-adroits 5 pas un dessin qui soit fidèlement rendu. De là vient que les planches ajoutées à l'ouvrage de M. Raoul- Roche tte ne donnent absolument aucune idée vraie des originaux qu'elles représentent.
Les anciennes inscriptions n'ont pas été plus heureusement traitées : elles fourmillent de fautes, parceque les copies envoyées à M. Raoul -Rochette ont été faites par des mains inhabiles à ce travail. L'inscription qui se trouve lithographiée, pl. IV. n. 3. n'a aucune ressemblance avec l'original, et par conséquent ne peut être d'aucune utilité.
M. Raoul -Rochette assure néanmoins que les dessins qu'il a reçus ont été fort soignés et sont très-exacts. Mais si toutes les médailles, toutes les inscription: qu'il a publiées, prouvent le contraire , nous devons regarder ces éloges comme dictés par une indulgence bien naturelle envers Mr. de Stempkovski.
M. Raoul -Rochette n'a donc pû s'empêcher de commettre beaucoup d'erreurs et même de très-fortes , puisqu'il avoit la plus grande confiance dans des renseignemens inexacts et de mauvais dessins. Il lui a été impossible encore , par la même raison , de remplir la promesse qu'il avoit faite dans son introduction , p. 1 : „de rectifier des faits, jusqu'à ce jour peu ou mal connus, de l'histoire du Bosphore- Cimmérien , par de nouveaux témoignages de l'autorité la plus haute"!
On doit souhaiter que M. de Stempkovski se donne plus de peine , pour réaliser l'espérance qu'il a donnée à M. Raoul-Rochette, p. a : „d'ajouter bientôt par de nouvelles découvertes à la somme de nos connoissances sur l'histoire ancienne du pays qu'il habite" 5 puisque, ajoute M. Raoul-RocJielte, ,,l'on peut tout attendre du zèle avec
lequel un homme aussi éclairé se porte à la recherche des monumens de ce pays".
Quoique la plupart des fautes que ce livre contient soient «i évidentes qu'elles n'ayent pas besoin d'être relevées , cependant comme les recherches de M. Raoul-Rochette pourroient faire circuler beaucoup d'erreurs à l'aide des médailles , des inscriptions et des antiquités de la Russie méridionale qu'il y a joints, j'ai cru devoir publier quelques observations critiques sur son ouvrage.
Remarques sur un ouvrage intitulé : Antiquités du Bosphore - Cimmêrien.
M. Raoul - Rochette, en parlant des colonies Milésiennes du Pont-Euxin, dit p. 4- de l'introduction : «quelques citoyens pui&sans usurpèrent la souveraineté de chacun de ces petits états". J'observe que si cette remarque e*t fondée par rapport à plusieurs de ces républiques, elle ne peut regarder en aucune manière les colonies grecques dont il est question dans le livre de M. Raoul- Rochette, et auxquelles il en a fait l'application. La ville d'Olbie, par exemple, dont l'histoire, le gouvernement et les coutumes nous sont plus connus que ceux de beaucoup d'autres états, n'a jamais vu aucun de ses citoyens s'emparer de la souveraineté. Aucun de ses monumens , aucun ancien historien, ne nous a transmis ce fait. La même remarque doit être appliquée aux villes de la Chersonèse- Taurique. *
A la môme page l'auteur nous dit : „il s'éleva bientôt dans le Bosphore -Cimmêrien une dynastie dont nous ne connoissons l'existence , le nom d'Archéanaciides , et la durée qui fut de quarante-deux ans, que par le témoignage du seul Diodore de Sicile". 11 est vrai que Diodore parle de la dynastie de ces rois , mais les Archaeanactides ne peuvent pas néanmoins être regardés comme rois des villes grecques du Bosphore, Panticapaeum et Phanagorie, puisqu'ils n'en étoient que les premiers magistrats ou archontes. S'ils port oient en même tems le titre de rois , ce n'étoit que par rapport aux peuplades Sauromates de l'Asie qui leur étoient soumises. Cet état du gouvernement au Bosphore et cette relation des Grecs et des Sauromates avec leur chef , sont clairement attestés par trois inscriptions faites du tems de Paerisade I. , celle de la reine Comosarve, de Mestor et de Xenoclide : dans toutes les trois, Paerisade est qualifié du titre d'Archonte du Bosphore 'et deTbéodosie, et de roi des Maeotes et d'au-
très tribus Sauromates. Une autre ancienne inscription donne à Spartocus fils d'Eumélus le titre d'Archonte et de roi. L'éty mologie vient à l'appui de cette remarque, parce que le mot Arcbaeanaclides signifie préposés ou archontes des citoyens. Voyez Sophocle dans sa tragédie d'Oedipe-Roi (v. 902. p. 76.) et la remarque de Brunck (p. 436. Ed. Erf). Bayer avoit donc parfaitement raison, en écrivant : uirchaeanactidae t Milesiorum apud Panticapaeum coloniam, magi stratus magis, quant reguli. Si M. Raoul -Rochelle veut, contre le sentiment de Bayer, soutenir que les Arcbaeanaclides ont été rois de l'établissement grec aussi bien que des Sauromates, il faudroit :
1) détruire l'étymologic du nom des Arcbaeanactides que j'ai citée.
a) détruire la certitude qui résulte des quatre inscriptions faites pendant le règne de Paerisade I, et de Spartocus lils d'Kumélus.
3) donner des preuves que les Arcbaeanactides ont été des princes souverains des Grecs aussi bien que des Sauromates.
A la fin de l'introduction, p. 10. M. Raoul -Rocbette observe qu'il a „réuni sous les yeux du lecteur , le recueil complet des inscriptions du Bosphore". Sans doute que n'ayant jamais résidé dans la Russie méridionale, ne l'ayant pas même visitée , il ne pouvoit savoir si le recueil qu'il a fait connoitre étoit complet ou non , ni se dispenser à cet égard de s'en rapporter à l'autorité de M. de Stempkovski, ou de quelque autre amateur. Mais le fait est que M. Raoul-Rochette a été mal informé.
Je suis fâché que M. Raoul-Rôchette ait mis à la tète de ses antiquités une inscription qu'il dit , p. 11: „avoir été trouvée en 1809 , dans un de ces nombreux Tumulus qui environnent Kertscb , l'ancienne Panticapée (Panticapaeum) et depuis transportée au musée de Nicolaev. Quoiqu'elle ne soit qu'un fragment", ajoute-t-il, „elle est précieuse, en ce qu'elle constate, pour la première fois, par