‹ Remarques sur un ouvrage intitulé Antiquités grecques du BosphoreCimmérienChapitre 10 sur 39 · LXX · texte numérisé non relu

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M. Raoul • Rochette dit , p. 98 : „la première de ces médailles, pl. I. m. 9. 10. 11. nous offre incontestablement les traits d'un prince barbare, coiffé d'une espèce de chapeau d'une forme particulière aux nations scythiques". Je réponds à cette description, que les figures que M. RR. a données de ces médailles sont , s'il est possible , encore moins exactes et plus infidèles que les autres qu'il a publiées dans son ouvrage. Sur tous les exemplaires que j'ai vus de cette monnoie, y compris celles des m. 9. et 11. l'avers porte clairement la tcte imberbe de Mercure, couverte du pétase, seul type de la classe des monnoies d'Olbie , qui ont le caducée pour revers , et si le dessinateur des médailles citées y a vu la téte d'un roi en costume barbare, il a suivi son imagination ou son caprice, et n'a pas copié ce qu'il voyoit sur l'original. Ce que l'auteur nomme 'une espèce de chapeau d'une forme particulière aux nation* scy thiques, sans nous donner d'autres preuves de l'existence de ce costume, n'est autre chose que le pélase de Mercure.

H est vrai que l'inexactitude et le peu de pratique de celui qui avoit fait les dessins ont conduit M. RR. dans cet aby me d'erreurs 3 mais cette remarque ne l'excuse pas, puisqu'aucun antiquaire expérimenté n'oserait publier une médaille d'uu genre particulier , pour la faire servir de base à de nouvelles hypothèses , sans avoir la certitude que cette médaille est authentique , et si on ne lui en avoit communiqué que le dessin, il s'assureroit que l'original a été fidèlement rendu.

Quelques mots sur ces médailles de Scilurus prouveront le peu de solidité des remarques de M. Raoul -Rochette. Ces médailles, même si elles étoient bien conservées , sont du nomhre des plus ordinaires et des moins bettes- que nous avons de la ville d'Olbie. L'avers de la classe de médailles à laquelle elles appartiennent est toujours la tôle de Mercure j et le caducée en est le revers. Bref, ces médailles n'appartiennent pas à Scilurus, contemporain de Mîthradate :

1) comment pourroit-on s'imaginer qu'un chef si puissant eut fait frapper à Olbie ces mauvaises monnoies ?

a) comment Scilurus auroit - il pu consentir à ce que son nom fut placé sur la plus chétive monnoie d'Olbie ? N'auroit-il pas préféré de faire frapper des monnoies en or et en argent, comme le faisoit Mithradate, comme le sont plusieurs médailles d'Olbie, ou bien en grand bronze, « à l'instar encore de celles de la même ville dont plusieurs sont d'un assez beau style?

3) la tête de Mercure et le caducée, qu'avoient-ils de commun avec un roi qui ne faisoit que la guerre, et qui ne vivoit que de rapine ?

4) la fabrique de ces médailles porte -t- elle des marques qui attestent qu'elles soient de Scilurus contemporain de Mithradate? IV'appartiennent-elles pas plutôt à des tems bien postérieurs à ce roi , à l'époque voisine de la décadence d'Olbie ?

Par toutes ces raisons il est iudubitable que ces médailles ont été frappées à 0\}>ie dans un tems bien posté-

rieur à celui de Mithradate } et la conséquence nécessaire de ce fait c'est que Scilurus l'ennemi redoutable de ce roi du Pont n'a pas fait frapper ces monnoies, et qu'elles ne l'ont pas été non plus en son honneur par les 01biens. Mais il est très-probable , que le nom de Scilurus • est celui d'un de ces petits rois scythes, qui infestoient de tems en tems la ville d'Olbie, comme le prouve le décret de cette ville en l'honneur de Protogène, ainsi que d autres inscriptions dont deux ont été citées au §. LX111. La ville d'Olbie frappa cette monnoie, peut-être à la demande de ce Scilurus, d'un de ces brigands, dont les moyens ne lui permettoient pas de faire exécuter des pièces avec plu» de dépense.

Il résulte des observations précédentes, que M. Raoul- Rochelte n'a nullement rempli les magnifiques promesses qu'il avoit faites a ses lecteurs, et que les découvertes extraordinaires dont il avoit donné l'espérance se sont évanouies. Voici en quelles termes il a fait cette brillante annonce, p. 98 : „jusqu'à ce jour, aucun antiquaire n'avoit môme imaginé qu'il pût exister des médailles des rois scythes et sarmates. Les monnoies que je donne ici prouvent que ces princes en ont aussi fait frapper à leur effigie ; et, indépendamment de la confirmation qu'elles donnent aux témoignages de l'histoire , elles sont encore un fait neuf en numismatique , un fait qui ouvre une série toute nouvelle d'observations, et qui peut devenir, à l'aide de découvertes ultérieures , fécond en conséquences du plus haut intérêt pour l'histoire et la chronologie". — !

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