LV
Puisqu'il a été question ici des trois inscriptions faites tous Paerisade I , il ne sera pas inutile d'ajouter une remarque sur ces monumens.
L'inscription de Xénoclide découverte la dernière , est très-intéressante , puisqu'elle nous donne la certitude que ces monumens ont été faits sous Paerisade I. fils de Leucon,
L'inscription de la reine Comosarye ayant été gravée par les ordres de l'épouse de Paerisade I , a l'avantage de tenir plus de l'autorité publique que les deux autres monumens, érigés par de simples particuliers, Xénoclide et Mestor. Elle est d'un intérêt très-grand, puisqu'elle nous apprend le nom de la reine, celui de son père Gorgippus et ceux de ses divinités tutélaires.
L'inscription de Mestor fils de Hipposthénès nous confirme le titre de Paerisade que nous trouvons sur le monument précédent. Au reste , elle est gravée sur un très beau marbre blanc , tandis que celle de la reine Comosarye se trouve sur une grande table de granit. Celle de Xénoclide au contraire est partagée sur deux pierres calcaires détachées, qui avoient été employées dans la con-
struction du temple consacré à Diane Agrotéra , et elle accuse ainsi le peu de fortune de celui qui l'a fait graver*
J'avois dit dans ma description du monument de la reine Comosarye , p. 80-81. que les Maeotes dont nous Tenons de parler , sont nommés sur les deux inscriptions du tems de Paerisade, MUTAI, au lieu de M AI AT AI, et que par cette raison il me paroissoit assez certain, que ce n'étoit pas une faute de graveur , mais plutôt la prononciation vulgaire qu'avoit ce nom dans le Bosphore. Que dit là-dessus M. Raoul-Rochette, p. 85 ? que cette dernière particularité n'a point assez été remarquée par moi , ,,et qu'elle semble venir à l'appui de la leçon Mwyrjfi dont Hérodote se sert constamment pour désigner le Palus Maèotide". Mais je le demande :
1) quel rapport peut-il y avoir entre le nom d'un peuple écrit sur deux monumens MAITAI au lieu de HIALftTAI, et l'usage d'Hérodote qui, d'après son dialecte, nomme la mer d'Azov 7 Mxnjn; ?
a) ce qui est une forme ionienne peut-il être une leçon?
3) puisqu'il manque une lettre dans le mot MAITAI , pourquoi M. RR. croit - il qu'il faut plutôt la remplacer par la lettre H que par l'A ? Cette supposition est si fausse et si dénuée de tout fondement, qu'il est inutile de la relever davantage.
Il résulte de ces observations que M. RR. a eu tort de dire : que je n'avois pas assez observé la particularité dont il est question, et qu'il a eu tort, en outre, de croire qu'elle vient à l'appui de sa prétendue leçon MxiTjnç dans Hérodote.
Dans les monumens de l'antiquité eu trouve trop souvent des faits et des questions qu'il est impossible d'éclaircir, et dont les difficultés sont insurmontables. De ce nombre est le mot 0ATEAN à la fin de l'inscription de Comosarye. M. Raoul-Rochette observe, p. 84-85: qu'„ entre les peuplades situées à l'occident du Palus Maeotide , il en
eit une que Pline appelle Tlialos, nom qu'il faut peut-être corriger conformément à la leçon fournie par le monument de Comosarye". Je réponds :
i) que le nom de ce peuple n'étoit pas Thali, comme M. RR* Ta écrit, en suivant la correction que vouloient faire au texte de Pline, Hardouin et autres. Tous les ma* nuscriu^ile Pline portent Thallos\
a) que ce peuple étoit situé au midi et non pas à l'occident du Palus Maeotidej
3) qu'il seroit trop hardi d'admettre que le mot en question pourroit désigner un peuple nommé Thalli , et de substituer GAAAIiN au mot 3ATE&N. ou de corriger le texte de Pline d'après notre inscription }
4) enfin ce qui détruit tout-à-fait cette conjecture , c'est que Pline (VI. 5. p. 553.) nous dit que les possessions de ce peuple touchoient vers l'orient aux bords delà mer Caspienne: Thallos — oui ab oriente Caspii maris fauces attingerent. Les possessions des rois du Bosphore n'étoient pas de ce côté, là assez étendues pour qu'elles comprissent tout l'espace, depuis la mer Maeotide jusqu'aux bords de la mer Caspienne. •
L'auteur des antiquités du Bosphore dit , p. 85 - 8(5 : „Je profiterai de cette occasion pour corriger les fautes que le nom des Torètes , méconnu ou mal rendu par les copistes , a laissé subsister dans quelques passages d'anciens auteurs". Les lecteurs de M. Raoul-Rochelle regarderont sans doute un pareil travail comme très méritoire ; malgré cela, ils observeront que l'erreur qu'on rencontre dans les mots qui suivent le passage que je viens de citer : „/e* Torètes étant placés sur la rive orientale du Palus Maeoride", -erreur -qui * été déjà relevée §. L1V, ne peut pas faire bien augurer de son travail.
M. Raoul-Rochetie propose, p. 85. de lire dans le texte de Strabon ^X. a. §. n): Toperai, au lieu de Topa'?. . Mais cette correction a k déjà été faite parSchrader dans ses rc-
- Si -
marques sur Aviénus , publiées avec ce poète à Amsterdam en 1786, et réimprimées dans l'édition que Wernsdorf a donnée du même poète (Perieg. v. 867. p. 8a3. et no t. p. 1067).
L'auteur n'est pas plus heureux, p. 86. dans la correction qu'il veut faire d'un passage de Denys d'Alexandrie , où il substitue les Torètes aux Orètes. Car Wernsdorf (1. c.) et Tzschucke (in Strab. XI. p. 385 ) avoient fait la même correction depuis long-tems; au surplus, Pintianus (in Mel. I. 19. p. 1 14* Cr. ) et Schrader (1. c. ) l'avoient trouvée danl des manuscrits anciens. Dans les poèmes géographiques d'Avien (v. c.) et de Priscien (v. 664.) Hardouin (ft'ot. et Em. aa. in Plin. VI. 5. p. 554.) Schrader et Wernsdorf ont corrigé la même faute, et substitué les Torètes.
L'auteur dit encore: ,,la situation qu'occupe le promontoire Tarétique, TctpgTtxy x*px, dans la description de Ptolémée , immédiatement après le golfe des Cercètes , correspond trop exactement avec l'emplacement et le forme du terrain désigné par Pline , comme habitation des Torètes : supercilium arduum tencnt Toretae , pour qu'on puisse hésiter à rétablir dans le texte de Ptolémée: ToptTixy «*pA rt . Mais il en est de celle correction de M. RR. comme de toutes les précédentes , qui ont été déjà proposées par d'autres auteurs. Celle-ci l'a été par Tzschucke (iuMel. p. c). Le rapprochement entre la langue torétique et Toricus, habité par les Torètes, a de même été fait par V osai us (ad Scvlac. p. 3». Huds.) et M. Maanert (Geogr. IV. s. 402).
Si l'auteur des antiquités du Bosphore a eu le malheur de corriger des passages d'anciens auteurs qui l'avoient été long-tems auparavant et de la même manière : voyons s'il a plus de succès , lorsque le hazard lui fournit des textes que personne n'avoit osé toucher avant lui. En voici un exemple. Continuant son discours, M. Raoul-Rochette dit, p. 86-87 : „enfin j'inclinerois à croire que dans ce passage
de Scylax (p. 3>> Huda.) : fur* il "Zivîixtv hfiivx, Ktpxirxi ë&voç, xxl rôfoç 'EXK-tptU Tofixoc, ce dernier mot Top/xoç cache le nom des Torètes, qui occupoient le territoire même indiqué ici par Scylax. 11 seroit en effet singulier que la nom des Torètes, tribu nombreuse et puissante , se trouvât omis dans la description de Scylax, qui n'oublie aucune des peuplades voisines ou contigues. La ville grecque désignée en cet endroit me paroit être celle que Pline dans une situation absolument semblable , appelle Hieron, et je propose de lire, par un changement très -léger: xxl *6ki;
Si jamais la correction d'un passage d'un ancien auteur a été, je ne dis pas superflue, mais déplacée et non admissible, c'est celle par laquelle M. Raoul-Rochette veut changer le texte cité do Scylax. Le changement du mot Topixoç en celui de Topirxt ne peut pas avoir lieu, puisque Toptxoc indique la ville des Torètes , et on peut présumer que ai M. RR. avoit pensé à cette signification, il nauroit pas trouvé à propos d'effacer Toricus pour substituer à cemot le nom des Torètes. Mais l'auteur n'a cité le passage de Scylax que d'une manière très-imparfaite j il a omis, après TejMMfc ces mots, hx) hji^v, qui anéantissent entièrement sa prétendue correction. Cependant pour en prouver la justesse et même la nécessité , il dit que Scylax „qui n'oublie aucune des peuplades voisines ou contigues , ne pouvoit pas omettre les Torètes, tribu nombreuse et puiaaante". Pour se convaincre de la fausseté de cette assertion, on n'a qu'à examiner les notions que ce géographe noua donne à la môme p. 3i. sur les Maeotes , depuis la ville de Tanais jusqu'à Phanagorie 5 non seulement il n'en nomme paa une seule tribu, mais il passe sous silence, et dans cet endroit et dans la suite, des peuples et plusieurs villes grecques qu'il auroit mentionnes , si son but avoit pu être d'écrire un ouvrage complet sur cette contrée.
Au reste, la ville grecque et le port de Toricus se trouvoient dans le territoire des Torètes, et c'étoit justement à cause du port que les Crées b'étoient établis dans cette ville des Torètes. Par la même raûon, dev
Grecs étoient venus s'établir «a port des Sindes (Anonym. Per. P. E. p. 2. Huds).
LXtI.
Parmi les remarques insignifiantes de M. Raoul -Rochette il faut compter la suivante , p. 88 : „Ptolémée, dans ■ aa description de cette côte du Pont - Euxin , a omis le nom des Dandariens. Il est cependant plus probable qu'il y a ici quelque altération du texte, puisque, outre le témoignage de Plutarque, Tacite parle des Dandariens etc." Ptolémée ne fait pas mention de tant de peuples , ni de tant de villes remarquables, pour que nous puissions être fondés à croire que son texte est altéré dans un endroit où on chercheroit vainement des notions géographiques sur une contrée particulière.
Dans la note I. p. 89. l'auteur fait mention des Sceptnques dont parle Strabon, en disant (XL 3. §. i3 ) que l'on trouvoit chez les Hénioches cette espèce de chefs , qui étoient soumis à des tyrans ou à des rois. M. Raoul- Rochette croit que Strabon parle des rois du Bosphore. Mais comment cela pourroit-il être?
I) Il est impossible de prouver que ce peuple ait été soumis à ces rois , ni que la domination de ces derniers •e soit étendue si loin vers le midi.
a) Si M. RR. avoit voulu lire avec attention le passage de Strabon qu'il cite , il auroit trouvé que ce géographe parle des rois Hénioches et non pas de ceux du Bosphore, puisqu'il dit que ce peuple étoit gouverné par quatre rois: •/ yovv 'Hvtéxu rdrTxpxi tlxcv /3ct<nX/«< î/y/x* MtàptâxTifç 0 Eiî- Ttt.r»p tyevyvv in rîjç irpoyovixîjç etç Bovrepov étyet ttjv %»p«v avrSv.
Les Sceptuques que l'on trouve nommés dans une ancienne inscription d'Olbie, étoient les anciens ou chefs d'une partie de ces peuplades Scythes. Us étoient soumis au roi des différentes peuplades. Un de ces rois est mentionné dans l'inscription citée d'Olbie , et d'autres rois sarmates le sont aussi dans un fragment trouvé dans l'ancien em-
placement de la même ville ; on y lit les mou suivans :
0/ ryc IhPMATIAS bASIAEIS , et dans un autre conservé dans le riche cabinet de M. de Blaremberg, où on lit: cl TH2 XilPAS BA2IAEIE.
On doit relever beaucoup de méprises dans le passage suivant, p. 89 : „si du tems de Mithradate le plus puissant des rois du Bosphore , les Dandariens avoient conservé un chef de leur tribu , à plus forte raison devons nous penser , que dans les tems antérieurs , où l'autorité" de ces monarques étoit encore récente et mal affermie, les Sindes et les autres tribus s armât es qui leur obéissoient n'avoient pas entièrement renoncé & leur indépendance." Avant de faire aucune remarque sur ce passage , j'observe qu'il n'est point exact de dire :
1) que Mithradate a été le plus puissant des rois dn Bosphore;
a) qu'avant ce roi l'autorité des rois du Bosphore étoit encore récente et mal affermie;
3) que les Sindes et les autres Sarmates n'avoient pas entièrement renoncé à leur indépendance.
Si Mithradate étoit puissant comme roi de plusieurs états , il ne l'étoit pas plus pour cela que ses prédécesseurs dans le royaume du Bosphore. Au contraire, éloigné de ce dernier pays, il est très probable que son gouvernement y avoit moins de force que le leur, puisqu' ils y résidoient , et mes remarques §. XXXVI. sur l'état dn Bosphore au commencement de la guerre de Mithradate avec les Romains, semblent le prouver.
Il seroit bien curieux de savoir où M. BR. a puisé tout ce qu'il a dit de l'autorité encore récente et mal affermie des rois du Bosphore , prédécesseurs de Mithradate. Les anciens auteurs se taisent sur ces particularités qui ne sont probablement que le fruit de l'imagination de M. Raoul -Rochette.
On ne peut pas porter nn jugement plus favorable sur ses remarques relatives a l'état de liberté ou d'indépendance des peuples Sanromates. Le* idées erronées
qu'elles présentent proviennent de ce crue M. RR. ignoroit que ces peuples Sauromates , nomades et guerriers t ne pouvoient être gouvernés que par le moyen de leurs chefs ou dynastes Les Maeotes étoient agriculteurs; mais, comme les tribus nomades , ils aimoient la guerre (Strab. XI. a. §. 4)f et ne pouvoient par conséquent se passer de chefs. Les peuplades établies près la ville de Tenais étaient plus sauvages que celles qui se trouvoient dans le voisinage du Bosphore. Comme guerriers , les Maeotes avoient besoin de chefs, et Appien (Bell. Mîthr. c. 10a.) dit positivement que les nations Maeotes avoient plusieurs dynastes. C'est donc parceque M. RR. ignoroit tous ces faits qu'il trouve p. 87 : ^remarquable un passage de Plutarque en ce qu'il prouve/' ce dont personne n'a jamais douté, „que les Dandariens , et probablement aussi les autres tribus scy thiques , soumises au sceptre des rois du Bosphore , avoient conservé leurs dynastes ou princes particuliers. 1 ' C'est aussi par la même raison qu'il dit, p. 89 : „que les Sindes et les autres tribus sar mates n'avoient pas entièrement renoncé à leur indépendance."
Ce n'est pas une faute moins étrange que l'auteur des antiquités du Bosphore confonde, p. o3. les Scythes d'Europe avec les Scythes d'Asie. Car après avoir raconté quePharnace doit avoir dérivé, au moyen d'un ancien canal, les eaux de l'Hy panis sur le territoire des Dandariens, il ajoute immédiatement après î „le voisinage de ces tribus ennemies amena enfin la chute de la seconde dynastie des rois du Bosphore. Non contentes de leur avoir imposé un tribut, elles ravageoient, dans les courts intervalles des trêves qu'olles consentoient encore à accepter, le territoire dont elles convoitoient la possession. La Chersonèse Taurique devint le principal théâtre de ces continuelles hostilités." Les Dandariens, peuple sauromate d'Asie, n'ont eu aucune part aux invasions de la ville de Chersonèse , opérées uniquement par les Scythes d'Europe Strab. »Vll. 4* §• 4>) qui habitoient la Chersonèse Taurique, et hors de la pé-
uinsule un terrein immense qui s'étendoit jusqu'au Danube, et très loin dans la direction du nord. Xenophon (Memor. II. i.) observe , que les Scythes d'Europe sont indépendans et se gouvernent eux-mêmes, tandis que les Maeotes de l'Asie, loin d'être indépendans, sont soumis à un pouvoir étranger t *V âà ry Evpttm/, ZxCâxi xïv xp^wai, Mxtârrxt il £px o/Ttu '
L'auteur qui, comme nous l'avons vu, §. XXXII. vouloit à toute force priver les Crées du Bosphore de leur gouvernement républicain , pour les soumettre au pouvoir absolu et arbitraire des rois de cette contrée, a suivi par rapport aux Sauromates un principe opposé , en prétendant qu'ils riavoient pas entièrement renoncé à leur indépendance. On auroit du croire que les Crées de Phanagorie, de Panticapaeum et de Théodosie avoient mérité de jouir au moins d'un peu plus d'indépendance que les Sindes et les autres tribus Sauromates. Les lecteurs auront remarqué que M. Raoul - Rochette n'a prouvé ni l'une ni l'autre de ses assertions.
LXVU.
Il nous reste encore à examiner une correction que M. Raoul-Rocbette veut faire dans le texte de Strabon , p. 89-90, 11 dit: „Strabon fait mention de la résidence royale des Sindes, et je conjecture que cette ville étoit la même qui reçut le nom de Topytinrfx , de celui de Corgip* pus l'un des fils de Satyrus II. roi du Bosphore. Voici le passage de Strabon qui n'est pas exempt d'obscurité î tu ii Topyixvfx' iv ii ry ZtvSixy , ro pxvt'ketov twv Ytviàv , vhtvlw ttjz âxkxrrijc." Je ne trouve pas d'obscurité dans Ce passage. Strabon dit: là se trouve la ville de Gorgippie; dans la Sindique, la résidence royale des Sindes situé* à peu de distance de la mer. Ce passage est clair , mais M. RR. pour qui il ne l'est pas, dit : ,,que la ponctuation seule de la phrase de Strabon en produit l'obscurité: car en lisant : tu è& xx} Topytnrtx év ry E<v<tocy » r§ fiewtom T«?y Etrfàv, vh^efa rrjç £eAftrryc» en supprimant
-fiole point après T»pytrirtx , et la particule il , la phrase devient à la lois très correcte et très intelligible." S'il é*toit permis à ceux qui s'occupent de recherches dans les anciens auteurs, de supprimer des mots uniquement parce qu'ils sont contraires à leurs idées , quelle est l'hypothèse dont on ne pourroit pas prouver la réalité ? Mais le passage de Strabon (XI. a. §. 10.) n'a pas besoin de ce changement, et il est sûr que ce géographe parle de deux ailles différentes, de la ville de Corgippie, et de la résidence des rois des Sindes avec un port, et non pas d'une seule ville comme le croit M. RR. Cette ville ou résidence des rois des Sindes avec un port est citée encore une fois par le môme Strabon (XI. a. §. i4) : * XtuiotU du /u/ijv p nxî irchz. Ce qui achéveroit de mettre en évidence ce que je viens d'observer , si toute fois le premier passage de Strabon n'étoit pas décisif, comme il l'est effectivement p ce sont les mots suivans du môme auteur (XI. 2. §. 12): fierai 6è ryv ^Ztviixyv xxl ri\v TopyiTrl&v éiri ry SakctTry. Dans le premier passage, Strabon (XI. a. §. 10.) avoit placé la ville ou résidence des rois des Sindes à peu de distance de la mer, tjç $xIxttij<; ; dans l'endroit cité tout
à l'heure il dit que Gorgippie avoit été bâtie au bord de la mer, *VJ if ^aAarry.
Il résulte des trois passages de Strabon que la ville et la résidence des rois des Sindes ne doit pas ôtre confondue avec la ville de Gorgippie, et que l'ancien géographe en a distinctement parlé comme de deux villes situées à peu de distance l'une de l'autre. C'est donc par erreur que M. RR. a cru que Strabon n'a parlé que d'une seule ville.
M. Raoul - Rochelle fin^t ses recherches sur Gorgippie en disant, p. 90: „Etienne de liyzance qui n'a fait que transcrire Strabon pour toutes les positions géographiques de cette côte, nous apprend en effet, que la ville Sindique, ou la capitale des Sindes, étoit la môme qui fut nommée Gorgippe". Ce seroit sans doute un argument très - fort en faveur de l'opinion de M. RR, s'il étoit fondé, et j'cs-
père que par reconnoissance pour ce service, M. RR. ne fera pas à Etienne de Byzance le reproche d'avoir transcrit de Strabon ce passage qu'on y chercheroit en vain. Mais il faut pourtant, avant que de croire à l'assertion de M. RR. examiner ce qu'Etienne a dit. Voici ses paroles : Eivâixoi, xifa; Trpc,ceX7jç rç 2xi>&tx, <%oy<rj£ Xtuévx' tviot àk Topyîrvry x.x\6vo~i. Je les traduis ainsi : SîndicuSy ville qui touche la Scythie , ayant un port } quelques uns la nomment Gorgippe. On est étonné*, il faut l'avouer, que M. RR. ait pu croire , qu'il pouvoit prouver par ce passage l'identité de la ville et résidence des Sindes avec la ville de Gorgippie, identité pronée par lui et par Berkel. Si Etienne dit: quelques uns nomment la ville des Sindes Gorgippe; suit -il de ce petit nombre de personnes, gens obscurs et mal instruits sans doute, qui ont confondu les deux villes ensemble que , contre l'autorité de Strabon , Sindicé et Gorgippie n'ayent été qu'une seule ville ?
Ce que prétend M. RR. p. 89. que la ville de Gorgippie avoit reçu son nom d'un Gorgippus fils d'un roi Satyrus qui doit être, dit -il, le second du nom, est une assertion sans fondement, parce que Polyen, qu'il a cité, ne pent pas servir d'autorité pour prouver l'existence de ce Satyrus, ni de son fils Gorgippus.
L'auteur passe ensuite aux rapports qu'avoit la ville de Tanais avec les Maeotes ; de là, aux hostilités continuelles qu'éprouvoit de la part des Scythes la ville de Chersonèse. Tout ce long discours , p. 90-97. écrit sans prétention et ne renfermant aucuns faits nouveaux , sert de préambule aux belles choses que M. Raoul-Rochette va nous dire sur les monumens qui, à ce qu'il croit, appartiennent au fameux roi Scilurus. Pour rendre ce chapitre plus piquant , l'auteur n'a pas dédaigné de réchauffer l'apologue mille fois raconté , que ce roi mourant avoit présenté à ses fils un faisceau de traits, en leur ordonnant de le briser. Voyons si M. RR. comme il s'en datte , est parvenu, p. 98-100 : „à ajouter aux témoignages de la puissance et
tle la sagesse de ce roi , un monument d'un genre aussi neuf, que d'une haute autorité : c'est", dit-il , ,,le portrait même de ce prince, gravé sur deux médailles de petit bronze que je publie".
Avant que d'examiner l'exactitude de cette annonce emphatique, il est nécessaire de dire mon sentiment sur les monumens dont il est question.
Je connois depuis long- teins les monnoies dont parle M. Raoul -Rochette. On ne les trouve que rarement dans le sol qu'occupoit autrefois l'ancienne ville d'Olbie. Elles sont en petit bronze et minces , ce qui , ensemble avec la mauvaise qualité du cuivre, a été cause de leur trèsmédiocre conservation. Toutes celles qui sont connues jusqu'à présent sont frustes et indistinctes ; la légende n'est entière sur aucune; si l'une porte les lettres BA21A..., le nom du roi y manque, et si l'on découvre ce dernier sur une autre , on n'y voit point le titre de roi ; sur d'autres encore l'un et l'autre mot sont illisibles ou tronqués.