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Au lieu de se servir de la médaille du cabinet dtv roi à Paris , pour prouver l'existence du roi Tibérius Julius Rhescuporis que personne au reste n'a jamais révoquée en doute , M. Raoul-Rochelle préfère l'autorité des médailles frustes, mal conservées et à légendes tronquées, dont on ne lui a communiqué que les dessins pour la plupart très mauvais et incorrects.
M. RR. dit , p. lao-iai : „nos médailles nous font de plus connoitre l'origine et le progrès de celte espèce d'hommage que les princes du Bosphore , à partir de Rhescuporis , rendoient aux empereurs* La médaille avec l'inscription : Ba£IA!£T. PHZKOwto^ doit être du tems où Rhescuporis. a peine investi du titre de roi, n'avoit point encore obtenu l'agrément ou la sanction de Rome j celle où se lit le seul prénom lOfAlOZ, appartient à une époque plus récente, où Rhescuporis avoit déjà reçu le prix de son dévouement à Auguste } et le prénom TlHLPlOS, qui accompagne celui-là, sur la plupart des monnoies de Rhescuporis , fait probablement allusion à l'entremise de Tibère, par les mains duquel le nouveau souverain du Bosphore fit sa soumission à Auguste".
Il faut observer que tout ce que dit M. RR. dans ce passage est faux et purement imaginaire, et que l'origine et le progrès de cette espèce d'hommage , n'a jamais eu lieu. La première des médailles citées , décrite dans le catalogue de M. Calera, est ou mal conservée et défectueuse dans la légende , ou bien elle est d'un Rhescuporis qui ne portoit pas les deux prénoms cités plusieurs fois, et cette dernière supposition est la plus probable. Si l'auteur croit avoir remarqué sur sa seconde monnoie le seul prénom de Julius , il a été induit en erreur par la mauvaise conservation de cette pièce, puisqu'il est cet-
tain qu'il n'existe point de médaille» de Rhescuporis I. avec le nom seul de Rhescuporis 5 il n'en existe pas non plus avec le seul surnom de Julius , car toutes ses médailles portent, uniformément et sans exception, les deux prénoms Tibérius Julius.
C'est encore une inexactitude de dire comme M. RR , p. iii>im : »<I ue Rhescuporis f. doit être ajouté à la liste des princes du Bosphore", puisqu'il s'y trouvoit déjà depuis ïrès-long-tems. On s'en convaincra en lisant dans l'appendice jointe au présent mémoire, la description de toutes les médailles connues de ce roi.
J'observe en passant qu'il est beaucoup plus probable que les rois qui ont porté un ou plusieurs prénoms des empereurs, en avoient demandé la permission, qu'il ne l'est qu'on leur avoit accordé ce privilège comme récompense ou gratification , ainsi que le croit M. Raoul- Rochelle , p. 191.
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Des opinions plus hazardées encore que celles que je viens de relever , se trouvent dans les remarques de M. Raoul - Rochette sur le tems où Rhescuporis i. a pris ou reçu ses deux prénoms. L'anteur en parlant du prénom de Julius dit, p. isu : „que la médaille avec ce seul prénom appartient à une époque où Rhescuporis avoit déjà reçu le prix de son dévouement à Auguste". Par rapport au prénom de Tibérius, il suit Visconti, qui a remarqué (If. p. 177), ,,que du vivant d'Auguste les princes aspurgilains obtinrent par la protection de Tibère, dont ils prirent le nom, l'oubli du passé et d'être comptés parmi les rois dépendans de l'empire". J'ai déjà observé qu'il n'existe pas de monumens où Rhescuporis porte le seul prénom de Julius. Mais regardé isolément , le nom de Julius n'appartient pas moins à Tibère qu'à Auguste. Dans Cary* (p. 43.) on trouve la même erreur, el c'est probablement de lui que M. RR. l'a empruntée. Cary croyoit „que Tibérius Julius Sauromatès avoit pris le nom de Jules sous Auguste et que se regardant dès lors comme un des cliens de la famille Julia, il se contenta d'y joindre dans la
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suite celui de Tibère , par adulation pour ce prince qui l'a voit apparemment confirmé dans le royaume du Bosphore". Si Cary se trompoit en croyant que Sauromate avoit adopté le nom de Julius sous Auguste, fait imaginaire que rien ne prouve , il avoit raison de supposer que ce roi n'avoit pu prendre le prénom de Tibérius que pendant le règne de ce successeur d'Auguste. Visconti et M. Raoul - Rochette se sont obstinés à vouloir trouver dans T. J. Sauromatès et T. J. Rhescuporis les successeurs de Polémon i. et les fondateurs d'une dynastie nouvelle ; mais ils ont bien senti que ces deux rois ne pouvoient pas être rapportés au règne d'Auguste , vu les prénoms de Tibérius Julius qu'ils portent tous les deux. Alors pour sauver leur hypothèse , Visconti et M. RR. ont prétendu, que les princes aspurgiains ou sauromatès s'étoient adressés à Tibère lorsqu'il se trouvoit en lllyrie à la tête de l'armée ; que par sa protection ils avoient obtenu d'Auguste leurs demandes , et que par reconnoissance envers Tibère les princes aspurgiains , ou selon M. RR. Rhescuporis I, avoient adopté son nom.
Observons que cette opinion énoncée par Visconti , non comme une conjecture , mais comme un fait historique, approuvée ensuite presque en entier par M. RR. a perdu son principal soutien , parce que nous savons que la médaille attribuée par Visconti à T. J. Sauromatès a cause des mou TOT ALnOTPrOT qui suivent le nom du roi, appartient a Cotys frère de Mithradate, contemporain de Néron. Mais la supposition que les princes aspurgiains, ou Rhescuporis I. selon M. RR , p. lai. ayent pu oser adopter le prénom de Tibérius , pendant le tems qu'Auguste gouvernoit encore l'empire, est totalement inadmissible par plusieurs raisons :
i) il auroit été contraire au respect du h la majesté de l'empereur qu'un des rois dépendans de Rome eut demandé ou pris le nom d'un personnage de la famille impériale, et non celui du souverain ;
3) toute cette rencontre de Tibère avec les chefs aspurgiains en lllyrie , est un fait inventé par Visconti qui
cherchoit le moyen de rendre plus facile aux princes du Bosphore l'adoption du nom de Tibère. Par conséquent l'adoption du prénom de Tibérius dans un tems où celui» ci n'étoit pas encore empereur , doit être rejetée j
3) on doit demander: si les difficultés qui avoient engagé Visconti à supposer : i . que les princes aspurgiaina avoient obtenu la faveur d'Auguste par la protection de Tibèrej a. que ces princes s'étoieut adressés à Tibère, quand ce dernier se trouvoit à la téte de l'armée en IIlyrie ; peuvent être regardées comme applanies ? Loin de là : en supposant vraies ces deux assertions qui sont bien loin de l'être , puisqu'elles n'ont aucun fondement , l'opinion de Visconti n'y gagneroit rien. Comment en effet placer les deux règnes de T. J. Rhescuporis et de T. J. Sauromatès dans le court intervalle des quatre première» années du règne de Tibère , puisque c'est depuis ce tenu que commence le règne de Rhescuporis il ? Tibère revenu de rillyrie l'an de Rome 76a. par la prétendue entremise de Tibère dans les affaires du Bosphore , on ne gagneroit à cela que trois, ou tout au plus quatre ans, et alors au lieu de quatre années qu'il faut remplir, il y en auroit sept ou huit.
4) Polémon fut tué par les Aspurgiains l'an de Rome 75a. ou 753. l'an 1. ou a. avant notre ère. Si le» Aspurgiains avoient eu le dessein de s'emparer du royaume du Bosphore et de le conserver, il est certain qu'aussitôt aprè* la mort de ce prince ils se seroient adressés à Auguste , pour obtenir sa sanction, et il seroit absurde de supposer' qu'ils auroient attendu 9 ou 10 ans sans faire aucune démarche à cet égard, c'est à dire jusqu'à l'an de Rome 76a, la 9" de notre ère, lorsque Tibère se trouvoit en Illyrie.
Les observations que je vien* de faire prouvent évidemment l'inadmissibilité des hypothèses de MM. Visconti et Raoul-Rochette. Ces hypothèses supposent que la mort de Polémon I. a été suivi d'un état de désordre et de troubles au Bosphore, et que cet état a continué jusqu'au moment où Rhescuporis obtint la protection de Tibère. J'oppose à ces idées sans fondement , les médaille» e»
or du Bosphore portant les époques ©92. AT. et ET. qui correspondent aux années 3. 8. et 9. de notre ère. Elles servent de preuve certaine que peu de tems après la mort de Polémon, le trône de cette contrée fut occupé par des rois légitimes , qui n'avoient pas du tout besoin de chercher en l'an 9. la protection de Tibère, pour obtenir par son entremise la sanction de son beau-père , Auguste. > XC1X.
Les prénoms romains de Tibérius et de Julius adoptés par deux rois du Bosphore , me donnent occasion de remarquer qu'une ancienne inscription que j'avois publiée dans la description du monument de la reine Comosarye, p. a9-3o. pl. IX, ne peut pas être attribuée à Tibérius Julius Sauromatès. Visconti avoit commis cette grosse erreur (II. p. i5o. note 1.) et M. Raoul-Rochette , p. lao-m. l'a encore suivi en cela. Cette inscription ne peut appartenir ni à Sauromate I. contemporain d'Auguste et prédécesseur de T. J. Sauromatès j ni à ce dernier, parce que pendant le règne d'Auguste le titre d'honneur de APX1EPET2 TilN TEBASTilN n'existoit pas encore. Les temples consacrés à Auguste l'étoient aussi à la déesse Rome, mais Livie n'avoit pas dans ce tems reçu les honneurs du culte. Quant au titre de Pontife des Augustes , il n'empécheroit pas d'attribuer ce monument à T. J. Sauromatès , parce que pendant le règne de ce dernier , Tibère et Livie avoient en Asie des temples qui leur étoient dédiés ainsi qu'à la déesse Rome (Tac. Ann. IV. i5). Malgré cela le manque des deux prénoms du roi, que portent sans exception ses marbres et ses nombreuses médailles, prouve d'une manière incontestable que cette inscription doit être rapportée à Sauromate III. contemporain de Domitien , de Trajan et d'Adrien , observation qui est confirmée par la forme des lettres de cette inscription. Ce marbre dont il sera question dans la seconde édition du monument cité , est endommagé du côté droit, mais il a beaucoup moins souffert de l'autre , de manière qu'au commencement de la première ligne il n'y a que les quatre premières lettres BAU , qui ne »'y trouvent pat.
Il faut maintenant examiner la description et l'explication que M. Raoul-Rochette donne, p. 1 18-120 , des médailles de TibéYius Julius Rhescuporis, et qui servent d'appui A son hypothèse sur l'origine de la dynastie sauroxnate. Voici ses paroles : „Aucun monument des rois du Bosphore ne nous avoit offert jusqu'ici tant de signes de triomphe et de symboles propres à consacrer le souvenir de quelque événement extraordinaire. On en jugera par la description, pl II. m. IS figure debout, appuyée contre un trophée richement composé, et foulant à ses pieds des captifs enchaînés -, la légende est : lOTAIOS BAEJAETZ PHSKOYn. Au revers : une victoire, tenant une couronne, et une branche de palmier. Sur une autre de ces médailles , pl. II. m. 2. absolument pareille pour la face principale, on voit, au revers: un arc de triomphe surmonté d'une statue équestre. On ne sauroit nier qu'au premier aspect , ce roi vainqueur , ce trophée , cette victoire , cet arc triomphal , cette statue équestre , signes indubitables d'une grande et importante expédition heureusement terminée, n'indiquent, aussi clairement que le peuvent faire des médailles, qu'une révolution mémorable s'étoit à cette époque opérée dans le Bosphore. D'un autre côté la fabrique de ces médailles, évidemment d'un meilleur coin que celles de Rhescuporis, fils et successeur de Sauromate I } la forme des caractères , particulièrement celle de l'epsilon et du sigma , qui n'est point encore arrondie , comme on la voit sur ces médailles , prouvent que les monnoies, où nous trouvons de pareils signes d'antériorité, joints à tant de symboles de victoire qui ne peuvent convenir au fils de Sauromate I , appartiennent au père de ce prince, c'est à dire à ce Rhescuporis, nommé dans les inscriptions de Phanagerie , et fondateur d'une dynastie nouvelle , dont ces signes de victoire attestent l'établissement et le triomphe".
J'oppose à ce raisonnement ce qui suit :
1) si l'on voit sur les deux médailles citées les symboles des victoires que Tibérius Julius Rhescuporis a rem-
portées sur ses ennemis , on n'y remarque absolument
rien qui pourroit nous autoriser & y voir „le* signes d'une révolution mémorable qui se seroit à cette époque opérée au Bosphore", ni indication que ce Rhescuporis ait été „le fondateur d'une dynastie nouvelle";
a) ni T. J. Rhescuporis, ni T. J. Sauromatès n'ont pn être fondateurs d'une nouvelle dynastie, puisque je prouverai dans l'appendice qu'un autre prince , Sauromate L a régné au Bosphore avant ces deux rois j
3) les médailles de Rhescuporis et Sauromatès qui portoient les prénoms de Tibérius Julius , ont évidemment été frappées sous Tibère, avant le règne de Rhescuporis II. et non pas sous Auguste j
4) puisque T J. Sauromatès est représenté sur toutes ses médailles dans un âge beaucoup plus avancé que T. J. Rhescuporis , dont la téte est toujours tantôt imberbe, tantôt très-peu barbue, celui-ci n'est pas le père de l'autre. Il est impossible aussi, comme je l'ai déjà observé, qu'il ait été indiqué dans l'inscription citée par M. RR. p. 117, puisque le père de T. J. Sauromatès y est simplement nommé Rhescuporis. Est-ce que le fils auroit manqué de donner à son père les deux prénoms que celui-ci avoit portés? Il s'en suit donc que M. RR. avoit tort de croire, p. 117. que le Rhescuporis dont il est parlé dans ce monument est T. J. Rhescuporis.
5) M. RR. nomme arc de triomphe ce qui n'en est pas un. Où a-t-on jamais vu des tours ajoutées a un arc de triomphe ? Ce que l'on voit représenté sur l'avers de cette médaille , n'est autre chose que la porte d'une ville et une partie de la muraille avec une très haute tour quarrée , tour parfaitement semblable à celles qui appartenoient â la muraille de l'ancienne ville de Posidonia et dont quelques unes existent encore. Les dessins de ces médailles de Rhescuporis , de Sauromatès et de Cotys L sont si pitoyables , quoique M. RR. dise , p. 187 : qu'ils sont fort exacts et fort soignés , que tout s'y trouve indiqué sans proportion et sans fidélité. Si l'éditeur s'étoit adressé à M. le Chevalier Allier , celui-ci lui auroit péris
mis de faire destiner plus correctement la plupart de ces rnonnoies de m. escuporis dont cet amateur distingué possède des exemplaires j
6) dans le dessin publié par M. RR. la statue équestre se trouve placée sur un massif de maçonnerie dessus la porte. En examinant la médaille on voit que cette statue ne pose sur rien, et il reste indécis, si le graveur a voulu indiquer qu'elle étoit placée dans l'intérieur de la ville, ou hors de la porte. Il peroît que M. RR. a cru que cette statue équestre étoit celte' du roi ; mais il n'est pas moins probable que Rhescuporis l'a fait élever en l'honneur de Tibère $
7} la légende des deux monnoies de Rhescuporis ne porte pas le seul prénom de Julius, comme l'a annoncé M RR ; mais ce' nom est précédé de celui de Tibérius. U en a été déjà question -au §. XCV1II.
Il faut relever encore une méprise que M. Raoul-Rochette a commise* à la môme occasion, p. 117. En cilant l'inscription où il est dit de Tibérius Julius Sauromatès : A RO nPOI ONllN B ZIAETHN. il conclut : „que ce titre et cette prétention prouvent que Sauromate 1. ne fut point le fondateur d'une race nouvelle de rois, ni d'une dynastie étrangère au Bosphore". 11 se trompe. J'avois traduit cette phrase (Monum. de Coino». pl. Vlll. p. 70. ainsi: qui régne par l>" droit de succession de ses ancêtres, et j'avois observé que les ancêtres de T. J. Sauromatès avoient été rois d'un peuple sauromate, avant que ce prince fut devenu roi du Bosphore. Il auroit donc pu être fondateur d'une race nouvelle au Bosphore , quoique en effet il ne l'ait pas été. Visconti n'avoit pas interprété autrement les mots cités, et c'est a tort que M. RR. p. 117. l'a critiqué. Le père de ce même T. J. Sauromatès porte le titre et le nom de roi Rhescuporis , dans une autre inscription (Monum. de Comos. pl. VII.) et j'ai déjà remarqué que ce dernier ne doit pas être confondu avec T. J. Rhescuporis comme il l'a été par M. RR. Au reste il est certain qu'au-
cun des deux roi» qui portent lei prénoms de Tibérius Julius n'a pas été le chef de la dynastie sauromate au Bosphore, comme [e le prouverai par les observations suivantes»