CUL
Il n'est pas facile de dire ce que l'attitude du bras droit de Tibérius Julius Rhescuporis, devant un trophée, doil indiquer : serait - ce un signe de grâce adressé aux deux prisonniers sur l'un desquels le roi a posé son pied gauche? On ne peut non plus appliquer a cette figure l'explication que M. Mongez a donnée à d'autres attitudes semblables dans un mémoire intéressant qui se trouve dans le recueil des mémoires de l'institut national (Ut. To. V. p. 160- 161).
Après les preuves qui fixent avec tant de certitude le tems du règne de Tibérius Julius Rhescuporis , il seroit superflu de nous arrêter long-tems à la forme des lettres T. et E que M. Raoul-Rochette emploie pour prouver que
Rheseuporis est antérieur à T. J. Sanromatès. Dans lei médailles du Pont et au Bosphore on se servoit dans ces tcms là de lettres de plusieurs formes. La monnoie de T. J. Rhescuporis porte E et Ej celle de T. J. Sauro matés son contemporain, E, C et € j celle de Rhescuporis II. E, £ et Kj celles de Cotys I. nous présentent le sigma tous les trois formes de E et C , et l'epsilon sous la forme suivante, E. Sur les médailles de Polémon IL. on trouve les lettres 2, E et C, employées indifféremment sur une et même médaille : sur Tune , par exemple , l'avers porte la légende, BACIA€C0C HOACMlûNUL ; «t la revers B AXIAIZ^HS TPTOA1NHZ. On voit par ces exemples l'inconstance et l'arbitraire qui régnoient alors daus le choix de la forme des lettres , et iju'ainsi M. MR. a été dans Terreur en voulant appuyer son hypothèse sur an argument tiré de là.
M. Raoul-Rochetle se donne, p. 112-137. beaucoup de peines pour prouver que l'opinion de Visconli , rélativement à l'origine aspurgiaine de la dynastie sauromate ne pent être admise. L'exemplaire bien conservé d'une médaille qui prouvoit que ce n'étoit pas Sauromate , mais Cotys I. qui avoit le surnom d'Àspurgiain , suffisoit pour détruire de fond en comble son hypothèse. Mais nous voyons que M. RR. a lui-même emprunté presque tout de Visconti pour soutenir la sienne. Si M. RR. rejette d'un côté ce que Visconti a dit de l'origine aspurgiaine de la nouvelle dynastie au Bosphore , il 4e confirme de l'autre en remplaçant Sauromate , Taspurgiain imaginaire de Visconti , par un Cotys de sa propre invention et qui porte le même surnom.
M. Raoul- Rochette cite à cette occasion, p. ia4-ia5, cette observation d'Eckhel : nomen AEllOlPl'OT dubium non videtur ex gente bosporana captum , et il ajoute : „Eckhel, en effet, regarde comme hors de doute que ce surnom est emprunté du peuple aspurgitain , ce qu'on pourroit néanmoins contester". Eckhel s'étoit énoncé comme on pouvoit l'attendre d'un savant si judicieux. La
qualification d'Aspurgiain admettait plusieurs interprétations dont M. RR. a cité quelques unes , ce nom pouvoit, par exemple : ou désigner le peuple auquel on appartenoit, ou le nom du père du prince j ou bien, comme nous le dit encore M. RR : ,,un titre d'honneur affecté par ce prince , qui a cru pouvoir placer une pareille désignation sur sa monnoie , à cause de sa victoire sur les Aspurgitains". M. RR. croit avec Cary que TOT AEnOlHOT est le nom du père , et puisqu'il lui paroissoit que cette signification, laquelle au reste n'est pas plus probable que toutes les autres, ne se trouvoit pas comprise dans la remarque d'Eckhel , il jugeoit qu'on pourroit la contester. Mais si le nom propre à'sispurgos avoit autrefois existé , il provenoit certainement du peuple Aspurgiain, et se trouvoit par conséquent compris dans la remarque d'Eckhel.
Enfin j'observe que l'interprétation de ce surnom, donnée par M. RR. p. i35, et différente de sa remarque que je viens de citer, ne peut non plus être admise j l'auteur dit: „que Cotys auroit porté le surnom d'AU JOl Hl OT, parce que ses succès contre les Aspurgitains auroient , en délivrant le Bosphore de l'invasion ou des hostilités de ce peuple barbare , affermi le sceptre dans ses mains et dans celles de Rhescuporis". Mais si Cotys étoit, comme le dit M. RR. frère et associé de Rhescuporis I, son extraction étoit sans contredit sauromate. 11 est donc difficile de croire , qu'un Sauromate eut voulu prendre un titre d'honneur semblable pour avoir vaincu une autre tribu sauromate.
CVf.
M. Raoul-Rochette communique à ses lecteur», p. i3ô- 137. pl. H. m. 3. une autre médaille de Tibérius Juliua Rhescuporis accompagnée d'un desain aussi médiocre et aussi infidèle que le sont tous ceux de son livre. La description de cette médaille ne pouvoit donc pas ressembler k l'original. Sur le revers est représenté, non, comme le dit l'auteur , „un cavalier nu en course tenant un glaive du bras droit élevé", mais un cavalier en course, jetant une pique de son bras droit , et ayant un man-
le au flottant derrière le dos. Je passe sons silence les inexactitudes dans la description de l'avers ; il y est dit , par exemple, que la téte du roi est barbue; mais ce roi est représenté imberbe , avec une moustache, sur presque toutes ses monnoies j il y est dit encore que dans le champ , à gauche , on voit un sceptre , mais c'est une massue qu'on y voit. J'observe encore que le cavalier sur le revers n'est pas, comme le dit l'auteur, un ancien habitant du caucase, mai» plutôt un des guerriers du Bosphore.
cm
Les lecteurs auront remarqué* que les médailles de Tibérius Julius Rhescuporis , sur lesquelles M. Raoul- Ko» chette a voulu fonder son hypothèse sur l'origine de la dynastie sauromate au Bosphore , ne l'out nullement appuyée, et qu'au contraire il a été démontré que I. J. Rhescuporis pourroit être plutôt le fils que le père de T. J. Sauromatès. L'hypothèse de M. RR. inadmissible par plusieurs autres raisons , est aussi de ce côté , ruiuée par sa base.
Il faut examiner maintenant , si la médaille de Cotys sur laquelle M. Raoul -Rochette a disserté p. ia4-i3 4 . et qui devoit servir d'appui principal à son opinion, peut lui faire gagner sa cause. C'est la même médaille dont il a déjà été question, et que Cary, Eckhel et Visconti avoient attribuée à T. J. Sauromatès. Elle appartient au cabinet de M le Comte Sévériu Potocki. La description nouvelle que M. RR. en a faite , p. 127-128. étant aussi peu exacte que sa gravure , pl. 111. m. 1. a , j'en ai donné une autre dans le §. CXV.
Au premier coup d'oeil, quiconque est un peu exercé en numismatique rapportera cette monnoie à Cotys 1. roi dn Bosphore. Mais M. Raoul- Rochette ne peut embrasser cette opinion, puisque cette médaille est le fondement de sa nouvelle hvpothèse. Et voici ses raisons: „on ne peut guère", dit il, ,,1'attribuer à Cotys I" du nom, qui régna dans le Bosphore, depuis l'an 46 * l'an 69 de l'ère vulgaire j en effet , il est bien difficile , d'après les rem-
seignemens que nous fournit Tacite, sur la manière dont il usurpa le trône occupé par son frère Mithridate, et sur la guerre qu'il soutint à cette occasion contre les Romains, il est, dis-je, bien difficile de concevoir les honneurs extraordinaires attestés par notre médaille, si ce prince, usurpateur du trône et ennemi des Romains, étoit le même prince à qui sont décernés ces honneurs. Quant au Cotys 11. dont le règne s'écoula sous l'empire d'Adrien , il me paroît tout-à-fait impossible, d'après la fabrique bien connue de ses monnoies , de lui attribuer les médailles en question".
J'observe à M. Raoul-Rochette :
i) que son exposé est contraire à tout ce que Tacite ( Ann. XII. i5-'9> ) nous a raconté de la guerre des Romains avec Mithradate. Cotys I, frère du dernier, n'a pas été l'ennemi des Romains j loin de là, il étoit leur allié, et protégé par eux contre son frère. On est surpris de voir cité par M. RR. un auteur qui dit précisément le contraire de ce qu'avance M. RR. Le fait allégué par lui est entièrement opposé à la vérité historique j
quM n'y a rien d'étrange que Cotys , attaché aux intérêts des Romains, ait reçu les honneurs qu'atteste notre médaille ;
3) qu'on ne peut pas, avec M. RR. nommer ces honneurs extraordinaires , puisque les médailles du Bosphore nous prouvent que cette marque de faveur de la part des Romains n'étoit point rare. Ces honneurs ont été accordés dans le Bosphore aux rois suivans, à Asandre, à T. J. Sauromatès, à T. J. Rhescuporis, Cotys I, Rhescuporis III, Sauromatès III, Cotys II, Rhoemétalcès et peut-être à quelques autres qui se sont peu souciés d'en perpétuer le souvenir par leurs médailles. Enfin il n'y a pas de doute, que môme si ces honneurs avoient été très -rares ou extraordinaires , Cotys I. eut pu les mériter par sa fidélité envers les Romains.
Dans la persuasion que le fait historiqué tiré avec tant d'habileté de Tacite, qui n'en dit pas un mot, a mis hors
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de doute, que la médaille de Cotys ne peut pas appartenir à Cotys 1. frère de Mithradate , M. Raoul -Rochette nous dit, p. i3i-l3a: „C'est donc a une époque plus ancienne , plus rapprochée des événemens qui , après la mort de Polémon I. troublèrent l'ordre de succession établi dans la monarchie du Bosphore , et y portèrent sur le trône une dynastie nouvelle , qu'il faut , selon nous , chercher le prince auquel appartiennent ces médailles. Outre les présomptions négatives que je viens d'exposer , voici, d'ailleurs, des indices qui pourront donner plus de probabilité à notre opinion". Les indices sur lesquelles M. RR. veut appuyer son hypothèse, p. i3i-i34. sont:
i) deux médailles, l'une de T. J. Rhescuporis, l'autre de T. J. Sauromatès , sur lesquelles , au dire de M. RR. •ont représentées les mêmes marques d'honneur que sur celles de Cotys l'aspurgiain.
a) une médaille de T. J. Sauromatès , dont l'avers présente ce roi assis j le revers, quelques marques d'honneur.
J'observe :
i) que les deux médailles de T. J. Rhescuporis et de T. J. Sauromatès portent des types tout différens de ceux qu'offre la monnoie de Cotys, et que sous ce rapport elles ne peuvent pas être citées pour prouver que ces troi» pièces ont été faites dans le même tems j
a) quant à la troisième médaille , que ses types diffèrent pareillement de la médaille de Cotys , quoique M. RR. prétende, p. i33 - i3|. que ,,la monnoie de Cotys l'Aspurgitain et celle de T. J. Sauromate , ainsi confirmées et justifiées l'une par l'autre, prouvent invinciblement que ce Cotys appartient à l'époque même de l'avènement de la dynastie de Sauromate". J'ajoute
3) que la médaille de Cotys n'a, du côté de la fabrique, aucune ressemblance avec les trois pièces citées par M. Raoul -Rochette j
4) que si ces trois médailles , mal décrites , données d'après des dessins infidèles et très-mal gravés, prouvent, malgré la différence totale qu'on remarque entre elles et celle de Cotys , crue la monnoie de ce dernier est de la
même date que ce» trois médailles, alors M, RR. pourra nous prouver encore que Us médailles de Sauromate X. ont été frappées du tema» de Sauromate l ;
5) si M. RR. nous dit de la troisième médaille qui est de T. J. Sauromatès, ,>que la terminaison du mot roi, au nominatif, démontre la vérité de cette attribution" ; il permettra de remarquer : que la terminaison du nom du roi au nominatif ne peut rien prouver, puisque les légendes des monnoies de ce roi ont tantôt la terminaison au génitif, tantôt au nominatif, et qu'en admettant comme ▼raie sa supposition , il s'en suivroit que la médaille de Cotys l'Aspurgiain n'est pas du tems de T. J. Rhescuporis et de T. J. Sauromatès, parce que sa légende n'a pas les terminaisons au nominatif }
6) le sigma quarré qui se trouve sur la plupart des médailles de T. J. Rhescuporis , sur quelques unes de T. J. Sauromatès, et aussi sur celle de Cotys l'Aspurgiain dont il est question , ne peut pas être cife* en faveur de l'opinion de M. KK. puisque cette lettre a toujours cette forme dans les médailles du même Cotys portant les têtes et les légendes de Claude, d'Agrippine et de Néron. On en a un exemple dans un grand médaillon en bronze frappé au Rosphore sous le même Colys I. Son avers présente une tête de Claude couronnée de lauriers, et la légende: KAAÏAIOT KAIE-U'OE Li-B.AETOT ; le revers porte les lettres JVIH entourées d'une couronne de lauriers. Ce médaillon se trouve dans la belle collection de médailles grecques de S. IL. M. le Maréchal de la cour Cyrille de ]\arichkin. La même forme du E s'observe sur un médaillon en bronze moins grand et frappé sous le même roi, dont l'avers porte la tête de Néron couronnée de lauriers , et la légende KAIEAPOE NKPCûXOE EEBAETOT. Sur son revers on voit une Victoire allant de droite à gauche , ayant une couronne dans la main droite élevée, et une palme dans la main gauche 5 dans le champ sont les lettres KA.
Je remarque enfin, en passant, que dans la phrase, p. i33. où il est question de* marques d'honneur données
par les Romain*, que M. Raoul-Rochette nomme „monnmens précieux de la puissance de ces princes et de l'amitié des Romains", il faut substituer au mot puissance t celui d'impuissance , puisque des rois indépendans n'auroient jamais accepté de pareils honneurs, que jamais ils ne les auroient consacrés par des monumens publics.
ex.
Ouoique M. Raoul -Rochette ne paroisse pas douter de la solidité des argumens qu'il a fournis, pour faire passer sa monnoie de Cotys pour uue médaille contemporaine de cea rois qu'il prend pour fondateurs de la nouvelle dynastie sauromate, cependant il doit avoir senti que les trois médailles que je viens d'examiner, démontrent que son hypothèse concernant un Cotys inconnu dans l'histoire, un Cotys dont jusqu'à présent on n'avoit point vu de médailles , n'avoit aucun fondement solide , et que pour la prouver il lui falloit des secours plus qu'ordinaires. 11 a eu le bonheur de les trouver dans une médaille qu'il a donnée , p. i3-i-i35, et dont voici la description: „Tcte imberbe diadémée, avec la légende HAUAE . . PHCKOTMDrVAOC ; au revers , tête de femme couverte d'un voile , à droite ; derrière, le monogramme, BAK 3 devant, les lettres KA, Cette médaille poursuit M. RR , appartient indubita* blement , d'après les types et la fabrique , au premier Rhescuporis j la tête imberbe diadémée représente probablement Tibère , fils adoptif d'Auguste. Il est moins aisé de déterminer quel est le buste de femme voilée , qu'offre le type du revers : nous avons déjà vu ce type sur des médailles d'Ininthimévus", (comme je l'ai déjà observé, il ne s'y trouvoit pas) „celles de Sauromate nous offrent également un portrait de femme, où nous avons reconnu celui de la reine son épouse. Il est probable que c'est aussi celui de la reine, femme de Rhescuporis, que nous devons voir au revers de sa médaille, à moins que, par suite du même culte , voué aux membres de la famille impériale , on n'aime mieux y voir le portrait de Livie ou de Julie. Mais ce qu'il 7 a , sans contredit , de
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plu» remarquable sur cette médaille, c'est le monogramme BAK , qu'on ne peut interpréter autrement que par B.W/- Isv; Kor.o, . c'est à dire : monnoie du roi Cotys".
La médaille dont M. RR. uous a donné cette description est véritablement la plus curieuse qu'on ait jamais vue. On ne peut pas dire que ce soit un phénomène uninique , mais un monstre en numismatique. Analysons ce que M. RK. croit avoir trouvé sur cette médaille ai remarquable :
i) la légende BAC1AE . . PHCKOTIIOPUOC . et
a) la tète imberbe diadcmte de Tibère, sur l'avers ;
3) une téte voilée de femme, représentant l'épouse de Rhescuporis 1, ou Livie ou Julie, sur le revers;
4) le monogramme BAK , et
5) les lettres KA, aussi sur le revers.
Comment seroit il possible de trouver sur l'avers d'une médaille , dans la légende, le nom du roi Rhescuporis , entourant , non pas le portrait du môme roi , mais celui de Tibère et, ce qui est plus singulier encore, Tibère orné du diadème ? Comment la prétendue téte voilée du revers, pourroit-elle représenter l'effigie de l'épouse de rhescuporis , tandis que l'avers porte celle de Tibère ? L'empereur et l'épouse de Rhescuporis sur une et même médaille ! À-t-on jamais vu sur une monnoie du Bosphore, d'un coté le monogramme d'un roi, et de l'autre le nom d'un autre roi ? Si l'avers de cette pièce offre la tôle de Tibère, comment le revers peut-il porter celle de L.v.e, dame qui vivoit jusqu'à sa mort dans une relation peu amicale avec son fils ? Enfin il seroit sans exemple , de trouver sur un revers un monogramme, et en même tems
les lettres KA.
La moindre petite pratique dans la numismatique antique n'auroit jamais permis à M. Raoul-Rochette de croire à l'existence possible d'une pareille médaille. Mais d.rat-on: d'où M. RR. a-t-il reçu la notice de cette médaille si monstrueuse sous tous les rapports ? U nous apprend luimême, p.i34: ,^'elle se trouve entre les , L collection de M. Callera, dont U possède dès à présent
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le catalogue exact et raisonné" . Je comtois depuis longtems M. Gallera à Théodosie , homme très -honnête et très -estimable , je sais qu'il n'a jamais eu la prétention d'étrp connoisseur en numismatique, et comme on ne peut pas douter, que la médaille en question ne se trouve dé» crite dans son catalogue telle que l'a rapportée M. HR. nous voyons en effet que M. Gallera n'a fait encore que les premiers pas dans la science numismatique. Au reste il me semble très-probable que l'auteur du catalogue cité a eu sous les yeux, en écrivant l'article en question, un exemplaire mal conservé de la médaille de Rhescuporis I. citée ci -dessus §. XCV1. et dont on trouve la description dans l'appendice , med. a6. et 27,
cxr.
La médaille de Cotys l'Aspurgiain et celle du catalogue de M. Gallera font dire à l'auteur des antiquités du Bosphore, p. 1 35 : ,,qu'il résulteroit du monogramme B.AKt qu'on ne peut interpréter autrement que par (monnoie) du roi Cotys, que le Rhescuporis, fondateur de cette dynastie du Bosphore, auroil eu pour associé à l'empire Cotys, probablement son frère, le même qui auroit porté le surnom d'-ACIlOTlTOr , sans doute parce que ses succès contre les Aspurgiains auroient, en délivrant le Bosphore de l'invasion ou des hostilités de ce peuple barbare , affermi le sceptre dans ses mains et dans celles de Rhescuporis". Mais j'ai démontré :
1) que les médailles de T. J. Rhescuporis et de T. J. Sauromatès n'ont pas pu servir à M. RR. pour appuyer son hypothèse concernant l'origine de la nouvelle dynastie sauromate au Bosphore. J'ai prouvé en outre :
a) que le roi Rhescuporis , nommé dans une ancienne inscription père de T. J. Sauromatès , n'a jamais régué sur le Bosphore , et qu'il ne peut non plus être le même prince que T. J. Rhescuporis, contemporain de Tibère j
3 que la médaille de Cotys l'Aspurgiain est de Cotyt I. frère de Mithradate j et
4) que celle qui a été empruntée d'un catalogue de Théodosie ne constate pas l'existence d'un Cotys associé
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*de Rhescuporis dans l'empire , puisqu'elle n'a jamais pu exister.
Ainsi on ne peut s'empêcher de conclure que toute cette hypothèse est renversée. Je dirai encore dans l'appendice quelques mots sur l'impossibilité d'admettre les explications de M. i'.R. p. 117-118. pour concilier les règnes des fondateurs supposés de sa nouvelle dynastie.
cm
En établissant son hypothèse, M. Raoul-Rochette avoit remarqué, p. 118: qu'elle étoit attestée par des médailles inédites et très- remarquables" j ce sont celles de T. J. Chescuporis , et de T. J. Sauromatès que l'auteur désigne ainsi. Mais on doit observer que , vu l'inexactitude des descriptions, l'insuffisance de leurs explications et l'infidélité des gravures que nous a données M. Maoul - Mochette, ces médailles appartiennent encore au nombre des inédites. L'auteur voulant ensuite, p. ius. communiquer à ses lecteurs la médaille de Cotys 1. et celle de M. Cillera , leur dit : „c'est encore au moyen de monumens inédits, et de la plus parfaite conservation, comme de la plus haute autorité , que j'établirai mon opinion". Les lecteurs ne seront pas de l'avis de M. UR. puisque la médaille de Cotys n'est pas inédite, et qu'elle a été décrite depuis long-tems par Hardouin 5 quant à celle de M. Callera, ils ne conviendront pas qu'elle soit de la plus haut* autorité, ils n'admettront pas non plus sa parfaite conservation. Au reste, il n'y a pas de doute que cette dernière pièce ne reste toujours ensévelie dans le nombre des monumens obscurs et inédits.
Il est en vérité curieux que M. RR , après avoir critiqué Cary, Eckhel, et principalement Visconli, de ce qu'ils ont attribué à T. J. Sauromatès une médaille qui, d'après l'indication trouvée dans un exemplaire mieux conservé > est reconnue pour être de Cotys j et après avoir prouvé avec très peu de peine que l'hypothèse d'une nouvelle dynastie aspurgiaioe, proposée par Viscouti, est sans fondement i il est étonnant , dis -je, que M. RR. ait été en-
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traîné, par cette fatale monnoie, à hazarder des opinions beaucoup plu» le'gères encore que celles de ses prédécesseurs.
L'auteur en nous assurant encore une fois, p. i4i-i45. note t : „que c'est d'après des monumens indubitables, qu'il a établi l'existence de Rhescuporis I. et de Cotys I. comme rois du Bosphore"; annonce un nouvel appui à son opinion, et il croit l'avoir trouvé dans deux médailles en or du Bosphore qui portent les dates AT. 3o4. et ET. 3o5. de l'ère du Pont , qui correspondent aux années 8 et 9 de l'ère vulgaire. Elles ont la tête d Auguste pour avers. L'une porte les deux lettres KA , dont la première est placée au dessus de l'autre $ la seconde, un monogramme qui est composé des lettres KNE. Visconti avoit conjecturé que les lettres KA dévoient indiquer Apovcoç KxT<rxp* et le monogramme KNE , NEpwv Kxîuxp. Mais M. KR. rejette cette explication, qui a au moins plus de vraisemblance que la sienne , et il interprète ces deux monogrammes par Drusus Cotys , et Néron Cotys. La raison qu'il en donne est celle-ci: „il est sans exemple", dit -il, „que les rois du Bosphore aient fait frapper de la monnoie avec l'effigie des empereurs , sans y placer au moins 11nitiale de leur nom". J'observerai k ce sujet :
1) que le contenu de cette assertion prouve justement la fausseté de l'explication des deux monogrammes, proposée par Visconti et M. RR. Car le buste d'Auguste n'ayant jamais sur ces médailles son monogramme a côté, il est clair que les monogrammes qui sont au revers, a côté des portraits que l'on croit représenter des personnages de sa famille , ne peuvent pas indiquer les noms de ces derniers. Si le monogramme du nom avoit été nécessaire sur un côté de la médaille, il l'auroit été aussi sur l'autre. Il y a donc tonle probabilité que les monogrammes MA» KA , KNE , rL\E . sur ces médailles , dont le dernier est peut-être le même que celui qui le précède , ont une autre signification , qu'il est aujourd'hui difficile de deviner. Par cette raison il ne peut plus être question de*
• noms de Drusus et de Néron comme indiqués sur ces pièces, et encore moins de Cotys, roi de pure invention. On trouvera dans l'appendice la description de toutes ces médailles anonymes du Bosphore , qui sont venues à ma connoissance j elles sont suivies de celles qu'on a frappées sous les règnes de Sauromate I, Sauromate II, l'hescuporis I, et Rhescuporis II. L'inadmissibilité des conjectures de Visconti et de M. RR. deviendra encore plus forcée par l'observation suivante :
a) les monogrammes Kâ et KNE ne pouvoient pas, à cause de l'arrangement des lettres , indiquer Drusus César et Néron César, comme conjecturoit Visconti, mais César Drusus, et César Néron, ce qui seroit tout -à -fait contraire à l'usage. Car dans les médailles des princes de la famille d'Auguste, par exemple dans celles de Caius et Lucius, petits -fils d'Auguste; dans celles de Tibère, de Drusus, de Geimanicus et de ses fils, de Caligula, de Claude et de Néron , le mot César suit , et ne précède jamais , leurs noms propres. D'après l'explication de M. RR. ces monogrammes doivent être lus Cotjs Drusus, et Cotys Néron, puisque le K précède dans les deux monogrammes les autres lettres. Mais seroit-il possible qu'un roi du Bosphore eut osé mettre son nom avant celui d'un prince de la famille d'Auguste ?
3) Visconti et M. RR. n'ont essayé d'expliquer que les monogrammes de deux de ces médailles, dont on trouve la description dans l'appendice, m. a. et 6. Si leur explication avoit été juste , elle devroit être aussi applicable aux monogrammes composés des lettres MA. et K.AE, des nos. i. 3. 4«« 5. et elle ne l'est pas.
4) Quant à la médaille en or du véritable Cotys I. qui se trouve au cabinet impérial de Russie, et qui a été publiée par Cary , Visconti avoit raison de rejeter l'explication que ce savant avoit donnée de son monogramme NKl'K, qu'il lisoit Néron Cotys, et de l'interpréter Néron César. Dans ce chiffre les lettres P et K sont tellement réunies, qu'elles ne peuvent appartenir qu'à une seule personne. Si , contre l'usage ordinaire , le monogramme de
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Cotys I. ne se trouve pas sur cette dernière médaille, on n'est pas fondé pour cola à chercher le K, initiale de son nom , dans le chiffre de l'empereur. Au reste , il auioit été mal-séant et contre toutes convenances que Cotys eut voulu attacher l'initiale de «on nom au chiffre de Néron.
CMV.
L'auteur des antiquités (.immériennes a attribué, p, i37-i4°« à Colys , ce prétendu contemporain de Rhescuporis f. son frère et son associé à l'empire , deux médaille* dont j'ai sous les yeux des exemplaires parfaits»' La légende de la première qui a un cavalier en course pour revers , n ? est pas incorrecte , puisqu'on y voit écrit Br\ 'At'OC KOÏTOl et non KOTTCOC , comme le dit M.' RR- Cette médaille, aussi bien que la seconde, ayant d'un côté le monogramme de Cotys, de l'autre un temple et le» lettres KAiiK, sont de Cotys contemporain d'Hadrien , et il seroit superflu d'en dire davantage pour le prouver.
Par malheur, dans tous les exemplaires que j'ai vus de la médaille de Cotys TOT \CnOTPfOT le mot HAUAKCûE j manque tout- à -fait, ou bien il est défectueux dans les dernières syllabes. Si dans la suite on découvre un exemplaire où la légende soit entière, le mot en question s'y trouvera comme je l'ai écrit ici. Cela est prouvé par les médailles en bronze de Claude et de Néron du môme Cotys I. qui portent sur l'avers les têtes et les légendes de ces empereurs et dont j'ai rapporté les légendes au §. CVIU.
Faute de connoitre les monumens numismatiques du Bosphore découverts jusqu'à présent, M. Raoul - Rochette confond les médailles des deux Cotys L et II. Tour soutenir son hypothèse il a créé un nouveau Cotys, prétendu frère et associé de Rhescupoiis l. l'Aspurgiaiu, et il donne au même Cotys, roi imaginaire comme l'est Khadaméadis, les deux médailles qui appartiennent à Cotys II.
Ce n'est pas une faute moins grave de M. Raoul -Rochelle que d'avoir rapporté, p. 120. et i3a. à T. J. Rhes-
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cuporis une médaille dont l'avers porte quelques unes des marques d'honneur par lesquelles les Romains recompensoient la fidélité de leurs alliés ; le revers , la chaise curule et la couronne d'or 5 à dioite , le bâton d'ivoire surmonté d'un buste j à gauche , un objet représentant peut-être une patcrc d'or qui étoit quelquefois au nombre de ces distinctions. Car il est peu probable qu'on ail voulu figurer. le bouclier deux fois sur la môme médaille. D'après sa légende et le goût du travail , cette monnoie ne peut appartenir qu'à Bhescuporis III. et non pas a T. J. Rhescuporis, comme M. RR. voudroit nous le persuader.
La médaille attribuée à Sauromate I. par Cary, Eckhel etVisconti, a été inexactement décrite par les numismatistes à cause de sa conservation médiocre. L'exemplaire bien conservé du cabinet de M. le Comte Sévérin Potocki ( n'a pas été plus correctement décrit par M. Raoul-Rochette , p. 127-128. Sa description est aussi défectueuse que celle qu'en avoit faite le P. Haidouin, dont M. RR. p. 129. loue néanmoins la rare exactitude ! Tous ceux qui ont parlé de celte médaille , sans en excepter M. RR , ont totalement méconnu la signification des types qui y sont représentés.
Avant de les expliquer, il est nécessaire de décrire cette médaille :
TE I M AI BATJAECûE] KOTTOC. Chaise curule sur laquelle est une couronne j à droite, le bâton où canne d'ivoire, surmonté d'un buste.
TOT ACnOTPfOr. Au bas, les lettres K±; dans le milieu , bouclier et lance j au haut , téte de cheval , et tôle d'homme 3 au bas , casque et épée.
M. RR. donne trois fois, p. 128. p. i33. 1. 7. et 1. 18- aux types du revers le nom de trophée. Mais les trophées des Crées et des Romains n'ont jamais d'autre forme que celle que nous voyons entr'autres sifï une de» médailles de Tibérius Julius Rhescuporis , et sur une autre de Cotys V, roi de Thrace, publiée par Cary (pl. II. m. 9). Jamais des
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armes , arrangées comme elles le sont sur Je revers de cette médaille, ne peuvent être prises pour des trophées.
Les types qui occupent les deux eûtes de la médaille de Cotys , et que nous trouvons sur plusieurs autres médailles des rois du Bosphore, tantôt sur l'avers, tantôt sur le revers, tantôt sur les deux côlJs delà médaille, n'appartiennent nullement h des trophées : ce sont toujours les marques d'honneur et de distinction, que le sénat romain, ou les empereurs, avoient envoyées» à des rois qui avoient mérité leur faveur. Dans les présens dont le sénat romain avoit honoré Massinissa son allié, nous trouvons tous les objets que porte notre médaille de Cotys. Ce roi avoit reçu une couronne d'or , une bague à cachet en or , la chaise curule en ivoire , un cheval avec les ornemens en or, un vêtement de dessous de pourpre, la toge romaine brodée, une armure complète ( Appian. Pun. VIII. 3a): Mxavoaxiroy àk PxuxToi x x P i? î? tx T îi vuauxxtxi léiÇxvôj Të àro xp'jaw, xxl cÇpxyTâx xp-j<T>jv, tVé^xoy, xxl û,ë<pxvTivov â+ typov, xxl roptyvoxv, xxl ço'/jv Vmu.x'ù::jj , xxl Ittov xpvaotyxKxpw, Xi<î txvo-X.'xv. Il e6t vrai qu'Appien ne fait ici aucune mention du bAton ou sceptre qui est sur la monnoie de Cotys ; mais de l'autre côté , son énumération renferme trois objets, un anneau à cachet en or, un habit de pourpre et la loge romaine, étrangers à la médaille. Il est presque sûr que dans le passage d'Appien le sceptre ou bâton d'ivoire n'y manque que par une omission, parce que c'étoit, ensemble avec la chaise curule, une marque des premières magistratures chez les Romains , et une des principales pièces qui entroient dans ces présens. Aussi Tite- Live (XXX. i5), racontant les mômes honneurs accordés à Massinissa , y comprend le bâton d'ivoire : Massinissam eximiis ornât um laudibus, aurea coron a, aurea paiera, sella cutuli et scipione eburneo , loga picta et palmata tunica donat. Au roi Syphax le sénat romain avoit envoyé les présens suivans : une toge et une tunique de pourpre, la chaise curule, une palère en or de cinq livres. D'autres rois d'Afrique avoient revu, dans le même tems, des toges ornées de pourpre, et des patùres en or de troi»
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livres chacune (Liv. XXV1Ï. 4). Des ambassadeurs avoient été chargés de porter au roi Ptolémée à Alexandrie , la chaise curu le, la toge et la tunique de pourpre (Liv. 1. c). Dans les extraits de Diodore faits par Constantin Porphyrogénète (Ecl. de Leg. LXXXL a4«) nous lisons que le sénat romain avoit envoyé à Ariarathe , roi de Cappadoce , les présens regardés chez eux comme les plus grands et les plus distingués : uë'yiïx tcHj irxp' xv'to?* voui^oh^mj àJpuy. Polybe (Exc. de Leg. XXXI.) parlant de ces mêmes préaens donnés à Ariarathe, se contente de nommer la chaise cnrule d'ivoire et le bâton, t-jv emn'cvet nul rlv tk^xvnvoy étfpb'j , et ne fait pas mention des autres pièces que le roi avoit certainement reçues. Ce genre d'omission de la part des historiens est confirmé par un autre fait rapporté dans les mêmes extraits de Diodore que j'ai cités (Ecl. L. XXX. t6), lorsqu'il est question des présens que le sénat avoit faits au roi Euménès. Cet auteur ne nomme que la chaise curule : îf vCynkfjroç rôv \£,vtikV7f t'k6\f>avr/vM i> fi';7XTX itépcy , xxi rîjç a).hiji ocToioxîjç eiÇtwvxjx (pikoÇfôvMÇ : mais Tite-Live (XLII. i4.) s'explique avec plus de détails et nomme expressément la chaise curule et le bâton d'ivoire : omîtes ci honores habiti , donaquc quant amplissirna data , ctun sella curuli atque eburneo scipione. Pendant le règne de Tibère, Ptolémée roi de Mauritanie, eût l'honneur de recevoir des mains d'un sénateur, envoyé exprès pour cela, le bâton d'ivoire et la toge brodée. On ne peut douter que Ptolémée reçut en même tems les autres présens d'usage , quoique Tacite (Annal. IV. a6.) n'en fasse point mention. Car les médailles de ce même roi mettent en évidence qu'il avoit été honoré aussi de la chaise curule. Tous ces faits prouvent que si nous voyons représentés sur les médailles des rois du Bosphore la chaise curule et le bâton d'ivoire, on doit toujours supposer que le prince les a reçus ensemble avec les autres présens d'usage.
Les anciens n'ont pas connu les sceptres tels qu'ils sont dans les tems modernes 5 chez eux le sceptre étoit un bâton beaucoup plus Ion g que ne l'est chez nous cette
marque rie la royauté. Les sceptre» que nous voyons car les mouumens de l'antiquité dans les mains des dieux étoient quelquefois surmontés d'un aigle} le b;Uon d'ivoire, marque d'honneur des consuls et des triomphateurs (Juv. Sat. X.43-) chez les Romains, étoit à peu près de la proportion de nos cannes, et orné de même d'un aigle. Mais sous les empereurs romains on lui avoit substitué un buste, comme le prouvent les médailles des rois du Bosphore, et ce huste étoit probablement celui de l'empereur régnant.
C'est par erreur que M. Raoul-Rochette, p. ia8. nomme une êjice dans le fourreau ce bâton d'ivoire, très clairement visible sur la médaille de Cotys. Le même objet a été très -mal rendu dans la giavure d'une médaille de T. J. Sauromatès, p. i33. pl. II. m. 5. Sur le revers de la médaille de Cotys I , que M. RR. attribue au prétendu frère de Rhescuporis I, la tête barbue, que l'ancien graveur a très -bien caractérisée pour indiquer un barbare, est celle de l'esclave conducteur du cheval.
Ces présens et ces marques d'honneur, que les Romains ont imités des Tyrrhéniens, étoient les symboles du premier pouvoir dans l'état et de la royauté (Dion. Hal. A. R. 111. 61). Lorsque Tarquin eut soumis les villes des Tyrrhéniens, elles lui firent présent d'une couronne d'or, d'une chaire en ivoire, d'un bâton Surmonté d'un aigle, d'une tunique de pourpre brodée en or, et d'un vêtement de dessus brodé , à l'instar de ceux des rois des Lydiens et des Perses, avec la seule différence qu'il étoit de forme sémicirculaire , tandis que les rois que je viens de nommer le portoient quarré. Le sénat romain , pour donner une marque de sa faveur à Porséna, lui envoya la chaise d'ivoire et le b.ïton , la couronne d'or et un vêtement semblable à celui dont étoit paré le triomphateur (Dion. Hal. V. 35). Denys d Ilalicarnasse observe (III. 6i.) que les sceptres et les diadèmes dont les Romains faisoient présent à des rois qui possédoient déjà ces insignes de leur dignité , en indiquoient la conGrmation.
Il paroit que ces honneurs furent conférés principalement sous les rois et du tems de la république romaine.
Ils étoient devenus moins usités sous Tibère. Tacite faisant meution de ceux qui furent accordés à Ptolémée , roi de Maurétanie, dit: repetitus ex vetusto mos, missusque e senatoribus , qui stipionem eburneum , togam pictam , antiqua patrum munera, daret.
Buonaroti croit ( Medagl. p. i%o. ) que les couronnes qui se trouvent quelquefois sur les médailles des empereurs et entr'autres sur une de Commode , indiquent des couronnes votives consacrées par des individus dans des temples en honneur de l'empereur. Celles qui se voient assez souvent sur le revers de la monnoie des rois du Bosphore, ressemblent à celles des médailles romaines et ont, là où les branches se terminent, une pierre précieuse, pour orner le Iront. J'ai parlé dans l'appeudice de la signification que cet emblème peut avoir dans la monnoie du Bosphore.
Plusieurs médailles du Bosphore présentent sur leur avers , comme objet principal , la chaise curule placée entre le bâton d'ivoire, le bouclier et la lance. La chaise curule occupe le milieu du champ , apparemment puisqu'elle étoit parmi tous ces présens d'usage , celui qui avec raison étoit regardé au Bosphore comme le plus précieux. Tite-Live, faisant mention (XLII. i4-) des présens dont le sénat romain avoit honoré Euménès , roi d'Asie , n'a nommé que la chaise curule et le bâton d'ivoire : ita omnes ei honores habiti donaque quant amplissima data , cum sella curuli atque eburneo scipione. On doit trouver singulier , que sur deux médailles en bronze , dont l'une est de Sauromate III. l'autre de Cotvs 11. cette marque distinctive des premiers magistrats chez les Romains , soit représentée dans une trè» petite dimension , comme un accessoire, et mêlée parmi les autres présens d'une moindre valeur. Voici la description de ces deux médailles :
BACIAfe'OC CATPOMATOT. Buste diadémé de Sauromate III. à droite.
Un bouclier , au milieu du champ ; à gauche, une téta de cheval , une hache , et une petite chaise curule ; à droite, un trident, une téte casquée, et une épée; dessous , les lettres MH. AE. 8.
Au «.ibine» <*« M- le colonel de Stempknrtkî.
BACIAÉCOC KOTTOC. Buste diadème' de Cotys IL à droite.
Un bouclier avec une lance , au milieu du champ ; à gauche y une tôle de cheval et une hache ; à droite , un casque, une é"pëe et une très petite chaise curule y dessous , les lettres MH. AE. 6.
Chez l'auteur.