CXV1II
On remarque encore une méprise dans l'assertion suivante, p. i4i : „la leçon constamment usitée au Bosphore est PHCKOTllOPIAOC, tandis que dans la Thrace, ce nom a'écrivoit PACKOTnOPUOC ou PAICKOTNOP1AOL". On ne connoit qu'un seul roi de Thrace nommé Rhascuporis ou Rhaescuporis. M. Raoul -Rochette se seroit donc exprimé plus justement si, au lieu de dire „dans la Thrace ce nom s'écrivoit etc." il avoit dit : le nom d'un des rois de la Thrace s'écrivoit etc. Si la Thrace avoit eu huit rois de ce nom, comme les a eu le Bosphore, nous trouverions aussi dans la Thrace le nom écrit Rhescuporis } nous l'y trouverions , de même que nous lisons sur plusieurs médailles des Rhescuporis V. et VII , le nom du roi écrit Rhascuporis, et sur celles de Rhescuporis VIII, Rhiscuporis.
Voici encore une autre preuve de l'arbitraire que M, Raoul-Rochette a apporté dans ses recherches historiques. L'auteur nous dit, p. i4a-i43: „on ponrroit conjecturer que , dans l'anarchie qui suivit la mort de Polémon I, et au défaut de souverains légitimes, quelque prince Thrace, tuant de l'avantage que lui donnoient ces relations anciennes entre les deux peuples , obtint le royaume du Bosphore, après en avoir chassé les Aspurgi tains, et commença une dynastie nouvelle, distinguée à-la-fois par l'a-
mitié des Romains et par le surnom d'ACriOTPrOT, monument de cette victoire". Ce raisonnement est si hardi qu'il n'est composé' que de faits qui ont pu arriver comme tant d'autres, mais qui probablement n'ont jamais eu lieu. Ce sont en neuf lignes sept hypothèses, ou, pour me servir d'une expression souvent employée par M. RR , un système d'hypothèses , du genre de celles qu'on trouve dans l'écrit de M. de Stempkovski , que M. RR. a joint ù son livre. On pourroit lui demander :
1) quel auteur ancien a jamais dit ou insinué qu'il y eut anarchie après la mort de Polémon ? La médaille en or citée dans l'appendice, m. i. portant la date l'an 099 de l'ère du Bosphore, l'an 3 de la notre, et les médailles suivantes , jusqu'à la m. 6, ne prouvent-t-elles pas que le trône du Bosphore a été toujours occupé par des rois légitimes ?
2) d'où M. RR. sait-il, qu'au défaut de souverains légitimes quelque prince Thrace obtint le royaume du Bosphore ? Chaque peuplade des Sauromates et des Maeotes ayant son roi, les souverains légitimes pouvoient-ils manquer au Bosphore après la mort de Polémon ?
3) si Eumélus fils de Paerisade I. reçut des secours des Thraces, est-ce une preuve que les Thraces envahirent le Bosphore long-tems après ?
4) qui lui garantit que les Aspurgiains s'étoient mis en possession du Bosphore ?
5) comment l'auteur peut -il rendre probable qu'au Bosphore les Thraces chassèrent les Aspurgiains et commencèrent une dynastie nouvelle ?
6) d'où sait-il que les Romains ont soutenu les Thraces contre les Aspurgiains ?
7) quel rapport y a-t-il entre la mort de Polémon I. et le nom d'Aspurgus qu'on lit sur la médaille d'un prince qui a régné long-tems après que Polémon n'existoit plus ?
En terminant mes remarques sur l'origine de la nouvelle dynastie sauromate au Bosphore imaginée par M.
Raoul-Rochette , il ne sera pas superflu de jeter un coup d'oeil général sur l'ensemble de cette partie de son discours et sur les résultats qu'il a su tirer, soit des inscriptions, soit des médailles et aussi des anciens historiens.
Rien ne prouve mieux le peu de solidité de ce que l'auteur a dit sur l'origine de cette dynastie, que la conséquence naturelle de son raisonnement qui, au lieu d'une seule hypothèse qu'il avoit promise sur cette origine , en présente trois à s»*s lecteurs, même sans les en avertir.
La première hypothèse n'est au fond que celle de Visconti , un peu modifiée et amplifiée. Elle n'en diffère qu'en ce qu'elle ne nomme pas Aspurgiains les prétendus fondateurs de la nouvelle dynastie sauromate. Yisconti et M. Raoul-Rochette sont d'accord pour le tems où Tibèrius Julius Rhescuporis adopta le prénom de Tibérius. M. RR. nous dit, p. 121 : „que le prénom de Tibèrius fait probablement allusion à l'entremise de Tibère, qui, vers l'époque où l'on peut supposer que se fit l'exaltation de Rhescuporis , se trou voit en lllyrie , et par les mains duquel le nouveau souverain du Bosphore fit sa soumission à Auguste". Tibère ayant été récompensé pour ses expéditions par les honneurs du triomphe , l'an de Rome 765. qui correspond à l'an la. de notre ère , deux ans avant la mort d'Auguste, l'entremise de Tibère dans les affaires du Bosphore et l'exaltation de Rhescuporis , faits que supposent Visconti et M. RR. doivent avoir eu lieu l'an de Rome 76a. ou la 9' année de notre ère. Une seule et même médaille a servi à Visconti et à M. RR. pour appuyer cette hypothèse. Visconti croyoit y voir Sauromate l'aspurgiain ; M. RR. Cotys l'aspurgiain , et ' chacun prenoit son roi pour le fondateur de la nouvelle dynastie. M. RR. s'est servi en outre aussi d'une médaille • décrite dans le catalogue de M. Callera. L'entremise de Tibère dans les affaires du Bosphore et l'exaltation de Rhescuporis ont donc eu lieu , d'après M. RR. l'an de Rome 76a , 9 de notre ère j la nomination de Cotys comme associé à l'empire a probablement été faite quelque tems après. En suivant avec attention l'exposé de M.
RR. on doit être étonné que , sans dire ses raisons , sans révoquer ses argumens pour établir, renforcer et accréditer son hypothèse, il passe brusquement
a une seconde supposition, en disant, p. i44« note i : „ce n'est que d'après des monumens indubitables , que j'ai établi l'existence de Rhescuporis I. et de Cotys I. comme rois du Bosphore, à partir de l'an a de notre ère vulgaire". Ce n'est pas par une faute d'impression que l'on trouve indiqué dans ce passage l'an a de notre ère, puisque l'auteur ajoute, p. i45. dans une note : ,,les médailles que j'ai fait connoitre, et qui constatent l'existence d'un Cotys, roi du Bosphore de l'an a à l'an 17 de l'ère vulgaire etc." Si d'après la première hypothèse , l'exaltation de Rhescuporis et son avènement au trône ont eu lieu , par la protection de Tibère dont Rhescuporis avoit adopté le nom , l'an 9 de l'ère vulgaire , comment ce même Rhescuporis et son frère et associé Cotys ont - ils pn être rois du Bosphore sans l'entremise de Tibère plusieurs années avant, l'an a de la même ère ? Si les deux médailles en or, dont parle M. RR. à l'endroit cité, ont opéré dans son esprit ce changement subit d'opinion , il est tombé dans une nouvelle erreur, comme je l'ai prouvé an §. CX II. et il auroit bien fait d'en informer ses lecteurs, de révoquer sa première hypothèse, et de reconstruire la nouvelle.
La troisième hypothèse, p. ifo-xfî. qui porte que les Thraces , après avoir chassé les Aspurgiains , se sont mis en possession du Bosphore, a été examinée au §. précédent, elle ne paroit tenir, ni à la première, ni à la seconde, et les amis de la vérité historique avoueront sans hésiter, que dans les triple opinions, hypothèses, conjectures , ou tout autre nom qu'on donnera à ces idées , aucune ne l'emporte sur les autres en probabilité, ni môme en vraisemblance.
Abandonnant ses recherches numismatiqnes , l'auteur des Antiquités cimmériennes passe à quelques inscriptions grecques qu'il s'efforce d'expliquer. La première qui fixe
son attention est un décret des Olbiopolites en faveur de Théoclès : il en donne le texte d'abord en petits caractères , et ensuite à la fin du volume , pl. XII. en grandes lettres ; et il consacre à son explication depuis la page i45 jusqu'à la page ao3. La copie communiquée à M. Raoul* Rochette a été prise sur celle que j'ai faite imprimer en l8i4 | mais le copiste y a écrit incorrectement plusieurs mots. Quant à l'interprétation de quelques passages, je ne puis adopter celle que M. RR. en a donnée. Cependant je n'entrerai pas ici dans une longue discussion sur ce sur jet, parce qu'il se trouve traité avec tous les détails nécessaires dans un recueil qui ne tardera pas à être publié.
L'inscription en question se trouve au château de Stolnoyé appartenant à M. le Comte Kuchelev - Besborodko , amateur éclairé de l'antiquité. Celui qui a fait la copie dont s'est servi M. Raoul- Rochette a négligé de faire ressortir, comme dans l'original, une singularité très remarquable de ce monument. Les quatre premières lignes da cette inscription contiennent une notice particulière, et le décret ne commence qu'après cette notice. Sur la pierre, ce décret occupe le champ entier , et les quatre lignes sont gravées sur la frise en caractères plus grands , pour les faire distinguer du décrét gravé dessous. La première ligne de la notice préliminaire est écrite, comme le décret entier , sans que les mots soient séparés les uns des autres: mais les trois autres lignes offrant les noms des dix -huit villes qui , pour, honorer le souvenir de Théoclès, avoient envoyé à Olbie des couronnes d'or , sont gravées autrement. Les noms de ces villes sont séparés les uns des autres, et on voit qu'ils ont été écrits ainsi, pour qu'on distinguât plus facilement les noms des villes donatrices des couronnes. Dans la copie répétée par M. RR. cette particularité n'a pas été observée} au contraire, les quatre lignes qui n'appartiennent pas au décret sont écrites en petits caractères, et le décret en grandes lettres j en outre , les mots ne sont pas espacés, comme il le faUoitdans les trois lignes citées.
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C'est aussi faite d'une copie exacte , ou de renseignemens justes que M. Raoul - Rochette croit , p. 1 5a , que dans cette inscription ou s'est servi des lettres Li et € s tandis que l'on y voit C et E. Cette forme de lettres fait présumer que ce monument a été gravé vers le tenu de Tibère.
CXXIU.
Je remarque que M. Raoul-Rochette a traduit le mot HPX1A, qualification donnée dans cette inscription à Théoelès, par celui de Héros. Si M. RR. n'avoit pas supposé <|ue ce titre avoit été attribué à Théoclès a cause de son courage et de sa valeur militaire , comme il resuite de ce que j'ai observé §. CXXXI. il n'auroit pas été superflu pour ses lecteurs , d'observer que dans les anciennes inscriptions, comme dans celle-ci, ce mot n'a d'autre signification que celle de feu ou défunt qu'on met devant le nom d'une personne qui n'est plus.
Les quatre ligne» , dont trois contiennent les noms de plusieurs villes donatrices, avant été gravées sur l'original en grands caractères et avec beaucoup de soin , on ne peut pas supposer, quand même un mot paroitroit présenter quelque difficulté à un interprète , que le graveur de la pierre ait commis quelque erreur. Par cette raison je n'appronve pas ce que M. Raoul-Rochette dit, p. i54i55. p. r4& note i , Sur le mot HANOI, nom d'une ville peu connue, et qu'il veut lire par celte raison, TIANOI, les habit ans dm Tius. Il est vrai qu'on trouve dans les anciennes inscriptions, et même dans la notre, des exemples que les lettres Tl ou IT ont été quelquefois changées en II. Mais si cette faute a été commise quelquefois , on n'est pas fondé à la supposer par-tout , et dans des mots qui admettent une explication plausible et naturelle. D'ailleurs le soupçon d'une erreur semblable ne seroit dans aucun autre paasage d'un ancien monument plus déplacé que dans le texte de ces quatre lignes qui, devant perpétuer la libéralité des villes avec lesqueUea Olbie se trou-
▼oit en relations commerciales, ont du être gravies, comme
elles le «ont en effet , avec un soin tout particulier. La ville de Panélus, citée par M. RR. p. i54* n'a rien à faire avec les Parti de ce monument- Les II tXOl sont les lia* bilans de Panium, ville baignée par les eaux de la Propoutide, dont j'ai parle' plus au long dans un mémoire récemment publié en langue allemande.
Dans l'énumération des autres villes nommées dans notre monument , il n'est pas probable qu'on ait désigné sous le nom de MEIAHTOE une petite ville voisine de Cjzique, comme le croit M. Raoul-Rochette, p. i56, et je aiis persuadé qu'il s'agit ici de la ville de Mil élus en Ionie, métropole d'Olbie. Les anciens géographes nomment quelquefois des villes qui sont restées toujours dans l'obscurité, ou dont l'existence a été de très courte durée. Etienne de Byzance nomme, par exemple, neuf villes qui ont porté le nom d'Olbie et dont, en exceptant celle qui est située au bord de l'Hvpanis, à peine deux se trouvent mentionnées dans les auteurs de l'antiquité.
M. Raoul-Rochette dit, p. i53 : „toutes les villes mentionnées dans ce décret étoient situées sur le Pont". Maie il auroit dû en excepter, Milète, Byzance, Cyzique, Panium, Apamée et Olbie même, qui ne peut pas plus être rapportée aux villes du Pont Euxin que la ville de Tanais.
CXXVJJ.
Il étoit superflu de faire mention, p. 157. dans les recherches sur les 11POTEEIL, de la ville de Prusa dont on ne peut chercher le nom sur ce monument. Quant à l'orthographe du mot cité , elle est juste , et le 1 que M» Raoul-Rochette y croit omis par le graveur , ne l'est pas, comme je l'ai observé dans le mémoire cité.