XXVII
Quelque conjecture qu'on adopte , ce dieu inconnu , nommé le premier dans cette inscription, restera toujours un être obscur, et si l'on vouloit comparer le dieu Anergès , ou avec Nergal des Cuthéens , ou avec KNHITHS (Hesych. h. v)j ou si l'on cherchoit quelqu'analogie entre le dien Isanergès et Boanergès (Ev. Marc. 111. 17 ) , qu'en résulteroit - il ? Si la divinité nommée la première sur le monument de la reine Comosarye est du nombre de celles dont nous ne possédons aucune notice historique 5 le nom de la seconde divinité , A s tara , ne présente aucune difficulté , et il est certain que c'est Astarté , déesse dont le culte étoit aussi ancien que répandu dans tout l'orient.
Une des principales divinités de la plus haute antiquité •toit Astoreth ou Astaroth des Phéniciens , l'Astarté des
Grecs (Lucian. de Syr. D. 40 nommée par les Syriens Atergatis (Plin. V. 29. 19). Les Grecs et les Romains l'ont appelée, tantôt Astarté, tantôt Asthara ou Atliara. Bientôt le culte de cette divinité des Phéniciens, des Assyriens ou Syriens fut, avec plusieurs autres divinités, adopté par les Perses (Herod. I 3i), les Mèdes (Stiab. XV. 3. §. i3), et les Arméniens (Strab. XI. i3* Ç> 16), de manière que cliez ces trois peuples on trouvoit h?s mômes divinités et le même culte. La haute vénération qu'obtenoit à Bambycé ou Hiérapolis dans la Coelé - Syrie la déesse Syrienne , avoit rendu cette ville un des endroits les plus célèbres dans l'histoire réligieuse des anciens peuples. Strabon (XVI. 1. §. 27) et Pline (1. c.) observent que celte Déesse Syrienne révérée à Hiérapolis étoit la même qu'Atergatis. En Cappadoce, pays dont les habitans étoient Syriens d'origine (Herod. 1. 7a), la ville de Comana (Strab. XII. 2. §. 3), et une autre ville du môme nom au Pont (Strab. XII 3 §. 3a) , étoient célèbres par le culte d'une déesse qui ressembloit à celui de la Déesse Syrienne. Un examen des différens cultes de toutes ces divinités rend évident qu'il subsistoit entre Astarté, Atergatis, la Vénus Uranie de l'orient \ la déesse Syrienne, celle des deux villes de Comana, et Cybèle des Phrygiens, une très- grande affinité: toutes paroissent n'avoir été, avec de «légères différences produites par des causes locales, qu'une et même divinité, la Nature. On remarque aussi une grande ressemblance dans leur extérieur et dans les attributs qu'on leur avoit donnés. La déesse Syrienne, par exemple, qui d'après Strabon est la même qu'Astarté et Atergatis, portoit, comme nous la décrit Lucien (Syr. Dea , 10) , une tour sur la tête, et étoit assise sur un char traîné par des lions (Luc. 1. c. — Marrob. Sat. I. a3) , attributs qui lui étoient communs avec la déesse Phrygienne, Cybèle.
D'après ce que je viens d'exposer , le culte d'Astarté avoit successivement passé de laPhénicie, de l'Assyrie et de la Médie, dans l'Arménie, dans la Cappadoce, et du Pont au
Bosphore. Son existence dans ce dernier royaume ne pourra donc plus paroitre ni étrange, ni un fait impossible à prouver, comme le croyoit M. Raoul-Rochette. Le monument de la reine Comosarye sert au surplus de preuve certaine que le culte d'Astarté e'toit établi dans ces contrées du lems de Paerisade I. La parfaite identité* d'Astarté avec la lune , étant un fait incontestable , il ne peut subsister le moindre doute, que le dieu Anergés sur le môme monument ne soit le représentant du soleil. Tous les auteurs de l'antiquité conviennent que les divinités que l'on a adoré les premières en Egypte et en Pliénicie, ont été le soleil et la lune j c'est ce qui nous est dit par Eusèbe (Pr. Ev. c. 6. et 9), Plutarque (Fragm. 86. V\ytt ) et plusieurs autres. Dès la plus haute antiquité, chez les Grecs, le soleil et la lune étoient adorés (Plat. Crat. ap. Euseb. 1. c. c 9 . Dans l'orient plusieurs villes avoient des temples consacrés à chacune de ces diviuités. ATyrus le roi Hirome construisit des temples à Hercule, symbole du soleil, et à Astarté (Menand. ap. Joseph, in Apion. 1. 18). Les Chaldéens à Borsippa , ville célèbre par ses manufactures en lin, adressoient leurs prières au soleil et à la lune (Strab. XVI. i.§. 7.) et les Persans adoroient les mômes divinités (Strab. XV. 3. §. i3). Dans le traité entre Philippe et Hannibal le soleil et la lune sont nommés parmi les autres divinités que l'on invoquoit comme témoins (Polyb. VII. 9). Enfin les Grecs et les Romains regardoient le soleil et la lune comme les principes et le fond de leurs plus grandes divinités, Jupiter et Junon (Plutarch. qu. Rom. p. 77).
J'observe que le nom de l'épouse de Paerisade I. se rencontre sur un monument postérieur au notre de i5o ans à -peu -près. Ce nom est aussi celui d'une reine qui étoit probablement l'épouse de Prusias I. ou II. rois de Bithynie. Quoiqu'il soit un peu défiguré dans la copie donnée par'Chishull (Ant. As. p. 91.) il n'y a pas de doute que le nom qu'on y lit: BASIAIÏlH K.ïAUSARI H, ne doive être corrigé en KAMA2APTH , Camasarje 3
d'après l'autorité du monument de la reine du Bosphore, où ce nom est très- distinctement écrit. Quant au change» ment des O en A , il ne doit pas nous empêcher de reconnoitre l'identité des deux noms, puisque de tout tems ces deux voyelles ont été sujettes à être confondues l'une avec l'autre.
Après de longues digressions, M. Raoul-Rochette donne, p. 45 — 4 6 j la correction qu'il veut faire dans l'inscription de Comosarye. Au lieu de ANEPfEl KA1 ASTAPAl, il propose :
EKAEPrEI KAI ASTFPIAI Je remarque que les lettres parfaitement distinctes du texte de l'original n'ont aucun besoin d'un changement pareik Au reste celui que propose M. RR. est tel qu'il se détruit lui -mime, et qu'il seroit superflu de vouloir prouver sa non -valeur.
L'auteur observe, p. 5o— 5i : ,,que d'après lea inscriptions de Paerisade , pour respecter en apparence les préjugés de ses sujets grecs du Bosphore, Paerisade n'affectoit parmi eux que le titre républicain d'Archonte, mais -qu'il n'est pas moins certain que ce prince jouissoit,, dans le Bosphore même, de la plénitude du pouvoir monarchique". Nous voyons dans trois inscriptions faites pendant le règne de Paerisade l, celles de Comosarye, de Mestor et de Xénoclide, auxquelles on doit en ajouter une quatrième, celle de Spartocus fils d'Eumélus (Monum. de Com. pl. 4), que ces deux rois ont été nommés : Archontes du Bosphore et de Théodosie, et rois des Sindes et des Maeotes. C'est donc un fait prouvé par quatre monumeus, que ces rois n'étoient qu'archontes du Bosphore et de Théodosie , et si contre cette autorité M. RR. prétend : ,,qu'il n'est pas moins certain que Paerisade jouissoit , dans le Bosphore même de la plénitude du pouvoir monarchiquo", il lui faudra :
I) démontrer la fausseté de ce que nous apprennent les inscriptions citées ;
a) produire des preuves qui constatent que le Bosphore •t Théodosie étoient soumis au même gouvernement mo» nar chique que les Sindes et les Maeotes.
Quant aux inscriptions , l'auteur des antiquités du Bosphore n'a produit aucun argument qui infirme leur' autorité.
Parmi les preuves dout M Raoul - Rochette veut appuyer son opinion, est un passage de Strabon qui dit de Pauticapaeum (Vil. 4* §• 4) : tpovxpxtïro àk rUiv %po>ov vvo 6l>jcç.ï> txv irt-pï Atvxitivx , xul ^LxTtjpov , xxt Ux t piTx6jjv. Mais je remarque que tout ce que paroit prouver le jmot cJLov.'.pxt ïo. est détruit par la qualification de Dynastes que Strabon donne a Leucon , à Satyrus et à Paeri- •ade. Si Strabon avoit voulu dire ce que prétend M. RR. il n'auroit donné à ces chefs d'autre titre que celui de roi, et non pas celui de dynaste. M. RR. revient p. 53. sur le même passage de Strabon qui ne prouve pas plus que tant d'autres que l'on pourroit citer, où on donne à ces chefs le titre de roi, titre qu'ils avoient par rapport aux peuplades Sauromates qui leur étoient soumises, mais qui ue prouve pas qu'ils ayent été rois des villes grecques du Bosphore. Diodore fait souvent mention de ces rois, mats quand il parle de ceux qui leur ont succédé , il dit (XX. 77) ; tïjv àt iwwtûtv uxôtgxutvoi 9î ùoi, ou (XIV. 93. XVI. 5a): rqv yyeuovUv 6à èit-.àtÇxTo etc. J'observe encore que si les rois du Bosphore avoient exercé sur les établissemens grecs le pouvoir absolu qu'ils possédoient sur les Sauromates, Strabon n'auroit jamais pu, en parlant d'eux, les nommer (XI. a. §.10): ci roZ l\o?vipov twxçxi 9 ou (XI. a. §. 11) : oi tù> HojTopxvÀ> iptuêiitç.
11 résulte de ces remarques que M. RR. a été dans l'impossibilité de produire un seul fait qui détruise- Pautorité des quatre inscriptions que j'ai citées. La plénitude du pouvoir monarchique exercée sur les établissent eus grecs au Bosphore, n'est doue qu'imaginaire.
Asandre s'est nommé sur ses médailles Archonte du Bosphore , et ce n'eit qu'après que Home l'eut investi du
titre de roi, qu'il le prit sur ses médailles. Que nous dit
là-dessus M. Raoul-Rochette ? Il prétend, p. 55: que mon assertion , apposée des faits que je viens d'exposer , est dénuée de fondement. Il ajoute : „C'est un fait attesté par les plus habiles numismatistes, que si Asandre ne prit d'abord sur ses monnoies que le titre d'archonte du Bosphore, ce ne fut pas à cause que le titre de roi n'y avoit encore été affecté par aucun de ses prédécesseurs , mais bien parcequ'usurpateur du trône de Pharnace , et porté par la révolte à la suprême puissance , il n'osa long-tems régner que sous le titre modeste d'archonte. Lorsqu'enfin la puissance d'Asandre, affermie par le tems, eut disposé' Rome à le reconnoitre en qualité de souverain , il prit hautement sur ses monnoies le titre de roi , qu'il dut à la libéralité d'Auguste". M. RR. a ici amplifié avec beaucoup de verbiage, et ainsi défiguré, le peu que nous ont appris là -dessus les anciens. Voyons ce que les plus habiles n mismatistes, cités par M. RR. en ont dit. Le premier, Eckhel, s'exprime ainsi sur Asandre (Doctr. N. V. 11. 367) : firmaîa sic potentia , primum ethnarvhae nomine secundum Lucianum , sed archontis secundum numos , accedente subinde Augusti auctoritate régis nomine praefuit. En comparant ces lignes avec la narration de M. RR. on est surpris que cet académicien n'ait pas imité le bel exemple qu'il avoit sous les yeux, et qu'il avoit cité. Visconti fait absolument la même remarque qu'Eckhel.
J'observe encore que M. Raoul -Rochette s'est trompé en disant , ,,que si Asandre ne prit d'abord sur ses monnoies que le titre d'archonte du Bosphore, ce ne fut pas à cause que le titre de roi n'y avoit encore été affecté par aucun de ses prédécesseurs" j il se trompe, dis -je, puisque les quatre inscriptions de Paerisade I. et de Spartocus ainsi que les médailles d'Asandre, monumens dont M. RR. ne pourra jamais infirmer l'autorité, nous démontrent que le Bosphore n'a jamais eu , daus le tems compris entre le règne de Paerisade I. jusqu'à celui où Asandre fut nommé roi , d'autres chefs que des archontes , et que son gouvernement étoit républicain. Le lecteur aura vu au
§. II. qua j'ai prouvé, contre M. RR. que les Archaeanactides ont été , de même que les Leuconides , des magistrats du Bosphore.
C'est encore une erreur d'ajouter qu'Asandre ne prit le titre d'archonte „que parce qu'usurpateur du trône de Pharnace , et porté par la révolte à la suprême puissance, il n'osa long-lems régner que sous le titre d'archonte". Toutes ces causes sont de l'invention de M. RR. et par cette raison inadmissibles dans des recherches historiques. Au reste on peut espérer que la nation françoise n'a pas encore oublié que les usurpateurs des trônes ne se contentent pas facilement du titre de magistrat , mais qu'ils s'empressent toujours d'aller un peu plus loin.
A part tous les détails ajoutés par M. Raoul- Rochette à cet épisode de la vie d'Asaudre et que l'histoire ignore, nous savons qu'Asandre dans ses premières médailles s'est nommé archonte du Bosphore, et qu'il n'a pris le titre de roi et le diadème qu'après avoir été investi de la dignité royale par les Romains. Depuis cette époque, la dignité d'archonte et la forme républicaine du gouvernement qui fut adoptée par les colonies grecques du Bosphore dès le principe de leur fondation, qui fut continuée ensuite sous l'administration des Archaeanactides et sous la dynastie suivante, depuis Spartocus I. jusqu'à Paeiisade II. et depuis ce dernier jusqu'à Asandre, cessèrent d'être mentionnées. On ne retrouve plus en effet les archontes du Bosphore ni dans les inscriptions, ni sur les médailles postérieures. Tibérius Julius Sauromatès qui a commencé de régner peu de tems après Asandre , est nommé dans les inscriptions tantôt roi des rois , tantôt le grand roi des rois de tout le Bosphore (Mouum. de Com. pl. Vil. et Mil), mais jamais archonte.
Les lecteurs de M. Raoul - Rochette trouveront encore plus singulier, que l'auteur toujours occupé de soumettre,
contre les témoignages les moins équivoques et les plus formels des mooumens et des anciens historiens , le Bosphore grec au pouvoir absolu des rois de cette contrée , se serve d'un argument qui, loin de favoriser son opinion, n'est bon que pour prouver qu'elle est inadmissible. 11 dit , p. 56 : ,,du reste , il est si peu vrai que , comme le prétend M. de K. aucun prince du Bosphore (il auroit dû dire, du Bosphore Grec) n'ait été qualifié Roi sur ses monumens, que ce même Pharnace, auquel succéda Asandre et qui ne commanda d'abord que dans le Bosphore môme, prend sur quelques unes de ses monnoies le titre fastueux de grand roi des rois, B.-iSIAEIlZ BAZlAKilN iMr.l'AAOr-s Si M. RR. avoit connu la signification de ce titre, il ue l'auroit pas cité , puisqu'elle prouve la non -valeur de ses assertious. Ce titre affecté par Pharnace et Tigrane , et donné dans deux inscriptions (Monum. de Gomos. pl. "VII. VIII.) à Tibérius "Julius Sauromatès, indique que ces souverains étoient Rois de plusieurs petits rois qui leur étoient soumis (voy. App. Syr. c. 48. p. 608. Schvv). Or il est clair que le Bosphore Grec n'ayant jamais été divisé en petits royaumes, ne pouvoit pas être sousentendu dans ce titre. Le titre de Roi des Rois , ainsi que celui de Roi , titre plus modeste que prend sur une de ses médailles Paerisade II. ne pouvoit pas, comme je l'ai déjà observé, se rapporter à ses sujets Grecs , mais uniquement aux peuplades Sauromatès gouvernées par leur rois (voy. §. LXIII. et LXIV). Au reste, Sésostris paroit avoir été un des premiers qui, après avoir soumis un grand nombre de rois, s'est donné, sur ses inscriptions, le titre de Bxaiksù; fixaihJuu xxî ènsTQTrii itnroTÙv ( Diod. I. 55). Dans une inscription découverte en Kubie et publiée par le savant Niebuhr (Inscr. Nub. p. 5), Silco se nomme BACIAICKOC NOfBA- AGÛN KA1 UACON TCON Al -JlOnCON , et ce nom de Baailisque , ou de petit roi , pouvoit bien convenir à ceux qui étoient soumis à de grands rois dont ils étoient tributaires.
En parlant de quelques médailles de Panticapaeum ,
l'auteur nous dit , p. 56 : «que Mithridate Eupator possèdent au Bosphore bien certainement et la plénitude et le titre du pouvoir royal". Si nous demandious h M. Raoul- Rochette, d'où ce» faits lui sont connus, que pourroit-il repondre ? „Je les crois" j ce qui est bien peu pour ses lecteurs. Avouons plutôt que nous ne savons absolument rien de la manière dont Mithradate Eupator a traité les villes grecques du Bosphore, et que les anciens auteurs nous ont laissé dans l'incertitude à cet égard. Mais puisque nous savons qu'Asaudre a gouverné le Bosphore pendant plusieurs années comme Archonte, il est très- probable que Mithradate et son fils Pharnace n'avoient rien changé à la forme républicaine du gouvernement de cette contrée» Ce qui doit nous faire douter que cette prétendue plénitude du pouvoir royal de Mithradate ait été aussi entière que le croit M. RR. c'est que vers le commence* ment de la seconde guerre de ce roi afec les Romains , la Colchide et le Bosphore s'étoient révoltés contre lui (App. B. M. c. 64), et que cet exemple fut suivi avec succès par les villes de Phanagorie, de Théodosie, de Nymphaeum et de plusieurs autres (Ibid. c 108). Si la plénitude du pouvoir roy al de Mithradate avoit été telle que l'imagine M. RR. ces révoltes n'auroient pu avoir lieu j et puisqu'à cette même époque plusieurs places fortes situées au Bosphore, places dont Mithradate avoit fait depuis peu de tems la conquête, s'étoient révoltées aussi, il est clair, que le pouvoir de Mithradate étoit loin d'être bien affermi au Bosphore, et que cette plénitude de son pouvoir royal n'a jamais existé que dans l'imagination de M. Raoul -Rochette.
D'après l'observation de M Raoul -Rochette, p. 56-57 : ^plusieurs monnoies qui nous restent du grand Mithridate Eupator semblent aussi avoir été frappées dans le Bosphore". Mais ses lecteurs lui demanderont : à quoi bon ces conjectures oisives qui ne disent rien , qui ne sont appuyées sur rien , et qui sont d'un genre dont on pourroit faire des centaines ? Au reste ce que je viens de
dire de l'état du Bosphore sous Mithradate , n'est rien moins que favorable à cette conjecture.
En parlant encore de Mithradate, M. Raoul-Rochette nous dit, p. 56 : „c'est à la domination de ce prince qu'il faut attribuer l'introduction dans le Bosphore de certains emblèmes qui caractérisent sa monnoie du Pont , le Pégase pâissant et levant une des jambes de devant". Tout ce qu'on peut dire de cette ressemblance entre le type d'une médaille de Panticapaeum et celui dés monnoies de Mithradate, c'est que M. RR. nous donne pour un fait une conjecture possible à la vérité, mais rien de plus.
En terminant ses remarques sur le roi Mithradate et la médaille de Panticapaeum qui a le Pégase pour revers, M. Raoul-Rochette ajoute, p. 57 : „cette médaille nous apprend de plus, que bien qu'obéissante à Mithridate , cette ville du Bosphore continua par la faveur de ce priuce à jouir du droit de battre monnoie". On doit regretter qu'il n'ait pas plu à M. RR. de nous dire :
1) quelles sont ses autorités pour prétendre que la monnoie de Panticapaeum dont il est question, a été frappée sous Mithradate ?
a) quel ancien auteur a fait mention de 'l'obéissance de Panticapaeum envers Mithradate, et de la faveur qu'accordoit ce prince à cette ville ?
3) quelle raison M. RR. a eu de douter que les villes grecques du Bosphore aient jamais cessé de battre monnoie ?
M. RR. ajoute : „et c'est là sans doute une des immunités indiquées parDiodore, que les prédécesseurs de Mithridate avoient conservées aux villes grecques du Bosphore , sans renoncer pour cela à la jouissance des droits et des titres affectés à la suprême puissance, comme on le voit par les médailles de Mithridate lui-même". Mais M. RR. commet ici une très-forte erreur , puisque la signification du mot xTsl&ix, dont se sert Diodore, ne per-
met absolument pas de croire que le droit de battre monnoie put être compris dans les privilèges de ces villes. J'ignore , au reste , ce que les mounoies de Mithradate peuvent prouver , puisqu'il n'en est point qui aient été frappées au Bosphore. Rien en effet ne favorise l'opinion contraire, et il seroit fort de'placé de se livrer à des conjectures qu'on ne peut appuy er par aucun fait historique. Quant aux autres remarques et aux notices qu'on trouve encore dans le passage cité, il faut les ranger au nombre de celles dont M. RR. est le seul garant , le seul dépositaire.
Puisqu'il a été question de la ville de Panticapaeum , il me paroît convenable d'examiner quelques remarques que M. Raoul -Rochette a faites vers la fin de son livre, p. i58-i6a. L'auteur y a donné sur le mot de BOSFIOPOS que l'on trouve sur trois inscriptions de Paerisade I. une interprétation différente de celle qu'il avoit auparavant adoptée. Au lieu de : croire qu'on avoit désigné sous ce nom les villes grecques du Bosphore, il pense qu'on doit dans ces inscriptions entendre par Bosporus la ville de Panticapaeum seulement. Dans l'intention de prouver celte nouvelle assertion , M. Raoul - Rochette a cité un grand nombre de passages d'auteurs anciens , qui ne prouvent que ce dont personne ne doutoit. S'il avoit pu même augmenter le nombre des témoins contemporains de Paerisade ou à peu près du même tems , qu'en seroil-il résulté de favorable à sa dernière explication ?
Pour se convaincre que le mot BOEFIOPOE ne peut indiquer ici la ville de Panticapaeum , il faut se rappeler que dans l'antiquité plusieurs villes avoient deux noms différens pour les désigner. L'un étoit le nom propre de la ville , celui dont elle se servoit dans ses monumeni. L'autre étoit le nom que lui donnoient les étrangers. La ville dont il s'agit ici étoit nommée, sans aucune excep-
tion, Pantîcapaeum dans ses médailles et dans ses inscriptions j ma,is dans toute la Grèce on la connoissoit , déjà du teins de Démosthèhe , sous celui de Bosporus. C'est par cette raison, qu'expliquant un décret de la ville d'Olbie , en honneur de Théoclès , j'ai dit qu'il falloit. sous l'appellation de BOi^nOPOL qu'on y trouve, entendre Pantîcapaeum.
Une ville voisine, Olbie , dont il a été déjà question au §. VIII. nous donne un autre exemple de ces doubles noms. Ses babitans ont toujours appelé leur ville Olbie, et se sont nommés Olbiopolites 5 ces noms se trouvent sur les médailles de cette ville et dans ses inscriptions. Mais les étrangers, comme la plupart des anciens auteurs, la désignoient sous le nom de Borysthénis, ou sous celui de la ville des Borysthénites , appellation qui n'appartenoit à Olbie que très-improprement, puisque ses murailles n'étoient pas baignées par les eaux du Borysthène , mais par celles de l'Hypanis.
En outre, y a - 1 - il quelque probabilité qu'on ait désigné, sous le nom de Bosporus, la capitale des états de Paerisade en Europe , et qu'on ait passé sous silence la métropole de sçs possessions asiatiques, Phanagorie qui étoit sa résidence, et près de laquelle son épouse, Comosarye fit élever le monument dont il a déjà été question plus d'une fois. C'est aussi le lieu aux environs duquel on a découvert l'inscription du temple consacré à Diane par Xénoclide , celle de Mestor, et plusieurs autres. Que l'on se rappelle ces lignes de Strabon (XI. a. §. 10): tuû in ru* fth Eupcorx.'^ Bo7VOpxvji>v fnjrpCTohç to ïlx>r txxirxiov tSu è'Avixvxv 70 <P~vxyopw xxkihxi yxp xcù otrrwç 1} vch;. M. RR. cite le même endroit, p. i58. mais en n'en rapportant que le commencement où Pantîcapaeum est nommée, non comme le dit M. RR. p. i58: capitale du royaume de Bosphore, mais capitale ou métropole du Bosphore Européen j le reste du passage , où Phanagorie est nommée comme capitale du Bosphore Asiatique , a été omis par M. RR. parc» qu'il auroit renversé tout son raisonnement.
ÎVon content de trouver sous le nom de Bosporus dans les inscriptions faites du teins de Paerisade I. la ville de Panticapaeum , M. Raoul -Rochette va plus loin encore. Avant parlé d'un passade de Demosthène , où la ville de Panticapaeum est désignée sous le nom de Bosporus , il dit, p. 161 : ,,<rue ce passage montre certainement que les mots *Apx 0VTX Bojtocoh , ne signifient sur nos inscriptions, comme sur les médailles d'Asandre, que Archonte de Bosporus, ou de Panticapêe". D'après cet exposé la légende des médailles d'Asandre, APX"i\Tov AZAK^of: fio^ijopor, doit être traduite: d'Asandre Archonte de Panticapaeum. Asandre , archonte du Bosphore , a donc été dégradé par M. RR. et n'est devenu qu'archonte de Panticapaeum , archonte d'une seule ville , après en avoir eu auparavant plusieurs à gouverner. 11 est fâcheux que l'auteur ne nous dise pas, comment il a disposé de ce* dernières villes.
La traduction des légendes des médailles d'Asandre proposée par M. RR. nous autorise à trouver dans le passage de Lucien : "Av&vipo; ftxjikéôi Bo<nc6pov , Asandre roi de Panticapaeum. M. RR» désire - t - il que le mot Bonrooo; soit toujours traduit Panticapaeum , ou veut - il accorder une existence quelconque au Bosphore ?
J'observe encore que malgré l'explication de la légende des médailles d'Asandre, dans laquelle M. Raoul-Rochette trouve indiquée la ville de Panticapaeum dans le mot de Bosporus, il nous avoit dit auparavant, p. i58 : „que le nom de Bosporus est absolument nouveau dans la géographie numismatique et lapidaire". Mais comment, dirat-on, le nom de liOUlOPOE, que l'auteur a trouvé dans le décret en honneur de Théoclès , Jpeut-il être nouveau dans la géographie numismatique et lapidaire, lorsqu'il se trouve sur les médailles d'Asandre connues depuis plus de cent ans , et que , selon l'opinion de M. RR. , il indique aur ces médailles, de même que dans le décret pour Théoclès, non pas le Bosphore, mais la ville de Panticapaeum ?
M. RR. auroit du distinguer l'usage des mots et des noms dans la vie commune , du style employé dans les monumens publics. Au lieu de faire une distinction entre ces deux manières de s'exprimer, il les a confondues , et il est tombé dans de très-grandes erreurs.
11 suit de mes observations :
1) que dans les inscriptions du tems de Paerisade l'expression d'archonte du Bosphore indique un archonte de cet état et non pas de Panticapaeum j
2) que dans les légendes des monnoies d'Asandre il ne peut pas être question d'un archonte de Panticapaeum, mais du Bosphore.
L'auteur des antiquités du Bosphore est incertain, p. 54note 1. s'il doit approuver quelques corrections que j'ai faites à une inscription portant le nom de Spartocus fils d'Eumélus. Voici cette inscription :
.... I£MOAnAroporrilEPM<>ii'OAapor ....
ANE©HKEBAEIAET°NT 0 2EnAPT o K o TT°TETMHA o T Il faut observer que des inscriptions copiées par une main fidèle ne peuvent être corrigées qu'avec beaucoup de circonspection, par ceux qui croient y découvrir des défauts. Au contraire , des copies incorrectes comme celles qu'a données Waxel d'après des originaux non-distincts, ou des copies semblables à celles qu'a publiées M. Raoul -Rochette , doivent être revues et corrigées , à moins quelles ne soient entièrement incorrigibles, comme l'est entr'autres celle qu'a publiée M. RR. p. 59.