‹ Remarques sur un ouvrage intitulé Antiquités grecques du BosphoreCimmérienChapitre 7 sur 39 · XLVI · texte numérisé non relu

XLVI

M. Raoul-Rochette avance, p. 60 : ,iqu'il publie pour la première fois une médaille de Leucon d'une manière exacte et authentique". Il y a dans ces mots beaucoup d'erreurs et de méprises :

1) M. de Blaremberg à Odessa avoit fait lithographier cette médaille avec autant d'exactitude que d'élégance, au commencement de l'an 1821, avant que le livre de M. RR. fut publié ;

a) la figure qu'en a donnée M, RR. pl. I. m. 3. n'est, quoiqu'il en dise , ni exacte ni authentique j au contraire elle appartient , comme en général toutes les médailles de son ouvrage, aux plus mauvaises qu'on ait jamais publiées.

Deux monnoies, pl. I. m. 5. p. 62. p. 66. note 1. p. 7a. dont l'une n'est nullement de Leucon, et dont l'autre est tout-à-fait fruste et indistincte, pl. I. m. 4- font dire à M. RR. p. 7a : „rien ne s'oppose k ce que nous retrouvions dans les deux médailles 4* et 5. l'ancienne monnoie du Bosphore abolie par Leucon , et dans la médaille n. 3,

qui offre un type nouveau, la monnoie an mojen de laquelle, suivant Polyen, Leucon fit entrer dans ses coffres une partie de l'argent de ses sujets". Cette hypothèse est inadmissible, puisqu'elle n'est pas prouvée; elle ne seroit même d'aucune vraisemblance , s'il é*toit vrai que la première de ces médailles , m. 5 , fut de Leucon , et que l'autre , m. 4> ne f ut P a9 indistincte et fruste. Car Polyen ne dit pas quel étoit ce Leucon , dont il nous raconte une anecdote et la guerre avec les Héracléotes. Cette guerre et les autres strategèmes que rapporte de son Leucon l'auteur cité, ne rendent pas probable que ce soit de Leucon, fils de Satyrus, que parle Polyen.

Une remarque plus essentielle encore sur cette médaille de Leucon , dont j'ai vu plusieurs exemplaires trè» beaux , c'est que la ressemblance que l'on trouve dans son avers avec les médailles d'Alexandre le Grand est si frappante dans la tête d'Hercule , qu'elle ne laisse aucun doute que ces médailles de Leucon ont été copiées sur celles de ce roi de Macédoine. 11 est évident de même que l'arc et la massue du revers de la monnoie de Leucon, types que l'on n'a trouvés sur aucune autre médaille des rois du Bosphore, sont des copies faites d'après des médailles des rois de la Macédoine. Leucon, pire de Paerisade, mourut l'an 3 de la 107 Olympiade $ Alexandre le Grand monta sur le trône an commencement de la m Olympiade. Il résulte de ces dates que la médaille en question ne peut pas avoir été frappée sous le règne de Leucon père de Paerisade, comme le prétend M. RR. p. 71, mais sous un Leucon postérieur à celui-ci.

M. Raoul-Rochette observe, p. 6a : „le culte d'Hercule florissoit dans le Bosphore , ainsi que l'attestent les monnoies de Chersonèse , ville bâtie par les Héracléotes du Pont, et qui conserva toujours, avec le nom de sa métropole , les symboles propres à son fondateur. C'est ce qu'indiquent, d'une manière encore plus positive les mon-

noies de Panticape'e et de Phanagorie." J'ai plusieurs remarque» à faire sur ce passage :

i) les médailles de la ville de Chersonèse ne portent que très-rarement la tête d'Hercule , ou quelques uns de ■es attributs. Ainsi ni les médailles de cette ville, ni les anciens historiens, ne prouvent pas que ce dieu ait été en haute vénération à Chersonèse, où Diane et Apollon étoient les divinités principales 5

a) mais quand il seroit vrai que le culte d'Hercule ou de quelqu'autre divinité eut prévalu dans la ville de Chersonèse, on ne pourroit pas en conclure, comme le fait M. RR. que le même culte fiorissoit au Bosphore. Car Chersonèse ne s'étoit soumise à Mithradate que long-tems après Leucon;

3) je doute que la ville de Chersonèse conserva foujours y comme le dit M. RR. le nom de sa métropole. Car si un ou deux auteurs anciens ajoutent à son nom celui de Héracléa , ce n'étoit que pour la distinguer des autres villes qui portoient, comme elle, le nom de Chersonesns. Ni sur ses inscriptions , ni sur ses médailles, on ne trouve le nom de Héracléa. Bref, la ville de Chersonèse ne s'est jamais servie du nom de Héracléa et, par cette raison, n'a pas pu le conserver, comme le prétend M. RR.

4) ce que l'auteur dit des types des médailles de Panticapaeum et de Phanagorie n'est pas non plus concluant. Car le type et les symboles d'Hercule y sont encore plus rares que sur la monnoie Chersonésite. Les emblèmes les plus usités sur les revers de la monnoie des deux capitales du Bosphore sont, ceux d'Apollon et de Pan ainsi que l'arc et la flèche.

Je n'aurai que très peu d'observations à faire , sur la longue digression de M. Raoul-Rochette, p. 71-81, puisque l'essentiel sur le procédé par lequel Leucon doit avoir, suivant Polyen , doublé la valeur de la monnoie de son pays , peut être exposé en peu de mots. Polyen dit que Leucon avoit obtenu ce résultat, «AAov xxpxxrTjpx èvtfixkm, en imprimant sur cette monnoie un autre coin. Si le

o > -a coin étoit de la grandeur de la monnoie, alors l'expression ivt^*XXéiv «Mo* wpœrijp* signifie , surfrapper la monnoie. Mais si le nouveau coin étoit plus petit, alors cette phrase fait entendre qu'à l'ancien coin on avoit ajouté* une contremarque. Les deux auteurs, Aristote et Polyen, ne s'étant pas plus clairement énoncés , il est impossible de décider quel est le procédé dont il est question. Dana une inscription expliquée par le savant Professeur Bockh (Staats-Hauahalt. der Athen. II. 344-) on trouve mentionné un XAPAKTHP MOAI3AINOS.

En parlant de l'usage des anciens , de marquer d'une eontremarque leur monnoie courante, M. Raoul-Rochette

nous dit , p. 80-81 :

„L'objet de cette empreinte étoit-il de doubler la valeur de la pièce qui l'avoit reçue ? "

„Ou bien, étoit-ce un moyen de rendre à une monnoye tombée en désuétude , le caractère légal propre à la remettre en circulation?"

,Ou bien enfin avoit-on recours à ce signe particulier, pour retirer de la circulation des pièces , et les convertir en médailles proprement dites ?"

J'observe que la première de ces trois suppositions est la seule qui paroîtroit avoir de la vraisemblance , si au mot de doubler l'auteur avoit substitué celui d'augmenter j mais quant aux deux autres il n'est que trop probable qu'elles sont sans fondement.

Il est question , p. 8a. de quelques médailles de Panticapaeum surfrappées, pl. L m; 7 - »• fauteur dit : „sur ces deux monnoies de petit bronre, l'ancien type d Apollon, avec l'astre au revers, est encore reconnoissable sou» le nouveau type qui est la téte de Pan, et au revers l'arc et le javelot scylhiques." Il faut observer :

1) que ces médailles n'appartiennent pas au petit, mais au moyen bronze ;

a) que l'ancien type des deux médailles n'a pu été la tète d'Apollon ;

3) que l'astre n'a pas été le type du revers du coin primitif de cette médaille 3

4) qu'au revers le nouveau coin porte un arc et une flèche.

Ayant vu beaucoup de ces médailles de Pantîcapaeum qui ont été surfrappées, j'observerai que le coin primitif de la médaille dont M. RR. a produit deux exemplaires, a été 6ur l'avers, la tète imberbe de Satyre avec un astre dans une contremarque j sur le revers , les lettres FIAN posées en triangle , la tète d'un lion , au bas duquel un poisson. Ordinairement l'avers du nouveau coin est imprimé sur le revers primitif. Toutes les conjectures sur le but qu'on peut avoir eu en surfrappant les monuoies , p. 8a. ne mènent à aucun résultat.

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