TRADUCTION LITTÉRALE DU CONTRAT
«Sous le règne de Cléopâtre et de son fils Ptolémée surnommé Alexandre, dieux Philométores , Sotères, en l’an ta* qui' est aussi le g*, sous le pontife (résidant à Alexandrie), d'Alexandre, et des dieux Sotères, et des dieux Adelphes, et des 'dieux Evergètes, et des dieux Philopatores, et des dieux Epiphanes, et du dieu Pbilomètor, et du dieu Eupator, et des dieux Evergètes; sous l’athlophore de Bérénice Ëvergète, et la canéphore d'Arsinoë Phitadelphe et de la déesse Arsînoë Eupator, dans Alexandrie; à PtolcmaU en Thébaîde ; sous les prêtres ( des deux
sexes) . de Ptoleroée Sotcr , qui sont à Ptolémaïs ; le. 39 du mois de tybi; sous Apollonius préposé de V Agoranomie , durant ce mois, prés de l’administration chargée des forfd» de terre nus, dans le Tathyrites."
• A vendu Pamonthes . . . de conteur noire, beau, long de
eoips, «le visage rond, nez droit; ainsi qu’JSnachamneus . . ■ de couleur jaune, aussi de visage rond, nez droit ; et Semmuuthis Persinei. . , de couleur jaune, de visage rond, net un peu aquilin , bouffie ; et Melyt Persinei de cou-
leur jaune, de visage rond, nez droit; avec leur maitre Pamonthex co-vendeur; tous quatre de la corporation des Petôlitoitesj parmi les ouvriers en cuirs memnoniens; d’un Tonds de terre nu , à eux appartenant dans la partie du sud (du quartier) des Memnoniens, un espace de cidq mille cinquante coudées d’étendue; les voisins (tenons et aboutissons J du sud, la rue Royale; du nord et du levant, le . fonds dé Pumonthes et Bokon Érmios son frère, et les terres communales; da couchant, la maison de Tcphis ,
fils de Chalomn ; passant au milieu ; { tels sont les)
voisins de toutes parts.
«A acheté (/e champ') XTecluwtes petit (ici un
sobriquet) , de couleur jaune,, agréable, de visage long, nez droit, une cicatrice au milieu du front; ( pour le prix de) Coi pièces de monnaie de cuivre; les vendeurs étant les courtiers et les garans de ce qui est relatif b cet achat.
«A accepté Nechoutes, l’acheteur."
Ici des signatures, à la marge de droite. ,
• En l’an ta* qui est aussi le 9 *, le ao (les unités man-
ynent ) de Pharmuthi , tous ta. , sous laquelle Di. . . . était préposé aux contribution» ( diagrnpheus ) ; Cholleu phès, préposé en second ( hypographeus ou hypogranunateus ) ^ lleratleides, contrôleur de l’achat [antigrapheus ); Xechoutcs petit ( tei le sobriquet) j un fond» de terre nulle 5,o5o coudées. . •• situé dans la partie du sud ( du quartier ) des Memnonicns, qu’il a acheté de Pamonthes , et aussi A'Bnachomneu* , lequel a signé avec -ses sœurs; pour fio l pièces de cuivre, (/ci des caractères embrouilles . )>eut-ltre les initiales des noms des ro-vendeurs.
JCn lisaut cet acte, on peut faire une remarque assez importante sous le rapport historique ; c’est que le fonctionnaire principal potir l'administration des lerres est nu Grec et non un Égyptien. Ou voit encore un ou deux nçms de Grecs parmi les employés de l'enregistrement. Ainsi, après deux siècles, te» vainqueurs occupaient encore les emplois publics; ce qui suppose nécessairement qu’ils leur avaient été dévolus et conservés depuis l'origine; le fait est d'ailleurs confirmé par le monument de Rosette. Dans un pays qui. avant tes Pcr»cs, n’avait jamais repu la loi de» étrangers , et où la caste sacerdotale occupait les charges de l'administration, il est difficile de crojre que l’exclusion dés naturels, dos" places éminentes, ait été favorable à la prospérité publique.
C’est avec fondement que l'ingénieux interprète avance que la mesure du terrain en coudées exprime la surface et non la circonférence : on sait que les Égyptiens mesuraient leur» terres en coudées carrée». I.es 5 ,o 5 o coudée» équivalent donc à un rectangle de 101 condées sur 5 o; si le côté long avait été de 100 coudées , ce serait juste la moitié d’une aroure. M. Bôckh conjecture que le terrain avait été
ma! mesuré , et que , lors du partage des terres par Sésostris , ou avait fait celle-ci trop longue d'une coudée. Il n’eat pas nécessaire de remonter si haut, et le texte d’Hérodote n’exige point que toutes les possessions fussent en effet de forme carrée , ni même rectangulaire ; autrement , la géométrie aurait été , en Égypte, entièrement inutile pour la mesure des terres.
Nous n’avons aucune connaissance certaine du prix des terres, ni de la valeur des monnaies dans la Thébaidc. En quoi différaient les terres appelées nues des autres espèces de terrains ? faut-il, par-lé, entendre seulement des terres é blé ? de quel poids étaient les pièces de cuivre dont il est question dans le contrat ? quelle quantité de blé représentaient les 601 pièces? Voilé des questions sur lesquelles M. BdcLh ne prononce pas, et qu’il serait indispensable de résoudre pour avoir une idée complète de la transaction. Puisqu’on est aujourd’hui sur le chemin des découvertes les plus heureuses, espérons qu’on découvrira quelque autre manuscrit, propre à éclaircir cette matière si importante pour l'histoire de la monnaie.
Après les détails si minutieux et même si étranges du signalement des parties qui ont figuré dans le contrat de PtolémaU , on est surpris de ne pas trouver une seule mention de l’êge. M. Bock h avait d'abord conjecturé qu’il était compris dans un mot composé, placé constamment après chaque nom propre et commençant par ces lettres anr, le reste du mot a une- physionomie égyptienne; mais cette conjecture ne s’est pas vérifiée. C'est presque la seule lacune que les savans de Berlin aient laissée dans leur interprétation , et l’on voit qu'elle n'ûle rien au sens.
L’intervalle du 79 de tybi au ao de pharmuthi , ou du ■ 3 février au h mai (d’après le calcul de l’année vague), est de fia jours. On doit conclure de lé qu'il fallait laisser
«couler environ trois mois avant l’enregistrement des actes; car, les unités manquant après le K , la date de Pharmuthi a pu Être du ao au 29 du mois, ce qui fait une latitude de Sa à 91 jours. En prenant le ag, c’est-à-dirc le lendemain du troisième moisécoulé, l’époque tomberait sur le i 4 mai; à cet instant de l'année, les terres étaient dépouillées, et c'était un moment favorable pour entrer en possession. Environ un mois après, l’accroissement du Nil allait se faire sentir.
On voit , par le contenu de la formule d'enregistrement, que la vente devait être faite par l'intermédiaire des courtiers et des cautions; mais qu'eu certain cas, apparemment quand le prix était modique, les vendeurs pouvaient en tenir lieu , sans doute pour éviter les frais.
Ce qui a le plus d’importance dans ce document , c'est sans doute le passage qui a rapport à la division des castes; On voit ici une corporation des ouvriers en cuir, avec une sous-division qui est appelée les Pelùlitosles. Deux femmes font partie de ta corporation. Ces ouvriers appartenaient à la grande classe des artisans, qui, selon Platon, Diodore et Strabon, était l'une de celles dont se composait la population de l'Égypte. On trouve à cet égard des différences entre les trois auteurs. Hérodote diffère aussi avec tous ; cependant les uns et les autres s’accordent à mettre au premier rang la classe des prêtres et celle des gens de guerre. Strabon, qui à ces deux, n'en ajoute qu'une seule, celle des cultivateurs comprenant les artisans, a oublié celle des bergers; celle-ci, à son tour, comprend les bouviers et les porchers d’Hérodote , ainsi que les chasseurs cités par Platon. Quant aux pilotes, aux marchands et aux interprètes, dont Hérodote fait autant de classes différentes, il faut le* réunir à celle des artisans. -Il suit de 14 que Diodore de
Sicile . en partageant le peuple d’Égypte en cinq classes , les prêtres , les guerriers , les pasteurs , les artisans et les laboureurs j a donné la véritable division des castes.
On peut remarquer encore duns le contrat : t* que des ouvriers d'une profession subalterne sont propriétaires fonciers; n° qu’un fonds de terre nu et assez médiocre, puisqu'il n’équjvaut pas à un tiers d’arpent de Paris , est possédé en commun par quatre personnes ; 3’ que trois des co-vendeurs sont subordonnés à l’autre, qui prend le titre de maitre ou seigneur, quoique ouvrier lui-méme et de la même corporation. Ce dernier point est resté obscur dans le savant commentaire de M. Bùckh. Il n’y a pas , en effet , dans l’acte, de quoi expliquer suffisamment la condition des personnes. Le mot Kupisv est bien lisible dans la pièce; mais il est impossible de voir, dans l’un des co-vendeurs , un seigueur suzerain, et, dans les autres, des vassaux, encore moins des serfs , des esclaves ou des ilotes. Au reste , l’état actuel des fellahs en Égypte pourrait jeter quelques lumières sur cette importante question. A” Le vendeur principal est le seul de couleur noire; les trois autres vendeurs, qui lui sont subordonnés, sont jaunes de peau; l’acheteur est également de couleur jaune; 5° les femmes sont les seuls personnages qui aient un nom et uu surnom, indépendamment du znot burbarc dont j’ni parlé. Ce surnom parait appartenir à la langue égyptienne, ainsi que les noms propres des cinq parties qui sont intervenues dans le contrat; seulement , on y a joint des finales grecques ; 6” le mot barbare qui vient après chaque nom , est le même pour le vendeur en titre et pour l’acheteur; et ce mot , après les deux noms de femme, a la même finale. Peut-être, est-ce un uom de tribu ; mais, dans ce cas, il devrait être le même pour le frère et les deux sœurs. Nous devons borner ici les re-
marques, puisque l'objet principal de cette notice est de répandre la connaissance d’un monument curieux.
Si l’emploi de plusieurs tournures inusitées jette un peu d’incertitude sur l’interprétation de quelques passages, on doit avouer qn’il ne s’agit que d’un petit nombre de mots. Ainsi M. Buckh et ses collaborateurs auront laissé très-peu i faire pour l’intelligence du texte , et ils auront eu le mérite entier d’une découverte , qui ne peut manquer d’ajouter à la réputation de ces savans hellénistes. Aussi , je ne doute nullement que le contrat de Ptolémaïs n’acquière un jour la même célébrité que la pierre de Rosette.
Jonxan , de l'Institut.
lurniMmia os s. mot-s