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Son père, sa mère et ses aïeux

Les aïeux de Rembrand furent Gerrit Roelofszoon (fils de Roelof) van Rijn et Lijsbeth Hermansdochter (fille de Herman). Il paraît, d'après un registre de la population de Leiden, écrit en 1581, que Gerrit van Rijn était déjà mort à cette époque, et que sa veuve s'était remariée avec Cornelis Klaaszoon, meunier de Berkel, demeurant depuis 1574 dans la Weddesteeg, près de. la Wittepoort, àLeiden. Lijsbeth n'avait de son premier mari que deux enfants, Herman, père de notre Rembrand, et Marijtje van Rijn. Celle-ci épousa un batelier, Pieter Klaaszoon, de Medemblich, duquel mariage naquirent quelques enfants. Après la mort de Pieter Klaaszoon, Marijtje convint avec son frère Herman de partager en deux le moulin de la Weddesteeg et de le faire ainsi maçonner pour que chacun en habitât séparément une partie avec sa famille. Herman

1 Voir la lettre de E. W. Gooke à John Burnet, dans Rembrandt and his works, par J. Burnet. — S.

Gerritszoon van Rijn, qui, comme son père, était meunier, épousa, le 8 octobre 1589, dans l'église Saint-Pierre à Leiden, Neeltje Willemsdochter, de Zuidbroek, fille de Willem Adriaanszoon, de Zuidbroek, et de Lijsbeth Gornelisdochter 1 .

5. Enfants de Herman Gerritszoon van Rijn et de Neeltje Willemsdochter, de Zuidbroek.

Le 1er mars 4 600, Herman Gerritszoon van Rijn fit, avec sa femme Neeltje Willemsdochter, de Zuidbroek, un testament devant le notaire Willem Woudenvliet, qui prouve que de leur mariage étaient déjà nés cinq enfants. Les noms de ces enfants, qui n'y sont pas mentionnés, se retrouvent plus tard dans un registre de recensement, commencé à Leiden le 18 octobre 1622, pour le payement de la capitation. Outre un fils, Adriaan, y sont nommés, comme étant encore en vie, Gerrit, Machtelt, Sara, Willem, Rembrand et Lijsbeth.

Adriaan succéda à son père, comme meunier, dans le moulin à drèche, et mourut en l'année 1654, ou peu de temps auparavant. — Gerrit devint aussi meunier, dans un moulin à blé situé à Leiden, près de la Morschpoort (porte Moresque) ; il mourut le 23 septembre 1631 et fut enterré dans l'église Saint-Pierre. — Sur Machtelt et Sara, on ne connaît aucune particularité ; elles n'atteignirent pas un âge avancé, car elles n'étaient déjà plus en vie en 1640. — Willem devint boulanger, comme le père de sa mère.

1 Rammelman Elsevier, dans le Mémoire cité plus haut.

Dans les registres du deux centième denier de 1646, à Leiden, lui et sa plus jeune sœur Lijsbeth sont indiqués comme pauvres, ce qui fait que leurs noms sont rayés dans le livre *.

Le père de Rembrand devait déjà être décédé au commencement de 1634 ou auparavant, selon le testament que sa femme, comme veuve, fit le 14 juin de cette année, devant le notaire Adriaan Paadts. Elle mourut à Leiden, en 1640, et fut enterrée le 14 septembre de cette année-là dans l'église Saint-Pierre. Outre d'autres biens immeubles à Leiden et un jardin de plaisance à Zoeterwoude, il est encore fait mention, dans ce testament, de deux moulins, le moulin susdit dans la Weddesteeg, près de la Wittepoort, et un moulin à blé, également mentionné plus haut, près du bâtiment à tailler les pierres de la ville, à côté de la Morschpoort, à Leiden, lequel moulin à blé avait été acheté le 30 décembre 1630 par le frère de Rembrand, — Gerrit van Rijn.

En 1640, il ne survivait plus que quatre enfants de Herman Gerritszoon van Rijn et deNeeltjeWillemsdochter, de Zuidbroek, savoir : Adriaan, Willem, Rembrand et Lijsbeth van Rijn, qui se partagèrent l'héritage paternel. Dans le partage de la succession, le 2 novembre 1640, la moitié du moulin à drèche fut assignée à Adriaan van Rijn. Gela se fit à condition qu'il rembourserait une

1 Rammelman Elsevier. — S.

somme de 3,875 florins, par rentes annuelles de 310 florins, à partir de la Toussaint (1er novembre) 1640, et ainsi de suite jusqu'à acquittement de la somme entière, laquelle servirait à payer les charges et les dettes de la succession. Rembrand eut dans ce partage de la succesion, entre autres portions, une somme de 3,565 florins, dont Adriaan, outre ce qui a été mentionné plus haut, était encore redevable à la succession. Adriaan promit d'en acquitter le montant à son frère Rembrand, par versements annuels de 300 florins, à partir de la Toussaint 1641. Rembrand reçut à cet effet un titre hypothécaire.

En 1647, Adriaan acheta la seconde moitié du moulin, de Clément Lenaarts Ruys, et devint ainsi seul possesseur du moulin à drèche. Quatre ans après, il céda de nouveau une moitié du moulin à Pieter Reiniers de Meckelenburg, et sa veuve, Elisabeth Symonsdochter van Leeuwen, vendit l'autre moitié à Jan van Caerdecamp *.

Maîtres de dessin et de peinture de Rembrand.

Rembrand reçut les premiers principes de Jakob Isaakszoon van Swanenburg, peintre à Leiden, qui n'acquit qu'une médiocre réputation dans la peinture. Son second maître, Pieter Lastman, à Amsterdam, est plus connu, quoique le grand éloge qu'en a fait Vondel paraisse quelque peu exagéré. Lastman avait visité l'Italie et s'était formé le goût par les admirables productions de l'art qu'on trouve dans ce pays 2. Suivant Immerzeel, son ordonnance était

1 Rammelman Elsevier. — S.

2 Immerzeel : Levens en werken (Vies et œuvres), etc., t. II, p. 160. — S.

toute sculpturale, et ses groupes étaient habiles. Son dessin était correct et ses draperies étaient bien disposées. Il ne brillait pas par le coloris et il manquait ordinairement de grâce ; mais, dans les costumes, il était strictement fidèle à la vérité. Ses ouvrages sont rares. Houbraken 1 dit qu'il en a entendu parler souvent avec beaucoup d'éloges, mais qu'il n'a pas eu occasion d'en voir beaucoup, et Descamps2 déclare, touchant Lastman : « La rareté de ses ouvrages ou le hasard m'en ont privé. Je puis dire seulement qu'il passe dans son pays pour avoir bien composé et bien peint3. »

1 Schouburgh, etc., t. I, p. 97. — S.

2 Vies des peintres, etc., t. 1, p. 243. — S.

3 Lastman a aussi gravé à l'eau-forte (voir Bartsch). 11 y a de lui plusieurs pièces excellentes, précisément dans la manière de son élève Rembrandt, car Lastman ne mourut qu'en 1649 (?). Son monogramme est PL, le P formé intérieurement sur le jambage vertical de PL. Les musées de la Hollande ne possèdent de lui aucun tableau bien authentique. Au musée de Rotterdam seulement, on lui attribue (n° 158) « une Composition historique de trois figures. » Je ne me souviens pas d'avoir jamais vu de peinture de Lastman dans les collections particulières.

—-Depuis que cette note a été écrite, le musée de Rotterdam a brûlé, et il s'est fondé un nouveau musée en Hollande, le musée de Haarlem, qui a réuni huit grands chefs-d'œuvre de Frans Hais, provenant de l'Hôtel de ville , et beaucoup d'autres tableaux précieux pour l'histoire. On y trouve une Naissance, de Lastman, provenant de la Oude mannen Huis (Maison des Vieillards). Cette peinture, très-rembranesque, est signée Lastm., avec une date que le Catalogue inscrit 1629, mais que je crois être 1649, l'année même de la mort de Lastman, suivant quelques biographes ; le troisième chiffre est d'ailleurs assez effacé. Le style et la couleur semblent prouver que le maître de Rembrandt avait subi l'influence de son élève, devenu le plus grand maître

Wagenaar dit que Pieter Lastman avait fleuri au commencement du dix-septième siècle à Amsterdam et que vraisemblablement il était né dans cette ville (Wagenaar, 3e vol., p. 258). J'ai examiné les registres de baptême d'Amsterdam, de 1564 à 1587, les registres de mariage de 1587 à 1632 et les registres d'enterrement de 1632 à 1655, c'est-à-dire des années où pouvaient être notés sa naissance, son mariage ou sa mort, mais je n'y ai pas rencontré son nom. On ne trouve rien non plus dans les registres d'enterrement de Haarlem. J'ai seulement trouvé dans les archives d'Amsterdam un renseignement qui le concerne et je le publierai plus tard.

Dans sa brochure sur Rembrand, M. Vosmaer, étudiant les précurseurs qui ont contribué à former Rembrand, signale l'influence de Lastman. Pour se préparer à cette publication, M. Vosmaer avait fait un voyage en Allemagne et y avait étudié trois musées riches en peintures de la vieille école hollandaise, les musées de Brunswick, de Gassel et de Berlin, Les musées de Brunswick et de Gassel sont peu connus, bien que celui de Gassel possède vingt-neuf tableaux de Rembrand et celui de Brunswick une des peintures les plus extraordinaires dans tout l'œuvre du maître. M. Vosmaer a d'abord publié dans le Spectator le résultat de son voyage1, et ensuite en une brochure intitulée Rembrand et ses sectateurs, aux musées de Cassel, de Brunswick et de Berlin,

de la Hollande. Les peintures de Lastman dans la première période sont tout autres, et elles accusent au contraire l'influence italienne, par exemple les deux tableaux du musée de Berlin, dont l'un est daté 1608, et quelques autres tableaux des musées de l'Allemagne. — W. B.

On pense aussi que Rembrand eut pour initiateur dans l'art de la peinture Jacob Pinas à Haarlem. Probablement ce fut plutôt l'homonyme, Jan Pinas, qui avait visité l'Italie avec Lastman, et dont les œuvres offraient les mêmes tons brunâtres, qu'on remarque dans la peinture de Rembrand. On note aussi, parmi les maîtres de Rembrand, Joris van Schooten1, peintre distingué à Leiden.

S. Sa première œuvre d'art.

Les œuvres de Rembrand paraissent avoir attiré promptement l'attention par des qualités particulières ; il recevait de temps en temps la visite d'artistes ou d'amateurs de peinture. Houbraken rapporte que quelqu'un d'eux lui conseilla d'essayer de vendre un de ses tableaux, nouvellement achevé, à une personne de La Haye. Ce qui donna lieu à l'anecdote suivante, qu'il raconte en ces termes :

« Tandis que Rembrandt se perfectionnait journellement avec ardeur et avec amour, dans la maison paternelle, il

1 A l'hôtel de ville de Leiden, on voit plusieurs grandes peintures de Joris van Schooten. C'est un maître assez fort, d'un style tout hollandais, quand plusieurs de ses contemporains, à la façon de Lastman et de Jan Pinas, allaient encore se dénationaliser en Italie. Mais, entre la peinture de van Schooten et celle de Rembrandt, on ne saurait, avec toute bonne volonté, découvrir d'analogie directe. Ce qui n'empêche pas que Rembrandt n'ait pu travailler un instant chez ce maître, alors célèbre à Leiden, et qui traitait les sujets civiques : assemblées d'arquebusiers, portraits de bourgmestres, etc. Jan Lijvens, aussi de Leiden, a été élève de ce van Schooten, et c'est peut-être chez lui qu'il avait d'abord connu Rembrandt, avant d'aller chez Lastman, à Amsterdam, où il retrouva Rembrandt. — W. B.

recevait la visite d'amateurs qui lui indiquèrent enfin un habitant de La Haye, afin qu'il lui montrât et lui offrît une petite peinture qu'il venait d'achever. Sur ce, Rembrandt se rendit à pied à La Haye avec son œuvre et la vendit cent florins. Merveilleusement satisfait, car il n'était pas habitué à avoir tant d'argent dans sa bourse, il désira retourner chez lui le plus tôt possible, pour faire partager à ses parents la joie qu'il en ressentait. Aller à pied était maintenant trop, misérable; par la barque, c'était trop commun : il alla donc prendre place dans la voiture qui se rendait à Leiden.

« On fit halte à la maison denDeil, et chacun descendit de la voiture pour se rafraîchir. Rembrandt, n'osant pas quitter son trésor, resta seul dans la voiture. Qu'arrivat-il? A peine la mangeoire enlevée, tandis que le voiturier arrivait avec son monde, les chevaux s'emportèrent au galop et ne s'arrêtèrent qu'arrivés dans les murs de Leiden, devant leur auberge accoutumée..... Rembrandt sort de la voiture et gagne la maison paternelle avec ses florins, fort content d'avoir été conduit à Leiden pour rien, et plus vite qu'autrement. »

Immerzeel a pris cette anecdote pour sujet d'un charmant morceau de poésie intitulé : Heureux voyage de Rembrandt1. Ce conte est si connu, que je n'ai pas cru pouvoir le passer sous silence ; je n'en ai pourtant pas parlé dans le discours, parce qu'il n'a pas le moindre caractère d'authenticité. Houbraken, qui en a fait mention le premier, ne mérite pas la moindre confiance dans ses alléga-

1 Immerzeel : Gedichten (Poésies), t. II, p. 173. — S.

tions concernant Rembrand. C'est une insinuation pour démontrer indirectement combien la tendance à l'avarice, dont plus loin il accuse ouvertement l'homme fait, se remarquait déjà dans le jeune homme.

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