Sa demeure à Amsterdam
Suivant Houbraken, Rembrand, s'étant fixé à Amsterdam, loua d'abord un magasin sur le Bloemgracht (canal aux Fleurs), où les élèves, qui lui vinrent bientôt en foule, obtinrent chacun un petit atelier séparé, pour y exécuter leur travail sans être troublés. La chose est possible; mais, à cause de l'inexactitude qui caractérise cet écrivain, je n'ai pas osé accepter ce renseignement comme certain. Nous voyons, par la déclaration de son mariage du 10 juin 1634, que Rembrand demeurait alors déjà dans la Breestraat. Si la maison qu'il y habitait à cette époque est la même que celle de la Si nt-Antonie Breestraat, la seconde de la Hoogstraat (rue Haute) du côté du Nieuwe Markt (nouveau marché), je ne puis l'affirmer. M. E. Maaskamp croyait l'avoir reconnue comme la demeure de Rembrand, à une pierre du pignon, sur laquelle se trouvait un jardinier ou laboureur avec une bêche dans la main, sous laquelle figure on lisait : de Botienter. Lorsque la façade de cette maison fut renouvelée en 1830, M. A. Brondgeest acheta cette pierre et en fit placer à ses frais une autre, de couleur bleue, dans le nouveau pignon, avec le nom de Rembrand, qu'on y voit encore. La justesse du renseignement de Maaskamp a pourtant déjà été révoquée en doute
par M. G. I. Nieuwenhuys 1 et elle a rencontré aussi peu de confiance chez d'autres écrivains, tels que les connaisseurs anglais John Burnet2 et Sir David Wilkie; moi-même, je n'ai jamais trouvé de cela une preuve positive.
Je présume que Rembrand, arrivant à Amsterdam, n'est pas allé demeurer sur le Bloemgracht, mais qu'il a pris son domicile chez Pieter Lastman. Nous avons déjà dit précédemment que Lastman avait été un de ses maîtres. On dit communément que le père de Rembrand, après avoir fait prendre à son fils des leçons de van Swanenburg à Leiden, l'avait confié à Lastman pour le perfectionner dans son art. Après cela, le jeune Rembrand serait revenu à Leiden et y aurait séjourné jusqu'à ce qu'il vînt s'établir à Amsterdam vers 1630. Il me paraît plus vraisemblable que ce fut alors, pour la première fois, que Rembrand devint élève de Lastman, qu'il demeura dans la maison de son maître, où, suivant ma supposition, il serait resté jusqu'à son mariage en 1634. Selon la note de son acte de mariage, Rembrand demeurait alors dans la Breestraat à Amsterdam. Je conjecture qu'avant de venir dans cette ville il s'était arrêté quelque temps chez Jan Pinas, qui avait été en Italie avec Lastman et qui probablement le recommanda à ce maître. J'ai constaté que, au commencement de l'année 1631, Pieter Lastman avait acheté, pour la somme de 3,475 florins, une maison dans la Breestraat, contiguë à l'angle du Zuiderkerkhof (cimetière de l'église du sud), où la façade porte une preekstoel (chaire
1 Nieuwenhuys : A Review of the lives and ivorks of the most eminent painters, p. 39. — S.
2 Rembrandt and his works, p. 5. — S.
à prêcher). Il emprunta cette somme, pour le payement * de ladite maison, de trois personnes, Jacques Chevalier, Samuel Goin et Jacobus Goossius, docteur médecin (Schepen Kennissen, Déclarations des échevins, ou d'hypothèques, GG, n° 31, 14 mars 1631, p. 66). La maison avait été mise en vente publique, le 27 janvier de cette même année. On voit encore aujourd'hui, sur la façade de cette maison, une vieille chaire. Mon hypothèse est-elle vraie, que Rembrand aurait peint dans cette maison la Leçon d'anatomie de Tulp, tandis que son autre chef-d'œuvre, la Ronde de nuit, aurait été exécuté dans la seconde maison de la Breestraat, qu'il avait achetée et qu'il habitait. En tout cas, Rembrand et Lastman devinrent voisins plus tard, puisque tous deux demeuraient dans la Breestraat, séparés par l'écluse Saint-Antoine, et cela donne à croire que l'élève, par l'exécution de ses œuvres, pourrait bien, en effet, avoir souvent influencé son maître, qui, dit-on, vivait encore au milieu du dix-septième siècle.
Dans la seconde lettre de Rembrand à Gonstantijn Huigens, qui date probablement du 7 octobre 1638, il indique sa demeure comme étant dans la sucrerie sur le Binnen- Amstel. Ensuite, il devint possesseur, par achat, d'un bâtiment dans la Joden-Breestraat. Il devait habiter cette maison déjà en 1642, puisque, dans le registre mortuaire de l'église Vieille (Oude Kerk) déposé à la Chambre d'administration des orphelins (Weeskamer) à Amsterdam \ il est annoté, au 19 juin 1642, qu'en ce jour a été enterrée
1 De chaque église et cimetière de cette ville on trouve à la Chambre des orphelins un registre mortuaire séparé, où les noms des décédés qui ont laissé des héritiers mineurs sont inscrits, lesquels
* Saslria Uilenburg, femme de Rembrand, ayant demeuré
dans la Breestraat, en face de V écluse Saint- Antoine, la deuxième maison. Cette maison porte encore sur la façade une pierre avec l'année 1 606, indiquée par Orlers comme l'année de la naissance de Rembrand. C'est une des plus anciennes maisons de toute la Breestraat, et, ce qui est remarquable, c'est que, sauf les réparations et améliorations nécessaires, elle n'a subi, surtout à l'extérieur, que de faibles changements depuis le temps de Rembrand. Le principal changement consiste en ceci, que le bâtiment, qui contient à l'intérieur beaucoup d'espace, a été divisé en deux parties par un mur de séparation qui s'élève jusqu'au troisième étage, et, plus haut, par une cloison de planches, en même temps que, pour ménager aux deux parties une entrée particulière, on a pratiqué une seconde porte à côté de la première. Un de nos concitoyens distingués, M. C. Springer \ a fait deux charmantes représentations de ce bâtiment : l'une peinte, qu'on a pu admirer à l'exposition de tableaux à Amsterdam (1852); la seconde dessinée, qui est en ma possession. Remnoms devaient être déclarés chaque semaine par les fossoyeurs à la Chambre des orphelins. — S.
1 M. Springer est le plus habile peintre de l'école hollandaise actuelle, pour la représentation de l'architecture : intérieurs de villes, vues de monuments, etc. Il suit un peu la tradition de van der Heijden, du moins comme sujets; car il n'a pas la finesse du peintre délicat dont les compositions sont illustrées par les figures d'Adriaan van de Velde ; mais il a de la force, une véritable science de la perspective et une couleur assez harmonieuse. Il serait désirable que son tableau de 1852 — ou le dessin que possède M. Scheltema — fût gravé. — W. B.
brand a probablement habité cette maison jusqu'au milieu de 1656, lorsque, dans le mois de juillet, on fit l'inventaire de ses biens pour les vendre. Dans les dernières années de sa vie, il demeurait du côté nord du Rozengracht (canal aux Roses), passé la troisième rue de traverse ou Accolijënstraat, vis-à-vis de l'ancien Doolhof (labyrinthe) de Philippus Lingelbach, suivant la note du livre des comptes d'enterrement de l'église de l'Ouest (Wester Kerk).
Sur ma proposition, la société Arti et Amicitiœ a décidé de placer une pierre commémorative à la façade de cette maison de la Joden-Breestraat, la seconde à droite après l'écluse Saint- Antoine, et dans laquelle Rembrand a peint une grande partie de ses œuvres. Cette pierre octangulaire, portant l'inscription Rembrands wooning (demeure de Rembrand), 1642-1656, fut placée le 18 novembre 1857. Une couronne de laurier ceint l'inscription, autour de la quelle sont sculptés les attributs de la peinture et de la gravure, une palette avec des pinceaux et des pointes d'eaufortiste.