‹ RembrandChapitre 15 sur 26 · Testament de Saskia Uilenburg · texte numérisé non relu

Testament de Saskia Uilenburg

Au nom de Notre-Seigneur, Amen. En l'année de la naissance dudit Notre-Seigneur seize cent quarante-deux, le cinq juin, vers neuf heures du matin, comparut la demoiselle Saskia van Uylenburch, épouse de l'honorable Rembrant van Rhijn, demeurant en cette ville, à moi notaire (M. Pieter Barcman) bien connue, laquelle, quoique malade et alitée, possédant néanmoins toute sa mémoire et

tout son entendement, comme il a paru par son extérieur, après avoir recommandé son âme à Dieu tout-puissant et son corps à la sépulture chrétienne, — a institué pour ses héritiers, comme elle fait par les présentes, Titus van Rhijn, son fils, ainsi que tous autres enfants légitimes qu'elle pourrait encore procréer, et, en cas de prédécès de l'un ou l'autre d'iceux, leurs descendants respectifs et légitimes par représentation, — à cette condition néanmoins, que le susdit Rembrant van Rhijn, son mari, jusqu'à ce qu'il se remarie, ou, ne se remariant pas, jusqu'à son décès, restera en pleine possession et aura l'usufruit de tous les biens à délaisser par elle testatrice,- à la charge d'élever honorablement l'enfant ou les enfants susdits, suivant leur condition et fortune, en nourriture, vêtements, instruction et autres nécessités, jusqu'à leur majorité ou jusqu'à leur mariage respectifs, époque à laquelle l'époux susdit de la testatrice les dotera ou les établira comme il jugera convenable en sa discrétion. — Voulant, en outre, elle, testatrice, que tous les biens dont jouiront lesdits enfants en vertu des présentes passent en héritage et succèdent d'un enfant mourant sans progéniture légitime à l'autre enfant, jusqu'au dernier, et, en cas que le dernier mourût également, ou qu'elle, testatrice, ne laissât qu'un seul enfant, et que celui-ci vînt également à mourir sans descendant légitime, audit Rembrant van Rhijn, son mari; en quel cas, ledit Rembrant van Rhijn héritera des biens dudit ou des susdits enfants, les pourra aliéner, dépenser, ou autrement en faire à sa propre volonté et bon plaisir ; — mais qu'au décès dudit Rembrant van Rhijn, ou au cas qu'il se remariât, une moitié de tous

les biens dont il sera alors trouvé possesseur (y compris ce qui resterait à cette époque des biens à hériter par lui de l'enfant ou des enfants susdits) écherra et passera à son côté, lignage et sang, — et l'autre moitié à demoiselle Hiskia van Uylenburch, moyennant que ladite Hiskia van Uylenburch, sœur de la testatrice, en paye à l'honorable Ulricus van Uylenburch, avocat près la Cour de Frise, frère de la testatrice, et à l'honorable Idsert van Uylenburch, lieutenant-capitaine de la compagnie du colonel Alves, également son frère, à chacun la somme de mille florins, et aux enfants de Ielletge van Uylenburch, sa sœur, ensemble pareille somme de mille florins ; — sans que néanmoins ledit Rembrant van Rhijn, époux de la testatrice, soit obligé de fournir à qui que ce soit quelque état ou inventaire des susdits biens, ou sans qu'il soit tenu à quelque falcidie, ou de donner à cet égard une caution, de tout quoi la testatrice exempte expressément par les présentes le susdit son époux, confiant que sondit mari s'acquittera à cet égard en conscience. — Finalement la testatrice ordonne qu'aucun des biens à délaisser par elle ne soit temporairement déclaré en quelque Chambre d'orphelins, mais que tous soient, à l'égard de l'héritier ou des héritiers mineurs de la testatrice, régis et administrés par le susdit Rembrant van Rhijn, son époux, — ■ à quelle fin, elle, testatrice, constitue sondit époux tuteur desdits mineurs, et administrateur de leurs biens, et exclut expressément toute Chambre d'orphelins et leurs ordonnances, et spécialement celle de cette ville (sauf respect).

Tout ce qui est écrit ci-dessûs, elle, testatrice, déclare que c'est son testament et sa dernière volonté ; elle exige

que ce testament soit ponctuellement et inviolablement observé, soit comme tel ou comme codicille, soit comme donation pour cause de décès ou autrement, en un mot, le mieux possible.

Ainsi passé à Amsterdam, en la demeure d'elle, testatrice, située dans la Breestraet près de l'écluse Saint-Antoine, en présencê de Rochus Scharm et de Joannes Reyniers, témoins dignes de foi, spécialement demandés et assistant à ce1.

Saskia van Ulenborch.

J. Reyniers. J'atteste ceci, moi,

R. Scharm. Pieter Barcman.

Transcription de ce testament a été faite en la Chambre des orphelins de cette ville, avec l'ajouté : « Que Rembrand van Rijn, veuf, peut demeurer dans la succession entière, sans faire état, ce à quoi Hendrik Uylenburch a consenti. Le 17 de décembre 1642, prœsentibus Fred. de Vry et Symon de Rijck, curateurs des orphelins. »

Ledit Hendrik Uilenburg était fils de N. Uilenburg, frère du père de Saskia.

Quelques écrivains ont avancé que Rembrand avait fait un voyage en Italie et qu'en 1635 il avait été à Venise ; ils donnent pour preuve que, sur trois de ses gravures, on

1 Copie de l'original reposant en la Chambre] des minutes de notaire à Amsterdam.

trouve le mot Venetiis*. Rien, du reste, ne confirme cette hypothèse d'un séjour en Italie, et je pense pouvoir la considérer en toute sécurité comme une fable. Il est peu probable que Rembrand, dans le temps où il exécuta tant d'ouvrages, se soit trouvé en voyage. En outre, il venait de se marier peu de temps auparavant, et il est difficile de concevoir qu'il ait abandonné si promptement la femme qu'il venait d'épouser, pour entreprendre un voyage artistique à l'étranger. J'ai examiné les gravures indiquées, et dans les lettres dont on a fait Venetiis je n'ai pu lire que le mot René tus*, par lequel le peintre a peut-être voulu exprimer son propre nom latinisé. Sur ses autres gravures, on rencontre aussi parfois des mots griffonnés par un caprice ou une saillie d'esprit.

D'autres ont écrit que Rembrand, après la déclaration de son insolvabilité, s'était rendu en Angleterre, à Hullou

1 Ces eaux-fortes sont cataloguées dans Bartsch sous les nos 286, 287, 288. — Sur cette supposition invraisemblable, que Rembrand ait fait un voyage en Italie, voir A. van Lee, dans son Esquisse sur Rembrandt, publiée par le Leeskabinet (Cabinet de lecture) de 48b2, p. 262-266. — S.

2 II est extrêmement singulier qu'on n'ait jamais pu lire Venetiis dans les lettres qui suivent le nom de Rembrandt sur les trois eauxfortes de 1635 ; mais il n'est pas moins inexplicable qu'aujourd'hui M. Scheltema s'accorde avec M. Charles Blanc, avec M. Alvin, directeur de la Bibliothèque de Bruxelles, et encore avec d'autres iconographes sans doute, pour lire Renetus ! La première lettre, où l'on voyait un V, où maintenant on voit un R, est un f retourné. Rien n'est plus sûr,,— à notre avis. On peut comparer cette lettre aux autres /de quantité d'eaux-fortes de Rembrandt, pour fecit.Nom renvoyons pour cette énigme à l'article, déjà cité, de la Revue germanique. — W. B.

îî SECONDE PARTIE.

à Yarmouth, se fondant sur ce qu'il aurait exécuté là une couple de tableaux1. Gela est aussi faux que cette autre hypothèse, que le tableau de Rembrand qui se trouve à Stockholm, et qui représente un épisode de l'histoire de Suède, a été exécuté par lui en cette ville, comme le dit Wilson2, qui ajoute, en outre, que notre artiste a passé les dernières années de sa vie en Suède, et qu'il y est mort vers 1670. La vérité est que Rembrand n'a jamais quitté sa patrie et qu'il a toujours demeuré à Amsterdam. Son plus long voyage fut probablement celui qu'il fit à Sint-Anna parochiepour y contracter mariage avec Saskia.

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