‹ RembrandChapitre 26 sur 26 · Manasseh ben Israël et Ephraïm Bonus · texte numérisé non relu

Manasseh ben Israël et Ephraïm Bonus

Parmi les théologiens juifs, d'origine étrangère, qui trouvèrent en Hollande un domicile et des fonctions, il n'en est pas de plus célèbre que Manasseh ben Israël. Il naquit à Lisbonne en 1604, et vint dans son enfance à Amsterdam avec son père ; son immense érudition le fit nommer, dès sa dix-huitième année, grand rabbin de l'une des trois synagogues d'Amsterdam. Manasseh était un homme de connaissances variées, et il a laissé de nombreux écrits, la plupart théologiques. C'était avant tout un philologue distingué, en même temps qu'il s'était élevé au grade de docteur en médecine. Rembrand exécuta les quatre gravures qui ornent un de ses ouvrages, intitulé Piedra gloriosa, qui traite de la vision de Nabuchodonosor, et qui fut publié à Amsterdam en 1655. Rembrand a aussi peint et gravé le portrait du savant rabbin. La maison de Manasseh était située au coin de la Joden-Breestraat actuelle, vis-à-vis du bâtiment nommé de Bisschop (l'évêque), de sorte que Manasseh demeurait à l'autre extrémité de la rue où se trouvait la maison de Rembrand.

1 II est bien probable aussi que deux autres de ces quatre lettres sont les lettres n° I et n° II ci-dessus, puisqu'elles ont été publiées par deux auteurs anglais, John Smith et John Burnet. Mais la quatrième, il resterait à lui donner aussi la publicité, et nous faisons appel à son propriétaire actuel. Une lettre de Rembrandt ne doit pas rester dans l'ombre. — W. B.

Ephraïiïi Bonus aussi était Portugais de naissance, et il s'établit à Amsterdam, où il obtint la bourgeoisie eh 1651 . En sa qualité de Medtcinœ Doetor, il pratiquait la médecine. Il ne faut pas le confondre avec le médecin juif dont lé secours fut invoqué en vain dans la dernière maladie du prince Maurice, en 1625, après que les médecins eurent* déjà perdu tout espoir de guérison. Ge dernier s'appelait Josef Bonus et était peut-être le père d'Ephraïm. Un portrait d'Ephraïm Bonus, peint par Rembrand, se trouve dans le cabinet de M. Six van Hillegom; son portrait fut également gravé par Rembrand.

S6. Sur quelques œuvres de Rembrand.

Il n'est pas dans mon plan d'entrer, sur les nombreuses productions de Rembrand, dans des considérations générales ou détaillées, qui seules fourniraient matière à écrire un ouvrage spécial. Plusieurs écrivains anciens ou récents ont indiqué ses principales œuvres, et ont rendu hommage à son génie. Il m'a paru pourtant qu'il ne serait pas superflu de consigner ici, sur les chefs-d'œuvre dont j'ai fait mention dans mon Discours, quelques particularités peu ou point connues, et qui concernent spécialement la composition et l'histoire de ces peintures.

A propos du Siméon au Temple, exécuté en 1631, il faut remarquer que ce tableau est le premier que nous connaissions de Rembrand \ Pourtant on peut supposer

1 Avant l'exhibition de Manchester, on ne connaissait point d'autre

qu'il existe ou qu'il a existé des tableaux de lui plus anciens. Agé seulement de vingt-trois ans, il était déjà de force à exécuter un tableau qui honorerait infiniment le pinceau d'un maître distingué et exercé par plusieurs années d'étude. Si l'on a vu souvent des artistes distingués faire en chancelant le premier pas sur la voie de l'art, briller quelque temps et l'abandonner derechef d'une marche peu affermie, il n'en est pas ainsi de Rembrand. Toutes ses œuvres se distinguent par une force, une perfection, qui, à l'entrée de sa carrière, ne trahissent aucune faiblesse, et, à la fin, ne laissent paraître aucune langueur.

La Leçon d'anatomie fut commandée à Rembrand par le beau-père de Six, le professeur Nikolaas Tulp. Tulp y est représenté donnant une leçon , sur les muscles

tableau de Rembrandt portant la date 1631. Mais à cette exposition curieuse la reine d'Angleterre avait envoyé, de son château de Windsor, un portrait de jeune homme, avec la date bien authentique, et qui n'avait jamais été signalée : 1631. Voir W. Bùrger, Trésors d'Art exposés à Manchester en 1857, etc., p. 246.

— Depuis l'exposition de Manchester (1857) et depuis la publication des Musées de la Hollande (1858-1860), j'ai trouvé et étudié bien des tableaux antérieurs à 1631. Par exemple, j'ai signalé dans la galerie Suermondt (1860) un portrait de vieillard, du musée de Gassel, avec la date 1630. M. Suermondt possède lui-même, depuis peu, la peinture originale du Saint Jérôme, gravé par van Vliet en 1631, laquelle doit être de 1630 et peut-être de 1629. N'avons-nous pas vu aussi, à la galerie de Pommersfelden, près Bamberg, le Saint Paul, authentiquement signé et daté 1627? Jusqu'à présent, 1627 est la première date que nous connaissions sur une peinture de Rembrandt. Il convient de rappeler que la première date connue sur ses eaux-fortes est 1628. Le peintre prime donc l'aqua-fortiste. — W. B.

du bras d'un cadavre placé devant lui, aux chirurgiens

Jakob Blok,

Hartman Harmansz.,

Adriaan Slabbraan,

Jakob de Wit,

Matthijs Kalkoen \

Jakob Koolveld,

Et Frans van Loenen, tous, sauf le dernier, maîtres de la gilde des chirurgiens à Amsterdam. Tulp donna en souvenir à cette gilde le tableau, qui a longtemps orné la chambre de la gilde au Sint- Antonie-Waag (Poids Saint-Antoine). En 1828, on résolut de le vendre au profit de la caisse des veuves de la corporation. Le ministre des affaires intérieures l'acheta, par ordre de Sa Majesté Guillaume Ier, pour la somme de 32,000 florins et le plaça dans le musée royal de tableaux à La Haye. Il y avait aussi autrefois, dans la même pièce au Waag, un second tableau de Rembrand, sur lequel on voyait le docteur Johannes Deyman, inspecteur du Collegium medicum, avec un cadavre disséqué devant lui. Lors d'un incendie qui éclata, le 8 novembre 1723, dans le portail, séparé alors de la chambre des chirurgiens par une simple cloison de bois, ce tableau fut grandement endommagé. Il ne se trouve plus ici non plus ; exposé en

1 Rembrandt a fait, dans la même année que la Leçon d'anatomie, un portrait de ce docteur Matthijs Kalkoen, de grandeur naturelle et vu jusqu'aux genoux. Ce tableau, portant la date 1632 et la signature qu'on trouve seulement parfois dans les œuvres primitives de Rembrandt : RtH (en monogramme) van Rijn, était dans la belle collection de M. de Kat, à Dordrecht. — W. B.

vente publique, le 7 février 1842, dans la Buis met de hoofden, il fut acheté par un Anglais, pour 660 florins seulement, et transporté à Londres. Outre les deux tableaux dont je viens de parler, le musée de La Haye en possède trois autres de Rembrand : la Suzanne au bain, un portrait d'homme avec une toque à plumes, et un portrait d'adolescent \

Des deux tableaux de Rembrand qui se trouvent au musée d'Amsterdam, le plus grand est connu par le monde entier sous le nom de la Ronde de nuit; ce nom, à mon avis, lui est donné à tort. Il y avait autrefois, à Amsterdam, deux gardes qui surveillaient la ville pendant la nuit, l'une qu'on appelait de ruiterwacht (la garde de cavalerie), parce que, dans le principe, elle se composait de cavaliers, et l'autre, de ratelwacht, qui tirait son nom de la crécelle dont elle faisait usage. Que ce n'est pas cette dernière garde, qui avait alors pour capitaine Willem Last, que Rembrand a représentée, cela n'exige pas de démonstra^ tion. Le tableau pourrait représenter plutôt une réunion de la garde de cavalerie, puisque cette garde, suivant le bon plaisir du capitaine ou du bourgmestre, était armée comme les arquebusiers ; et c'est ainsi que sont figurés les personnages du tableau. Pourtant cette hypothèse ne peut pas davantage être admise ; car, en 1642, lorsque le ta^ bleau fut achevé, la garde de cavalerie avait d'autres chefs que ceux qui sont ici représentés. Le capitaine de cette

1 Ce portrait d'adolescent paraît être le portrait de Rembrandt luir même, tout jeune, et quand il était encore à Leiden. Voir, pour ce tableau et pour les autres Rembrandt du musée de La Haye : Musées de la Hollande, p. 190 et suivantes. — W. B.

garde s'appelait Simon Gerritsen, et le lieutenant Stoffel Joosten, tandis que les noms des personnages qu'on voit sur le tableau sont indiqués par Rembrand lui-même, sur un écusson suspendu à la muraille, de la manière suivante :

Frans Banning Goux, seigneur de Purmerland et Ilpen-* dam, capitaine ;

Willem van Ruytenberg van Vlaardingen, seigneur de Vlaardingen, lieutenant ;

Jan Visscher Gornelisse, enseigne ;

Rombout Kemp, )

. . „ ' } sergents ; Remier Engel, \

Barent Harmense ;

Jan Adriaan Kijzer ;

Hendrik Willemse ;

Jan Ockerse ;

Jan Metessen Bronkhorst ;

Harmen Jakob Verraken ;

Jakob Dirkse de Boog ;

Jan van der Hard ;

Johan Schellinger ;

Jan Bringman ;

Jan van Kampoort, tambour.

A mon avis, nous ne voyons ici autre chose qu'une partie d'une compagnie bourgeoise, sous la conduite du chevalier Frans Banning Kok, qui alors encore était capitaine, mais qui, peu de temps après, fut promu au grade de colonel, et qui, en cette qualité, a eu jusqu'en 1650 le commandement de la garde bourgeoise d'Amsterdam. Je ne puis non plus me rallier à l'opinion de ceux qui regardent le moment de la représentation comme celui où les

bourgeois partent pour la réception du prince Guillaume et de sa jeune épouse Marie, fille de Charles Ier, roi d'Angleterre l3 lesquels, accompagnés de la reine d'Angleterre et du prince Frédéric-Henri, honorèrent, le 20 mai 1642, la ville d'Amsterdam d'une visite. Outre que cette supposition est purement conjecturale, la figure de la jeune fille avec le coq blanc semble indiquer que la compagnie s'apprête à aller tirer au but.

J. van Dijk 2 a écrit sur cette œuvre d'art, qui se trouvait autrefois dans la petite salle du conseil de guerre à l'ancien hôtel de ville, une page remarquable : « Ce tableau, dit-il, est digne d'admiration au point de vue de la puissance singulière du pinceau. C'est un vigoureux effet de soleil, très-brusquement rendu par la couleur, et il est très-surprenant qu'une telle rudesse ait pu se concilier avec une telle netteté ; car la bordure du pourpoint en buffle du lieutenant est d'une couleur si épaisse, qu'on pourrait y. râper de la muscade, et l'écusson d'Amsterdam soutenu par un lion est net et détaillé, comme si la peinture en avait rendu le poli 3. Le visage du tambour,

1 Nieuwenhuys: aReview of the lives andworks, elc, p. 39; et Wagenaar : Beschrijving van Amsterdam, t. I, p. 541 . — S.

2 Beschrijving van aile de schilderijen op hctsladhuis van Amsterdam (Description de toutes les peintures de l'hôtel de ville d'Amsterdam), p. 60 et 64. — S.

3 Au temps où écrivait van Dijk, — au milieu du dix-huitième siècle, — - il paraît que les fonds de la Ronde de nuit étaient encore très clairs. Aujourd'hui, c'est à peine si l'on distingue dans l'ombre, un peu noircie sans doute, l'écusson sculpté en haut de l'arcade du Doele, et les noms qui s'y trouvent inscrits sont très-difficiles à lire, même en montant sur une échelle. — W. B.

vu de près, est comme empâté ; vu à distance, il paraît extraordinairement beau. Il est déplorable qu'on ait tant retranché de ce tableau pour pouvoir le placer entre les deux portes, car il y avait à droite deux figures de plus, et, à gaucbe, l'homme au tambour était entier, comme on le peut voir sur le modèle authentique, actuellement dans les mains de M. Boendermaker. »

Il pourrait pourtant fort bien se faire que le modèle mentionné ne soit qu'une exquisse de Rembrand 4, qu'il n'a pas tout à fait suivie dans son tableau ; du moins il est notoire que, grâce à l'abondance de son génie et à sa tendance continue à la perfection, il modifiait et améliorait souvent, dans l'exécution, son promier projet. Que ce soit ici le cas, on peut le supposer plutôt que de croire qu'on ait agi si impitoyablement à l'égard de l'art. Ce fut une heureuse inspiration de l'administration de notre ville, de faire restaurer, l'an dernier, ce chef-d'œuvre, et de lui rendre son premier lustre, afin de convaincre d'autant plus, par l'œuvre même du grand artiste, combien Rembrand est digne de l'hommage qu'on lui a rendu en lui érigeant une statue. M. N. Hopman, à qui cette tâche fut confiée, s'en est acquitté d'une manière très-louable. Le tableau est placé sur un plan un peu incliné, sur une estrade d'une couleur analogue à celle de F avant-plan, et qui forme, pour ainsi dire, un tout avec la peinture. Pour le cadre, on a choisi à dessein la couleur de noyer, afin de faire ressortir d'autant mieux par cette cou-

1 Voir sur cette prétendue esquisse de la Ronde de nuit et sur la prétendue mutilation du tableau : Musées de la Hollande, p. 17 et suivantes. — W. B.

leur indéterminée les beautés du travail du pinceau.

Relativement aux Syndics de Rembrand, je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit dans le Discours, si ce n'est que ce tableau provient du Staalhof, situé dans la Staalstraat, où il se trouvait jadis dans la chambre du conseil des essayeurs de draps, avec quelques autres représentations de régents de cette corporation, du seizième siècle et du dixseptième. Les deux tableaux de Rembrand que j'ai nommés en dernier lieu sont la propriété de la ville d'Amsterdam ; mais, faute d'une place convenable dans l'hôtel de ville actuel, ils se trouvent exposés au musée du royaume, avec cinq autres peintures appartenant également à la ville. Ce sont : une Réunion d'arquebusiers, sous le com^ mandement de Jan Huydecoper, seigneur de Maarseveen, par Govert Flinck; le Banquet des arquebusiers dans le doele du tir à l'arbalète d'Amsterdam, à l'occasion de la paix de Munster, et les Chefs du tir à l'arbalète, par Baiv tholomeus van der Helst ; un tableau de Régents, par Karei du Jardin, et une Vue de la ville d Amsterdam, prise de TU,, par Willem van de Velde K

Dans l'ancien catalogue du musée du royaume, à Amsterdam, deux autres tableaux se trouvaient encore indiqués comme exécutés par Rembrand, savoir : la Décollation de. saint Jean-Baptiste et le portrait du receveur Pieter Uitenbogaard ; dans le nouveau catalogue de 1864, la Décolla^ tion de saint Jean-Baptiste est attribuée h Drost ou à Cari Fabritius 2.

1 Tous ces tableaux sont décrits dans les Musées de la Hollande. — W. B.

2 Dans ce nouveau catalogue de 1864, le portrait de Pieter Uiten-

Le musée possède plusieurs épreuves des deux eauxfortes représentant, l'une, le Christ guérissant les malades, eonnue sous le nom de la pièce aux Cent florins, l'autre, la Mort de Marie. Sur la plus belle épreuve de la première, qu'on estimait autrefois à cent, mais qui vaut aujourd'hui plusieurs milliers de florins, se trouve écrit au crayon, en marge : « Présent de mon ami spécial Rembrandt, en échange de la gravure de Marc- Antoine. » Il paraît, en outre, d'après une note inscrite sur le revers de l'eauforte, que Rembrand désirait fort une belle épreuve de la gravure de Marc- Antoine, représentant la Peste de Florence, et qui était entre les mains de son ami Jan Pieterszoon Zoomer ; ne pouvant décider celui-ci à lui vendre cette gravure, il l'obtint en échange de la pièce aux Cent florins, de laquelle, écrit l'auteur de la note, a il n'y a été que très-peu d'impressions, dont aucune n'a jamais été vendue du temps de Rembrandt, mais distribuées entre ses amis S ))

Si les bornes de mon plan ne me l'avaient interdit, j'aurais encore volontiers parlé, dans mon Discours, d'autres gravures admirables de Rembrand, dont le sujet est em-

bogaard est classé parmi les tableaux dont les auteurs sont ipconrius. Pour moi, après avoir étudié à nouveau le chef-d'œuvre de Ferdinand Bol, autrefois au Leprozenhuis d'Amsterdam et maintenant à l'hôtel de ville, et où se trouve précisément représenté Uilenbogaard avec d'autres régents de l'établissement, je crois que le portrait du musée doit être attribué à Ferdinand Bol, dont certaines peintures se rapprochent extrêmement de Rembrandt. — W. B.

1 Cette citation est en français dans la brochure de M. Scheltema et reproduit sans doute littéralement la note écrite au revers de Feauforte. — W. B.

prunté au Nouveau Testament, telles que l'Adoration des bergers , la Fuite en Egypte, la Résurrection de Lazare et les Pèlerins d'Emmaùs. Le musée d'Amsterdam peut se vanter à bon droit de posséder une collection des eauxfortes de Rembrand qui, par le nombre et la beauté des épreuves, surpasse toutes celles du monde l.

1 II existe divers catalogues raisonnes de l'œuvre gravé de Rembrand. Au siècle dernier, Gersaint eut le premier l'idée de publier un te! catalogue; mais la mort l'empêcha de terminer son travail, qui fut continué, augmenté et publié à Paris en 1751, par deux savants admirateurs de Rembrand, Helle et Glomy. L'ouvrage était encore très-défectueux, et PieterYver, graveur distingué à Amsterdam, donna en 1756 un supplément, où il complète les remarques de Gersaint, de Helle et de Glomy, en y ajoutant ses propres observations.

En 1797, Adam Bartscb, conservateur du cabinet des estampes de la bibliothèque impériale de Vienne, donnait une nouvelle édition corrigée et augmentée, avec un supplément. L'année précédente, Daulby avait édité à Liverpool une édition anglaise, avec de nouveaux éclaircissements.»

Ensuite, M. de Glaussin publia, en 1824, une nouvelle édition, et en 1828 un supplément, en utilisant et résumant tous les travaux antérieurs.

Enfin, parut à Londres, en 1836, un catalogue raisonné, par Wilson.

M. Charles Blanc, qui avait publié, en 1853, un magnifique volume in-8: VOEuvre de Rembrandt, reproduit par la photographie, a repris son texte, et il vient d'en donner une nouvelle édition in-8, avec diverses modifications, sous le titre : l'OEuvre complet de Rembrandt, catalogue raisonné de toutes les eaux-fortes du maître, etc. Paris, Gide, 18S9-1864.

2?. Inauguration de la statue de Rembrand, à Amsterdam.

«Faut-il que l'étranger qui parcourt le pays que tu as habité si glorieusement pendant de longues années, inimitable artiste, nous confonde encore longtemps en nous demandant en vain ta statue?» C'est par cette apostrophe que le savant Immerzeel terminait son Éloge de Rembrand, couronné en 1839. La réponse fut donnée deux ans après, dans un banquet solennel d'artistes néerlandais, à La Haye. C'était un repas offert par des peintres et des amateurs de peinture, le 11 juin 1841, au peintre anversois N. de Keyser et à d'autres artistes belges. A cette occasion, M. J. Bosboom porta un toast en mémoire des fêtes célébrées, un an auparavant, à Anvers, lors de l'inauguration de la statue de Rubens, et exprima le vœu que la Hollande suivît l'exemple de la Belgique, en élevant bientôt un monument au prince de l'école hollandaise, à l'unique Rembrand. Ce vœu trouva de l'écho dans tous les assistants; la première base du monument était jetée. Ainsi, comme on l'a excellemment remarqué, l'art excerça tout d'abord son influence salutaire pour apaiser les haines surgies entre deux peuples voisins, dont les intérêts, même après leur séparation politique, restent étroitement liés en beaucoup de points.

Bientôt après, dans le but d'élever une statue à Rembrand, se formèrent deux Commissions, la première à La Haye, l'autre à Amsterdam, lesquelles, « pénétrées de l'idée que la jalousie et la discorde étaient incompatibles

avec la confiance qu'on leur accordait, et dangereuses pour le but commun, » se donnèrent librement la main dans un esprit de bonne intelligence, pour exécuter avec zèle la tâche qu'elles avaient entreprise.

La Commission d'Amsterdam se composait, dans le principe, de MM. J. W. Pieneman, président; J. A. Kruseman, vice-président; G. J. L. Portman, secrétaire; G. W. M. Klijn, trésorier ; N. Pieneman ; A. B. B. Taure! ; M. G. F. Tetar van Elven ; J. S. Doyer et L. H. de Fontenay. Les membres de la Commission de La Haye étaient MM. Dr. L. R. Beynen, président; H. van de Sande Bakhuysen, vice-président; E. M. Calisch, secrétaire ; B. J. van Hove, trésorier ; J. J. Eeckhout ; A. Schelfhout ; J. Moerenhout; A. Waldorp et L. A. Vintcent \

La première réunion des Commissions combinées eut lieu à Lisse, le 10 juillet. On fut bientôt d'accord sur les principes d'après lesquels on devait agir. « Pénétrés de la conviction qu'Amsterdam, où Rembrand avait vécu et d'où les rayons de sa gloire s'étaient répandus sur le monde civilisé, avait le plus de titres au monument élevé en son honneur, » on convint, d'un sentiment unanime, que la statue devait être érigée en cette ville. On décida, en outre, que la statue du grand Néerlandais serait exécutée, comme un monument national, par un artiste néerlandais, et coulée dans une fabrique indigène. On demanda l'autorisation de placer le monument dans la capitale, et l'administration d'Amsterdam donna une réponse approbative, en ajoutant qu'elle indiquait à cet effet la place de l'ancienne

1 Cette liste subit, plus tard, quelques changements de noms.

Bourse, et qu'elle prendrait à sa charge les frais des fondations. Le programme fut arrêté, et une souscription fut ouverte» S» M. le roi Guillaume III, alors encore prince d'Orange, s'inscrivit le premier sur la liste, et fit connaître, par une lettre adressée à la Commission, son enthousiasme pour le projet. Les autres membres de la famille royale prirent des souscriptions élevées. Ce louable exemple fut bientôt imité par beaucoup d'admirateurs de Rembrand. Il se forma de nombreuses sections auxiliaires dans différentes villes, telles que Rotterdam, Utrecht, Leiden, Haarlem, Dordrecht et même Anvers, pour aider les Commissions combinées à répandre des programmes et pour exciter à la souscription ; les sommes qu'on réunissait furent placées en obligations de la dette active du pays, dont les intérêts annuels portèrent insensiblement le capital à un chiffre élevé.

Les Commissions avaient à lutter contre bien des difficultés, elles devaient vaincre bien des obstacles, et, si elles n'ont atteint leur but qu'après des années, il ne faut pas en accuser le refroidissement de leur zèle, mais seulement les circonstances du temps. Déjà, avant le commencement de 1842, elles s'étaient concertées sur l'exécution de la statue. D'abord, on avait voulu ouvrir un concours pour le meilleur modèle ; mais on revint bientôt de ce projet, parce qu'on ne connaissait alors de statuaires d'un talent éprouvé que MM. Royer et van der Ven. On entama des négociations avec ces artistes, et le premier accepta les propositions de la Commission, en se contentant d'un prix très-modéré ; de sorte que ce fut à lui, moyennant adoption de son projet, que l'on confia l'exécution de la statue.

Peu de temps après, M. Royer produisit une esquisse, qui fut extrêmement approuvée. Le modèle, au quart de sa véritable hauteur, fut exposé à Amsterdam, au local de la société Arti et Amicitiœ, et à La Haye, dans le bâtiment de l'Académie de dessin; au même temps, S. M. le roi Guillaume III l'examina dans la salle gothique de son palais. Tout le monde admira le talent du statuaire, qui n'avait pas seulement représenté l'aspect extérieur, mais aussi exprimé le génie et le caractère de Rembrand.

Le modèle en plâtre était entièrement achevé en 1847, de sorte qu'il semblait qu'on pût passer à l'exécution définitive ; mais la révolution française de 1848 fit diminuer presque de moitié, par la baisse des fonds, le capital amassé. L'entreprise fut aussi quelque peu empêchée par deux différents plans, formés en même temps , pour rendre un hommage semblable à d'autres hommes éminents. Les Commissions s'en tinrent donc, pour épargner les frais, au projet de faire exécuter le monument en mastic-pierre ; mais elles y renoncèrent en 1849, et confièrent la fonte d'une statue en fer à MM. Enthoven, à La Haye. A cause de divers contre-temps dans la fabrique, la fonte ne put avoir lieu en 1850 ; elle ne s'effectua que le 27 septembre 1 85 1 , et elle réussit par delà toute attente 1 . Le 7 mai 1 852 , la statue, qui avait été transportée quelques jours auparavant de La Haye à Amsterdam, fut placée sur son piédestal, et peu après entourée d'une balustrade en fer, exécutée par M. J. Warnsinck. Le terrain accordé n'était pourtant

1 Une intéressante description de la fonte de la statue se trouve clans la feuille périodique sur les ouvriers et l'industrie en Hollande, 1. 1, p, 385-388. — S.

pasplace de l'ancienne Bourse. Gomme, dans l'entre-temps, cette place avait été envahie par la prolongation du Rokin , il fallut choisir un autre endroit pour la statue. Le choix tomba sur la partie du Botermarkt (marché au Beurre) située du côté du Reguliers-plein (place des Réguliers).

La statue de Rembrand est dans une attitude calme : la jambe gauche est placée en avant ; les bras pendent et les mains se croisent, en avant, au milieu du corps. La main gauche tient un des pans du manteau, qui est jeté négligemment autour du corps ; la main droite, qui repose sur l'autre, tient un crayon. La tête est un peu penchée en avant, et les yeux semblent fixés sur quelque objet, comme si l'artiste, après avoir achevé une œuvre, l'examinait en pensant. La statue est entièrement vêtue; la tête est couverte de la barrette, avec laquelle Rembrand s'est si souvent peint lui-même. En arrière, à droite, est une caisse contenant des instruments de peinture, sur laquelle se trouvent quelques feuilles de papier, ainsi qu'une palette avec couleurs et pinceaux, recouverte en partie çl'une couronne de laurier. Derrière la jambe gauche, contre la caisse, est un grand livre relié, sur lequel se lisent trois lettres en relief, et d'une forme artistique, R. v. R. ; sur un des côtés de la caisse, on lit l'année de l'exécution et le nom du statuaire; à droite du socle sur lequel la statue est posée, est le nom du fondeur, ainsi que le lieu et la date de la fonte \ Le piédestal porte sur le devant le nom du grand peintre, et, par derrière, les mots : hommage de la postérité, an no 1852.

1 La statue avec la plinthe a 4 aunes 245 de hauteur et pèse

Quatre cents personnes ont contribué aux frais de l'érection du monument, et ont donné à la loterie plus de deux cents oirvrages d'art, de littérature ou de musique. Dans le piédestal, on a maçonné une feuille de parchemin qui porte les noms de toutes ces personnes, avec cette mention que la statue, exécutée par L. Royer, fut inaugurée en présence de S. M. le roi Guillaume III, le 27 mai 1852, M. G. G. J. vanReenen étant bourgmestre d'Amsterdam.

Le prélude à la fête de Rembrand eut lieu dans la grande salle artistique de Arti et Amicitiœ ; plusieurs amateurs, qui n'étaient pas membres de cette société, y assistèrent. La salle, sur les murs de laquelle les noms des premiers artistes du pays annoncent la gloire de la Hollande ( et, parmi ceux-ci, le nom de Rembrand, comme celui d'un prince, brille en plus grands caractères), était ornée d'une foule de productions dues au pinceau de nos peintres contemporains, concitoyens et compatriotes, qui prouvaient combien aujourd'hui encore l'art de la peinture est florissant dans notre pays. Après la lecture du Discours sur Rembrand, M. E. M. Galisch, secrétaire de la Commission de La Haye, donna un aperçu historique de l'érection de la statue, aussi soigné pour la forme que beau d'expression. J'ai emprunté à ce rapport la plupart des particularités consignées plus haut.

Le 27 mai, jour de l'inauguration, parut enfin. Le temps était beau ; la pluie, qui avait tombé pendant la nuit, avait cessé le matin, et, vers midi, le soleil perça les

6.000 livres néerlandaises. Le piédestal en fer a 3 aunes 026 en hauteur et pèse 5,000 livres néerlandaises. Le pied en pierre a l aune 553 de haut, 3,679 de large. — S.

nuages qui l'obscurcissaient depuis longtemps. Sur le marché au Beurre et sur le Reguliers-plein, ainsi que dans les rues adjacentes, la multitude s'était réunie pour assister à la cérémonie. Un espace avait été réservé pour les invités, au nombre d'environ quinze cents ; il s'étendait depuis la statue, encore enveloppée d'un voile, jusqu'à la tribune disposée pour le roi, et exécutée d'après le plan de M. M. G. F. Tetar van Elven. Autour de cet enclos s'élevaient douze étendards, dont les larges banderoles blanches, avec bordures en couleur, portaient le nom de Rembrand.

A midi et demi, la musique de la garde civique annonça l'arrivée du roi et du prince Henri des Pays-Bas avec leur suite, accompagnés du commissaire royal de la Hollande septentrionale, du bourgmestre d'Amsterdam et autres autorités. Après que ces hauts personnages eurent pris place sur la tribune, le docteur Beynen, président de la Commission de La Haye, adressa au roi un discours chaleureux, dans lequel il esquissa habilement le génie de Rembrand.

A un signal donné, le voile qui couvrait la statue tomba, et Rembrand devint visible, au milieu des cris de la multitude et du bruit des fanfares. A l'invitation des commissaires, le roi et le prince Henri descendirent de la tribune^ et se rendirent au pied de la statue par un sentier semé de feuilles et de fleurs. Alors M. Beynen s'adressa à M. G. G. J. van Reenen, bourgmestre d'Amsterdam, fit don du monument à la capitale, au nom de ceux qui l'avaient élevé : « C'est à Amsterdam, dit-il, que doit appartenir particulièrement la statue de Rembrand. C'est ici que

l'artiste a passé la plus grande partie de sa vie, c'est ici qu'il a exécuté ses inappréciables chefs-d'œuvre, ici qu'il est décédé, ici que reposent ses cendres. » L'estimable bourgmestre répondit à ce discours, et déclara accepter avec reconnaissance le présent pour la ville qu'il représente si dignement.

Le roi adressa ensuite ses remercîments aux Commissions combinées, pour le discours qui lui avait été adressé. . . La musique exécuta les airs nationaux, et le roi se retira avec le prince Henri. La multitude resta encore longtemps rassemblée sur le marché, pour admirer le chef-d'œuvre de Royer.

La fête du soir ne fît pas moins d'impression que l'inauguration de la statue. On avait préparé une belle et spacieuse salle du Parc, qui avait été somptueusement décorée. Le coup d'œil de cette salle était féerique Je

n'essayerai pas de dépeindre toutes ces magnificences ; mais je ne puis m'empêcher de faire remarquer combien cet hommage caractéristique rendu à Rembrand prouve que son art est encore hautement apprécié et pratiqué avec succès dans notre patrie \

Les sièges qu'on avait préparés pour plus de dix-huit cents personnes furent occupés de bonne heure. A huit heures, lorsque le prince Henri parut dans la salle, la fête commença par le chant populaire hollandais, qui fut entonné par un chœur de plus de deux cents voix 2. On exé-

1 Chez le libraire P. C. L. van Staden a paru un programme de la fête de Rembrand, où l'on trouve une description de la salle du Parc, avec les ornements. — S.

%- Ces chanteurs étaient les membres des Sociétés chorales Tôt

cuta ensuite une ouverture de M. J, B. van Bree, puis le morceau Rembrand écrit en vers par M. J. P. Heye, et mis en musique par M. J. Verhulst : ces deux compositions furent écoutées avec une vive satisfaction. Un singulier prologue précéda la représentation donnée par M. J. van Lennep avec la Chambre de rhétorique Achilles, Un des membres de cette association, représentant la Peinture, se trouvant sur la scène, tâchait d'en écarter deux autres membres, représentant la Poésie et l'Éloquence, qui désiraient également y monter. Ces Arts déclarèrent que , comme frères de la Peinture, ils avaient droit de prendre part à la fête, ce qui, à leur prière, leur fut volontiers octroyé. La Chambre de rhétorique Achilles, consistant en une cinquantaine de membres, entra alors bannière déployée et prit place à l'orchestre. Le poëte, empereur de cette association (keizer der kamer), déclama une admirable pièce de vers, dans laquelle il dépeignait à grands traits la brillante époque de Rembrand. Ce discours fut terminé par quelques allocutions en vers. L'enthousiasme augmenta encore lorsqu'on entendit le Chant du drapeau, composé par M. Heye. L'ouverture de l'opéra de Saffo, exécutée, comme les précédents morceaux de musique, par une soixantaine d'artistes, termina la première partie de la fête.

Les spectateurs quittèrent alors la salle pour circuler dans le Parc, où une illumination brillante avait transformé les ténèbres de la nuit en un jour clair. Plusieurs d'entre eux se rendirent dans les salons attenants, surtout dans

bevorderingdertoonkunst et Félix Meritis, et des liedertafels Eulonia, Euterpe, Jan Pietersz, Svjeelinck et Amstelsmannenkoor. — • S.

l'appartement où était exposé l'Album, collection de plus de cent cinquante œuvres d'art offertes spontanément pour contribuer aux fonds nécessaires à l'érection de la statue. On passa bientôt à la loterie. A cette fête des Muses, on n'eut garde d'oublier Terpsichore. Le bal, qui commença vers minuit, dura jusqu'à six heures du matin. La fête de Rembrand était terminée dans le Parc.

Mais ce ne fut pas seulement dans le parc qu'on témoigna l'intérêt qu'on prenait à l'érection du monument : toute la ville était en réjouissance. Les édifices publics et plusieurs établissements privés avaient exposé le drapeau national : plusieurs maisons dans le Voisinage de la statue étaient ornées de guirlandes de fleurs. Le Musée du royaume, établi dans la Trippenhuis, avait été somptueusement illuminé aux frais de la ville. L'illumination s'étendait sur le milieu de la façade et représentait url temple étincelant de lumières, au milieu duquel on lisait en lettres brillantes : A Rembrandt. Sur l'Amstel, près de la Hooge-sluis (Haute écluse), la ville fit tirer un magnifique feu d'artifice, que des milliers de spectateurs, attirés par le beau temps, purent admirer. Une excellente musique se fit entendre en cet endroit pendant toute la soirée, jusqu'à ce que, à dix heures, commençât le feu d'artifice en même temps qu'une splendide illumination du bassin des Yachts. La statue de Rembrand brillait aussi au milieu de l'éclat des lumières. L'édifice de la Société A fit et Amicitiœ et différentes demeures particulières furent également illuminés. On se réunissait encore au Jardin français, au Jardin grec, à Frascati, etc., pour honorer par des réjouissances la mémoire du grand artiste.

Le jour suivant, vendredi, quatre-vingt-dix membres de Arti et Amicitiœ, qui, par leur zèle, avaient tant ajouté à l'éclat de la fête, se réunirent en un banquet solennel, après lequel ils se rendirent au pied de la statue, qui était une seconde fois illuminée, et y entonnèrent le chant national. De son côté, la direction du théâtre de la ville fit représenter, le samedi 29 mai, une pièce de circonstance, intitulée : 1652-1852, Apothéose de Rembrandt, dédiée aux fondateurs de la statue. Cette ingénieuse composition, représentée avec talent, termina dignement la cérémonie.

En mémoire de l'inauguration de la statue de Rembrand, deux belles médailles furent frappées, l'une par M. Menger, à Utrecht, l'autre par M. Hart, à Bruxelles. La première représente le monument vu de face, avec la légende : La statue de Rembrandt, inaugurée à Amsterdam, le 27 mai 1852 ; au revers, une palette et des pinceaux entourés d'une couronne de laurier et éclairés de l'étoile du matin. La seconde médaille est de la plus grande espèce : la pureté du travail, le bon goût de l'ordonnance, font honneur au graveur belge. La face porte tout autour de la statue l'inscription : Inaugurée en présence de S. M. le roi Guillaume III, le 27 mai 1852. Au revers, on voit plusieurs objets qui concernent la peinture entourés d'une couronne radiée, au haut de laquelle se déroule un ruban avec les mots : Hommage de la postérité reconnaissante. La légende est ainsi conçue : A Rembrandt van Rijn, né à Leyden le 15 juillet 1606 !. enterré à Amsterdam le 8 octobre

1 Pour la claie de la naissance on a suivi Qrlers.

Pendant qu'on imprimait ce livre à Paris, M. Scheltema a fait encore de nouvelles découvertes. Cherchant dans les Registres de baptême d'Amsterdam si Paulus Potter n'avait pas eu d'enfant dans cette ville, M. Scheltema a rencontré, dans le Registre des baptêmes de la Vieille église (Onde kerk), la note suivante :

ce Le vendredi soir, 30 octobre 1 654, a été présentée au saint baptême, sous le nom de Gornelia, la fille de Rembrant van Reyn et de Hendricktie Stoffels ; témoin, Anne Jans. »

« Je ne puis douter, nous écrit M. Scheltema en nous communiquant sa trouvaille, que ce Rembrand ne soit bien notre célèbre peintre, et que Hendrikje Stoffels ne soit la même femme qui est nommée ailleurs Hendrikje Jaghers (voir p. 61). Le nom de Stoffels qu'elle prend ici est probablement le nom de son père, de même que Rembrand aussi ajoute parfois à son prénom le nom de son père Hermansz. Rembrand avait déjà donné le nom de Gornelia, — nom de sa propre mère, — à deux filles, toutes deux mortes jeunes, de son premier mariage avec Saskia. » (Voir p. 67.) Cette découverte provoque quelques observations : C'est le 25 juin 1654 que le Consistoire de l'Église réformée admoneste Rembrandt et Hendrikje Jaghers « comme vivant ensemble sans être unis en légitime mariage. » Le second mariage de Rembrandt aurait donc été

contracté entre les mois de juin et d'octobre de cette année 1654, et la Gornelia, baptisée le 30 octobre, aurait été ainsi légitimée par ce mariage.

Autre observation : Si Rembrandt s'est remarié en 1654, il est singulier, — et même contradictoire, — que, dans la pièce du 17 mai 1656 (voir p. 82), Rembrandt assigne à son fils Titus la maison de la Breestraat ce par provision jusqu'au moment où il aurait la volonté de convoler en secondes noces. » Gornelia n'était-elle point une enfant illégitime? M. Scheltema ne nous dit pas si l'on n'admettait alors au baptême que les enfants nés d'un mariage régulier.

Mais voici une découverte bien plus inattendue !

Non-seulement Rembrandt eut probablement pour seconde femme cette Hendrikje Jaghers ou Stoffels, mais il eut plus tard une troisième femme : Gatharina van Wijck !

Dans le Livre mortuaire (Doodboek) de l'église de l'Ouest ( Wester kerk), au-dessous de la mention de la « mort de Rembrandt (8 octobre 1669), laissant deux enfants (voir p. 118), » on lit :

« Le 21 décembre 1674, Gatharina van Wijck, la veuve, a déclaré n'avoir aucun moyen pour pouvoir démontrer que ses enfants ont eu quelque chose de l'héritage du père, ce que Gatharina Thennis Blanckerhoff, la tante, a témoigné être vrai. Présent, M. Hinlopen. »

Ainsi Rembrandt a eu trois femmes :

Saskia Uilenburg, de 1634 à 1642 ;

Hendrikje Jaghers, en 1654;

Et Gatharina van Wyck, dans les dernières années de sa vie.

ti

De Saskia il eut quatre enfans (voir p. 66); De Hendrikje il eut au moins cette Cornelia, baptisée en 1654;

Et de Catharina il eut au moins les deux enfants qu'il laissa en mourant.

Grâce à cette série de découvertes sur la famille de Rembrandt, sur ses alliances et son entourage, nous pouvons donc commencer à connaître Vhomme. Pour connaître Y artiste, nous avons des témoignages plus significatifs que tous les papiers écrits ou imprimés : nous avons l'œuvre du peintre et du graveur.

Rembrandt, F homme et son œuvre : le titre est tout fait ; il n'y a plus qu'à faire le livre.

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