‹ RembrandtChapitre 1 sur 285 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

ce premier travail, et l'ordre chronologique, que j'y avais suivi, s'imposait à moi. La vie de Rembrandt, en effet, fut entièrement vouée à son art et elle ne saurait être séparée de son œuvre; toutes deux sont intimement liées et s'éclairent mutuellement. Presque toujours, d'ailleurs, il nous a renseignés lui-même sur les dates de ses ouvrages, et s'il n'est guère d'artiste qui autant que lui se soit montré soigneux de les préciser, il n'en est pas, non plus, qui aussi souvent se soit pris lui-même pour modèle, ni qui nous ait laissé une aussi grande quantité d'images de son père, de sa mère, de sa femme et de tous ceux qu'il a aimés. Quant à sa vie, bien qu'elle ait été l'objet de nombreuses publications, elle était jusqu'à ces dreniers temps demeurée assez obscure. D'humeur solitaire et très indépendante , Rembrandt n'a guère frayé avec les personnages en vue de son temps. Après avoir joui un moment de la vogue, au commencement de son séjour à Amsterdam, il a fini ses jours dans la pauvreté et l'abandon. Les informations que nous ont laissées sur lui ses contemporains se réduisent donc à peu de chose. Sur ses débuts, c'est une page à peine dans la Description de Leyde publiée par J. Orlers, le bourgmestre de cette ville, en 1641, c'est-à-dire au moment où le jeune artiste était déjà en pleine célébrité. Pour cette période elle-même, Sandrart est un peu plus explicite. Si, à raison de la différence de ses goûts et de ses visées, les renseignements qu'il nous donne ne sont pas exempts de quelque partialité, du moins, comme il est peintre lui-même et qu'il a sans doute connu personnellement son brillant confrère, ses indications ont pour nous un double intérêt. Après Samuel van Hoogstraten qui, en parlant de son maître, aurait pu se montrer moins réservé sur son compte, Houbraken a recueilli sur lui des informations un peu plus étendues. Mais aux détails véridiques qu'il nous a transmis se mêlent déjà ces anecdotes plus ou moins suspectes dont c'était, dès cette époque, l'usage d'émailler la biographie des artistes. Brodant à leur tour sur ce thème commode, Campo Wevermann, Dargenville, Descamps et d'autres encore inventent à l'cnvi et de toutes pièces des fables destinées à l'amusement de leurs lecteurs, et la légende se substitue peu à peu à la vérité. Ce prodigue qui n'a jamais su le prix de l'argent et qui, sans compter, dépensait comme un fils de

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