‹ RembrandtChapitre 10 sur 285 · L HOTEL DE VILLE DE LEDYE · texte numérisé non relu

L HOTEL DE VILLE DE LEDYE

(Dessin de Boudier, d'après une photographie.

'1) Ces" tableaux sont aujourd'hui exposés au Musée de Leyde.

son père ses premiers enseignements. Dès 1G10 il était connu, car il peignit à ce moment pour l'Hôtel de Ville de Leyde un dessus de cheminée représentant Pharaon noyé dans la mer Rouge, sans doute une allusion aux désastres subis par les Espagnols vers la fin du siège de cette ville. Le tableau n'avait probablement pas grande valeur; en tout cas il disparut en 1666 sans laisser de traces. Il en est de même, au surplus, de la plupart des productions de l'artiste, et le seul ouvrage de lui qui nous ait été conservé est une Procession papale sur la place Saint-Pierre, à Rome, datée de 1628 et signée Iacomo Swanenburch. Cédant au courant d'émigration qui emportait alors un grand nombre de ses confrères vers l'Italie, il y avait séjourné de 16 14 à 16 17 et s'était même marié à Naples. De retour dans sa ville natale, il y demeurait jusqu'à sa mort (17 octobre i638), estimé de ses compatriotes, peut-être moins pour son talent qu'à cause de la situation de sa famille. Il est permis de dire, en effet, que ce talent était des plus médiocres, à en juger du moins par cette Procession papale qui appartient aujourd'hui au Musée de Copenhague. C'est un panneau représentant, au premier plan, le pape porté sur la Sedia geslatoria et bénissant la foule qui se presse autour de lui ; au fond la basilique, le Vatican et la place, telle qu'elle était avant la construction de la colonnade du Bernin. A part l'intérêt historique qui peut s'attacher à cette composition, elle ne se recommande ni par le goût de l'arrangement, ni par l'entente de l'effet, ni par la correction du dessin qui, dans les chevaux surtout, est très défectueux, ni par la couleur, qui manque complètement d'harmonie et de relief.

Si Rembrandt, d'après le témoignage d'Orlers, ne put guère apprendre d'un tel maître que « les premiers éléments et les principes », il trouva du moins près de lui une bienveillance qu'à cette époque les jeunes gens ne rencontraient pas toujours chez leurs patrons. Les conditions de l'apprentissage étaient, en effet, parfois assez dures ; les contrats signés par les élèves constituaient pour eux une véritable servitude et les exposaient à des traitements tels que les moins endurants s'y dérobaient par la fuite. Mais Swanenburch par sa naissance appartenait au meilleur monde. Il trouvait dans sa famille elle-même des exemples qui l'engageaient et sur lesquels il pouvait se régler, car un peintre de la génération précédente, Allart Claesz, allié aux Swanenburch, avait

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su par ses bons procédés se concilier l'affection de ses élèves, qu'il traitait comme ses propres enfants. Il n'y a donc pas trop lieu de regretter pour Rembrandt les leçons d'un artiste plus distingué. A tout prendre, les plus grands peintres sont rarement les meilleurs maîtres; leur originalité même et l'ascendant de leur génie risquent d'exercer sur leurs disciples une influence assez forte pour paralyser le développement de leur personnalité. Avec son esprit ouvert et son caractère indépendant, le jeune étudiant devait mieux s'accommoder d'un enseignement plus modeste. Sa vocation, d'ailleurs, était si marquée que du moment où il se consacra tout entier à son art, il y fit de rapides progrès, et, sur ce point encore, le témoignage d'Orlers est formel. Pendant les trois années qu'il passa chez Swanenburch (i) ces progrès furent tels que ceux de ses concitoyens qui s'intéressaient à son avenir « en étaient tout à fait émerveillés et pouvaient déjà pressentir la brillante carrière à laquelle il était appelé ».

Ce temps écoulé, Rembrandt n'avait plus rien à apprendre chez Swanenburg et il était d'âge de quitter ses parents. Ceux-ci consentirent do.nc à se séparer de lui, afin qu'il pût se perfectionner dans un centre plus important, et ils firent alors choix d'Amsterdam et d'un artiste très en vue à cette époque, Pieter Lastman. Peut-être Swanenburch, qui l'avait connu en Italie, avait-il lui-même conseillé ce choix; il nous paraît cependant plus vraisemblable qu'il était dû à l'intervention d'un jeune compatriote de Rembrandt, Jean Lievensz,qui l'avait précédé dans l'atelier de Lastman. Les familles des deux jeunes gens étaient à peu près de même condition, et le père de Lievensz, après avoir été brodeur en tapisseries, était devenu fermier, ce qui avait pu le mettre en relations avec le meunier Gerritsz. Une vocation pareille devait sûrement aussi rapprocher leurs enfants. Mais Lievensz, encore plus précoce que Rembrandt, avait vu ses goûts encouragés par ses parents. Né le 24 octobre 1607, il était, dès l'âge de huit ans, placé sous la direction de Joris Verschooten (2) et se faisait aussitôt distinguer par une facilité

(1) Ces trois années constituaient la durée habituelle de l'apprentissage. C'était, du moins, le temps fixé par les statuts des gildes établies dans le voisinage, notamment de la Gilde de Saint-Luc à Harlem.

(2) Simon van Leeuwen dit même que Verschooten avait été aussi maître de Rembrandt. Mais comme ni Orlers, ni aucun des biographes en situation d'être exactement renseignés, ne fait mention de ce fait, il y a tout lieu de croire que van Leeuwen, dont les informations sur les artistes ses compatriotes sont généralement empruntées à Orlers, son devancier, a pu

dont ses concitoyens citaient avec orgueil plus d'un trait merveilleux. Tantôt c'était une copie d'un tableau de Cornelis de Harlem, Démocrite et Heraclite, faite par lui avec une telle perfection qu'on la confondait avec l'original ; tantôt, sur un simple récit qu'il avait entendu, il exécutait une composition représentant la répression par la garde civique des troubles religieux qui éclatèrent à Leyde le 4 novembre 161 8. A peine âgé de dix ans, le jeune prodige était allé poursuivre ses études dans l'atelier deLastman, où il demeurait deux ans, de 1618 à 1620. S'il ne

s'y était pas, comme on l'a dit jusqu'à présent, rencontré avec Rembrandt qui ne devait y entrer qu'en 1624, il avait pu, du moins, à son retour à Leyde, lui vanter les leçons d'un maître dont la réputation à ce moment était à son apogée.

Rembrandt allait trouver chez Lastman, avec un talent bien supérieur à celui de Swanenburch, des enseignements qui étaient en quelque sorte la continuation de ceux qu'il avait déjà reçus. Lastman, en effet, faisait partie du même groupe d'italianisants qui à Rome gravitaient autour d'Elsheimer. Dans l'excellente étude qu'il a consacrée à ce dernier (1), M. Bode a remis en lumière la figure de ce peintre un peu oublié. Sans que ses œuvres se recommandent par un mérite bien éminent, Elsheimera tenu historiquement une grande place, et l'influence qu'il a exercée, surtout sur les artistes de la colonie étrangère fixés à Rome, est incontestable. Par sa fécondité et par la souplesse de son talent, il a puissamment contribué à la transformation de la peinture à cette époque. En prenant par le côté pittoresque des compositions jusque-là réservées au grand art et en les traitant avec un fini précieux,

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