‹ RembrandtChapitre 102 sur 285 · JOSEPH RACONTANT SES SONGES · texte numérisé non relu

JOSEPH RACONTANT SES SONGES

presque pas moyen de distinguer celles qu'ils ont gravées l'un et l'autre ». Des quinze planches cataloguées par Bartsch, trois sont datées de 1642, et trois autres de 1645, 1649 et i65i. Les emprunts faits par Bol à Rembrandt n'y sont pas moins fréquents que dans ses tableaux ; citons notamment le Vieillard philosophe, le Vieillard à barbe frisée et Y Homme à la toque (B, 6, 9 et i3), datés de 1642, et le Portrait d'officier, de 1645 (B, 11), avec sa toque garnie de plumes et son hausse-col d'acier poli, dont les types, l'ajustement et l'exécution rappellent tout à fait ceux du maître. De même, la grande planche du Sacrifice a" Abraham (B, 1), celle du Sacrifice de Gédéon (B, 2) et celle de la Famille, de 1649 (B, 4), semblent des copies plus ou moins libres de compositions de Rembrandt (1). Les premiers portraits de Bol, par l'éclat du coloris et la répartition de la lumière, offrent également une grande analogie avec ceux de son maître, et il n'est pas rare de rencontrer, même dans les meilleures collections, des peintures de Bol sur lesquelles on a substitué la signature de Rembrandt à la sienne. Tels sont, par exemple, les deux charmants portraits de la Pinacothèque de Munich qui probablement représentent Govert Flinck et sa femme (nos 338 et 339), catalogués autrefois sous le nom de Rembrandt dont ils portent la fausse signature avec la date 1642. Sur deux autres portraits appartenant à lord Ashburton, on a laissé subsister la date 1641 et le B de l'ancienne signature de Bol qu'on a intercalé dans la signature de Rembrandt dont ces deux portraits sont aujourd'hui revêtus (2). Enfin dans deux autres portraits qui se font pendants, exposés à Grosvenor-House sous le nom de Rembrandt, avec la date 1643, nous avons cru, M. Bredius et moi, reconnaître la main de F. Bol. Plus tard, le disciple s'affranchit presque complètement de l'imitation du maître, et grâce à son talent aimable, ses tableaux plus clairs et mieux appropriés au goût du public obtinrent un très grand succès. Honoré de commandes des princes, des municipalités et des corporations, Bol travailla aussi à la décoration de l'Hôtel de Ville d'Amsterdam et l'on voit dans le musée et le cabinet des Bourgmestres de cette ville plusieurs tableaux de Régents et de Régentes de diverses maisons hospitalières, notamment celui des sept Régents de

(1) Cette dernière gravure reproduit à rebours l'arrangement du Ménage du menuisier du Louvre.

(2) Ils figuraient à la Winter-Exhibition de 1890 sous les numéros 69 et 76.

GOVERT FLINCK. 247

l'hospice dit Huiszittenhuis, peint en 1657. L'artiste devint même un des administrateurs de cet établissement et conserva jusqu'à la fintde sa vie ces fonctions, qui étaient alors fort recherchées. Le dessin de ses derniers portraits n'est pas exempt d'une certaine mollesse, et ses têtes d'un modelé un peu rond et un peu lourd sont loin d'avoir la force d'expression individuelle qui caractérise celles de Rembrandt. Cependant, alors que celui-ci se voyait délaissé, Bol jouissait d'une grande vogue. Célébré par les poètes, il avait acquis une aisance respectable quand il mourut au mois de juillet 1680, et Houbraken pouvait dire de lui que durant sa vie heureuse et bien remplie « il avait été aussi favorisé de la nature que de la fortune ».

Presque du même âge que Bol, Govert Flinck l'avait certainement rencontré chez Rembrandt où il ne devait d'ailleurs demeurer que peu de temps. Il était né à Clèves, le 25 janvier 161 5; mais avant de se livrer à la vocation irrésistible qui le poussait vers la peinture, il avait eu à triompher des longues résistances que lui opposait sa famille. Un hasard heureux avait enfin dissipé les préventions que celle-ci conservait contre -la carrière qu'il voulait suivre. Certain jour qu'un prédicateur mennonite était venu prêchera Clèves, les parents de Flinck, fort émus par sa parole, furent très étonnés d'apprendre que cet homme, d'une vie exemplaire et d'une si haute éloquence, était en même temps un peintre très renommé, Lambert Jacobsz de Leeuwarden. Ils se décidèrent à lui confier l'éducation de leur fils, qui fit chez lui de rapides progrès. Jacob Backer, son compagnon d'étude, ayant quitté Leeuwarden pour se fixer à Amsterdam, Flinck l'y suivit et entra dans l'atelier de Rembrandt; mais il n'y resta qu'une année. C'est probablement grâce à l'entremise de son maître qu'il s'était logé chez le cousin et l'ami de ce dernier, H. van Uylenborch, le marchand d'objets d'art, dont il habitait encore la maison en 1637. Dès i636 il avait cessé d'être l'élève de Rembrandt, car il signait cette année même un portrait de jeune fille qui appartient au Musée de Brunswick. Ce portrait, celui d'un jeune militaire (1637) au Musée de l'Ermitage, et au Louvre celui de la petite fille, travestie en bergère (1641), suivant le goût qui régnait à cette époque, rappellent par leur tonalité fraîche et brillante, et la légèreté de leurs ombres, ceux que Rembrandt peignait vers 1 633- 1634. Plusieurs compositions du maître ont aussi servi de modèles pour des

tableaux de Flinck, qui s'est certainement inspiré de la planche de Y Annonciation aux Bergers (B. 44) et d'un dessin représentant la Bénédiction de Jacob (cabinet de Stockholm) pour traiter les mêmes sujets dans les toiles que possèdent le Louvre et le Ryksmuseum. Plus tard, séduit par les œuvres de Rubens et de van Dyck qu'il avait pu voir à Anvers, Flinck renonça à la recherche des effets lumineux et inclina de plus en plus vers une peinture claire, limpide et agréable qui contrastait avec celle de Rembrandt. Sa manière un peu effacée avait aussi plus de chance de réussir, et à mesure que la vogue s'écartait de son maître, il devenait de plus en plus en faveur. Encore plus goûté que Bol, il était le peintre à la mode. Vondel, dont il fit le portrait, l'a célébré à diverses reprises dans ses vers, et les autres poètes ne l'opposaient à Rembrandt que pour proclamer sa supériorité. Chargé de travaux importants pour l'Hôtel de Ville d'Amsterdam et pour la Maison du Bois, près de la Haye, Flinck partageait avec van der Helst les grandes commandes des corporations de gardes civiques et il exécutait aussi pour l'Electeur de Brandebourg des ouvrages considérables. Son mariage avec la fille du directeur de la Compagnie des Indes, à Rotterdam, avait ajouté à sa fortune. Riche, considéré, il s'était fait construire un bel atelier, avec une galerie éclairée par le haut, dans laquelle il avait installé la collection de statues, de moulages, de tableaux et de dessins qu'il avait réunie. Les amateurs et les hommes les plus distingués de son temps se donnaient rendez-vous chez lui pour s'y entretenir des choses de l'art, et le prince Maurice, quand il se trouvait à Amsterdam, aimait à le visiter. Les deux grands tableaux du Ryksmuseum : la Compagnie du capitaine Bas (1645) et la Fête à V occasion de la paix de Westplialie (1648), nous donnent l'idée la plus juste de son talent. Si les proportions respectives des personnages ne paraissent pas toujours d'une correction parfaite, les groupes, du moins, sont heureusement répartis; les lignes s'étagent bien, l'exécution est pleine de largeur et de souplesse, et les couleurs gaies et chatoyantes forment un harmonieux ensemble, surtout dans le premier de ces ouvrages, où l'on retrouve çà et là quelque chose de la facture de van Dyck et des intonations de Velazquez.

A l'encontre de Bol et de Flinck qui, livrés à eux-mêmes, abandonnèrent bientôt la manière de Rembrandt, un autre de ses disciples, Geerbrandt van den Eeckhout, un peu plus jeune — il était né le 19 août

Etude de Femme assise.

Dessin à la plume rehaussé de sépia.

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