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I BIBLIOTHÈQUE NATIONALE

G. VAN DEN EECKHOUT. 249

1620 à Amsterdam, — demeura jusqu'au bout fidèle aux enseignements qu'il avait partagés avec eux. C'était le fils d'un orfèvre, avec lequel Rembrandt s'était peut-être trouvé en relations et il avait reçu quelque éducation. Du moins il faisait des vers et l'on a conservé ceux qu'il écrivit lui-même au bas de deux dessins, l'un de lui, l'autre de Jan van de Cappelle, dans un de ces albums de famille, connus sous le nom de Liber Amicorum, fort à la mode à cette époque. Ces vers, il est vrai, ne témoignent pas d'une bien grande verve poétique, et, suivant le goût du temps, ils abondent en traits subtils et en jeux de mots péniblement amenés. Dès 1641 son éducation artistique était terminée, car nous avons vu à Londres un tableau d'une tonalité blonde et claire, une Bénédiction de Jacob, signée de lui et qui porte cette date. Van Eeckhout a peint quelques bons portraits, entre autres celui d'un savant au Staedels- Institut; mais ses meilleurs ouvrages sont, en général, de petites dimensions. Avec un sentiment personnel assez fin, il s'y montre dans le choix des sujets, comme dans la composition et la recherche du clairobscur, un docile imitateur de Rembrandt, notamment dans sa Femme adultère du Ryksmuseum, évidemment inspirée par la peinture de son maître, datée de 1644 et qui à la National Gallery représente le même sujet. Mais quand il aborde des épisodes historiques et qu'il les traite en grand, comme dans la Famille de Darius de l'Ermitage (1662) ou la Sophonisbe de Brunswick (1664), son exécution devient molle, et, sous prétexte de couleur locale, il affuble ses personnages d'accoutrements du goût le plus bizarre. C'est sans doute cette inaptitude à grandir les dimensions de ses ouvrages qui a empêché van den Eeckhout d'entreprendre l'exécution de ces tableaux de gardes civiques qui défrayaient alors l'activité de la plupart de ses camarades d'atelier. En revanche, il s'occupait d'art ornemental et l'on a de lui deux recueils de sujets décoratifs composés pour des orfèvres, des sculpteurs et des peintres, d'après ses propres dessins ou d'après ceux de J. Lutma et des deux van Vianen. Il garda toute sa vie un attachement touchant pour son maître, auquel il ne devait survivre que peu de temps, car il fut enterré à Amsterdam le 29 septembre 1674, et Houbraken nous apprend qu'il avait également une grande affection pour le paysagiste R. Roghman, un des plus fidèles amis de Rembrandt.

C'est encore parmi les élèves de ce dernier à cette époque qu'il faut

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ranger plusieurs artistes fort inférieurs à ceux que nous venons de citer, Jan Victors, entre autres. Né à Amsterdam en 1620, il avait quitté l'atelier de son maître dès 1640, car sa Continence de Scipion, à l'Ermitage, et la Jeune Fille à la fenêtre, du Louvre, sont datées de cette année. Dans ce dernier tableau, et dans quelques-uns de ses portraits, comme celui du bourgmestre J. Appelman (1661), au Musée de Harlem, ou dans une étude d'après nature : le Charcutier ( 1 648) du Ryksmuseum, Victors montre la valeur des enseignements qu'il avait reçus. Mais dans la plupart de ses grandes compositions, au contraire, telles que le Joseph expliquant les songes (1648) ou Y Arracheur de dents (1654) du Ryksmuseum, et dans les trois tableaux du Musée de Brunswick : Esther et Aman (1642), David et Salomon ( 1 653) et Samson pris par les Philistins, il ne fait guère qu'étaler la vulgarité de ses arrangements et de ses types, la platitude de ses expressions et une couleur terreuse et jaunâtre, tout à fait déplaisante. Si Victors ne fut qu'un artiste assez médiocre, il résulte du moins d'un document assez récemment découvert dans les archives, que sa vie était consacrée à la pratique des bonnes œuvres; engagé à bord d'un vaisseau comme garde (consolateur) des malades, il mourut aux Indes à la suite d'une traversée.

Nous devons également à M. Bredius la révélation de l'existence d'un autre élève de Rembrandt, resté jusque-là absolument ignoré. Au mois de mars 1637, à la vente du peintre Pieter Bassée à Amsterdam, Rembrandt, ainsi qu'il le fit plusieurs fois, chargeait un certain Leendert Cornelisz van Beyeren, « son disciple », d'assister à cette vente, et celui-ci se rendait acquéreur d'un livre de dessins et d'estampes de Lucas de Leyde pour la somme assez respectable de 637 florins (1). Né à Amsterdam, probablement en 1620, Leendert Cornelisz était fils d'un riche marchand de bois de cette ville qui avait épousé en secondes noces la veuve du peintre Jean Pynas. Il avait fréquenté l'atelier de Rembrandt, et dans son inventaire, comme dans celui de son père, figurent plusieurs copies faites par lui d'après son maître, des têtes d'étude, dont une d'après un soldat. Sa mort prématurée, en 1649, explique l'extrême rareté de ses œuvres, et seul un Ecce Homo qui se trouve au Musée de Budapest pourrait, suivant M. Bredius, lui être

(1) Oud-Holland ; V, p. 217.

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attribué avec quelque vraisemblance. Le faire de ce tableau, peint dans la manière de Rembrandt, n'offre en effet aucune ressemblance avec celle des autres élèves du maître, et d'autre part l'inventaire de 1 artiste dressé à la date du 10 octobre 1649 mentionne également une peinture laissée par lui après sa mort et représentant ce même sujet.

C'est à tort que Salomon Koninck a été compté parmi les élèves de Rembrandt; né en 1609, il était presque du même âge que lui, mais en réalité, après avoir suivi une direction parallèle à la sienne, il finit par subir tout à fait son influence. Il avait reçu les leçons de David Colyns, de François Venant, le beau-frère de Lastman, et ensuite celles de Cl. Moeyaert, un des maîtres les plus en vue de ce temps. Bien qu'il ait été le disciple de ce dernier, Salomon Koninck relève plus directement de Rembrandt, et ses Philosophes en méditation, ses Ermites en prières, sont de véritables pastiches de ceux du maître. Il a même fait plus que l'imiter et nous avons eu déjà l'occasion de mentionner les nombreuses copies faites par lui du Rabbin de i635, qui appartient à la collection du duc de Devonshire à Chatsworth. La confusion faite à propos de Salomon Koninck s'explique, du reste, facilement par une similitude de noms, Philips Koninck, qui fut probablement son cousin, ayant été élève de Rembrandt à l'époque dont nous parlons. Philips était né en 161 9 à Amsterdam, où il fut enterré le 4 octobre 1688. Il est surtout connu comme paysagiste, mais G. Hoet cite cependant de lui une Jeune Fille à la fenêtre, et un de ses tableaux, une Vénus endormie, a été loué dans les vers du poète Vondel, avec lequel l'artiste s'est trouvé en relations suivies pendant toute son existence, car il a dessiné et peint d'après lui de nombreux portraits. Quant aux paysages de Philips Koninck, nous aurons plus loin l'occasion d'en parler, quand nous nous occuperons de ceux du maître.

Ni les informations des biographes, ni les recherches faites dans les archives n'ont pu jusqu'ici grossir la liste, assez restreinte, on le voit, des élèves que Rembrandt avait groupés autour de lui à cette époque. Même en admettant quelques omissions à cet égard, il nous semble que Sandrart en a légèrement augmenté le nombre dans le passage que nous avons cité plus haut. Si pas plus que ses confrères, Rembrandt ne se privait de la collaboration de ses élèves, il ne l'avait pas du moins érigée en pratique régulière. Nous avons dit les scrupules qu'il éprou-

vait à mettre son nom au bas d'œuvres qui n'étaient pas entièrement de sa main et la conscience avec laquelle il tenait à marquer nettement la part qu'il y avait prise. Houbraken, qui rappelle à ce propos le texte de Sandrart, y ajoute quelques détails sur la manière dont il avait installé chez lui ses élèves, « chacun étant isolé dans sa cellule, séparée par de simples cloisons de toile ou même de papier, de façon à pouvoir travailler d'après nature à sa guise et sans s'inquiéter des autres ». Un dessin de Rembrandt légué au Louvre par M. His de la Salle (n° 202) et dont nous publions ici la reproduction, confirme le témoignage de Houbraken en nous montrant l'atelier même du maître. A côté d'un peintre, probablement un de ses élèves, assis au premier plan, la palette à la main devant son chevalet et occupé à faire le portrait d'une dame placée auprès de lui, nous voyons en effet, à gauche, près d'une fenêtre, un homme coiffé d'un grand chapeau, qui dessine ou qui grave, et par derrière, le fond de l'atelier avec un aide qui broie des couleurs sur une petite table. Plus loin, des compartiments disposés comme les stalles d'une écurie s'ouvrent sur un couloir; un grand parasol, des draperies, une tête de mort et divers objets formant trophée sont suspendus à la muraille.

Rembrandt, qui connaissait par lui-même tout le prix de l'indépendance, avait sans doute voulu assurer celle de ses élèves, en laissant ainsi chacun d'eux livré à lui-même. Mais il savait, à l'occasion, maintenir le bon ordre et la discipline entre ces jeunes gens toujours un peu disposés à abuser de la liberté qu'on leur accorde. Une anecdote racontée par Houbraken nous le prouve. Un jour d'été, le maître étant survenu à l'improviste dans l'atelier, il avait entendu un de ses élèves, enfermé dans sa cellule avec un modèle féminin, dire en riant à celui-ci : « A présent nous voici tous deux comme Adam et Eve dans le Paradis ». « Vous allez en sortir comme eux! » s'était écrié Rembrandt, et après s'être fait ouvrir la porte à force de menaces, il les avait chassés et poursuivis tous deux dans l'escalier et jusque dans la rue, leur laissant à peine le temps de ramasser quelques-uns de leurs vêtements.

A côté de l'étude du corps humain, nous avons vu quels enseignements le maître tirait pour lui-même de tout ce qui l'entourait. Les animaux, les natures mortes, les étoffes qui lui servaient étaient aussi copiés par ses élèves, et dans son inventaire figurent plusieurs de leurs travaux en ce genre, quelques-uns ayant été retouchés par lui. Il s'ap-

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