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DEMELES EN FAMILLE

femme et nous en donnerons plus loin la liste authentique. Comment résisterait-il à la tentation de les acquérir, poussé qu'il est à la fois par son amour pour Saskia et par celui qu'il a pour son art! VoyeS à côté des aiguières, des coupes et des bassins en argenterie qu'il introduit dans ses compositions, les joyaux qu'il étale dans la chevelure, aux oreilles, aux bras, au cou et sur la poitrine de YArtémise du Prado ou de la Fiancée de Samson de Dresde ! Voyez ceux qui composent l'unique costume de la Danaé de l'Ermitage!

Soit jalousie, soit qu'en effet ces dépenses et ces allures un peu libres eussent scandalisé certains parents de Saskia, plusieurs d'entre eux ne se gênaient pas pour gloser sur le ménage. La famille d'ailleurs était divisée par des difficultés survenues lors du partage de la succession du vieux Rombertus; une série de procès étaient engagés entre quelquesuns des membres et il en résultait un peu d'aigreur dans leurs rapports mutuels. Rembrandt avait fait cause commune avec les Gérard van Loo, en qui il avait toute confiance. C'est, en effet, Gérard qu'il avait chargé, presque au lendemain de son mariage, de tous ses intérêts en Frise, et par un acte passé à Rotterdam, à la date du 22 juillet 1634, il lui donnait pouvoir de toucher toutes les rentes ou créances appartenant aux jeunes époux « et de signer pour eux tous contrats et quittances (1) ». La cour de Frise ayant rendu un jugement favorable aux van Loo dans le litige engagé, les opposants avaient exhalé leur mauvaise humeur et parlé peut-être un peu trop librement de Rembrandt, de sa femme et de la vie qu'ils menaient tous deux, laissant entendre que Saskia « avait dissipé son héritage paternel en parures et ostentation «.L'artiste, d'autant plus blessé qu'il se sentait atteint par ces propos, intenta une action contre les Albert van Loo, et, assisté de son beau-frère Ulric van Uylenborch, il demanda que « pour cette injure entièrement contraire à la vérité » ils fussent condamnés à payer des dommages-intérêts, déclarant que « sa femme et lui sont richement, et même au delà {ex superabundanti), pourvus de bien » et qu'il y avait lieu, par conséquent, de leur accorder réparation. Mais par un arrêt du 16 juillet i638, la cour, estimant que ce n'était pas là un grief suffisant, l'avait débouté de sa demande (2).

En dépit de cette affirmation relative à son état de fortune, Rembrandt

(1) Oud-Holland; VIII, p. 208.

(2) Scheltema : Discours sur Rembrandt ; notes de l'édition française; p. 61.

s'était trouve plusieurs fois déjà dans la gêne, et à diverses reprises, même avant [63y, il avait été obligé d'emprunter. Sa correspondance avec Huygens nous fournit un témoignage décisif au sujet des embarras financiers qu'il avait traversés.

A la date du 27 janvier iô3(), en annonçant au secrétaire du prince d'Orange l'achèvement des deux tableaux qui lui ont été commandés : la Mise au Tombeau et la Résurrection, il le prie de vouloir bien en hâter le paiement, « ce qui lui serait extrêmement utile à ce moment » ; il a vu à cet égard le trésorier Uytenbogaerd qui lui a dit que ce paiement pourrait se faire à son bureau (1). Le i3 février suivant, après être convenu du prix de 600 florins pour chacun de ces tableaux, plus 44 florins pour la caisse et les cadres, Rembrandt revient à la charge, afin de « recevoir le paiement aussitôt que possible à Amsterdam ». Quelques jours après, comme le paiement tarde encore, nouvelle demande plus pressante pour obtenir que « l'ordonnance soit préparée au plus vite »; instances inutiles d'ailleurs puisque dans l'intervalle, le 17 février, Huygens avait donné ordre au trésorier général Volbergen d'effectuer le versement de la somme due par le prince.

(Etat actuel.)

(1) C'est probablement une de ces visites à Uytenbogaerd qui a fourni à Rembrandt l'idée et le motif de la gravure du Peseur d'or dont nous avons parlé au chapitre précédent; et c'est aussi pour reconnaître les bons offices de Huygens en cette affaire qu'il lui

offrit en présent le grand tableau que celui-ci hésitait à accepter; la date et les dimensions de ce tableau (10 pieds de long sur S pieds) donnent lieu de penser, nous l'avons dit, qu'il s'agit ici du Samson de la collection du comte Schœnborn.

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