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ACHATS D'OBJETS D'ART

pliquait donc, pour eux comme pour lui-même, à varier leurs occupations. Étoffes précieuses, bêtes empaillées, armes de luxe, plâtres, moulages sur nature ou reproductions d'antiques, gravures ou tcfbleaux de divers maîtres, il avait peu à peu amassé un véritable musée et sans compter, il ne se lassait pas de l'enrichir par des acquisitions successives. En relations avec les principaux marchands d'objets d'art et de curiosités, il fréquentait aussi les ventes. Dès le commencement de 1 635, à la vente van Sommeren (22 février), il se rendait acquéreur d'un certain nombre de dessins, notamment d'Adrien Brauwer. En 1637, son nom se rencontre assez souvent sur les registres des ventes faites par autorité de justice; il achète des peintures, des estampes, des coquillages, des cornes d'animaux, etc. (1). Dans un livre de comptes de l'avocat Trojanus de Magistris, un des amateurs les plus connus de ce temps, à la date du 8 octobre 1637, figure parmi les recettes une somme de 424 florins versée par Rembrandt pour un tableau de Héro et Léandre de Rubens, qui avait été déposé chez Trojanus. La veille, un autre article du même livre de comptes porte en dépense : « A Jan Uyl (un peintre aujourd'hui tout à fait oublié); pour avoir assisté à la vente de son tableau avec Rembrandt : 2 fl. 10 », ce qui fait 1 fl. 5 pour la part de ce dernier. La somme est minime et il est assez vraisemblable que ce n'était pas l'appât d'une si modique rétribution qui avait pu tenter Rembrandt, mais qu'il s'était ainsi dérangé pour rendre service à un confrère. Quand il s'agissait de lui-même, nous l'avons vu à propos de la vente de Pieter Bassée, il se faisait parfois représenter par ses élèves, et assurément ses intérêts étaient mieux placés entre leurs mains qu'entre les siennes propres. Une information assez significative nous est, en effet, fournie à ce sujet par le Florentin Baldinucci (2), auquel nous devons quelques curieux détails sur le caractère et les habitudes de Rembrandt, détails pour la plupart très véridiques puisqu'il les tenait d'un élève du maître, le Danois Bernard Keilh, qui avait vécu pendant huit ans près de lui. « Quand Rembrandt assistait à une vente, nous dit-il, surtout s'il s'agissait de peintures ou de dessins de maîtres, dès la première mise à prix il faisait une enchère si élevée qu'il ne se présentait plus d'autre

(i) Oud-Hplland; V, p. 214.

(2) Filippo Baldinucci : Cominciamento e progresso dell' arte dell' intagliare in rame, Florence, 1686.

acquéreur, et à ceux qui s'étonnaient de ce procédé, il répondait qu'il entendait ainsi relever sa profession. » Et Baldinucci ajoute que cet homme que des légendes trop longtemps accréditées ont représenté comme un avare, « prêtait, au contraire, libéralement tout ce qu'il avait aux artistes qui pouvaient en avoir besoin pour leurs travaux ».

C'est Houbraken qui, le premier, a parlé de l'avarice de Rembrandt, ouvrant ainsi la voie aux anecdotes inventées par ses continuateurs. Le trait qu'il en cite, en admettant qu'il soit réel, n'est rien moins que concluant. A l'en croire, les élèves de Rembrandt pour railler cette disposition qu'ils avaient surprise chez lui, prenaient quelquefois plaisir à peindre par terre une pièce de menue monnaie, que leur maître se baissait alors pour ramasser. Tel que nous le connaissons, Rembrandt, si bon qu'il fût, n'était pas d'un caractère trop endurant, et il nous paraît peu probable qu'il eût supporté le renouvellement d'une plaisanterie d'un goût assez douteux. S'il en a été une fois la victime, il ne faudrait pas attacher grande importance à un mouvement bien naturel, auquel, distrait comme il l'était, il pouvait plus que personne être porté et qu'il n'est pas besoin d'expliquer par l'avarice. Peu d'artistes, au contraire, ont poussé au même degré que lui l'insouciance dans l'administration de leurs affaires et il devait à la fin de sa vie cruellement expier les conséquences de ce désordre. C'est en véritable prodigue qu'il gaspillait son argent, celui qui lui était venu de Saskia, comme celui qu'il recueillait personnellement de ses gains et des héritages qui pouvaient lui échoir. Bien loin de veiller à ses intérêts, il n'était que trop porté aies négliger, à se décharger sur d'autres de ce soin, et dans le règlement de ses affaires de famille il cédait toujours à sa générosité naturelle et à une bonté que, d'après le dire de Baldinucci, « il poussait parfois jusqu'à l'extravagance ». En réalité, tout ce qu'il avait de ressources disponibles et même de crédit, il le dépensait sans compter, en achats de toute sorte, et quand il s'agissait de parer sa chère Saskia, rien n'était trop beau pour elle. Ces perles, ces pierres précieuses, ces riches agrafes, ces colliers et ces bracelets de formes variées dont nous la voyons ornée dans ses portraits et dans les tableaux où elle figure, ce n'est pas, ainsi que le croit Vosmaer, l'imagination de Rembrandt qui les a créés d'un coup de pinceau et en se jouant; avec ces portraits et ces tableaux eux-mêmes nous pourrions dresser l'état des bijoux qui formaient l'écrin de la jeune

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