JEUNE FILLE AU PANIER
Vers 1642 (B. 356).
lus que jamais, après une perte pareille, Rembrandt avait besoin de chercher une diversion dans son travail et dans les affections qui lui restaient. Comme il était naturel de le penser, sa vie ayant toujours été si étroitement mêlée à son art, ses œuvres de cette époque nous renvoient fidèlement l'écho des impressions qui remplissaient alors son âme. Les sujets qu'il se sent porté à traiter sont en rapport avec ses dispositions intimes. Ce sont des scènes empruntées à la vie de famille et dans lesquelles il cherche à exprimer d'une manière plus profonde des joies dont il connaît mieux le prix depuis que la mort de sa mère et
l'état de santé de Saskia lui ont fait comprendre qu'elles peuvent
lui échapper. Les dimensions plus restreintes auxquelles il revient dans ces tableaux lui permettent de les finir avec plus de soin et de leur donner jusque dans les moindres détails un charme d'expression plus personnel et plus pénétrant. Il faut toujours avec lui s'attendre à ces retours imprévus, et jusqu'au terme de son existence nous le verrons — après s'être donné carrière dans de grands ouvrages peints avec une largeur extrême — se reprendre à des tableaux de petites proportions et accommoder sa facture à leur taille.
Le Ménage du Menuisier, signé et daté de 1640, que nous possédons au Louvre, est un des meilleurs spécimens de ces petits tableaux exécutés par Rembrandt à cette époque. La composition, on le sait, est des plus simples : une jeune femme au profil noble et gracieux, assise auprès d'un berceau, allaite son enfant que caresse, à côté d'elle, la vieille aïeule qui vient d'interrompre sa lecture, tandis que près d'une haute fenêtre le père est occupé à raboter une planche. Autour de ces quatre personnages, dans cette chambre qui sert à la fois d'atelier et d'habitation, sont rangés les outils et les ustensiles de ce modeste ménage ; un chat ronronne à l'écart, près du foyer. Au dehors, se détachant sur le ciel bleu, des pampres s'enlacent autour de la fenêtre par laquelle le soleil, entrant à flots, frappe vivement la mère et l'enfant. Il semble au fini précieux de la peinture, à la délicatesse du modelé, à toutes ces gaietés réunies de la nature et de la vie, que le peintre ait mis là le meilleur de son talent, comme s'il avait voulu par l'éclat d'une si radieuse lumière glorifier cette poétique représentation de la famille et du travail, les deux choses qui lui étaient le plus chères au monde.
La Rencontre d'Elisabeth et de la Vierge, également signée et datée de 1640, qui fait l'ornement de la collection du duc de Westminster à Grosvenor-House, nous offre, avec les mêmes qualités d'exécution, une image tout aussi gracieuse. A l'annonce de l'arrivée de Marie, le vieux ménage est accouru au-devant d'elle. Zaccharie, un vieillard à longue barbe blanche et aux traits vénérables, '«descend en hâte les marches de sa demeure, appuyé sur l'épaule d'un jeune garçon. Elisabeth qui l'a précédé, son bâton à la main, contemple avec une tendresse respectueuse la jeune fille, qu'elle entoure de ses bras ; celle-ci, à demi confuse de l'honneur qui lui est fait, se prête à ses caresses. Autour de ces figures disposées avec art, le désordre pittoresque d'une cour
Le Ménage du Menuisier (1640 ).
(MUSÉE DU LOUVRE)
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