‹ RembrandtChapitre 117 sur 285 · MALADIE DE SASKIA. SON TESTAMENT. SA MORT. EFFET PRODUIT PAR LA · texte numérisé non relu

MALADIE DE SASKIA. SON TESTAMENT. SA MORT. EFFET PRODUIT PAR LA

Ronde de nuit. — peintures de cette époque : Saintes Familles. — Bethsabée.

— La Femme adultère. — Portrait d'Elisabeth Bas. — eaux-fortes de 1643 a 1645.

— tableaux et études de paysage. — les Trois Arbres.

a Ronde de nuit avait été terminée avant le milieu de l'année 1642; l'année précé- ■^J dente, un fils, depuis longtemps désiré, était venu apporter dans le petit ménage le seul bonheur qui lui manquait. Il avait été baptisé à la Zuiderkerk, le 22 septembre 1641, sous le nom de Titus, en souvenir de la sœur de Saskia, Titia, morte le 16 juin de cette même année à Flessingue. Les deux beaux-frères de Rembrandt, Copal et van Loo, assistaient au baptême avec Aeltgen Peters, la veuve de Sylvius. Mais bientôt après cette naissance, la santé de Saskia s'était profondément altérée. Les eaux-fortes de 1639 nous avaient déjà montré la jeune femme amaigrie, souffrante et comme attristée de sombres pressentiments. A en croire un portrait de la Galerie de Dresde, daté de 1641

(n° 1 562 du catal.) et qui passe pour être le sien, elle se serait remise de cet état maladif. Vue de face, et en pleine lumière, la figure dans ce portrait respire en effet la force; les joues sont pleines, le teint vermeil, l'expression gaie et avenante. Mais le type ne rappelle que de loin celui de Saskia : la poitrine a plus d'ampleur, la taille paraît plus élancée et plus haute. Si c'est bien d'elle qu'il s'agit ici, il faudrait se contenter de voir dans cette peinture une de ces études telles que Rembrandt en faisait souvent d'après ses parents ou ses amis proches et dans lesquelles la ressemblance était la moindre de ses préoccupations. A raison de cette vague analogie des traits avec ceux de Saskia, cette jeune femme ne serait-elle pas plutôt une de ses sœurs? Il nous semble, en tout cas, que nous retrouvons absolument ici le type d'un autre portrait d'une exécution un peu plus minutieuse, peint quelques années avant, vers i635- 1 638, par Rembrandt, celui d'une jeune femme vue également de face et achevant sa toilette, portrait acquis récemment par M. Bredius et dans lequel il avait cru d'abord reconnaître Saskia. Entre ce tableau et celui de Dresde, les analogies cette fois sont indéniables, et cette impression que j'avais notée à première vue, une comparaison attentive des photographies faites d'après tous deux n'a pu que la confirmer, tant sont grandes les similitudes de la forme du visage, du front, du nez, de la bouche et des yeux au regard à la fois très doux et très brillant.

Quoi qu'il en soit, moins d'un an après la naissance de Titus, la maladie dont souffrait Saskia faisait de rapides progrès, et ne permettait plus de conserver des illusions au sujet de son rétablissement. Sentant ses forces décliner, elle avait mandé près de son lit un notaire, et le 5 juin 1G42, à neuf heures du matin, « encore en possession de toutes ses facultés », elle lui exprimait devant deux témoins ses dernières volontés. Elle ne jugeait pas cependant sa situation tout à fait désespérée, car dans le testament qu'elle lui dictait, elle parle des enfants qu'elle pourrait encore avoir. Ce testament, du reste, est une nouvelle preuve de la tendresse qui unissait les deux époux et de la confiance qu'ils avaient l'un dans l'autre. Saskia institue Rembrandt son légataire universel; sauf le cas où il se remarierait, il jouira de l'usufruit de tous les biens de la communauté, à charge par lui d'élever honorablement Titus et à sa majorité de l'établir ou de le doter à sa guise. Au cas où

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il survivrait à son fils, Saskia prescrit certaines dispositions en faveur de sa sœur Hiskia et d'autres membres de sa famille; mais sans qu'aucune garantie puisse être prise contre son mari, car elle le sait homme d'honneur et elle compte qu' « il s'acquittera consciencieusement à cet égard »(i). En qualité de tuteur de Titus, il aura la gestion de tous les biens, sans être tenu d'en faire dresser l'état, et elle prie la Chambre des Orphelins de ne pas intervenir dans cette affaire. Au bas de cet acte solennel, comme épuisée par un tel effort, elle trace d'une main tremblante et secouée par la fièvre la signature informe que nous reproduisons ici, la dernière qu'elle dût écrire.

Quelques joursaprès, Saskia n'était plus, et le 19 juin suivant, Rembrandt, après avoir accompagné son cercueil à la Oude-Kerk, rentrait dans cette maison de la Breestraat où tout lui rappelait les courtes années de son bonheur et dans laquelle il restait désormais seul avec un enfant âgé de neuf mois à peine. Dès le 9 juillet, il s'inquiétait d'assurer à celle qui n'était plus une sépulture convenable et il se rendait acquéreur du terrain nécessaire dans l'église même où ses restes avaient été déposés. Lors de la transcription du testament, conformément à la clause qui y était énoncée et avec le consentement de Hendrick van Uylenborch, cousin de Saskia, la Chambre des Orphelins, à la date du 17 décembre 1642, autorisa Rembrandt à entrer en possession de l'héritage sans qu'il fût dressé aucun inventaire. Cette négligence de la part des parents de Titus, ses protecteurs naturels, en même temps que l'incurie de l'artiste, devaient dans l'avenir lui occasionner de nombreuses difficultés. Sans doute, le sentiment qui les guidait était explicable et marquait à la fois leur affection pour Rembrandt et leur déférence pour la volonté de Saskia. Peut-être cependant, en ce qui touche Hendrick van Uylenborch , quelque intérêt personnel se mêlait-il à ce sentiment. Hendrick, en effet, n'était pas seulement l'ami de Rembrandt, il avait été déjà et il était encore son débiteur. Dans un acte daté de 1640 et découvert par M. Bredius, il se déclarait incapable de rembourser à ce

(1) Scheltema : Rembrandt ; Discours sur sa vie. 1866.

moment un prêt considérable qui lui avait été fait par le maître, par Cl. Moeyaert et d'autres artistes, et pour les couvrir de cette avance, il avait dû consentir à leur donner, par acte notarié, une hypothèque sur ses tableaux et ses propriétés. Cette situation ne lui permettait guère de se montrer bien exigeant vis-à-vis d'un homme auquel il devait lui-même de l'argent. Mais un pareil laisser-aller eut pour conséquence naturelle d'entretenir Rembrandt dans son horreur des affaires. Il pouvait désormais puiser sans aucun contrôle dans la caisse commune, tandis que, mis en demeure de procéder à un inventaire, il eût été obligé de se rendre compte de sa propre position, et, connaissant exactement les droits de son fils, il eût peut-être administré 'avec plus de ménagement une fortune déjà assez ébréchée. Faute de ce soin, il allait se livrer de plus en plus à son goût pour la dépense, et afin d'obtenir plus tard un état approximatif de l'avoir de la communauté, tel qu'il était constitué au moment de la mort de Saskïa, il fallut recourir à des procédures coûteuses et à des enquêtes très compliquées. Pour être la plus cruellement ressentie, la tristesse que lui causait la perte d'une épouse tendrement aimée n'était pas la seule que Rembrandt dût éprouver alors. Il ne pouvait se le dissimuler, la faveur publique commençait à se détourner de lui. Après avoir été tout à fait à la mode et le plus en vue de tous les artistes d'Amsterdam, il se voyait maintenant un peu délaissé. Ses procédés fantasques vis-à-vis de la haute société, dont il était en peu de temps devenu le peintre attitré, avaient rebuté bien des gens. La Ronde de nuit allait porter un coup fatal à sa réputation et accroître encore son isolement. On s'explique facilement l'effet désastreux qu'elle avait produit. D'une manière générale, pour les Hollandais de ce temps, gens positifs et de sens rassis, amis de la clarté en toutes choses, cette façon de comprendre la lumière était bien faite pour les déconcerter. A plus forte raison, les intéressés n'étaient-ils guère disposés à admettre une dérogation aussi audacieuse aux idées reçues jusque-là. L'œuvre de Rembrandt leur semblait une hérésie, presque une indélicatesse vis-à-vis d'eux-mêmes. Confiants dans des traditions respectées, ils avaient payé pour être représentés dans leur ressemblance et posés bien en vue; et voici que le peintre auquel ils s'étaient adressés violait ouvertement les termes du contrat tacite qu'avaient accepté tous ses prédécesseurs. Les deux chefs, mis en belle place et tout

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