L ANGE APPARAISSANT A JOSEPH
Dessin à la plume (Cabinet de Berlin).
sées. Malgré tout, la limpidité de la lumière et la délicatesse de l'exécution rappellent, avec plus d'ampleur, les qualités' de nos Philosophes du Louvre.
C'est encore la lecture de la Bible qui avait inspiré à Rembrandt deux autres compositions plus importantes : la Bethsabée signée et datée de 1643, appartenant à M. le baron de Steengracht à la Haye, et la Femme adultère de la National Gallery, qui, avec la signature de Rembrandt, porte la date 1644. Dans le premier de ces tableaux, le maître reprenait une donnée analogue à celle de la Suzanne, peinte six ans aupa-
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ravant et dont nous avons déjà parlé. Assise sur un tapis d'Orient jeté sur le rebord d'une terrasse élevée, Bethsabée nue, sortant du bain, est occupée de sa toilette. A côté d'elle sont placés une aiguière et un bassin d'or. Sa main gauche est appuyée sur sa poitrine, l'autre sur un linge blanc qui entoure ses jambes. Une vieille femme vêtue d'une robe brune et violette, coiffée d'une capuche noire avec un voile d'or, tient le pied droit de la jeune femme et rogne ses ongles; une autre de ses suivantes, debout derrière elle, peigne sa longue chevelure d'un blond ardent. La figure de Bethsabée, avec son visage aux traits fins et son corps gracieux, rappelle un peu Saskia, mais avec des formes plus sveltes, plus choisies et dont la pose fait ressortir toute l'élégance. Au fond, sous un ciel bleu foncé, des constructions élevées, et les marches d'un grand escalier aboutissant à un bassin; à gauche, sur le haut de la terrasse, David à peine visible contemple ce spectacle. Un effet très puissant et une exécution merveilleusement appropriée aux dimensions de cet ouvrage, dont la conservation d'ailleurs est parfaite, signalent ce tableau, l'un de ceux où Rembrandt a su le mieux exprimer la beauté féminine.
Mais le fini de la Femme adultère est encore plus minutieux et plus délicat. La figure de la pécheresse agenouillée et pleurarde est, il est vrai, un peu minaudière; elle semble plus honteuse d'avoir été surprise que repentante de sa faute. Un des Juifs qui l'emmènent, enchanté de sa capture, la montre triomphalement au Christ, dont la tête encadrée de longs cheveux attire tout d'abord l'attention par sa beauté et la noblesse de son expression. Il regarde la prisonnière d'un air doux, plein de tristesse et de pitié, tandis que les gens qui l'entourent, les yeux fixés sur lui, attendent ses paroles avec des dispositions très diverses : les uns, évidemment satisfaits de l'embarrasser et de se décharger sur lui de la responsabilité d'une décision; d'autres confiants dans sa clémence, espérant le pardon de la coupable. Le temple et le trône du grand prêtre, tout resplendissant d'or et de pierreries, font penser au fond de la Présentation de i63i, mais avec des transparences plus chaudes, des profondeurs plus mystérieuses dans les ombres, et des colorations plus éclatantes dans les lumières. Quant au groupe principal, les rouges pourpres mêlés d'or s'y opposent harmonieusement aux bruns jaunes et aux bleus palis que présentent l'armure et le pourpoint de l'un des gardes.
ETUDES ET PORTRAITS DE FEMMES. 3o3
Le petit nombre des portraits peints par Rembrandt à cette époque atteste que la faveur publique l'avait un peu délaissé. En revanche, nous avons à signaler une assez grande quantité d'études peintes alors par lui d'après des personnes de son entourage proche, des amis ou de simples" modèles. Nous hésitons cependant beaucoup à reconnaître Saskia dans un tableau de 1643 que le catalogue du Musée de Berlin nous présente comme son portrait (n°8i2 du catal.), exécuté après sa mort, soit de souvenir, soit sur une ébauche faite de son vivant. Là encore les traits nous semblent plus gros, le nez plus droit, la bouche plus grande, l'encolure plus forte que dans les portraits authentiques de Saskia, et s'il fallait trouver des analogies à ce visage, nous les chercherions plutôt dans le portrait de jeune femme de 1641 à la Galerie de Dresde, dont nous avons déjà parlé. Mais ces vagues ressemblances sont souvent trompeuses et nous jugeons plus prudent de ne mentionner cet ouvrage que comme une simple étude, remarquable d'ailleurs par l'éclat du coloris et l'ampleur de l'exécution. C'est également parmi les études pures qu'il convient de ranger, à la date de 1645, une Jeune Fille à la fenêtre de la collection de Dulwich Collège, et une autre jeune fille portant le costume rouge et noir de l'orphelinat municipal d'Amsterdam, une figure avenante et gracieuse. Bien que cette peinture — récemment encore elle appartenait à la princesse Demidoff, qui l'a vendue en 1890 en Amérique — ait été un peu malmenée par le temps, le faire et la recherche du clair-obscur dans ces deux tableaux sont de tout point conformes avec la manière du maître à ce moment. En dépit de la fausseté manifeste de la signature et de la date 1643 placées vers le haut de laPeseused'or de la Galerie de Dresde, l'œuvre aussi est bien de Rembrandt et de cette époque, et si elle ne saurait faire beaucoup d'honneur à l'artiste, du moins l'attribution n'est pas indigne de lui. Sans doute, le modelé en est çà et là un peu mou ; mais dans la délicatesse du ton, dans la finesse et la franchise du clair-obscur, dans le dessin des mains, dans le rapprochement heureux des tons juxtaposés et comme pétris en pleine pâte, nous retrouvons quelques-unes des qualités les plus caractéristiques de Rembrandt.
C'est sans doute le portrait d'un de ses amis que nous offre le prétendu Connétable de Bourbon daté de 1644, qui, après avoir fait partie de la collection Secrétan, a été acheté à sa vente par M. Thieme, et qui
figurait à l'Exposition de maîtres anciens organisée à Berlin en 1890. Le visage énergique, aux traits un peu gros, est vu presque de face, et nous retrouvons dans le costume un de ces accoutrements de fantaisie chers à l'artiste, le large béret avec la chaîne d'or et le hausse-col d'acier dont si souvent il a affublé ses modèles. Le geste de la main étendue et même l'éclairage de toute cette figure peinte avec une liberté magistrale rappellent tout à fait ceux de Banning Cocq dans la Ronde de nuit. Signé et daté de la même année, le Portrait d'un jeune savant, qui appartient au comte Cowper à Panshanger, paraît à M. Bode d'une
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