‹ RembrandtChapitre 131 sur 285 · VIEILLARD SANS BARBE · texte numérisé non relu

VIEILLARD SANS BARBE

Vers i635 (B. 299).

mentait en lui. Par leur variété même ces sujets répondaient à la diversité de ses impressions, et les sentiments qu'ils mettaient en jeu étaient interprétés par lui avec autant de sincérité que de pénétration. Il avait d'ailleurs à s'acquitter d'une nouvelle commande dont l'avait honoré le prince Frédéric-Henri. S'il ne jouissait plus de la même faveur auprès du public, le maître était toujours aussi apprécié par ce prince, car bien que celui-ci possédât déjà cinq de ses tableaux, il lui en avait demandé encore deux autres. Le prix qu'il les paya est une preuve certaine de l'estime croissante où il tenait le talent de l'artiste. Par une ordonnance datée du 29 novembre 1646, Frédéric-Henri donnait, en effet, l'ordre de verser à Rembrandt une somme de 2400 florins pour ces deux tableaux, tandis que les deux peintures de dimensions pareilles qui lui avaient été livrées en 1639 n'avaient été payées que moitié et qu'en 1645 il avait acquis pour ses collections, moyennant 2100 florins seulement, deux toiles importantes de Rubens mort depuis peu et dont les œuvres étaient toujours très recherchées. On ignore ce qu'est devenu l'un de ces tableaux peints pour le prince Frédéric- Henri, la Circoncision, qui ne se trouvait déjà plus à Dusseldorf lors de la translation de la Galerie de l'Électeur à la Pinacothèque de Munich.

Quant à l'autre, Y Adoration des Bergers, que possède maintenant ce dernier musée, il a été, comme presque tous les ouvrages qui forment la suite de la Passion, assez malmené par le temps. Il faut d'autant plus le regretter que Rembrandt avait mis tous ses soins à traiter ce motif bien fait pour lui plaire. Non seulement il en avait étudié l'effet et l'ordonnance dans le beau dessin de la collection de M. Heseltine, dont nos lecteurs trouveront ici une reproduction, mais il en peignait, avec quelques légers changements, une répétition datée également de 1646 qui appartient aujourd'hui à la National Gallery. La scène est conçue à la manière de cette Nativité du Corrège qui fait l'ornement de la galerie de Dresde, et, comme dans la composition du maître italien, la lumière qui éclaire le groupe central semble émaner du divin enfant.

Cette lumière dans laquelle brillent les plus vives colorations, des rouges vifs et des tons dorés, va graduellement s'éteindre au milieu de l'obscurité de la pauvre étable, où l'on entrevoit à peine les ustensiles

ce

fi

SU

ts

Page 1