‹ RembrandtChapitre 137 sur 285 · LA CONCORDE DU PAYS · texte numérisé non relu

LA CONCORDE DU PAYS

tiles, que lui avait peut-être suggérées quelque bel esprit de l'époque. L'allégorie n'était point son fort ; il n'y apportait ni l'aisance, ni la clarté, ni le sens décoratif de Rubens. Pour lui, il avait besoin d'être soutenu par la réalité. Aussi, avec ses deux masses compactes de combattants séparés par une lionne enchaînée au-dessous d'un écusson portant les armes d'Amsterdam (i) et la devise : Soli Deo gloria, avec cette figure de la Justice tenant gauchement en mains ses balances remplies de paperasses, avec bien d'autres détails tout aussi bizarres, le tableau du Musée Boymans ne présente qu'un amas d'épisodes énigmatiques, mal reliés entre eux et qui, pour essayer d'en percer le mystère, nécessiteraient des explications aussi aventureuses que compliquées. En revanche, l'aspect de l'ensemble est tout à fait remarquable et le ciel légèrement teinté de bleu neutre s'y oppose très heureusement à une tonalité générale brune et rousse, rehaussée par places d'empâtements d'un jaune pâle, posés avec une décision superbe dans les lumières. Toute la partie droite du panneau est d'ailleurs d'une exécution magistrale et la belle photographie de M. Baè'r, dont nous mettons sous les yeux de nos lecteurs une reproduction, leur permettra d'apprécier avec quelle entente du pittoresque et quelle merveilleuse divination du moyen âge, Rembrandt a su grouper ces fiers cavaliers, bardés de fer, pressés les uns contre les autres, dans des attitudes si martiales et si résolues. La figure de leur chef, en particulier, caracolant sur son cheval blanc, la lance au poing, est d'une allure superbe, et, par je ne sais quelle prescience d'un romantisme tout moderne, rappelle les plus vivantes créations de Delacroix. Cette grisaille, cependant, ne fut pas exécutée en grand et demeura dans l'atelier de Rembrandt, puisque nous la voyons portée à son inventaire de 1 656. Il n'y a pas trop lieu, du reste, de regretter que l'artiste n'ait pas été chargé de peindre d'après elle le tableau plus important qu'il avait rêvé. Telle qu'elle est, cette esquisse nous renseigne sur la manière de composer de Rembrandt, et à ce titre elle mérite notre attention; amplifiée, elle aurait mieux fait paraître encore l'étrangeté de sa conception, et les commentaires plus ou moins ingénieux par lesquels on

(i) Cet écusson d'Amsterdam nous semble confirmer la destination que, dans la pensée de Rembrandt, cette peinture pourrait trouver dans un des édifices municipaux de cette ville, au Stadhuis, par exemple.

a essayé d'expliquer les idées qu'il avait voulu exprimer n'ont pu que confirmer l'obscurité du programme qu'il s'était tracé. Comme s'il avait reconnu lui-même son incapacité à traiter de pareils sujets, il n'y est pas revenu et c'est la seule tentative faite par lui pour aborder, soit directement, soit par allusion, des motifs empruntés à l'histoire contemporaine.

Avec le paysage du Musée de Cassel, la Ruine, dont nous parlerons plus loin, on ne connaît qu'un seul tableau peint par Rembrandt en 1649; encore cette date est-elle con-

jecturale. Il s'agit du portrait équestre, en grandeur naturelle, dans lequel on croit reconnaître le maréchal de Turenne et qui se trouve chez lord Cowpcr, au château de Panshanger.

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