PORTRAIT DE TURENNE
pendant les troubles de la Fronde, ayant pris parti contre Mazarin, et s'étant vu abandonné de ses troupes, il s'était, au mois de février 1649, retiré dans ce pays, où il était resté jusqu'au moment de la paix de Rueil (ier avri4 1649). C'est dans ce court espace de temps, pendant lequel il avait, sans doute, reçu l'hospitalité de son cousin Guillaume III, que Rembrandt aurait peint ce portrait. L'œuvre, en tout cas, ne fait pas grand honneur à l'artiste. Le cheval, insuffisamment étudié pour des dimensions pareilles, manque tout à fait de vie et semble de bois; les colorations sont d'un brun uniforme et l'exécution assez lâchée dans les fonds, empâtée à l'excès dans les vêtements, ne montre un peu de soin que dans la tête, qui sans différer absolument du type de Turenne — une mine sévère, le nez un peu gros, le teint coloré, des cheveux longs et abondants et les lèvres ombragées d'une mince TÊTE DE CHRIST-
mOUStache noire ne Vers i652 (Collection de M. R. Kann).
rappelle que d'une manière bien vague le portrait, postérieur il est vrai, de Pierre de Jode gravé par Anselme van Huile, et surtout celui de Ph. de Champaigne, bien connu par l'admirable gravure de R. Nanteuil (1).
C'estàAert de Gelder qu'il convient de restituer le tableau de Vertumne et Pomone qui fait partie de la collection des Amis des Arts à Prague. Célèbre au siècle dernier, ce tableau fut gravé par Lépicié sous le nom de Rembrandt; mais déjà, à la vente Lebrun, il ne figurait plus
(1) M. Brcdius trouve même, avec raison, que l'aspect du visage indique un homme plus jeune que n'était Turenne qui, né en 161 1, avait à ce moment trente-huit ans.
que sous celui de de Gelder. Le sujet et la composition elle-même semblent absolument en dehors des habitudes du maître. Dans cette jeune femme aux traits gracieux, coiffée d'un large chapeau de paille, et vêtue avec une élégance un peu maniérée, pas plus que dans sa compagne, une vieille, appuyée sur une béquille et enveloppée d'une mante, nous ne retrouvons les types ni les ajustements qui sont familiers à l'artiste ; enfin l'exécution ne rappelle en rien sa manière.
Après un intervalle d'environ deux ans nous voyons Rembrandt revenir aux sujets bibliques vers i65o. Jacob recevant la robe sanglante de Joseph, un tableau de l'Ermitage, avec des personnages vus jusqu'aux genoux, en grandeur naturelle, nous montre le patriarche auquel on vient d'apporter la tunique ensanglantée de son fils. Un des envoyés la tient sur ses genoux; l'autre fait son récit mensonger au vieillard, qui debout près d'une table, les mains élevées en l'air, exhale son désespoir. A côté, le petit Benjamin (i), insouciant comme on l'est à son âge, joue avec un oiseau. La scène, bien disposée, est peinte dans la tonalité de bruns colorés, de jaunes et de rouges, particulière à cette époque; mais l'exécution pour le maître n'a rien de bien remarquable. Abraham recevant les anges à sa table, qui appartient également à l'Ermitage, date, suivant toute vraisemblance, de la même époque et les figures y sont aussi de grandeur naturelle. Assis à table, sur le seuil de la porte, avec ses hôtes, le vieillard, au moment où il se préparait à découper le quartier de viande placé devant lui, s'arrête interdit à la nouvelle que lui annonce un de ses trois convives, un ange vêtu de blanc, qui d'un air d'autorité lui apprend que sa femme Sara concevra un fils. Celle-ci, un peu à l'écart, accueille en riant les paroles de l'ange. La figure vénérable du patriarche est pleine de noblesse et de beauté; mais la composition n'a pas l'éloquence habituelle de Rembrandt, et l'un des anges avec ses ailes diaprées et croisées sur son dos frappe les regards par l'étrangcté de son attitude et le bariolage de ses plumes. Préoccupé de ce sujet, le maître en a fait plusieurs dessins et il l'a aussi traité dans un petit tableau daté de 1(346, qui, après avoir fait partie de la collection de Jean Six, se trouvait en 1 836 en Angleterre chez M. Richard Saunderson. Enfin il devait encore le reprendre quelques années plus tard dans une
(1) Il nous offre le même type que nous avons déjà signalé chez le Samuel du tableau de lord Ellesmere et chez un des fils de Joseph dans la Bénédiction de Jacob, de 1 656.
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