TABLEAUX INSPIRÉS PAR LA BIBLE
eau-forte de 1 656 (B. 29), mais avec autant de bizarrerie et moins d'intérêt encore.
Il nous faut bien dire quelques mots ici d'un autre tableau de dimensions tout aussi importantes, la Femme adultère, récemment acquis de la collection du duc de Marlborough par M. Sedelmeyer, tableau remarquable, mais dans lequel le coloris aussi bien que le caractère italien de la composition sont bien faits pour dérouter. Si, par leur exécution autant que par leurs types, deux des figures — celle du Christ et celle du vieillard à barbe blanche placé à côté de lui — semblent tout à fait rembranesques et dignes du maître, les trois autres, au contraire — le jeune homme de gauche, la pécheresse et le bellâtre à moitié dans l'ombre — paraissent empruntées à Van Dyck et à Titien. Aussi, malgré les qualités très réelles d'éclat et d'harmonie de cette peinture, nous associons-nous aux réserves expresses que M. Bode a cru devoir faire au sujet de son authenticité, réserves d'autant plus justifiées que la signature et la date 1644 portées sur cette toile sont absolument fausses.
Bien qu'elle ne soit ni signée, ni datée, la Vision de Daniel, achetée en ces derniers temps à sir Ed. Lechmere pour le Musée de Berlin, peut être, au contraire, attribuée en toute certitude à Rembrandt. Dans cette œuvre pleine à la fois de grandeur et de mystère, le paysage tient une large place. Entre des rochers tombant à pic vers le centre, la tour que nous avons déjà signalée dans la Suzanne au Bain se détache sur un ciel d'un gris blanchâtre. Suivant le texte sacré, Daniel agenouillé auprès d'un ruisseau vient de « tomber le visage contre terre, tout tremblant de crainte », à la vue d'une bête étrange placée sur l'autre rive. L'ange Gabriel, debout à côté de lui, le relève et, lui montrant du doigt le bélier fantastique dont le jeune prophète essaie de détourner les yeux, il ramène vers lui ses regards en lui expliquant le sens de ce prodige. Un dessin de la collection de M. Bonnat témoigne des efforts faits par Rembrandt pour agencer sur la tête de l'animal les cornes symboliques assez compliquées dont la Bible donne la signification. L'artiste avait dû reconnaître l'inanité de ses efforts, et après avoir fatigué en vain son papier, mécontent de ses tentatives réitérées à cet égard, il avait renoncé à les poursuivre. Mais si l'animal est resté plus ridicule que terrible, en revanche le visage de Daniel, l'expression d'effroi peinte sur ses traits, son attitude, celle de l'ange qui le rassure, la lumière
mystérieuse répandue autour de ces deux figures perdues au milieu d'un paysage dont la tonalité brune ramène forcément vers elles l'attention, l'exécution elle-même si heureusement appropriée aux dimensions de cet ouvrage, tout contribue à en faire une des créations les plus poétiques du maître à cette époque.
Dans le Christ apparaissant à Madeleine, daté de 1 65 1 au Musée de Brunswick, l'impression est d'une intimité et d'un charme encore plus
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esquisse pour la Vision de Daniel.
Dessin à la plume avec lavis (Collection de L. Bonnat).
pénétrants. Reprenant un motif qu'il avait déjà traité dans le tableau de Buckingham-Palace, Rembrandt en écartait toutes les bizarreries que nous avions dû y signaler. Un beau dessin du cabinet de Stockholm nous montre une autre disposition imaginée par lui pour cet épisode. Mais combien la scène telle qu'il L'a représentée dans la belle toile de Brunswick est plus saisissante! Seule, couverte de vêtements de deuil, tout entière à sa désolation et poussée par je ne sais quel pressentiment, Madeleine a fui la ville, et sous la lueur incertaine du jour qui finit, elle est venue dans ce lieu désert où quelques chétives broussailles croissent parmi les rochers. Le Christ a été touché de tant d'amour; pâle, défait,